PART. II. CIIAP. Y. EXAMEN
sentcmenl comme des images de celle de Jésus-Christ, et à qui l'on donne simplement le nom de croix, toieiil réelienienl el substantiellement changées eu la vraie croix de Jésus-Christ. On chante tous les ans dans les églises, le vendredi s.iint : Ecce lignum crucis, t voilà le bois de la croix, > quoique ce soit souvent une croix d'argent ou d'autre matière qui est cnire les mains du prêtre, et néanmoins cette expression n':t jamais persuadé à personne* que ces croix auxquelles on applique ces paroles soient réellement !:) croix où Jésus-Christ a été effectivement attaché. L'auleur de la réponse croit-il que s'il prenait fantaisie à (piolqu'im d'avancer celte extravagance, et de soutenir que par la vertu de ces paroles : Ecce lignum crncis, ces croix d'argent ou d'autre matière sont changées dans la croix même de Jésus-Christ ; croil-il, dis-je, que celle folie trouvât l'Église endormie, et qu'elle pûise répandre parmi les fidèles, sans que personne s'en aperçût? El ne doit-il pas au contraire reconnaître que l'idée très-distincte que tous les catholiques ont que ces croix que l'on fait ne sont pas la vraie croix, mais qu'elles en sont seulement l'image, leur ferait tout d'un coup reconnaître, rejeter el délester celle erreur nou\ elle qu'on voudrait semer? Qu'il juge par cet exemple combien il était impossible que si lous Ic-s fidèles de l'ancienne Église eussent regardé l'Eucharistie comme nous regardons les croix de nos églises, c'est-à-dire, comme une image sacrée du corps de Jésus-Clirisl, et non comme le corps de Jésus-Clirisl, ils eussent reçu sans contradiction, sans résistance et sans bruit la nouvelle opinion de ceux qui leur auraient voulu persuader que ce qu'ils avaient cru jusqu'alors n'être que l'image du corps et du sang de Jésus-Chrisl, était dans la vérité le corps et le sang de Jésus-Christ.
En un mol, l'Église n'est jamais endormie à l'égard de ceux qui choquent directement ses vérités capitales, dont les fidèles ont une créance distincte , et ce sommeil dont parle l'auteur ne peut se concevoir tout au plus qu au regard de certaines conséquences de sa doctrine , qui ne sont connues que d'un petit nombre de théologiens habiles, et qui peuvent ainsi être attaquées avec moins d'éclat. Mais il est absolument impossible de loucher aux vérités populaires , sans soulever le peuple, et causer des scandales et des tumultes. L'Eucharistie ayant toujours été de ce genre, el étant, pour le dire ainsi, le mystère de lous le plus populaire , puisque nul des fidèles n'a pu l'ignorer, c'est aussi celui dans lequel il est moins possible qu'il soit arrivé un changement insensible de créance.
Mais comme l'auteur nous promet un grand éclaircissement dans sa troisième conjecture , il est important de l'examiner.