‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 253 sur 335 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

fîéponse aux reproches particuliers que M. Claude fuit

contre le dixième siècle.

C'est une chose assez ordinaire que de se laisser aller, sans y penser, à de faux raisonnements ; mais t'est un défaut beaucoup plus considérable que d'y tomber volontairement et après en avoir été averti, parce que la précipitation n'y pouvant plus avoir de part, il faut qu'ils viennent alors plus delà corruption du cœur que d'un simple obscurcissement de l'esprit.

C'est néanmoins ce que je suis contraint de faire remarquer dans M. Claude sur le sujet des reproches (['j'il continue de faire au dixième siècle. Car l'auteur de la Perpétuité les avait tellement prévenus, et il lui avait si bien fait voir par avance combien ils étaient vains et inutiles, qu'il est touS-à fait étrange (ju'au lieu de profiter de ses avertissements , il n'ait pas laissé de s'engager grossièrement dans toutes les fautes qu'on lui avait marquées. Il lui avait dit que comme il avait ramassé ce que l'on trouve dans les historiens à l'avantage du dixième siècle, il serait de même aisé à M. Claude de ramasser aussi ce que l'on a dit au désavantage de ce même siècle, étant certain <iue l'on trouve du bien et du mal dans tous les temps

dixième siècle de faire voir (pi'il y avait en ce tempslà dans toutes les provinces chrétiennes plusieurs saints prélats et plusieurs personnes zélées qui veillaient à la conservation de la foi.

Il n'y a rien de plus raisonnable que ce discours, et il est parfaitement conforme à l'expérience , à la raison et à la foi. Car l'état de l'Église dans ce monde étant de renfermer dans une même société extérieure des membres vivants et des membres morts , de la paille et du froment, c'est une suite nécessaire de cet état que l'on puisse reprocher quantité de désordres à tous les siècles, et que chaque temps de l'Église se puisse considérer comme par deux faces différentes , selon que l'on jette les yeux sur les bons qui l'honorent ou sur les méchants qui la déshonorent.

C'est ce qui a produit dans tous les Pères et dans tous les auieurs ecclésiastiques un double langage. Car tantôt ils parlent des fidèles comme étant tous saints et tous justes ; parce qu'ils n'ont en vue que les vrais chrétiens qui mènent une vie conforme à la sainteté de leur profession; et tantôt ils sont tellement touchés des maux et des scandales de l'Église, qu'il semble, à les entendre parler, qu'elle ne soit rempile que de méchants.

On "voit des exemples de ces deux sortes d'expressicms dans S. Paul même ; car, (ad Cor. 1 , c. 1, v. 5 et 7, ) il donne le nom de sf/i«/s à tous les chrétiens deCorinibe. Il ditqu'i/s ont reçu de Dieu toutes sortes de richesses , et qu'il ne leur manque aucun don divin. Et néanmoins il dit d'eux dans la suite de sa lettre, sans distinction, qu'ils sont charnels (c. 5, v. 2); qu'ils sont vains et glorieux (c. 5, v. G); qu'ils font tort aux autres , qu'ils prennent leur bien (c. 6 , v. .^). II leur reproche en commun les irrévérences qu'ils commettaient en recevant l'Eucharistie.

Dans ce temps même où la grâce de Dieu se répandait avec tant d'abondance dans l'Église , et où ceux qui annonçaient l'Évangile étaient si remplis de l'esprit apostolique , il ne laisse pas d'écrire aux Philippiensque tous cherchent leurs intérêts, et non ceux de Jésus-Christ (ad Philipp. c. 2, v. 21).

Si l'on voulait de même juger de l'éiat de l'Église de chacun des autres siècles par les lieux des Pères où ils reprennent les désordres de leur temps, on dirait qu'ils étaient aussi grands que ceux du nôtre. S. Grégoire de Nazianze.S. Basile, S. Jérôme, nous donnent d'étranges idées des évoques et des ecclésiastiques de leur siècle. S. Chrysoslôme et Salvien font des peintures terribles des désordres de leur temps. On dirait que presque tous les évoques du temps de S. Grcgoire-le-Graiid étaient simoniaques, si on prenait à la rigueur certaines expressions de ses lettres. Enfin cliaque siècle sera le pire si on en juge par cas

expressions que la vue cl le sentimonl des dérèglements de leur lemps a liréesde la plume des SS. Pères.

S. Augustin vivait sans doute dans un temps où les chrétiens étaient infiniment plus régies qu'ils ne le sont à présent; et cependant il ne laisse pas de dire qsie le nombre des méchants surpassait tellement celui des b(ms, qu'à peine voyait-on le bon grain parmi la multitude de la paille qui le couvrait. En quelque lieu que vous jetiez les yeux, dit ce saint, (in psal. 95) si vous êtes un peu avancé dans la piété, et que vous cherchiez des personnes dont l'exemple vous puisse porter à la vertu, à peine en irouverez-vous : vous vous trouverez environné d'un grand nombre de méchants, parce que pour un peu de bon cjrain il y a beaucoup de paille (in psal. 23). Quelquefois les justes sont si éloignés les uns des autres que chacun de ceux qui ont fait du progrès dans la vertu s'imagine presque qu^il est tout seul.

S. Grégoire-le-Grand (Wor. 1. 26, c. 28) reconnaît que ce n'était point juger témérairement de son temps que dédire qu'une grande partie des pasteurs étaient méchants; et il ne met l'orgueil et la témérité qu'à étendre ce jugement à tous.

Il ne suffit donc pas pourprouver qu'un siècle a été plus déréglé et plus malheureux qu'un autre, de faire des recueils des désordres qu'on aurait reprocliés à ceux qui y ont vécu, ou de ces expressions générales par lesquelles on blâme tout le siècle sans distinction, puisqu'on en peut faire de même de tous les autres; ma;s il en faut considérer le bien et le mal, et montrer que les dérèglements en ont été beaucoup plus grands, plus énormes, plus monstrueux que ceux des autres.

Il ne se faut pas contenter de montrer qu'il y a eu des désordres, mais il faut faire voir que ces désordres y ont été dominants, qu'ils ont été favorisés par les évêques, par les rois ; qu'on n'a pris aucun soin d'y remédier, qu'on n'a eu aucun zèle pour les réprimer. 11 faut montrer que la piété y ait été opprimée et traitée de ridicule, que les saints y oiit été méprisés, déshonorés, persécutés; car c'est l'idée que les saints mêmes nous donnent de ces mauvais temps oi!i ils nous disent que la foi sera honteuse et la vérité criminelle : Inopprobrium fides, et Veritas erit crimen.

M. Claude entreprend-il de prouver quelqu'une de ces choses? Nullement. Il n'y pense pas seulement. Il se contente de faire voir par quelques passages qu'il y a eu durant ce siècle d'assez grands désordres dans quelques églises. Qui en doute? L'auteur de la Perpétuité ne l'avait il pas reconnu ; et chacun des Pères ne le reconnaît-il pas de son siècle? Mais étaient ils plus grands que ceux du septième, du huitième, du ceuvième, du onzième et du douzième siècle? C'est ce que M. Claude devait faire voir s'il voulait noircir particulièrement ce siècle. Et quand il l'aurait noirci jusqu'à ce point, il n'aurait encore rien fait s'il ne montrait que ces désordres étaient universels, et que la stupidité y était telle que l'on ignorait même ce qu'il fallait croire de l'Eucharistie; et que les hom îîicj do plus y étaient si légers qu'ils recevaient sans

examen tout ce qu'on leur en disait, quelque contraire qu'il fût à leur raison.

Comment n'a-t-il doue pas voulu voir que toutes ces invectives ne prouvent rien, et qu'il y en a même qui prouvent tout le contraire de ce qu'il prétend? Car ce n'est pas une chose extraordinaire qu'il y ait eu dans un siècle des ecclésiastiques déréglés, comme ceux que le roi Edgard et cet autre auteur anglais qu'il cite ont décrits dans les passages qu'il en rapporte, mais c'est un exemple très-extraordinaire que celui de la sévérité avec laquelle on les chassa dans ce siècle des églises qu'ils occupaient si indignement pour les donner à des religieux réglés.

Les lettres de S. Grégoire et plusieurs décrets des conciles contre les simoniaques font assez voir combien ce crime a toujours été ordinaire parmi les eeclébiasliques; mais il est rare que les rois y aient remédié avec autant de zèle que fit l'empereur Henri IIL

Tous ces reproches sont donc vains , et ne détruisent en aucune sorte les solides louanges que l'auteur de la Perpétuité a données au dixième siècle. Il a fait voir que jamais l'église d'Allemagne n'eut des princes plus religieux; qu'elle n'eut jamais de princesses plus illustres en piél^; que jamais elle n'eut un si grand nombre de saints évêques; que jamais la vertu ne fut plus honorée et plus appuyée par la puissance temporelle. Et il en conclut que l'on doit juger par-là de l'étal des peuples et des monastères ; n'étant pas possible que tant de saints évêques n'eussent un soin particulier de les instruire dans la véritable foi, et de remédier autant qu'ils pouvaient aux abus et aux désordres. Aussi s'en acquittaient-ils avec tant de soin qu'ils excitèrent même des plaintes contre leur sévérité, coinme l'on voit par ce que dit Wiiichindus, religieux de Corbie en Saxe, qui rend en même temps un témoignage illustre par ses plaintes mêmes à l'henleux étal de ce siècle et au zèle de ces saints évoques. Les guerres dit-il (lib. 2), tant intestines qu'étrangères étant cessées , et les lois divines et humaines étant en vigueur et en autorité, on excita contre les religieux une grande persécution; quelques prélats étant dans ce sentiment qu'il valait mieux qu'il n'y eût dans les monastères qu'un petit nombre de religieux, mais illustres en pléié, que non pas qu'il y eût un grand nombre de négligents; ayan' oublié, comme je ci'ois, la défense que le père de famille fait à ses serviteurs d'arracher la zizanie, et le commandement qu'il leur fait de la laisser croître. Ainsi, selon cet auteur, le dixième siècle était un temps où les lois divines et humaines étaient en vigueur et en autorité dans rAllemagne, aucloralî vigore pollebant. Et l'on ne peut refuser la même louange ni à l'église d'Angleterre de ce tempslà, comme l'auteur de la Perpétuité le fait voir, ni même à celle de France , au moins sous le règne du roi Robert.

Ce qui relève encore encore infiniment la gloiro d'un siècle est quand Dieu y ouvre des asiles contre la corruption du monde, et qu'il fait fleurir la pénitence et l'exercice de toutes les vertus cliréiiennes

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dans les villes de refuge où l'esprit de Dieu assemble les chrétiens pour les défendre par un saint repos des attaques des démons, selon qu'il a dit par son prophète : Convenile, et ingrediatnur civitatcm miinilam, et sileamus ibi. L'auteur de la Perpétuité a fait voir que Dieu a accordé cette grâce au dixième siècle autant qu'à aucun autre, et (jue dans toutes les parties de l'Église, en Allemagne, en France, en Italie, en Angleterre, il a fait réformer les anciens ordres, et en a même établi de nouveaux, comme celui des Camaldulos.

M. Claude pour détruire ces louanges solides et véritables se contente de témoigner une malignité peu

frir, mais pour sanctifier leurs souffrances , et pour leur donner la valeur et le prix qu'elles ne pourraient avoir si elles n'étaient jointes aux siennes. Ils sont bons pour des âmes pénétrées du sentiment de leurs misères et de leur faiblesse qui craignent leur propre corruption et les attaques du monde et du diable, et qui se munissent, à l'exemple de tous les saints, contre ces trois ennemis par ces saintes pratiques qui éloignent et diminuent les tentations et fortifient l'esprit contre la chair : mais on ne doit pas s'étonner qu'ils paraissent vains et superstitieux à des calvinistes , c'est-à-dire à des gens assurés de leur salut , qui croient que les plus grands dérèglements ne leur honnête contre les religieux, et d'accuser de super- font point perdre la qualité d'enfants de Dieu, et que stilion tous ces exercices de vertu. Toute la samleté, quoi(|u ils fussent plongés dans les plus honteux dédit-il , dont on nous fait du bruit ne consiste presque sordies, ils ne laisseraient pas d'être aussi justes que qu'en l'observation de quelques règles monacales^ cl des la sainte Vierge, leur prétendue justice impulalive n«

recevant point de plus et de moins.

Si ceux qui sont persuadés de ces principes ne tombent pas dans tous les excès où leur doctrine est capable de les engager, c'est que leur cœur n'est pas si corrompu que leur esprit ; mais il n'y a guère d'ap^ parcnce qu'ils aillent jamais bien avant dans l'imitation de la vie pénitente de Jésus-Christ. Tout ce que l'on peut attendre d'eux est qu'ils pratiquent une vertu stoïcienne , et qu'ils disent comme Sénèque que leur but est de viwe conformément à la nature ; mais qu'il est contre la nature de tourmenter son corps, de haïr la propreté qui ne coûte guère, et de ne se contenter pas de se nourrir de viandes communes et viles, mais d'en reclierctier même de dégoûtantes : qu'à la vérité c'est un vice d'en désirer de délicates, mais que c'est une folie de se priver de celles qui sont ordinaires et que l'on peut avoir sans grande dépense : qu'enfin ta pltilosopliie veut réduire l'homme à la frugalité , mais qu'elle ne prétend point l'obliger à la souffrance et à la peine. 1 Nempe proposiluni noslrum est secundiim naturamvivere. Hoc contra naluram est torquere corpus suum , et faciles odisse munditias, et squalorem appelere, et cibis non tanliim vilibus uli , sed tetris et horridis. Quemad • vwdùm delicatas res desiderare luxuriœ est , ita usilatas et non magno parabiles fugere dementiœ est. Frugalilalem exigil vtiilosophia , non pœnani. > Mais on ne doit pas prétendre qu'ils passent plus avant, qu'ils pratiquent des œuvres de pénitence, puisqu'ils les croient inutiles et pour satisfaire aux pécliés passés , et pour assurer leur salut dont ils se tiennent déjà assurés sans pénitence et sans bonnes œuvres.

H serait aisé de leur montrer par les principes du christianisme aussi bien que par la tradition que la religion chrétienne va plus avant que ce stoïcisme des calvinistes, et qu'elle exige souvent, non seulement la frugalité, mais aussi la peine et la punition du pécheur; et que c'est sur ce principe inébranlable ([ue sont fondées ces saintes austérités. Mais parte que ce discours nous éloignerait trop de notre sujet, je veux bien souffrir que M, Claude parle ici le langage des ministres en traitant toutes ces austérités de superstitions. Et ce n'est pas ce que je lui reproclic préscu-

abslinences affectées qui sont plutôt des marques d'un esp-it de servitude que de l'esprit d'adoption. Et ensuite il prétend même tirer de là un argument pour montrer que la créance de la présence réelle a pu facilement s'établir dans ce siècle-là. Plus il nous parle, dit-il, de ces mortifications superstitieuses , plus il nous confirme dans la pensée qu'il n'y eut jamais de siècle plus propre pour avancer l'eireur de Pasclinse. Dès que l'homme s'éloigne des règles que Dieu lui a laissées dans sa parole , et qu'il se forme de soi-même de nouvelles lois et de nouvelles voies de piété, il n'est presque pas possible qu'il ne s'écarte bientôt des règles de la vraie foi. Il y a une liaison naturelle entre les sentiments de l'esprit et les mouvements du cœur. L'ignorance produit la superstition , et la superstition fait naître l'erreur ; l'entendement et la volonté sont deux pidssances qui se corrompent mutuellement.

Ce n'est pas ici le lieu de faire voir à M. Claude qu'il connaît aussi peu les règles de la piélé solide que la vérité de nos niyslères, et que la doctrine dis ministres est aussi corrompue dans la morale que dans la foi : il suffit de lui dire qu'il n'est pas étrange que ceux qui ont détiuil absolument la pénitence, et par leur piati()ue et par leurs maximes, traitent de superstitions les saints exercices de pénitence (jue l'esprit de Dieu inspire à ceux qu'il anime '! Que ce langage est digne des prédicateurs de ce nouvel évangile, qui n'a attiré les hommes à soi qu'en leur disant : Ne faites plus pénitence, parce (pie le royaume des cieux est près d'arriver; au lieu que celui de S. Jean et de Jésus-Christ commence par une instruction toute contraire! Qu'il est digue de ces nouveaux réformateurs (jui ont prétendu corriger les dérèglements du monde, non en combattant la concupiscence, mais en la satisfaisant , et en bannissant de la religion toutes les pratiques qui l'incommodent !

Ces exercices sont bons pour des personnes qui îToient , comme font les catholiques , que nul péché L8 peut demeurer impuni ; qu'il faut ou que la justice de Dieu le punisse , ou que nous le punissions nousmêmes, comme dit S. Augustin ; qui croient que Jésus-Clirisl a souffert, non pour les exempter de souf-

temenl ; je dislingue les fautes de sa doctrine de celles de sa raison, et celles de sa secte de celles de sa personne.

Mais c'est une faute de ce dernier genre que celle qu'il commet en prétendant que ces austérités ont contribué à faire recevoir la doctrine de la présence réelle au dixième siècle.

Car il ne peut ignorer que ces pratiques de pénitence , ces austérités qui lui sont si odieuses et qui lui font tant de peur, et ces règles qu'il appelle humaines n'eussent été établies il y avait déjà plusieurs siècles, et qu'elles n'y eussent été observées avec encore plus d'exactitude et de rigueur qu'au dixième siècle. Il ne peut ignorer que dans toutes les réformes qui se sont faites de l'ordre de S. Benoît on n'a prétendu que renouveler l'esprit de l'ordre, et que S. Benoît même n'a voulu que suivre de loin les ausiérilés merveilleuses des solitaires d'Orient. Comment a-t-il donc pu prétendre que des austérités communes à

les ceniuriateurs, par un trait de leur brutalité ordinaire, l'appellent scortationis monaslicœ insignem pnironum, M. Claude se contente de donner à ce célèbre archevêque de la première église d'Angleterre, révéré par tous les évêques de son siècle comme un homme extraordinaire, le nom du moïne Dunslan ; mais en récompense il le traite sur d'autres points avec une injustice qui fait bien voir que l'Iiérésie et l'équité ne s'accordent pas ensemble.

On avait rapporté dans le livre de la Perpétuité la généreuse liberté de S. Dunstan qui reprit forlement le roi Edgard pour avoir violé une Hlle retirée dans un monastère, et l'humble pénitence de ce roi après qu'il eût été repris de ce crime. M. Claude désirant de rabaisser et cet archevèqne et ce roi, prétend les faire passer tous deux pour des hypocrites. Il condamne ce roi d'iiypocrisie, parce que, dit-il, de trois admis de cette nature remarquées par les historiens il ne fa pénitence que d'une. Et S. Dunstan, parce qiCé-

tant d'autres siècles de l'Église aient rendu le dixième '""'» dit-il (p. G64), si complaisant et si indulgent à ce

roi en toutes ses autres impuretés, il lui fut sévère parce qu'il avait violé le respect d'un monastère; ce qui découvre, dit-il, l'hypocrisie de "un et de l'autre qui voulurent faire de cette pénitence un sacrifice à l'honneur des couvents. Car ils furent plus touchés du respect d'un voile que de celui du sang juste cruellement et lyranniquement répandu ; et ils eurent plus d'égard à l'ombre même d'une consécration humaine qu'au baptême de Jésus-Christ qui consacre le corps d'une chrétienne pour en faire le temple du Saint-Esprit.

En vérité j'ai honte pour M. Claude de voir que la passion lui fait oublier de telle sorte toutes les règles de la modestie et de l'équité. Est-ce donc qu'il croit que les jugements injustes, téméraires et déraisonnables, ne soient point criminels, et que les calvinistes soient exceptés de cet arrêt de S. Paul qui déclare que les médisants ne posséderont point le royaume de Dieu.

Les dérèglements d'Edgard n'ayant duré qu'un ou deux ans de sa première jeunesse, savoir depuis l'an 962 jusqu'en l'an 965, et sa pénitence ayant duré sept ans et même davantage, ses boniies œuvres ayant continué touiesa vie, comment M. Claude sailli qu'il ne fit pénitence que d'un de ses crimes? Une personne qui se convertit sérieusement à Dieu, comme lit ce roi, partage-t-elle ses crimes, et en excepté-telle quelques-uns dont elle ne veuille pas faire péni icnce? Cette pensée peut-elle même venir à un homme qui n'ait pas perdu l'esprit? Ainsi encore que les historiens rapportent particulièrement sa pénitence à un certain crime, parce qu'il en fut l'occasion, il est ridicule néanmoins de supposer qu'elle n'eût pas pour objet tous les crimes de sa vie ; qu'il ait voulu excepter gratuitement d'une pénitence capable de lui faire obtenir le pardon de toutes sortes de fautes, des péchés passés dans lesquels il ne continuait plus.

L'accusation que M. Claude forme contre S. Dunstan, et sur laquelle il le condamne d'hypocrisie, n'est pas plus juste. Il était, dit-il, complaisant au roi dans

plus disposé que les autres à embrasser l'opinion de Paschase?

Il tombe dans la même injustice sur le sujet du célibat des prêtres qu'il accuse S. Dunstan d'avoir soutenu dans l'Angleterre par l'expulsion des chanoines incontinents et vicieux; car il sait que ce célibat a toujours été inviolablement gardé dans l'Église d'Occident, que tous les prêtres qui ne l'ont pas voulu observer y ont toujours été déposés, et que cette discipline est si ancienne que l'on n'en voit aucune origine. Car quoique Sirice en ait fait une loi expresse, aussi bien que l'Église d'Afrique qui en fit aussi une dans le même temps, il est visible néanmoins que ce n'était que pour autoriser la discipline ancienne, et non pour en introduire une nouvelle. Et en CiTet quoique les donalisles se fussent séparés de l'Église au commencement du quatrième siècle, et que depuis ce temps-là ils se soient bien donné de garde d'imiter aucune des pratiques nouvelles de l'Église, dont ils s'étaient désunis, jusque-là qu'ils reprochaient à l'Église le nom ol la profession des moines, parce qu'il n'y en avait point encore en Afrique au commencement de leur schisme, il est certain néanmoins que le célibat s'observait parmi les donatisies. Et c'est pourquoi lorsqu'ils se convertissaient l'Église d'Afrique leur conservait leur rang et leur fonction, ce qu'elle n'aurait jamais fait s'ils eussent été mariés.

M. Claude n'est-il donc pas tout-à-fait injuste de faire un crime à S. Dunstan d'avoir fait observer dans l'Angleterre une discipline pratiquée dans l'Église latiiic depuis les apôtres, et qu'ils avouent eux-mêmes cire autorisée par tous les Pères latins ? Et n'est-ce pas se moquer du monde que de vouloir tirer de là une conjecture pour montrer que l'on était fort susceptible au dixième siècle de la présence réelle?

Il est vrai qu'il traite un peu plus honnêtement S. Dunstan que quelques autres ministres ; car au lieu que Balaeus l'appelle execrabile monstrum pour avoir ôlé les concubines aux ecclésiastiques ; et que

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ranniqnciuent répandu ; et ils eurent plus d'égard à rombre même d'une consécration humaine ijuau baptême du Seigneur qui consacre le corps d'une chrélicnne pour en faire le temple du S.-lisprit. Faul-il donc (iiie M. Claude nous oblige sans cesse de lui rc|)roelier des lérnériiés Cl de (aux raisoiincmenls? Sait-il jusqu'à quel point ce roi pcnileul était loiiclié de ses crimes, pour lain; une comparaison si hardie? Sait-il quel jugement il en portail, aussi bien que S. Duiislan? Quand il aurait été plustouclié de son crime avec Elfrile, s'ensuii-il qu'il fût un Iiypocrilc pour cela? N'arrive-l-i: pas souvent que sans cire bypocrile on est plus sensiblement touché de (juclques fautes qui sont accompagnées de cerlaincs circonstances qui frappent les sens, quoique ce ne soient pas toujours les plus grandes? Ne dépend-il pas de Dieu de nous donner quel seiiliment il lui plaît, et de départir, comme dit S. Grégoire, les eaux de la pénitence avec la mesure qu'il veut? El aquas appendil in mensurâ.

Y-a-t-il aussi de la justesse d'esprii à dire , comme fait M. Claude, que ce roi cl cet archevê(iue préférèrent l'ombre d'une consécration au baptême, parcequ'ils punirent plus sévèrement cette faute envers une fille enfermée <hns un monastère que les autres actions de celte nature? Celle fille n'étaii-elle pas baptisée? N'avait-il pas violé par l'outrage qu'il lui avait fait le caractère et la consécration du Baplème aussi bien que dans les autres? Ainsi celte circonstance qu'elle élait voilée était un surcroît qui rend le crime plus grand, et (jui n'empêche pas que tout ce qu'il y a de malice dans ces sortes de fautes ne se rer.conlràt dans celle ac(^n. El ce surcroît est sans doute bien considérable, puisqu'il faut qu'un prince soit exlraordinairement possédé par sa passion pour ariacher, comme il lit, une fille du pied des autels, et pour passer par dessus l'horreur que les lois divines et humaines, la religion et la coutume, impriment de celle action.

Mais il n'y a rien de plus plaisant que de voir M. Claude faire le sévère contre S. Dunslan et le roi Edgard, etlrouverlapénitence imposée à ce roi trop légère et trop douce. Je ne dirai pas, dit-il (p. 6t>i), que ceU.e sévérité de Dunslan ne s'étendit pas fort loin, puisqu'il ne lui ordonna que de s'abstenir sept ans de l'usage du diadème, que les rois ne portent presque jamais qu'au jour de leur sacre; de jeûner quelquefois, et de réciter à certains jours quelques psaumes; ce qui est sortir de ses crimes à bon marché.

Si M. Claude élait un de ces Pères de l'Église qui ont été les plus zélés pour la pénilence et pour l'observation rigoureuse des canons, encore y aurail-H lieu de lui représenter que les rois méritent qu'on ait quelques égards parliculicrs pour eux ; que leur pénitence est si rare et si édifiante tout ensemble qu'ils réparent par leur exemple ce qui man(|ue à leur austérité; (jue S. Ambroise même, dont le zèle et la vigueur ont élé admirés par toute l'Eglise, en prescrivit une beaucoup moindre à l'empereur Tliéodose, ne lui ayant ordonné qu'une pénitence de huit mois, pour

totUe$ ses autres impuretés. Mais comment sait-il qu'il fut complaisant? Ne peut-on s'abstenir de reprendre les rois de leurs fautes que par mollesse et pai' indulgence? N'ya-t-il pas souvent des raisons de prudence qui obligent de les tolérer? Ce qui fait dire à S. Augustin (de Civil. Dei, 1. 1 , c. 9) que quand on s'abstient de reprendre ceux qui font mal , ou parce qu'on attend un temps plus favorable, ou à cause que l'on craint de les rendre pires, et qu'ils n'empêchent que l'on ne profite aux autres, et qu'ils ne les détournent de la foi en les opprimant, il ne semble pas que ce soit un prétexte de lâcheté, mais il semble au contraire que c'est une conduite de charité : « Non videtur esse cupiditatis occasio, sed consilium charitatis.i

Qui a donc dit à M. Claude que ce n'eût pas été par ce motif que S. Dunslan eût toléré le roi Edgard s'il ne l'eût point effectivement repris? Mais de plus, comment M. Claude sait-il que S. Dunslan n'ait point repris Edgard de ses autres fautes? Est-ce que tous hîS avis que les évêques doiment aux rois doivent être écrils par les historiens? Et n'évile-t-on pas au contraire, autant que l'on peut, de faire éclat et d'avoir des lémoins de ces sortes d'actions? El enfin, comment se hasarde-t-il d'avancer une chose qui est , de plus, cerlainement fausse ? Car la Chronique de S. Jean Bromplon remarque expressément que S. Dunslan reprit le roi Edgard pour son second mariage avec Elfrile, qui est l'une des fautes que l'on reproche à Edgard : Beatus Dunstanus, dit cet historien, regem fréquenter monuit quod ipsam dimitleret, ac se ab ejus consoriio penitUs abstineret. Que s'il le reprit de ce dérèglement en ne craignant point de s'exposer à la haine de celte princesse, on peut croire qu'il le reprenait encore plus librement des fautes que ce roi avait moins d'inlérêt de défendre.

Que deviendraient les calvinistes si on les jngenit ■par celle règle, et si on les obligeait de montrer dans les histoires , tous les averiissemenls qu'ils ont donnés aux princes déréglés qu'ils ont parmi eux? Gfolius parlant du prince Maurice dit qu'il élait à la vérité un grand guerrier, mais que ce n'était pas contre sa chair ; Macjnus bellator, sed non contra carnem suam. C'est un langage qu'on entend assez. {)\ie messieurs les ministres fassent donc voir les réj)rimandes qu'ils lui ont faites et les averlissements qu'ils lui ont donnés. Ils y seraient sans doute assez empêchés, car tout ce que l'on en trouve est qu'ils firent ce qu'ils purent pour l'assurer de son salut au temps de sa mort, et que Rivet se pi(iuant du reproche que Grotius leur faisait de celte fausse assurance qu'ils avaient lâché de donner à ce prince déréglé, lui répond bassement, non (lue ces re])roclies étaient faux, mais qu'un des parents de Grotius avait élé surpris en adultère, comme s'il s'agissait de cela, et que l'adultère du parent de Grotius pût servir d'excu'-e aux minisires qui auraient manqué à un devoir si important envers le prince Maurice.

niais, dit M. Claude, ils furent plus touchés du respect d'un voile que de celui du sang juste cruellement et ty-

un crime beaucoup plus grand que ceux du roi Edgard ; et qu'ainsi il y a plulôt lieu de s'élonner de la Éévérité de S. Duiislan que de la reprendre.

Mais il n'y a rien de plus suritronant que de voir que c'est un n)inislre calviniste qui lient ce discours, c'est-à-dire, un homme qui fait profession de croire que toutes ces salisfaclions qu'on impose dans l'Église romaine sont inutiles et injurieuses à Jésus-Chrisl; qu'on n'est obligé d'en faire aucune après les plus grands excès ; que les plus grands crimes ne font pas perdre à ceux de sa secle la qualité d'enfanls de Dieu, parce qu'elle est inamissible ; qu'ils ne leur ôlont pas la certitude absolue de leur salut, et endn, qu'ils vont droit au ciel en mourant; ceux qui ont eu une fois la foi, quehjue abomination (ju'ils aient commise dans la suite de leur vie, ne manquant jamais de dire à Dieu avant que de mourir : Je voudrais bien n'avoir iwint fait (otites ces choses. Je crois que la justice de Christ nicst imputée, et que cela est vrai parce que je le crois ; et en étant quilles pour cela : i ISollem factuin, et credo justitiam Christi mihi imptUari, idque ver7im esse quia id credo. > Avec celte préparation, dit Grolius (in fine voli pro pace, p. 112) en se moquant justement, un calviniste qui aura vécu comme il aura voulu, c'est-àdire, qui aura passé sa. lie dans coules sortes de désordres, ne laisse pas de s'en aller droit au ciel, et douter de cela cest une infidélité infernale : i Clm hoc viatico statiin ille in cœlum evolat, deque eo dubitare stijnice est incredulitatis. )

C'est un homme plein de ces principes, qui s'est obligé de les soutenir, qui ne peut soufi'rir qu'on lui parle d'austérités, qui les traite de Eupijjpslitions dangereuses, qui veut que ce soit ouvrir la porte à loules sortes d'erreurs; c'est cet homme, dis-je, qui Irouve ijue c'est bien peu decliose d'imposer à un roi une péuilonce de sept années, de l'obliger pendant ce icîups à s*» priver des ornements de sa royauté pour s'en reconnaître intérieurement indigne , de jeûner deux jours la semaine à la manière de ce lemps-ià oîi l'on jeûnait encore jusqu'au soir, de faire des lois justes îwur le bon gouvernement de ses peuples, de distribuer aux pauvres ses trésors avec abondance, de bâtir un monastère de vierges, de remédier aux désordres ecclésiastiques; car tout cela y élail compris, comme le témoigne Capgravius et après lui Spelraannus.

M. Claude a-t-il assez songé aux justes réflexions qu'il altirait par une ceiisure si peu raisonnable, et combien il donnait lieu de se souvenir des pharisiens qui imposaient de lourds fardeaux sur les épaules des autres, et ne voulaient pas les remuer du bout du doigt ?

Si tous les autres raisonnements de ce chapitre que J'examine n'ont pas un air si ridicule que celui-là, psrce que la nialiére ne le souffre pas, ils ne sont pas ni. uns déraisonnables dans le fond. L'auteur de la P'iléiuilé dit que le dixième siècle a éié décrié par d.'vcrs motifs, et par les catholiques et par les ministres, les uns bons, la autres mauvais. Il n'a donc pas

assuré que les ministres fussent auteurs de ce décri. Il avoue au contraire que plusieurs auteurs irès-ca- Iholiqucs ont dit que c'était un siècle très-malheureux, plein d'ignorance et de désordre : il dit que les uns sont entrés dans celte opinion par la vue des désordres parliculiers de rÉglise romaine durant ce temps-là, et que les autres n'ont fait que suivre le sentiment de ceux qui en avaient ainsi parlé. L'on reconnaît sans peine que l'auteur de l'Apologie des SS. Pères est do ce nombre. Il n'était point question dans le lieu où il a été parlé du dixième siècle d'examiner ce point de fait, cela ne faisait rien à son sujet; et chacun sait que dans ces sortes de choses il serait injuste de vouloir obliger les auteurs d'examiner à la rigueur tous les fails incidents qu'ils rapportent, et de ne leur permellre jamais de s'en rapporter à l'opinion commune. Biais ce qui est certain est que comme les opinions des hommes ne changent point les faits, et que tous ces auteurs, tant catholiques que calvinistes, n'avaient aucune lumière sur le dixième siècle que nous n'ayons maintenant, et qu'ils en avaient même œoins parce qu'on a découvert dans les bibliothèques des livres d'auteurs du dixième siècle qui ne leur ont pas été connus, ce n'est point par leur simple sentiment qu'un homme habile et judicieux doit juger de la vérité de l'état du dixième siècle, mais par les preuves réelles qui nous en restent. Ainsi il n'y a rien de plus inutile que ce long dénombrement d'auteurs ncuvcaux qui ont décrié le dixième siècle qui remplit plusieurs pages de ce chapitre de M. Claude.

S'il liOus veut obliger à suivre leur sentiment, il foit voir qu'il ne sait pas la règle qu'on doit tenir dans l'examen de ces sortes de malières. S'il en conclut simplement que d'autres que des ministres ont décrié le dixième siècle, il prend une peine fort inutile, puisque c'est ce que l'auleur de la Perpétuité avait non seulement accordé, mais établi. El enfui s'il en veut conclure que les ministres n'ont point abusé de ce décri, qu'ils ne l'ont point porté trop loin, qu'ils n'ont point pris trop à la lettre des proposiiions qui se doivent toujours resserrer dans de justes bornes, cl qu'ils n'en ont pas tiré une fausse conséquence, qui est que la foi avait pu changer au dixième siècle sur le sujet de l'Eucharistie , il conclut encore fort mal ; puisque quand même on n'aurait point justifié le dixième siècle de tous ces reproches qui lui soui fails par des auteurs catholiques, il est certain néanmoins que les ministres en abusent, et que jamais le bon sens ne permettra de supposer ni que l'ignorance fût générale dans toutes les églises du monde, ni quo celte ignorance ail pu étouffer l.i foi du plus conmiuu de lous les mystères, el auquel les chrétiens, et surtout les ecclési;isliques, étaient le plus obligés de s'appliquer par la nécessité de leurs foncticuis. C'esl ce que nous avons montré ailleurs : el il n'est pas nécessaire, quoique M. Claude fasse partout les mêmes fautes, de répéter toujours les mêmes réponses.

11 faut par nécessité passer légèrement sur quantité de faux laisoimcmcnls, de fautes dans riiisioirc et de

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