CHAPITRE IV
Examen des autres conjectures de l'auteur de la réponse.
La réfutation que nous avons faite de la principale
d'établissement est changé en la chose signifiée pour des considérations de l'auteur de la réponse nous don-
marquer simplement qu'il en est rendu signe , ce qui est proprement l'espèce dont il s'agit, puisqu'ils veulent faire croire que quand les Pères disent si souvent que le pain est changé au corps de Jésus-Christ, cela veut dire qu'il devient signe sacré du corps de Jésus- Christ , il ne faut de plus qu'un peu de sens commun pour reconnaître l'étrange disproportion de toutes ces expressions qu'il compare. Car les expressions des Pères sur l'Eucharistie sont telles qu'elles ne peuvent être prises dans un sens métaphorique selon toutes les règles par lesquelles les hommes distinguent les métaphores des termes simples, comme nous l'avons fait voir ; au lieu que les exemples qu'Aubertin propose ne contiennent que des expressions qui doivent être prises pour métaphoriques selon toutes ces mêmes règles. Car ce sont des métaphores rares, et qui étaient facilement réduites au sens naturel par l'idée distincte que tous les hommes avaient formée de la vérité sur les expressions simples qui étaient infiniment plus fréquentes; ce sont des métaphores non continuées ; des métaphores expliquées ; des métaphores non prouvées ; des métaphores intelligibles à tous ceux à qui on en parlait ; des métaphores auxquelles ils étaient portés par l'usage commun du langage humain ; et enfin des métaphores qui n'ont rien d'extraordinaire , de déraisonnable et de surprenant. 11 serait aisé de le faire voir en détail , en examinant toutes ces expressions sur les règles que nous avons apportées pour le discernement des métaphores ; mais, parce que cet examen est facile d'une part , et que de l'autre il nous engagerait à trop de discours, il suffit de remarquer ici une preuve convaincante, et qui ne peut êlre dciaYOv.ce de personne, de l'énorme diffé-
nera moyen de traiter les autres avec plus de brièveté, étant visible qu'elles ne peuvent subsister, s'il est vrai, comme nous l'avons prouvé, qu'il est impossible de s'imaginer que les fidèles de l'ancienne Église n'eussent pas une créance très-distincte de la présence réelle ou de l'absence réelle. Il propose la première en ces termes. // ne s'agit point, dit-il, de la caS' sation d'une vérité qu'on a cessé de croire, mais de l'introduction d'une erreur qu'on ne croyait pas auparavant; non de l'extinction de la foi, mais d'une augmen' tation vicieuse qui a été faite à la foi. La vérité qu'on croit est que l'Eucharistie est un sacrement, c'est-à-dire, un signe sacré du corps mort et du sang répandu de Jésus-Christ. Cette vérité a toujours été crue et l'est encore aujourd'hui dans l'Église romaine , mais l'erreur nouvelle est que ce signe du corps de Jésus-CImst est le corps même de Jésus-Christ substantiellement. L'auteur prétend conclure de là que la créance de la présence réelle s'est introduite par voie d'addition, et qu'ainsi elle s'est pu introduire insensiblement. Mais tout ce discours se détruit de soi-même, puisque, comme nous l'avons fait voir, les fidèles avaient nécessairement une créance distincte de la présence réelle ou de l'absence réelle. S'ils ont toujours cru la présence réelle, il ne s'est introduit rien de nouveau, puisque l'on a toujours cru ce que l'on croit à présent ; et si l'on avait cru l'absence réelle, la créance contraire n'aurait pu s'introduire que par la cassation d'une vérité qu'on croyait. Il eût fallu bannir formellement celte créance distincte de l'absence de Jésus-Christ, pour y substituer celle de la présence réelle. Il eût fallu cesser de croire ce que l'on croyait, et commencer a croire ce qu'on ne croyait pas. On croyait que Jésus-
91 RÉFUTATION DE LA RÉPONSE D'UN MINISTRE. 92
Christ était absent de la terre, et l'on eût commencé à changent rien dans Tidée de la proposition à laquelle croire qu'il n'éiail pas absent de la terre. On croyait on les joint, mais marquent seulement que l'esprit en qu'il n'était que dans le ciel, et il eût fallu croire qu'il envisage plus expressément la vérité, de même ceux était faux qu'il ne fût que dans le ciel. On croyait que de présence réelle, de présence substantielle, ne fon ce qu'on recevait dans !a communion n'était pas le qu'affirmer davantage ce qui est et qm a toujours
corps même de Jésus-Christ, et l'on eût commence a croireque c'était le corps même de Jésus-Clirist. Ainsi, pour me servir des termes mêmes de cet auteur, il eût fallu, pour recevoir celte nouvelle créance, condamner ses premières pensées el ses premières actions, ce qui est en quelque façon renoncer à soi-même, et il eût fallu joindre à ce renoncement à soi-même la condamnation de toute la terre, que l'on eût accusée nécessaireinenl d'impiété, parce qu'elle ne reconnaissait pas et n'adorait pas Jésus-Clirist où il est, et c'est ce que l'auteur avoue ne se pouvoir faire qu'avec éclat, avec violence et avec des convulsions qui ne peuvent être insensibles.
Mais il est important de remarquer, ce que cet auteur paraît n'avoir pas assez compris, qu'il y a une extrême différence entre explication de la foi et confirmalion de la loi. J'appelle explication de la foi, quand on la fait passer d'une idée confuse à une idée nette et développée. Et dans ces sortes d'éclaircissements, quoique ce soiid?jis le fond la même chose, néanmoins les idées par lesquelles on la connaît sont différentes, l'une étant confuse et obscure, l'autre claire cl démêlée. J'appelle confirmation de la foi, quand, sans y ajouter aucun éclaircissement, on confirme seulement plus positivement ce que l'on a toujours cru. Il est faux que l'on ait rien ajouté dans lEglise romaine à la loi de TEucliaristie, quant à la substance, par manière d'explication. On a toujours cru que Jésus-Christ y était présent, et que ri£ucharisiie était le corps de Jésus-Christ, et ces mots forment la même idée dans notre esprit que ceux dont on se sert à présent. Être présent, être présent réellement, être présent subsiantieilenient,S()nlabsolumcnilamêmechose,parcequ'une présence méiaphoriqne n'est pas une présence, mais plutôt une absence véritable. Et ainsi elle n'est nullement comprise dans l'idée simple que ce mot imprime dans l'espi it ; de sorte que quand on ne doit concevoir qu'une présence métaphorique, il faut bannir l'idée simple de présence, pour y substituer celle de signe ou d'opération , ou quelque autre qui enferme plutôt l'idée d'absence que celle de présence.
La seule diflerence qu'il y a donc entre ces expressions de l'ancienne Eglise : L'Kucharislie est le corps de Jésus-Christ; et celle de l'Église romaine : L'Eucharistie est réellement et suhstanliellement le coips de Jésus-Christ, n'est pas que les unes soient plus expliquées que les autres, mais c'est simplement que iCS dernières sont plus affirmées que les premières. Car quand on dit que lecorps de Jésus-Christest réellement et substantiellement dans l'Eucharistie, on yajouie une réflexion de l'esprit qui affirme plus fortement la vérité de ce que l'on dit. Et c'est comme si l'on disait : 11 est vrai que Jcsus-Chrisi est dans Eucharistie. Car conmie ces mots, il est vrai, ne
été enfermé dans l'idée simple et naturelle de présence. '
Ainsi toutes ces additionsetcesexplications prétendues que l'auteur suppose que l'on a faites à la foi, sont des chimères sans fondement, qu'il avance sans preuve et sans raison, et que nous avons détruites par des raisons et des preuves très-certaines. \oyonss'il sera plus heureux dans sa seconde considération : 7/ (aul remarquer, dit-il, qu'avant quune erreur ail fait du bruit dans le monde, il n'y a personne qui songe encore formellement à la rejeter. Et la raison en est que les erreitrs possibles étant infinies, s'il fallait que notre pensée les rejetât actuellement avant même quelles eussent paru, respril de l'homme serait assurément absorbé. El de là vient que quand une erreur commence à naître et à se pousser, elle trouve les hommes qui dorment à son égard ; de sorte qu'il n'est pas malaise ou qu'elle entre dans l'Église sans qu'on la voie, ou que si on la voit on la laisse passer sans dire mot. Ainsi s'est introduite l'erreur de la transsubstantiation et de la présence locale, doucement et peu à peu, parce qu'on r^en connaissait ni le fond m la force. Personne ne la craignait, parce que personni n'en avait encore senti les funestes effets. Tout ce lieu commun n'a rien de solide quand il s'agit d'une opinion formellement opposée Ix une créance distincte el positive répandue dans toute l'Église, et non seulement dans tous les pasteurs, mais dans les plus simples de tous les fidèles. Car on peut dire qu'à l'égard de ces erreurs les homnics ne dorment point el ne peuvent dormir, parce que l'opinion distincte qu'ils ont de la vérité les tient dans une vigilance continuelle contre les erreurs qui y sont formellement opposées. Or nous avons fait voir qu'il faul que les fidèles aient eu une créance distincte de la présence ou de l'absence réelle, et par conséquent ils ont toujours été dans un état de vigilance contre l'une ou l'autre de ces deux opinions.
Il a paru dans le onzième siècle que la créance distincte où toute l'Église était de la présence réelle, comme Aubertin même est forcé de l'avouer, ne l'a point tenue endormie contre l'introduction de l'absence réelle que Bérenger voulait faire. On a vu incontinent que tous les pasteurs se sont alarmés, et qu'ils ont condamné celte erreur naissante par divers conciles. La créance positive et distincte de l'absence réelle n'aurait pas produit un moindre éclat contre ceux qui auraient voulu introduire une présence réelle, si l'Église ne l'eût pas toujours crue. Et elle aurait, au contraire, causé un plus grand soulèvement, l'esprit hmnain se révolianl bien plus puissamment contre la créance des catholiques qui le combat, que contre celle des sacramenlaires qui le flatte. — 11 ne s'est encore trouvé personne qui ait osé avancer cette opinion ridicule, que toutes les croix que l'on fait pré-