‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 265 sur 335 · EGLISES SUR LA PRÉSENCE RÉELLE · texte numérisé non relu

EGLISES SUR LA PRÉSENCE RÉELLE

le distribua, et le nomma son corps; ehno, uSm» uÛtôj

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Photius (ap. Allai., Exer. adv. Creigt., p. 413), dans une lettre au pape Nicolas, joint cette expression avec celle qui marque naturellement la transsubstantiation : 0 merveille, dit-il, le pain commun est changé an corps de Jésus-Clirisl, et le vin commun est appelé sang ! ù toO Oaù//.aTS5, ô xoivè; Sr.pTOi et; aûyx Kpmoxi /j^f z(/.ex)).szc/.i, xxl à /.oivo; sTvO,- at//a jjpvj/jiKTiÇet.

Ils ramassent avec grand soin les passages des Pères où les symboles sont appelés du nonule fi,^ure, à cause des rapports qu'ils ont avec le corps de Jésus-Christ; et ils s'imaginent en pouvoir conclurequelecorpsdc Jésus-Christ n'y est donc pas enfermé (Blondcl, Éclaire, pag. 88 et suiv.). Mais outre que l'on trouve ce même langage dans le septième et le huitième siècles, c'està-dire, dans un temps où l'on ne peut avec la moindre apparence douter que la présence réelle ne lût reconnue de tons les chrétiens, on le trouve de même dans le onzième siècle, et lorsque Hm condamnait ceux qui niaient la présence réelle, sans que ceux qui étaient les plus ennemis de l'erreur do Réren^cr en aient été ni bles>és ni scandalisés, ni (|u'iis ;.ient même relevé ces termes. Car chacun sait que le cardinal llumbcrt est la personne du monde la moins suspecte d'avoir été favorable à Bérenger ; cependant ce cardinal, disputant contre Nicélas Pectorat, ne le reprit en aucune sorte d'avoir appelé deux fois les synd)oles du nom de figure, comme l'on voit dans deux passages : Divinam autem naturam, quiscjuis rationis est compos, dicet atiquando azymum et morluum quod in sacrificio vos Dec offerlis, quod in figura vivœ carnis Doniini comeditis. Et pius bas : Percunctaniur igiturvos, liœc tria, aquum, farinant, et ignem, ad quid accipilis, et cujus effigiem liœc esse œstimalis? Ainsi, selon cet auteur, les lains azymes, et les parties qui les ccnr.posent, sont des ligures et des images; et néanmoins selon le même auteur, c'est le corps de Jésus-Christ. Graliœ pnnem comedunl, qui est corpus Cliristi; et noiis mangeons la chair de Jésus Clirisl dans le pain changé : Quant (carneni CInisli) comeden.esui pune, qui iniinulaïus est per Spiritum et effecius corpus ( lirisli, vivimus in ipso, tanquàm vivant et deificulum carnein edenles.

Ils abusent souvent de quchpies lieux des Pères, qui disent que Jésus-Christ nous a connnandé de f.ure le pain de l'Eucharistie en mémoire de sa mort (Just. conl. Tri|)h.); et Aubertiu ne perd aucune occasion d'objecter ces sortes de passages. Mais s'ils veulent consulter les livres de ceux qu'ils appidlent ou doivent appt'Ier lraMssid)Stantialeurs, ils ne trouveront rien de plus ordinaire que ces sortes de réllexions; et il les trouveront même jointes quelquefois avec un aveu exprès de la transsubstantiation. Comme nous avons accoutumé, dit Jérémie (in prim. rcsp. p. 100), de graver dans des colonnes et dans des trophées les victoires des grands capitaines, par lesquels nous avons été conservés , de même nous exprimons la mort de Jésus- Chrisl par ces dons divins. Et Germain, pairiarclie do Conslantinople, appelle la principale hostie, celle qui

figure ei qui montre la divine passion ; èv 5 SsUwtki Clirist eu sacrement cl en mystère , de sanctiflcaiion

roLi Tiy7roOT«t ri 6iXo'j x.«i Çwvîyopov TzikBoi. Pierre, pa- du pain , se trouvent pa.noul dans les autours pusié-

triarclie d'Antioche, qui était du temps de Bérenger, rieurs, et le véritable sens de ces mots se trouve en

dans une lettre qu'il écrivit à Tévéque de Grade, dit même temps marqué. Ce qui fait voir que ce ne sont

que le pain fait avec du levain, étant sanctifié par la que des expressions imparfaites, qui sont suppléées

consécration , et changé au corps immaculé de Notre- par l'intelligence commune , comme celle de Sacre-

Seigneur Jésus-Clirist, nous a été donné en mémoire de son incarnation. Jean, patriarche de Jérusalem, dans un traité des Azymes, ciié par AUalius (Exerc. adv. Creigt., p. 490), dit que le pain et le vin sont changés au corps et au sang de Christ, et sont établis pour nous faire ressouvenir de la terrible et véritable victime qui

ment de l'autel l'est parmi les catholiques ; puisque ne désignant rEucharistie que par une condition si générale, elle ne laisse pas de nous fournir l'idée entière de tout ce qui est contenu dans ce sacrement.

En voilà assez pour servir d'échantillon de ce que l'on peut dire sur ce sujet ; il me suffit d'avoir établi

abolit les iniquités du monde. Nicolas de Mélhone (tract, ici la règle générale , qui est , gue toutes les expresde Azym., ap. Allât. 6, p. 452) unit aussi ces deux sions qui se trouvent avoir été employées naturellevérités, par l'une desquelles les ministres prétendent ment par des personnes très-persuadées de la transdétruire l'autre : // était nécessaire , dit-il , qu'étant substantiation, ne doivent point être estimées contraihommes commenous sommes, et soumis à laloidutemps, res à cette doctrine, et que l'on doit mettre de ce phe de Coubli, on nous fit ressouvenir de ce bienfait, nombre toutes celles qui se trouvent en usage dans afin de nous empêcher de l'oublier, comme nous faisons les auteurs qui ont écrit pendant les temps où nous

quand nous n avons encore aucune part à la grâce. El c'est pourquoi Dieu a choisi les symboles mystiques du pain et du vin, qui sont changés par une consécration spirituelle au corps et au sang de Jésus-Christ, et par lesquels la mort du Seigneur et sa résurrection vivifiante sont toujours annoncées. Et c'est encore selon le même langage, que, dans la Liturgie de S. Basile, l'Eucharistie est appelée type de la résurrectiotu

Ils s'imaginent trouver leur sens dans les passages où le corps de Jésus-Christ, que nous recevons dans 1 Eucharistie, est appelé spirituel, mystique, intelligible ; ou bien où il est dit que nous le recevons spirituellement et mystiquement, en mystère et sacrement. Cependant tout Paschase est plein de ces expressions , comme nous l'avons fait voir. Les Grecs d'à-présent, dans le triode du jeudi-saint, chantent encore qu'ils reçoivent son sang mystiquement : AùtoO tô <7û/jia tùas-

ÊMj, xai aÙToD to aùfia. /xMariASti ,a«Ta).«//.êdcvo/*ev. Et Gcn-

nade, qui a écrit |)Our le concile de Florence, en comparant l'Eucharistie avec la cène légale, dit que ce qui était sur la table légale était charnel , et que ce qui est sur la nôtre est spirituel : « Quia carnea illaillius mensce erant,hœc spiritualia.i Un auteur du septième siècle, dans la Vie d'Austregisile , parle de la même sorte : Slyslicum prece confiât Chrisli corpus.

Ils croient tirer grand avantage de ce que quelques Pères, comme S. Gaudence, le Commentaire ailribué à S. Jérôme, Primase, évêque d'Adrumet, comparent l'Eucharistie à un gnge que Jésus-Christ nous a laissé pour nous tenir lieu de sa présence. Mais ils trouveront partout la même pensée , comme dans Renii d'Auxerre, et dans Agapius, religieux du mont Aihos (in c. M , epist. 1 ad Corinth. ), qui, étant l'un et l'autre si grands défenseurs de la transsubstantiation, ne laissent, pas de dire , comme nous avons vu , que l'Eucharistie nous tient lieu de Jésus Ciirist, et qu'elle nous a été laissée au lieu de lui : in «ùtoD.

Tous les mots dont les ministres font aussi tant de mystères , comme ceux de sacrement , de type , de mystère du corps de Jésus-Christ, de corps de Jésus-

avons montré que la transsubstantiation était universellement crue et reconnue.

Celte règle est d'autant plus importante, que, faute d'avoir assez considéré ces expressions compatibles ou incompatibles avec la doctrine de la présence réelle et de la transsubstantiation , les hérétiques se fortifient dans leur égarement, et les catholiques mêmes tombent dans le trouble. Et la raison en est que les uns et les autres jugent des expressions par rapport au langage qui s'est introduit depuis que l'on a eu en vue de combattre expressément l'hérésie sacramentaire. Or il est certain que cette vue fait que l'on s'éloigne en quelque sorte du langage naturel, en portant à éviter avec soin quantité d'expressions innocentes, auxquelles on se serait porté de soi-même, et à s'exprimer d'une manière plus forte et plus précise que l'on ne ferait, si l'on n'avait point dessein de prévenir les illusions des ministres et l'abus qu'ils font des termes.

Il arrive de là que les calvinistes, d'une part, trouvant quel(}ue différence entre le langage des scholasliques et celui des anciens Pères, s'imaginent que cette différence d'expressions renferme une différence de sentiments et de doctrine, et prétendent tirer avantage de tout ce qui leur paraît dans les anciens auteurs être éloigné du langage scholaslique; et que , de I autre, les catholiques moins instruits sont quelquefois troublés , en voyant dans les Pères des expressions dont ils auraient peine à se servir, parce qu'elles ne sont plus si ordinaires, et qu'elles ont été comme bannies, non par la nature, mais par la vue de l'abus que les calvinistes en ont l;\it. Le remède donc à cet inconvénient, est de se défaire de cette vue de l'hérésiô sacramentaire , qui , faisant impression sur l'esprit , change en quelque sorte les expressions, et d'cnirer dans cette disposition tranquille dans laquelle ont dû être ceux qui étant Irés-persuadés de cette doctrine, n'en ont parlé que pour se faire entendre à des personnes qui en étaient aussi persuadées qu'ils l'étaient eux-mêmes. Or, pour se former une idée de celte dis-

997 LIV. X CONSÉQUENCES DE L'ACCORD DES ÉGLISES SUR LA PRÉSENCE RÉELLE. 908

C'est comme dans les différends que les hommes ont entre eux pour les choses temporelles. Les causi-s de ceux qui contestent n'étant pas toujours égales, les circonstances extérieures qui se voient tout d'un cou;) font que la possession des biens contestés appartient souvent à l'une des parties avant la décision du fond, et qu'elles ne sont pas toujours également obligées de prouver leur droit ; mais qu'il arrive quel(iuef(»is que le droit dé l'une est jugé certain, à moins que l'autre n'établisse le sien par des raisons convaincantes; de même dans les contestations qui ne regardent que la vérité, il y a souvent une inégalité si visible entre les prétentions de ceux qui sont en différend, et les uns ont quelquefois un avantage si clair au-dessus des autres, par des raisons extérieures qui se voient avant que l'on ait examiné le fond, que la raison ne saurait s'cmpécber de former d'abord ce jugement, que la cause des uns doit passer pour juste, à moins que les autres n'établissent la leur par des raisons démonstratives; c'est-à-dire, en un mot, qu'il y a des causes qui n'ont point besoin de preuves, et qui sont revêtues do tant de marques de vérité, qui se font voir d'ellesmêmes ou avec peu d'application, qu'on a droit de les supposer pour vraies ; et qu'il y en a d'autres, au contraire, dont l'apparence est si peu favorable, et qui sont comballues par des préjugés si forts et si violents, qu'il est ridicule de les proposer sans preuves, et encore plus de vouloir charger les autres de l'obligation d'en apporter de contraires.

C'est pourquoi, dans toutes sortes de disputes, il faut d'abord tâcher de reconnaître ceux à qui appartient le droit de supposition; c'est-à-dire, le droit de faire passer leur opinion pour vraie et pour certaine, à moins que l'on n'en fasse voir la fausseté par des preuves convaincantes; et ceux au contraire qui blessent la raison en proposant les leurs sans les établir et sans les prouver, et qui se mettent ainsi en possession d'une chose non seulement contestée, mais qui a toutes les apparences contre soi. Car Dieu, qui est la raison souveraine, veut sans doute que nous jii-

posilion, et de ce langage naturel sur le sujet de l'Eucharistie, il n'y a rien de meilleur que de consulter les écrits de ceux qui, vivant dans un siècle où la transsubstantiation était certainement crue et non combattue, n'en ont pu parler qu'on cette manière toute naturelle. Nous avons déjà droit de mettre de ce nombre tous les auteurs Grecs qui ont vécu depuis le commencement du septième siècle jusqu'à notre temps, et toutes les autres sociéiés chrétiennes ; puisque , comme nous l'avons prouvé, la présence réelle et la transsubstantiation y ont toujours été crues sans contestation. Nous pouvons aussi mettre au même rang tous les auteurs latins qui ont écrit depuis ce même temps jusqu'à Bérenger, puisque nous avons fait voir celte doctrine aussi bien établie dans l'Église laîine que dans la grecque. Ceux mêmes qui ont écrit depuis Bérenger ne sont pas inutiles, pour faire connaître que certaines expressions sont très-compatibles avec la doctrine de la présence réelle : car si l'on fait voir qu'ils s'en sont servis, c'est une preuve évidente qu'elles sont si naturelles, que la vue même de l'erreur contraire n'a pas été capable de les exclure entièrement du langage de l'Église. Ainsi l'on peut dire que sur ce sujet la règle négative est très-véritable ; savoir que toutes les expressions de ceux qui ont cru certainement la transsubstantiation, se peuvent allier avec cette doctrine, et ne prouvent point que celui qui s'en sert ne l'ait pas tenue. Mais la règle contraire serait fausse, qui est que toutes les expressions qui sont évitées par ceux qui tiennent cette doctrine y soient effectivement contraires ; puisque, comme nous avons dit, ce n'est pas tant la nature qui porte à éviter ces expressions, que l'impression que l'on a de l'abus que les sacrameiitaires en peuvent faire.

Ce que j'ai dit ici de cette règle, qui distingue les expressions compatibles et incompatibles avec la doctrine de la présence réelle, suffit pour toutes les personnes de bonne foi, qu'il n'est besoin que de mettre dans le droit chemin, et qui prévoient aisément la conséquence que l'on peut tirer d'une maxime aussi fé-

conde que celle-ci : mais pour les autres qui ne voient gions raisonnablement ; or juger raisonnablement, c'est

que ce qu'on leur montre expressément, peut-eire qu'on aura lieu de les satisfaire davantage en un autre endroit.

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