PERPÉTL'ITÉ DE LA FOI
peut, non seulement comment l'opinion de la présence réelle s'est établie dans rOccidcnl, mais comment elle s'est rendue maîtresse de la créance de toiisles peuples de l'Orient ; comment ils ont abandonné leur ancienne foi sans le savoir pour en embrassor une nouvelle ? Qu'il leur fasse voir comment la doctrine calviniste , qu'il prétend être l'ancienne , a pu s'abolir insensiblement par toute la terre. Qu'il leur enseigne qui sont ceux qui ont introduit celle de la présence réelle; comment ils ont pu empêcher le soulèvement des peuples contre une nouvcauié si surprenante, et qu'il leur démêle en particulier, à l'égard de chacune de ces sociétés, toutes les difficultés que nous lui avons proposées sur l'église d'Occident.
Mais comment le ferait-il, puisqu'à cet égard toutes ses machines et toutes ses inventions lui manquent ; qu'il n'a ni Paschase, ni papes, ni moines, ni conciles, ni croisades, ni inquisiteurs, à employer à cet établissement ; et qu'il "n'a pu se tirer de cet embarras qu'en désavouant par une insigne témérité une des plus claires et des plus attestées vérités de fait qui fut jamais, qui est le consentement des communions orienlalesavec l'Église romaine sur le point de la présence réelle et de la transsubstantiation.
Qu'il ne fasse donc point le brave puisqu'il en a si peu le sujet ; qu'il ne promette point ce qu'il ne saurait tenir ; et qu'au lieu de dire qu'il satisferait les Gfecs et les Égyptiens s'il disputait avec eux , il reconnaisse qu'il dispute effectivement avec eux , et qu'il est incapable de les satisfaire. Mais qu'il ne prétende pas nous ôter le droit de lui faire ces mêmes demandes, et de l'obliger à nous apporter des preuves de ce prétendu changement. Nous l'avons tout entier, et notre curiosité est tout aussi juste que celle de ces étrangers. Nous sommes étonnés comme eux de ne pas savoir une chose que l'on nous dit s'être faite parmi nous, et que nous ne pourrions ignorer si elle était effectivement arrivée. Cependant au lieu de nous répondre, ii nous charge d'injures et de reproches. Il dit que nous sommes ces transsiibslantiateurs et ce parti qui a fait le changement , gui a employé mille artifices pour le faire réussir insensiblement , qui s'est servi de la fraude et de la violence pour empêcher qu'il ne se fil avec éclat, qiiU a pris des soins infinis pour dérober à la postérité la connaissance de la manière dont il s'est fait, et qu'ainsi il ne peut souffrir que nous lui venions demander raison de cette innovation.
Mais il est clair que sa rhétorique le transporte et qu'il ne songe pas à ce qu'il dit. Nous croyons la transsubstantiation, il est vrai; nous succédons par une suite non interrompue à l'Église qui était au dixième siècle , mais nous ne sommes pas néanmoins les mêmes personnes, comme il semble que M. Claude le suppose. Qu'il soit aiTivé dans ce siècle un changemeni de doctrine ou qu'il n'en soit point arrivé, il est certain que nous n'y avons point de part, que nous l'ignorons, et que nous en sommes aussi innocents que les Arméniens et les Grecs. La colère de M. Claude est donc tout-à-fait injuste et mal fondée , et le prétexte
TOUCHANT L'EUCHARISTIE. Ui
qu'il prend pour ne me pas repondre n'est nullemeni raisonnable. Je n'ai jamais employé contre les calvinistes ni inquisiteurs ni croisés; je ne me suis poinl servi de fourbe ni d'artifices pour empêcher que ce changement ne se fît avec éclat.
Non ego cum Danais Trojanam cxcindere gentem,
Aulide juravi.
Il n'y a point de catholique qui ne lui on puisse dire autant. Nous savons qu'ils sont des innovateurs, qu'ils ont changé la religion qu'ils ont trouvée dans l'Église ; mais nous ne savons point qu'il se soit fait une autre innovation au dixième siècle, comme ils le prétendent. Ils le disent, mais nous ne sommes pas obligés de les en croire, et nous serions imprudents si nous le faisions.
Nous avons donc droit d'en demander des preuves à M. Claude, et il est injuste de vouloir s'exempter d'en apporter. Il nous parle d'artifices, de fourbes, de violences, qu'on a employées pour dérober à la postérité la connaissance de ce changement; il nous renvoie à la cour de Rome, aux inquisiteins et aux croisés; mais il est difficile de comprendre de quelle sorte il veut que nous fassions cette information. Ces inquisiteurs et ces croisés, ces artificieux, ces fourbes, ces violents ne sont plus certainement au monde, les historiens ne nous en parlent point du tout : il n'y a que M. Claude qui nous en dise des nouvelles. Nous ne pouvons donc nous adresser qu'à lui-même ; tt ainsi il ne se peut plaindre que nous lui demandions d'où il a su que des inquisiteurs avaient travaillé au dixième siècle à établir la doctrine de la présence réelle, et qu'il s'y était fait des croisades contre ceux qui ne la voulaient pas embrasser. Il serait bon qu'il produisît les livres et les histoires où il a lu ces choses si surprenantes; car on a cru jusqu'ici que l'on n'a point fait de croisades centre les hérétiques avant le treizième siècle , et ainsi plus de deux cents ans après le temps où il place ce prétendu changement.
Que si c'est par esprit de prophétie qu'il nous annonce ces nouvelles étonnantes, on a le droit encore de l'obliger d'établir sa qualité de prophète avant qu'il nous oblige à le croire ; et tout prophète qu'il fût , il ne laisserait pas d'être imprudent de nous renvoyer pour nous informer de ce changement à des croisés qui ne sont plus, et que nous ne pouvons par conséquent consulter.
Nous avons donc toute sorte de raison de traiter d(j fables, d'impostures, de contes, de rêverie.-;, ces fraudes, ces violoices, ces fourberies, ces inquisitions , cet: croisades, par le moyen desquelles il nous dit qu'on a dérobé à la postérité la connaissance de ce changement. S'il prétend que tout cela s'est lait au dixième siècle, ce sont des faussetés démenties par tous les historiens de ce temps-là ; et s'il entend par ces croisades celles qui se firent du temps d'Innocent III, et qu'il prétende que ces croisés du treizième siècle ont aboli tous les livres qui parlaient du changement qui s'était fait deux siècles auparavant , qu'ils eurent soi.n d'ôler des traités de tous les auteurs catholiqu \^ -mi
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de l'Église; mais que ce ramas ne conclûrail rien du tout contre celui qu'il aurait fait , parce qu'il faudrait qu'il prouvât un assoupissement universel, ce qu'il ne ferait jamais par ce dénombremcni de désordres particuliers; au lieu qu'il lui suffisait pour montrer Que M. Claude ne prétende donc i)as nous fidre que ce cliangcmenl prétendu n'avait pu arriver au
liéréti(iues ce qui en pouvait donner quelque connaissance, ce serait encore une autre sorte de rêverie aussi ridicule que la première. Ainsi eu ipielque sens que l'on tourne ce discours, il est impossible d'y apercevoir du sens conunun.
pitié en nous disant qu'après lui avoir enlevé ses titres nous avons tort de lui demander où ils sont, car • e qui est certain , c'est que ce n'est jias nous qui sommes coupables de ce prétendu enlèvement. L'Église catliolique s'est trouvée dans le dernier siècle en possession de la doctrine et de l'autorité de Jésus-Christ. C'est M. Claude et ceux de son parti qui la viennent troubler dans celte possession ; ils ont la hurdiesse de dire qu'ils sont les vrais successeurs et les vrais héritiers de la doctrine apostolique ; ils prétendent qu'elle a éié altérée au dixième siècle par une innovation générale , et qu'ds l'ont rétablie dans sa pureté. N'est-il donc pas bien juste de lui demander qu'il apporte des preuves de cette innovation prétendue; et n'esl-il pas ridicule de s'écrier sur cela qu'on lui Aiit injustice, qu'on lui a enlevé ses titres, et que l'on ne peut pas porter la cruauté plus loin que de ne l'en pas croire à sa parole?
Ce sont les absurdités où il s'est engagé en se laissant aller à son entbonsiasme et à l'impétuosité de son esprit; et je veux croire qu'en le considérant avec froideur il en aura quelque honte, et que s'il lui arrive jamais d'écrire de ces matières , il évitera ces enportenients, et qu'il ménagera mieux sa réputation ;» l'égard des personnes sages et judicieuses, qui sont extrêmement choquées quand on tâclie de leur inspirer sans sujet des mouvements violents et déraisonnables.