‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 247 sur 335 · H PERPÉTUITÉ DE LA FOI · texte numérisé non relu

H PERPÉTUITÉ DE LA FOI

M. Claude n'a pas manqué aussi de nous décrire les moyens par lesquels il prétend qu'on en est venu à bout. Premièrement, il nous en propose d'incertains , et dont il est bien aise de nous présenter seulement l'idée, pour nous donner lieu de conclure qu'on peut s'en être servi, et pour ne s'engager pas à les soutenir. Si nous avions vu, dit-il (p. 225), passer sous nos yeux les temps oîi se fit ce changement , nous pourrions sans doute en parler avec un peu plus de distinction et de clarté. Nous eussions remarqué les artifices dont se servaient les disciples de Pascliase pour conduire les choses au point oix elles parurent , lorsque les contestations de Lanfranc et de Bérenger firent éclat. Comme les astronomes font leurs observations sur les accidents et les révolutions des deux, nous eussions fait de même les nôtres sur ce phénomène humain : nous eussions pris garde de plus près à fignorance des prélats , à la simplicité des peuples, aux intrigues des cours, aux liaisons des grands, aux intérêts des évêques, et à tant d'autres machines mondaines qui s'ajustent ordinairement ensemble pour faire triompher le mauvais parti. Néanmoins il trouve plus à propos ensuite d'employer positivement et certainement une partie de ces moyens et de ces machines. Les sens, dit-il (p. 300), furent attaqués par la fausse philosophie , par les bruits de la dispute, par les intrigues des moines, par V autorité de la cour romaine, qui n'a jamais été ni plus fière ni plus puissante qu'en ce temp^-là. Ils furent trahis par le penchant qu'a f homme naturellement pour V erreur et la superstition , et battus par ces expressions difficiles des Pères , qu'on tournait et qu'on maniait en tant de façons, qu'on leur faisait signifier ce qu'elles ne signifiaient point.

Mais comme il était difficile d'appliquer tout cela au dixième siècle, il change d'avis ailleurs, et il aime mieux en bannir expressément les disputes, en s'en démêlant par une antithèse. Je conclus, dit-il (p. 651), avec l'auteur, que n'y ayant point eu d'écrits au dixième siècle, il n'y a point eu de dispute. La conséquence est, à mon avis, raisonnable. Mais je ne conclus pas avec lui que n'y ayant point eu de dispute, la doctrine de l'Eglise n'a point été attaquée. La conséquence n'en est pas bonne. Elle a été attaquée sans avoir été défendue. La zizanie, déjà semée dans le champ du Seigneur avec le bon froment , a pris racine et s'est avancée pendant que les hommes dormaient. Je conclus bien que s'il y eût eu des disputes, l'ignorance n'eût pas subsisté ; mais je conclus aussi que l'ignorance a subsisté, parce qu'il n'y a point eu de dispute.

Après tout cela, M. Claude est encore obligé d'employer ses dernières machines, qui sont les moyens dont il se sert pour effacer de l'esprit des hommes la mémoire de ce terrible changement. Ce sont les plus étranges de tous, et ils sont si peu arrêtées qu'il est même difficile de deviner ce qu'il veut dire. Il parle de fourbes, d'artifices, d'inquisition, de croisades, par lesquels il prétend que l'on lui a enlevé ses titres ; mais on ne sait s'il veut que tout cela se soit passé au dixième ou dans le onzième siècle , ou s'il vent faire croire que par les croisades du treizième siècle on a

aboli la mémoire du changement qui s'était fait au dixième. C'est pourquoi comme il était encore plus embarrassé en ce point qu'en tous les autres, il a cru s'y devoir fortifier par les plus grands efforts de son éloquence, que nous verrons en son lieu.

Enfin, pour empêcher que l'on ne trouve encore des difficultés après l'application de tous ces divers moyens , il y emploie sa grande machine, qui est de mettre la chose en exclamations, et de dire des injures à ceux qui n'entreraient pas tout d'un coup dans cette vision, comme s'ils avaient tous les torts du monde. Quand on est, dit-il, préoccupé de passion, on change également l'extravagance en raison, et la raison en extravagance. Qu'y a-t-il de plus raisonnable que de dire que l'opinion de Paschase, rehaussée des couleurs de l'antiquité, bien quelle fût en effet nouvelle, soutenue par un peu de philosophie, relevée par ces grands mots que les ignorants admirent, et proposée en des siècles semblables au neuvième et au dixième, ait trouvé au commencement quelques sectateurs ; que ceux-là en aient fait d'autres, jusqu'à ce qu'enfin elle se soit rendue la plus forte , et se soit établie à l'aide de la violence et de f autorité?

Mais comme nous sommes, Dieu merci, accoutumés à ne nous étonner pas pour les injures ni pour les exclamations de M. Claude, nous ne laisserons pas de lui soutenir que ce qu'il nous débite là comme la chose du monde la plus raisonnable, en cachant toutes les difficultés et toutes les absurdités qu'elle renferme, est une extravagance fort extraordinaire, et qui doit tenir un des premiers rangs entre les exemples des égarements où la passion et la préoccupation sont capables d'engager ceux qui s'y laissent emporter aveuglément.

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