‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 259 sur 335 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

CONTENANT LES CONSÉQUENCES QUI SUIVENT NÉCESSAIREMENT ^^^ CONSENTE- MENT DE TOUTES LES SOCIÉTÉS CHRÉTIENNES DANS LE ^^^GME LE LA PRE- SENCE RÉELLE, DE LA TRANSSUBSTANTIATION, ET DES AUTRES POINIS Ql}h L'ON A PROUVÉS.

comme j'ai fait, la vérité de toutes les suppositions de cet auteur, et la solidité de la consi^qiience qu'il en tire , qui est l'impossibilité de ce prétendu changement. Mais comme je n'ai p;>s teuleinei.i en vue le livre de M. Claude, et que ma |)rincipaic intention a été de mettre encore en un plus grand jour la preuve du livre de la Perpétuité, je crois devoir représenter en un livre particulier les conséquences qui en naissent, et les éclaircissements qu'on en peut tirer, pour renverser les raisonnemenls des calvinistes, et poui fortifier les preuves des calholiques.

La première de ces conséquences est d'autant plus considérable, qu'elle ruine d'abord le principal fondement des calvinistes, et qu'elle retranche une infinilë de contestations et de chicaneries imporiuucs, qui , accablant l'esprit, font perdre de vue la vérité.

Ceux qui ont quelque connaissance de la manière dont les sacramentaiies attaquent la doctrine de l'É.-

CIIAPITRE PREMIER.

Première conséquence : Que le consentement de toutes tes églises chrétiennes dans la foi de la présence réelle, explique et détermine le sens des paroles de rinstilution du S. Sacrement.

Je crois pouvoir dire, après ce que l'on a vu dans les livres précédents, que j'ai satisfait à tout ce que M. Claude peut justement demander d'une personne qui a entrepris de défendre le livre de la Perpétuité ; étant visible que ce dessein n'oblige qu'à montrer que l'auteur de ce traité a eu raison de prétendre que le changement que les ministres supposent être arrivé dans la doclriue de l'Eucharistie durant les neuvième et dixième siècles, est faux, chimérique et impossible ; et que les preuves dont il s'est servi pour le montrer , sont solides et convaincantes. Or c'est à quoi l'on a satisfait pleinement , en prouvant ,

PERPÉTUITÉ DE lA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE. 080

plisc sur ce mystère, savent qu'ils font d'ordinaire leurs plus grands efforls pour tourner à leur sens les l>aroIes par lesquelles Jésus-Christ Ta institué, et que c'est à quoi ils lâclienl de réduire la question. Ils font de longs traiiés composés d'une infinité d'arguments métaphysiques , pour trouver leurs sentiments dans ces paroles : Ceci est won corps ; ils emploient de grands diseours pour expliquer séparément chaque terme ; le mot de ceci, le mot est, le mot de corps; et tout cela aboutit à persuader qu'il ne faut pas prendre simplement ces termes, mais qu'il faut les entendre dans un sens figuré et métaphorique , en supposant que Jésus-Christ nous a voulu seulement enseigner par là qu'il rendait le pain la figure de son corps.

Comme il n'y a rien de plus vague et de moins certain que tous ces raisonnements, qui n'ont que des principes obscurs et abstraits, ils ne se sont accordés entre eux que dans le dessein de combattre la doctrine de l'Église; et quand il a été question d'expliquer le sens de ces paroles, ils sont tombés dans la confusion d'une infinité de différentes explications. Les uns ont mis la figure dans le mot est, les autres dans l'altiibut de corps. Les uns y ont mis une sorte de figure, les autres une autre; et par le différent assemblage des explications qu'ils ont données à chacun des termes, ils ont produit une extrême variété de sens différents. C'est ce qui est inévitable toutes les fois que l'on veut régler par des raisonnements et par des réflexions philosophiques les choses dont on doit juger par l'impression simple, et par le bon sens. On s'éblouit et l'on se perd dans ces pensées métaphysiques; on cesse d'entendre ce que l'on entendait auparavant; et ce qui ne donne aucime peine à ceux qui ne philosophent point, et qui suivent simplement la nature et le sens commun dans rinlelligence des termes, devient obscur et inexplicable, quand on en fait l'objet de ces sortes de spéculations. Quand Jésus-Christ, p:ir exemple, dit au Lazare mort : Lazare, sortez dehors, personne n'a de peine à entendre que l'effet de ces paroles devait être de faire sortir Laz^ire du tombeau ; et il nous semble , en les lisant simplement, que nous le voyons qui se lève, et qui obéit à la voix de Jésus-Christ. Mais si en quittant cette impression simple et claire, nous nous amusons à philosopher sur ces termes, il ne nous sera pas difficile de nous embarrasser nous-mêmes. Car qui sera ce Lazare à qui Jésus Christ parle? Sera ce l'âme? mais elle n'est pas Lazare. Sera-ce le corps ? mais il mérite encore moins ce nom. Sera-ce le corps et l'âme joints ensemble ? mais quand Jésus-Christ prononça cette parole, ils n'étaient pas encore réunis. Ainsi ce Lazare était un néant. Or un néant est incapable de sortir du tombeau. Jésus-Christ parlait-il donc à un néant? Ou faut-il supposer qu'il était déjà ressuscité lorsque Jésus-Christ prononça ces mots? Était-ce un Lazare actuel, ou un Lazare possible? Ces mots avaient-ils un sens parfait avant raccomplissement de la proposition, ou n'avaient-ils qu'un sens suspendu?

C'est ainsi que les hommes s'embrouillent par leurs vains raisonnements. Mais qu'on fasse taire ces raisonnements, et qu'on se réduise à l'impression simple que les paroles forment dans l'esprit, et l'on verra tout le monde réuni dans la même idée, et dans la même explication.

C'est sans doute la règle la plus sûre pour juger du sens de ces paroles de Jésus-Chrisl, ceci est mon corps^ que l'on a rendues le sujet de tant de contestatious. Tant qu'on en fera la matière de di'^putes subtiles, de raisonnements abstraits, on ne verra jamais la fin des contestations, on entassera question sur question, difficulté sur difficulté, et après tout cela on ne sera jamais assuré d'en avoir rencontré le vrai sens. Car enfin, il est certain que Jésus-Christ n'a point parlé pour n'être entendu que par des philosophes et des métaphysiciens; ce sont au contraire les derniers de ceux à qui il a voulu faire entendre ces divines vérités, parce que ce sont ceux dont les voies sont plus opposées aux voies de la foi. Il a prétendu que sa religion serait suivie par une infinité de gens simples, de femmes, d'enfants, de personnes qui raisonnent peu, et qui n'approfondissent pas les choses. Qui peut donc douter qu'il ne faille juger du sens de ces paroles fondamentales, destinées à les instruire de la foi de ce mystère, et qui ne sont point expliquées par d'autres plus claires et plus précises, par cette impression générale et commune que toutes ces personnes reçoivent sans tant de réflexions ; et qu'ainsi ces impressions communes ne soient la règle du sens de ces paroles, ceci est mon corps; puisque autrement il s'ensuivrait que Jésus-Christ aurait porté à l'erreur tous ceux qui, suivant la nature et le sens commun, seraient entrés de bonne foi dans cette pensée, que les paroles impriment naturellement?

Il ne s'agit donc que de trouver l'impression simple et naturelle que l'Église a reçue par ces paroles-là. Or quel moyen plus propre pourrait-on choisir pour reconnaître ce sens, que l'on prend dans ces paroles sans philosophie et sans métaphysique, en suivant simplement la nature et le sens commun, que de consulter le sens où elles ont été prises effectivement, durant mille années, par tous les chrétiens du monde qui n'ont point pris de part à nos disputes? Et c'est ce que l'on voit par le consentement de toutes les sociétés chrétiennes dans la foi de la présence réelle, que nous avons prouvée avec tant d'étendue dans ce volume; car il est clair qu'elles ne sont entrées dans cette créance, qu'en prenant les paroles de l'institution du S. Sacrement dans le sens littéral, et en entendant qu'après la consécration le pain devenait le vrai corps de Jésus-Christ. Ils ne se sont point amusés à philosopher sur le sens du mot ceci, sur le sens du mot est, sur le sens du mot de corps : ils n'ont point étudié les tropes et les figures; mais sans tant dedélours et tant de réflexions, ils ont tous compris que c'était le corps même de Jésus-Christ ; c'est ce que ces paroles ont formé dans leur esprit; c'est ce qu'ils ont exprimé par leurs professions de foi.

OSl LIY. X. CONSÉQUENCES DE L'ACCORD

M. C'aude et plusieurs autres ministres nous voudraient bien persuader, s'ils pouvaient, qu'il n'y a rien de si naturel que le sens de figure qu'ils donnent à ces paroles de Jésus Christ ; car quand il ne s'agit que d'assurer hardiment les choses, et de faire paraître de la confiance, ces messieurs ne se trouvent jamais embarrassés. Je veux bien néanmoins souffrir . en ce point leur peu de sincérité. J'abandonne tous mes avantages pour les traiter favorablement; j'écoute ce qu'ils disent, et je n'en veux pas môme juger par mon impression, qui condamne leur sens, et qui le trouve sans apparence; je leur permets de dire qu'elle vient de l'accoutumance, ou de plusieurs réflexions fausses. Mais qu'ils se fassent aussi la même justice ; qu'ils entrent dans une juste défiance de tous leurs raisonnements , et qu'ils souffrent qu'on remette la décision de cette dispute à l'expérience même. Je consulte donc, non mon impre^ion, ni la leur, mais celle de zcnx qui n'ont point de part à nos disputes ; et je trouve que ce sens de figure qu'ils appellent naturel et facile , n'est jamais venu dans l'esprit, mille ans durant, d'aucun de ceux qui ont suivi le sens de ces paroles. Je conclus donc qu'ils se trompent, et que leur philosophie est vaine. Un si horrible mécompte dans leurs mesures, les devrait instruire qu'il faut bien que tous leurs arguments soient faux, et que leurs voies soient trompeuses ; et je ne vois rien de plus déraisonnable, que de vouloir continuer à suivre des guides qui les éloignent si étrangement de la nature et de la vraie règle des expressions. Car puisque le véritable sens des paroles de Jésus-Christ est sans doute celui qu'il a eu intention de signifier par ces paroles, et que le sens auquel ces paroles devaient être prises, n'était pas inconnu à Jésus-Clirist, y at-il à douter qu'il n'ait eu plutôt intention d'exprimer le sens auquel elles ont été prises effectivement par tous les chrétiens du monde, que celui auquel elles ont été entendues dans les derniers temps par un petit nombre de philosophes bérengariens et calvinistes?

Il faut considérer sur ce sujet qu'il y a une extrême différence entre les paroles de Jésus-Christ et celles des hommes. Lorsque les hommes parlent aux hommes, ils n'ont point d'ordinaire d'autre vue que de se faire entendre à ceux qui les écoulent dans le temps présent, dont le nombre est toujours assez borné; et comme ils ne pénètrent pas dans leur esprit, ils ne peuvent juger précisément de l'impression que leurs paroles y font, que par le sens même des paroles. Mais Jésus-Christ étant Dieu et homme, et ayant eu dessein d'instruire tous les chrétiens qui devaient naître dans la suite de tous les temps , par les paroles sacrées qu'il a prononcées durant sa vie mortelle, il parlait à tous les chrétiens en parlant à ceux qui Técoulaient; il les avait tous présents dans l'esprit; il savait l'impression que ces paroles y feraient, et le sens qu'ils y donneraient ; il savait qu'en prononçant ces paroles, ceci est mon corps, il imprimerait dans lo'.is les chrétiens du monde celle idée et ce sens, que

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