LIV. X. CONSÉQUENCES DE L'ACCORD DES
à s'en servir sans préjudice de leur senlimont, n'anral-elle pas pu produire le même effet dans les premiers siècles? El enfin quelle difficulté y a t-il à entendre ces termes dans les Pères des premiers siècles, en un sens qui ne blesse point la doctrine catholique, si ce sens se trouve autorisé par le consentement et par l'usage des dix siècles suivants? Y a-l-il au contraire une manière plus naturelle de résoudre les dilTicultés? Cependant, par cette règle, une grande partie des objections des ministres tombe par terre. Ils nous opposent, par exemple, que l'on doime souvent dans les Pères , à TEucharislie , le nom de pain et de vin, de fruit de la vigne, etc. Mais on leur répond que ce même langage se trouve dans tous les Grecs et les Latins des derniers siècles, comme on le peut voir en divers endroits de cet ouvrage, et surtout dans le huitième livre ; et sans allor chercher bien loin des exemples, en voici un formel de l'archevêque de Gaza, qui déclare, d'une part, très-nettement dans son écrit, qu'il ne reste pas dans- l'Eucharistie la moindre partie de la matière du pain , et qui ne laisse pas de dire, de l'autre , que le cori)s de Jésus-Christ est dans le pain et le vin, comme dans un sacrement : l» pane et vino tanquàm in sacrameuto. Pierre de Sicile dit, comme nous avons vu, ([ue Jésus-Chrisl donna de vrai pain à ses disciples; et cependant il n'y a rien de plus formel que cet auteur pour la transsubsiantiaiiun, comme nous l'avons montré.
Les ministres abusent ordinairement des passages des Pères, où il est dit que l'Eucharistie n'est pas un pain commun, un simple p;iin, comme parlent S.Justin, S. Irénée et S. Cyrille de Jérusalem. Mais l'archevêque de Gaza dit, aussi bien que ces Pères , que rEucliarisiie n'est pas un pain commun, comme celui que l'on mange; ni un vin commun, comme celui que l'on boit d'ordinaire ; que c'est vraiment un pain qui sanctifie ceux qui le reçoivent : « Non est punis isle communis qui guslalur, non est vinum usuale quod hauriiur.} Les ministres (Auberiin p. 521) prétendent tirer avantage de ce que S. Cbrysostônie (lioniil. 24 in Epiht. ad Cor.) exhorte ceux qui comnmnieiit de s'envoler dans le ciel, parce que les aigles s'assemblent aiqirès du corps. Mais l'archevêque de Gaza n'exhorte pas seuleujcnt à s'élever au ciel, il dit même que ikuis y sonmies actuellement élevés : Aio per cibnm divinum, per Deum corporatum, quo conjnncti propemodian fermentamnr, atque unimur cum Cliristo; imb ad cœlum usque communicantes eveliimuT. Ils fout grand biuit de certains passages de quelques Pères qui disent que le Seigneur appelle le pain son corps; qu'il ap|;eile h- pain son pnipie corps, et sa chair froment; qu'il honore le pain du nom de son corps ( Cypr. ep. ad Theod., dial(!g. 1, auth. ep. 4, ad Ca'S. monach.). Mais Jéréniie, patriarche de Conslantinople, dont je no crois pas qu'il prenne envie aux ministres de rendre encore la foi suspecte sur le point de la transsubsiantiaiion, dit, aussi bien que ces Vèrc^^ qu'après que Jésus-Clirisl eut célébré la cène, selon la loi de Moïse, il donna à ses disciples un nouveau sacrifice ; rompit premièrement le pain,