DEPUIS L'AN 890 JUSQU'AU SIÈCLE XL
siècle était déréglé? S'ils étaient tels, pourquoi se plaint-il qu'on les ail chassés?
Mais laissant à part cette contradiction visible, cou)ment justi(iera-t-il qu'on ne lût point l'Évangile dans l'Angleterre au dixième siècle, et que les religieux qui furent substitués en la place de ces ecclé.siastiqnes déiéglés éiaicnl d'accord de les laisser en repos? Qie s'il ne le peut justifier, comment ose-l-il avancer ces sortes de discours dontla léniérité. l'injustice et remportement sont si visibles? Croit- il donc que les mensonges et les calonniics soient des embellissements de rhétorique, ou que ce ne soit point une calonmie d'accuser en l'air, sans preuves, sans fondement, sans apparence, un grand nombre de religieux cl de saints évêques qu'il ne connaît par aucune autre marque sinon (ju'on les mil en la place de ces ecclésiastiques déréL:,lés, de n'avoir ni prêché, ni entendu, ni lu l'Évangile.
Tout le reste est plein de semblables faussetés, tantôt plus hardies, cl lanlôt plus cachées.
11 dit en nu endroit (p. GoO) que le p:ipe Alexandre Vil a fail depuis peu de l'opinion de S. Bernard touchant la conception tuic hérésie qu'ilacond;;mnée. Cependant le contraire paraît par la bulle même qui porte cxprcssénient que cette opinion n'est point de foi ; tant M. Claude a peu de soin de sauver môme les apparences.
Il est un peu plus excusable en ce qu'il dit du concile de Rome où il prétend que l'on (it ces décisions qui s'appellent diclatus papœ, parce que le cardinal Daionius le dit aussi bien que lui. Mais il est vrai néanmoins qu'il n'y a nulle apparence que ces articles aient été dressés dans un concile, et qu'il est beaucoup plus vraisemblable qu'ils ont été recueillis des lettres de Grégoire Vil par ses ennemis qui les ont aigries et envenimées auiant qu'ils ont pu.
Mais quoi qu'il en soil de tous ces faits, cl soit qu'on les suppose vrais ou faux, ils sont également inutiles à M. Claude, car il ne conclura jamais de tout cela que la créance de la présence réelle ait pu s'introduire au dixième siècle. C'est ponnjnoi je laisse encore d'antres faits qui nous arièliraient trop longtemps po;.r ne m'attaclier plus (lu'à trois conséquences de l'auteur de la Perpétuité , qu'il attaque et qu'il traite avec un mépris affecté dont il couvre ordinairement sa faiblesse.
L'auteur de la Perpétuité conclut d'un passage d'Adelman, depuis évêque de Bresse, qui écrivit à Bérenger l'an 1035 que le bruit s'était répandu dans l'Allemagne qu'il s'était séparé de l'unité de l'Eglise, et qu'il avait des sentimenls du corps et du sang du Seigneur contraires à la foi catholique; il conclut, dis-je, que les Allemands élaient donc tous en ce temps-là dans les sentiments de la présence réelle. El il conclut de ce senliment des Allemands (ju'ils y avaient doncéîé instruits par les saints évêques du dixième siècle. Ces deux conclusions paraissent assez justes; néanmoins il plaît à M. Claude de s'en moquer. !S'est-ce pas /«, dit il (p. 078), uneprevve admirable? C'était au pii-
aller les disciples de Pascliase qui faisaietit courir ce bruit, et Adelman le débile comme bon lui semble. Et pour former le jugement public par une décision relie cl précise : // faut, dit-il, être bien dénué de vreuves pour en produire de si pitoyables. Mais il aurait mieux lait de marquer un peu plus dislinclcnicnl ce qu'il trouve de si pitoyable dans celte preuve. Car s'il y avait eu effectivemcnl en Allemagne des gens qui enseignassent que le corps de Jésus-Clirist ne fût présent dans rEuchiirislie qu'en ligure ou en vertu, qui s'y opposassent aux paschasistes, pourquoi la nouvelle de l'hérésie de Dérenger y aurait-elle surpris le monde? Une erreur que l'on débite en France surprend-elle des étrangers lorsqu'elle s'enseigne effectivomeiil parmi eux, et qu'elle s'y est toujours enseignée? Est-on étonné en Hollande que M. Claude écrive en France pour le calvinisme? Allribue-l-on celte erreur à un auteur étranger lorsqu'elle a des défenseurs dans le pays même? Et Adelman qui apprit les nouvelles de l'hérésie de Bérenger parmi les Allemands, n'y aurait-il pas plutôt appris des nouvelles de ceux qui l'auraient de tout temps soutenue en Allemagne.
Ce passage fait donc voir clairement qu' Adelman présent en Allemagne, vivant avec les Allemands, n'a point cru qu'il y eût parmi eux aucuns sectateurs de l'hérésie de Bérenger ; et s'il ne l'a point cru , comment le pourrait-on croire? El qui ne s'arrêterait plutôt au témoignage d'Adelman , auleur contemporain , qui ne parle que de ce qu'il voyait, qu'à fclui de M. Claude qui lui donne six cents ans après un démenti téméraire et fondé sur sa seule fantaisie? Qui ne sait que le témoignage positif d'un auleur présent sur une chose publique , laquelle il n'eût pu avancer sans une effronterie qui fût retombée sur lui , et qui n'est contredit par aucune preuve contraire, doit passer pour certain ; et que c'est ignorer toutes les règles du bon sens que de penser les détruire en y opposant seulement un reproche en l'air , que peutêtre il pailait selon son préjugé?
Que s'il est vrai que du temps d'Adelman Ions les Allemands fussent dans la doctrine de la présence réelle , est-ce encore une conséquence pitoyable que d'en conclure qu'ils avaient donc élé instruils dans cette créance par tous les grands évêques du dixième siècle? Car auraient-ils embrassé d'eux-mêmes universellement cette doctrine pendant l'espace de trentecinq ans , lorsqu'un grand nombre de ces évoques vlifait encore? Et serait il possible qu'on eût gardé parmi eux un secret si inviolable, qu'aucun d'eux n'eût averti les bérengariens qu'à la vérité toute l'Alicmagne leur était présentement contraire , mais qu'il était vrai que leurs pères avaient été dans la même créance qu'eux? Il ne fallait pour cela qu'un seul Allemand perverti , pour donner sujet aux bérengariens de se glorifier du consentement du dixième siècle par l'avis qu'il leur en avait donné. Or il est certain qu'il y en a eu, et il est certain encore que jamais les bérengariens n'ont osé avancer celte rêverie que
M. Claude ose publier si h&rdimcnt six cents ans après.
C'est par la même témérité qu'il prétend éluder l'argument que l'auteur de la Perpétuité a tiré de tant de nations nouvellement converties par les Allemands , qui so sont toutes trouvées au temps de Bérenger dans la foi delà présence réelle. Car M. Claude s'imagine toujours qu'il n'y a qu'à faire des hypothèses en l'air, sans regarder jamais si elles s'accordent avec le sens commun. L'auteur, dit-il (p. 075) , se souviendra de ce qu'il nous disait dans la première partie de sa réfutation , que les propagateurs de la reli' gion chrétienne r ont l'ait recevoir tout entière avec tous les dogmes qui la composent , non par voie de discussion, ynais par voie d"'autorité , sans s'arrêter à rexplication particulière de chacun de ces articles. J'applique cela fort bien aux conversions du dixième siècle, c'est-à-dire, qu'on établit la religion chrétienne en général au milieu des barbares. On se contenta de leur enseigner les doctrines fondamentales , l'unité de Dieu, la Trinité des personnes, etc.; on établit parmi eux la forme du culte extérieur, mais il n'y « point d'apparence qu'on les allât entretenir des questions de la présence ou de l'absence réelle.
Il est vrai qu'elles demeurèrent attachées à l'Église de Rome quand celle-ci condamna Bérenger , mais il ne s'ensuit pas qu'elles eussent reçu dès le commencement la présence réelle, et qu'elles s'en trouvassent en possession. Il suffit qu'elles eussent reçu le christianisme en général avec la soumission au siège romain pour ne s'élever pas contre une détermination que les pap.s firent de leur propre autorité.
Tout ce discours est fondé sur ces deux hypotlièses , 1° que l'on n'enseigna à ces nations converties que la doctrine chrétienne en général , sans leur parler de la présence ni de l'absence réelle. 2° Que le pape ayant décidé la présence réelle , elles l'embrassèrent sans contradiction, quoiqu'elles ne la crussent pas auparavant. Les preuves de ces deux hypothèses sont que l'auteur de la Perpétuité dit la même chose de ceua qui ont établi la religion chrétienne ; 5° qu'il n'y a poim d'apparence qu'on ail entretenu ces nations de la pré sence ou de l'absence réelle.. C'est l'analyse du dis cours de M. Claude, et celle analyse fait voir qu'on n'en peut guère faire de moins raisonnable.
Il est faux premièrement que jamais l'auleur de la Perpétuité ail prétendu enseigner qu'on ail pu établii le christianisme en aucun lieu sans y instruire distinctement les chrétiens du mystère de l'Eucharistie, M. Claude sait bien en sa conscience qu'il prend u.-i fondement tout contraire , et qu'il suppose que tous les fidèles en ont toujours eu une connaissance distincte. Il abuse donc de mauvaise foi des paroles qu'il en cite , qui parlent non de rétablissement entier do la religion chrétienne lorsqu'il s'agit d'instruire les fidèles de tout ce qu'ils doivent croire , mais des premières instructions que l'on donne à ceux qui ne l'ont pas encore reçue, qui sont les seules qui aient clé connues aux païens. Il est vrai à l'égard de celle ci
961 LIV. IX. EXAM. DE LA CROYANCE DE L'EGL. DEPUIS L'AN 890 JUSQU'AU SItCLE XI 9f,2 que Ton ne s'arrête pas à prouver et à expliquer eu Comment M. Claude prélcnd-il donc pouvoir ren-
particulier tous les dogmes , mais il est ridicule de verser tous ces faits liés ensemble et qui se confirmi-nl penser qu'après que l'on avait porté les hommes à mutuellement par un songe aussi peu vraisemithihie
embrasser cette religion , et qu'on les avait fait résoudre à recevoir le baptême , on ne leur expliquât pas ensuite ce qu'ils devaient croire de l'Eucharistie. Si M. Claude n'a pas vu que c'était en cette manière qu'il fallait prendre les paroles de l'auteur de la Perpétuité , on se peut plaindre avec raision de son peu d'intelligence ; et s'il l'a vu, on a encore plus de sujet de se plaindre de son peu de sincérité.
C'est ce qui sert de réponse à ce qu'il avance ensuite qu'il n'y a point d'apparence qu'on les allât entretenir des questions de la présence ou absence réelle, car il est clair au contraire qu'il est sans apparence qu'ayant dû préparer tous les fidèles à recevoir l'Eucharistie, ayant dû leur faire concevoir la grandeur du crime de ceux qui communient indignement, comme étant coupables du corps et du sang du Seigneur, ayant dû apprendre à tous les ecclésiastiques la manière de célébrer les mystères et de les distribuer aux peuples, ils ne leur aient pas dit ce que c'était que ce mystère, et pourquoi ils appelaient si souvent le pain et le vin le corps et le sang de Jésus- Christ, et qu'ils ne leur fissent pas entendre le sens de ces expressions ordinaires, que t Eucharistie est le vrai et le propre corps de Jésus-Christ ; que le pain est changé au corps de Jésus-Christ. Cette négligence n'est pas humaine, et il est impossible de la concevoir ni dans ceux qui ont travaillé à la conversion de ces peuples, ni dans les minisires qu'ils ont choisis d'entre ces peuples. Et il est encore moins possible que s'ils n'eussent jamais appris de ces premiers prédicateurs autre chose de ce mystère, sinon que le pain et le vin étaient les signes sacrés du corps de Jésus. Christ, une décision du pape les eût fait changer universellement de sentiment sans contradiction, sans soulèvement, sans bruit, sans contestation ; que tant d'évêques, d'ecclésiastiques, de laïques, nourris dans une doctrine différente, eussent renoncé si facilement à toutes leurs lumières et à toutes leurs préoccupalions. M. Claude ne connaît point du tout les hommes, s'il croit cela possible; et il est bien étrange qu'il ose avancer une chose si hors d'apparence.
Car voici trois vérités de fait qui ne peuvent être contestées. La première, que dans tontes ces provinces converties durant ce siècle, c'est-à-dire dans la Hongrie, la Pologne, la Transylvanie, la Prusse, le Danemark, la Norwège , la Suède, la fîasse-Alleniagne, il n'y eut aucun trouble sur le sujet de la picsence réelle au temps de Bérenger, et qu'elles demeurèrent toutes constamment unies avec l'Église romaine; la seconde, que nul bérengarien n'a osé avancer que ces églises fussent de son opinion ; la troisième, que tous les auteurs callioliques de ces temps-là ont écrit saiis exception que toutes les églises chrétiennes étaient dans la doctrine de la présence réelle , et qu'ils n'ont point été démentis sur ce point par qui que ce soit.
qu'est celui de dire, sans preuve; que toutes ces nations ne connaissaient la doctrine de l'Eucharislie qu'eu général, et qu'elles embrassèrent celle de la présence réelle quand le pape l'eut décidée.
M. Claude ne songe point du tout, quand il (ail une hypothèse , aux suites qu'elle a ni aux inconvénients où il s'engage; il lui suffit qu'il puisse échapper pour un moment. Il n'a pas pensé que les apôtres de ces nations élaient Allemands, et que par conséquent les preuves qui font voir que Ton croyait en Allemagne la présence réelle au dixième siècle font voir que c'était la créance de ces prédicateurs apostoliques. Il n'a pas pensé qu'il dit que le siège de Rome a reçu la doctrine de la présence réelle au dixième siècle, et que cependant plusieurs de ceux qui ont travaillé à la conversion de ces peuples, comme S. Adelbcrt et S. Boniface, y avaient été envoyés par le pape. Or comme ils avaient élé longtemps à Rome, ils ne pouvaient avoir d'autre doctrine que celle qu'on y tenait. Il n'a pas pensé qu'il nous représente le dixième siècle comme étant celui du progrès de l'opinion de Paschase, et qu'ainsi il est impossible que dans un temps où elle devait, selon lui, être rubjct de tant de discours et du zèle de tant de personnes , ces apôtres des nations seplenlrionales si zélés pour la religion n'y aient pris part, et par conséquenUqu'ils n'aient enseigné distinctement une opinion dont ils élaient occupés et qu'ils croyaient importante. Il n'a pas pensé aux absurdités insupportables qu'il y a à sup|)oser qu'ils aient établi un sacrifice, des ministres, une Liturgie semblable à celle de l'Églii-e romaine; qu'ils aient appliqué des personnes à des fonctions qu'ils leur ont représenlécs comme très-grandes ; qu'ils les aient obligées à se servir de certaines paroles, et qu'ils ne leur aient jamais dit le sens de ces paroIes,la tin de ces fonctions, ni ce que voulait dire tout cet appareil qui devait faire leur principale occupation. Tout cela n'est rien à M. Claude, pourvu qu'il se flatte d'avoir répondu, et que l'on ne dise pas qu'il est demeuré d'accord de bonne foi de quelque chose.
J'ai peine à m'arrcler à ce qu'il dit sur la con'^régation de Chiny, parce que ce n'est qu'une répélitidu des mêmes absurdités, qui sont daulant plus inutiles à M. Claude que nous avons prouvé en particulier la créance de S. Odilon et de S. Odon siu- la piésence réelle, et qu'ainsi il n'y a plus lieu de disputer qu'ils n'aient été de notre senlimenl. S. Odon est disciple de Paschase, il en fait une profession pul)li(pic ; mais il n'a jamais pensé qu'il y eût ni dans sa congrégaiion ni dans l'Église aucune personne qui ne le fût pas, cl qui doutât du mystère de l'Hucliaristie. S. Odilon est un adorateur de l'Eucharisiie, comme il paraît par ce que nous en avons rapporté. L'un a vécu au neuvième et au dixième siècles, l'autre dans le dixième et dans le onzième ; et tous les deux se touchent par le moyen de gens de leur congrégation même qui ont ap|)arem. ment vu i'un et l'autre.
963 PEUPEfUÎTE DE LA FOI TOUCHANT L'ElJCIlARISiriE.
11 n'appartient qu'à M. ClauJe de séparer par une do l'opinion de Pascliase que ceux de l'opinion des hypothèse fantastique des personnes qui ont toujours calvinistes, qui ne se peuvent ignorer? En quoi donc
vécu ensemble sans aucune marque de diversité de sciitimcnt, qui s'entroregardaient non seulement comme des frères, mais comme des saints; et il est le seul qui ne voie pas que, quoique les successeurs dans une même place ne suivent pas toujours les sentiments de leurs prédécesseurs, et que les disciples ne gaident pas toujours la tradition de leurs maîtres , ce que l'auleiir de la Perpétuité n'a jamais dit, il est ridicule néanmoins de séparer les sentiments des maîtres et des disciples, lorsqu'il n'y a aucune trace ni aucun vestige de celle diversité de sentiments, et que la chose est de telle importance, qu'il ne serait pas possible que cette diversité n'etit éclaté. Un sentiment ])hiIosopbique du disciple ne conclut pas , à la vérité , que son maître ait été de même opinion , mais lorsqu'il s'agit d'un dogme important dans une matière commune et populaire, et qu'il ne paraît point que les disciples se soient élevés contre les maîtres, et qu'il y ail eu différence d'opinion entre eux, on a droit de conclure le sentiment des maîtres de celui des discil'ies. La raison le permet dans ces circonstances, et la foi l'aulorise , puisque c'est le fondement de la tradition, par laquelle les Pères ont réfuté toutes les hérésies.
C'est en vain enfin que M. Claude s'attache, à la (in de son chapitre, à ce qu'on a dit qu'un seul homme eût été capable de découvrir l'innovation insensible s'il s'en était fait au dixième siècle , et même de l'empêcher ; et qu'il nous réplique (p. 681) que c'est le prendre pour un homme de l'aulre monde de lui vouloir ■persuader qu'en un siècle troublé de guerres , confus et corrompu , ignorant et superstitieux , un seul homme eût été capable d'arrêter les progrès de l'opinion de Paschase , supposé qu'elle fût nouvelle. Car c'est lui-même qui nous prend pour des gens de l'autre monde en croyant qu'on se laissera tromper par un sa petit artifice. On hii a dit deux choses : l'une , qu'un seul homme eût été capable de découvrir cette innovation ; l'autre , qu'il eût été capable de l'empêcher. 11 n'a rien répondu sur la première , car il est certain qu'un seul homme sufiit pour découvrir une innovalion. D'où vient donc qu'il ne s'est pas trouvé un seul homme dans toute la terre qui nous l'ait découverte ? Cette question embarrasse M. Claude ; tous ses exemples lui ont manqué, et ainsi il a trouvé à propos de s'en démêler par le silence.
Mais je lui soutiens de plus que ce seul homme eût été capable d'empêcher ce prétendu progrès. Car pourquoi ne l'aurait-il pas empêché? Il avait tout pour lui , .selon M. Claude , la raison , l'autorité , la multitude. 11 n'avait contre lui aucun décret ni aucun concile , selon lui-même. Par quoi donc aurait-il été surmonté ? Ces pasciiasistes étaient-ils si redoutables? Ces gens déréglés dont M. Claude veut que le dixième siècle ait été rempli, étaient-ils si disposés à écouter une doctrine si contraire à leur raison ? Ces ignorants n'iguoraient-ils pas encoie davantage les fondements
aurait-il pu être plus faible que les défenseurs de l'opinion contraire? Mais il n'est pas question s'il eût ou s'il n'eût pas empêché le progrès de ces paschasisles ; qu'il eût succombé, si M. Claude le veut, mais au moins aurions-nous été avertis de sa résistance , au moins en aurait-il excité quelques autres ; et ainsi nous verrions quelques traces de ce changement, au lieu que nous n'en voyons aucune.
C'est tout ce que je répondrai présentement à C3 long chapitre; et c'est beaucoup plus qu'il n'en faut pour renverser cet amas de faits inutiles et de fausses conséquences dont il est tout composé. El pour les reproches de politique qu'il fait à l'auleur de la Perpétuité à la fin de son chapitre, il y aura lieu d'en traiter plus aniidement dans le onzième livre , et de faire voir à M. Claude que son procédé ne blesse pas seulement la charité , mais aussi la justice , qui se devrait pratiquer à l'égard des païens et des Turcs, et l'iiOBnêtelé qui s'observe dans le monde entre toutes les personnes d'honneur.