CHAPITRE V
Cinquième conséquence : Que les catholiques ont droit
suivre la certitude et l'évidence quand elle nous pa raît, et s'attacher à la plus grande vraisemblance au défaut de la certitude. Il veut donc que nous rejetions d'abord toutes les opinions qui ont des apparences contraires; et si ceux qui les proposent les laissent en cet état, il n'est pas seulement probable mais cer-
cle supposer, sans autres prerives, que les passages des ^^-^^ ^^^.^^^^ g^j^^ injustes et déraisonnables
Pères s'entendent dans le sens auquel ils les prennent; et que toutes les réponses des calvinistes dans lesquelles ils n établissent pas le leur par des démonstrations évidentes, sont ridicules et déraisonnables.
La cinquième conséquence est encore d'une fort grande étendue, parce qu'elle fait voir qu'une grande partie du livre d'Aubertin et de celui de M. Claude est contraire au bon sens, et doit être rejeiée par les personnes intelligentes sur un principe d'éq;iité qui condamne d'h)justice le procédé de presque tous les miliiblres
Il n'y a qu'à appliquer ces principes à la voie par laquelle M. Claude et Aubertin éludent tous les passages que les catholiques leur objectent. Chacun sait que la dispute se réduit toujours à l'explication de c; rtains termes que les catholiques prennent eu un sens, et que les ministres tâchent de détourner en un autre. Les catholiques s'arrêtent à la signification littérale de ces expressions. Us prennent le corps de Jésus- Christ pour le corps de Jésus-Christ, et le changement du pain au corps de Jésus- Christ pourlechai^gemctil du pain au corps de Jésus-Chrisl. Les ujinislres y a[>-
pliquont Tune de leurs deux solutions géuérales, et de obligation de prouver leur prclenlion, et q)i! ics coii-
ces deux clés célèbres de vertu et de figure qu'ils eni- damne s'ils y manquent.
ploient à tant d'usages. Or, dans celte contestation, Il n'y a que ceux qui ont lu le livre d'Auberlin qui
il est visible que ce que nous avons appelé le droit de pui sent bien juger de quelle étendue est celte règle ;
supposition appartient aux calboliques. Que les mi- mais ceux qui l'ont lu ne pourront douter qu'elle ne
riistres prétendent, tant qu'ils voudront, que les preuves dont nous nous sommes servis pour montrer que tous ces termes ord\n^\\ es, qweCEuchmistie est le corps de Jésus-Christ; que le pain est fait le corps de Jésus- Christ; qu'il est changé au corps de Jésus-Cltrist,nese doivent et ne se peuvent entendre qu'au sens des catholiques, ne sont pas entièrement convaincantes, et qu'il ne s'ensuit pas, de ce qu'ils ont été pris en ce sens mille ans durant par toutes les sociétés cbrétiennes, qu'ils n'aient point formé une autre idée dans les chrétiens des six premiers siècles ; je prétends que cette raison est décisive, et que tout homme judicieux s'y doit rendre ; mais ils ne sauraient nier que ce ne soit au moins un préjugé si terrible en faveur des explications que les catholiques donnent h ces termes, qu'à moins qu'elles ne soient détruites par des démonstrations évidentes, elles doivent passer pour certaines et pour constantes.
11 s'ensuit donc de là que quand les catholiques se servent de ces passages où ces expressions se rencontrent , ils n'ont point besoin de preuves pour en établir le sens; il est tout établi par ce préjugé, et par les ternies mêmes. Quiconque apporte pour soi des expressions qui signifient littéralement et simplement ce qu'il veut prouver, et qui ont été prises dans le seiis où il les emploie mille ans durant par tous les chrétiens du monde, n'a point besoin de preuves particulières pour en l'aire voir le sens. Ces deux qualités mettent ce sens en un le! point d'évidence, qu'il n' y a que des démonstrations qui les
détruise tout d'un coup la plus grande partie de ce livre. Car cet ouvrage étant composé, dans sa plus grande partie, de réponses aux passages dont les catholiques se servent pour établir leur opinion, il se trouve que tontes ces réponses se réduisent, ou à appliquer sans preuve et sans fondement ces deux solutions àQ vertu elde figure, en s'imaginant ridiculement qu'il a détruit un passage qui dit formellement que le pain est changé au corps de Jésus-Christ, lorsqu'il a répondu en l'air que cela veut dire qu'il est changé en la vertu du corps de Jésus-Christ, ou à montrer que l'expression dont il s'agit pourrait, dans un autre usage et une autre application, ê'ire prise dans un sens métaphorique ; mais il ne se met presque jamais en peine do prouver par le Père même, qu'il ait eUectivement entendu les paroles dont il est question, dans le sens auquel il lui plaît de les expliquer. En un mot, il croit qu'il lui sufiit de prouver que l'expression en soi se peut entendre métaphoriquement; au lieu qu'il devrait prouver qu'elle a été prise actuellement dans ce sens métaphorique, puisque les catholiques faisant voir qu'ils ont pour eux et le sens littéral, et le consentement de tous les chrétiens durant mille ans à prendre ces expressions dans le sens littéral, il est ridicule d'opposer simplement à ce principe la possibilité mélaphysiiiue d'une autre explication.
Il y aura peut-être lieu d'appliquer en particulier celte règle à Auberiin, et de faire voir qu'elle condamne son procédé presque dans tout son ouvrage. On ne prétend pas en devoir être cru sur une simple affirmation ; et ce n'est qu'un avis que l'on donne aux
puissent contrepeser, et qui puissent empêcher que la
raison ne s'y rende. Et il s'ensuit encore que quand personnes sincères, qui s'en convaincront par elle-.- |
les calvinistes répondent à ces expressions, il ne leur mêmes si elles prennent la peine de l'exiiminer. Mais il
suffit pas de dire en l'air qu'elles se peuvent prendre est bon d'en faire voir l'usage dans l'examen deqnil-
en un autre sens , cl d'y a[)pliquer les deux clés de figure et de vertu ; mais il faut qu'ils fassent voir, par des preuves particulières , que c'est là le vérit;ible sens de l'auteur qui s'est servi de ces expressions, qu'il les a prises effectivement et réelknient dans le sens de figure et de vertu; et qu'ils le fassent voir par des démonstrations et des preuves convaincantes, qui peuvent seules balancer un peu le poids de ce préjugé que la cause des callioliqnes a pour soi .
Sur ce fondement on peut éiablir cette règle indubitable, que toutes les répon^es des calvinistes, dans lesquelles ils se contentejit de dire que ces passages des Pères s'entendent on d'mi corps sijmbolique, on d'un corps typique, ou d'une vertu déployée sur te pain, sans accompagner ces explications de preuves particulières et de démon^trations, qui fassent voir que les Pères dont il s'agit ont etïectivement entendu par ces paroles, un corps symbolique, un corps typique, une vertu déployée, sont contraires à la raison et au bon sens ; varce q^ie c'est la raison même qui leur impose celle
qu'une des réponses que M. Claude fait aux passages des Pères que l'auteur de /:: Perpétuité avait allégués. On lui avait objecté que S. Ignace dit en parlant do certains béréliqucs, qu'Us ne recevaient pas l'Eucharistie et les oblaiions, parce qu'ils ne confessaient pas que l' Eucharistie fût la chair de Noire-Seigneur, qui a souf' f'ertpour iîos péchés. D'où il s'ensuit que selon S. Ignace, les orthodoxes confessaient que rEucharistie était la chair de Jésus-Christ. M. Claude fait sur cela une réponse abrégée, dont rembrouillenient dnit être suspect dans une peiiOime qui sait fort bien se faiie entendre quand elle veut. Il dit (p. 2G2) que des personnes qui n'auront pas dans l'esprit la lranssubsla*itiation, ne seront pus surprises de ce passage, paice qie Jésus-Christ ayant dit du pain : Ceci est mon corps qui est livré pour vous, a signifié par ces paroles, qu'il adoptait te pain pour être son corps, comme n'ayant ponit de vr<à corps ; ce qui était la folle imagination de ces héréiiques anciens ; mais que le pain était la figure de ce vrai corps, qui est mort et ressuscité pour nous.
jnOl LIV. X. CONSÉQUENCES DE I/ACCOUO \
Sans doiilc que M. Claude se serait expliqué d'une autre manière s'il avait voulu être entendu de tout le monde ; et il y aura bien des gens qui ne comprendront rien à celte réponse, sinon que M.Cluide a répondu au passage de S. Ignace ; ce qui lotir suffit. Je vois bien néanmoins qu'il a voulu que les personnes plus accoiiluniécs à ces questions vissent deux cboses dans sa réponse : la première, que S. Ignace p:irle de certains hérétiques qui disaient que Jésus- Clirist avait adopté le pain pour être son corps, parce qu'il n'avait point de corpa; la seconde, que M. Claude attribue à ces hérétiques d'avoir nié que le pain fût ia figure du corps de Jésus Christ, et qu'il prétend que c'est ce que S. Ignace reprend en eux par ces paroles : Ils ne confesmenl pas que l'Eucharistie fût la chair de Jésus Christ, qui signifient, selon M, qu'ils ne confessaient pas qne r Eucharistie fût la figure du corps de Jésus-Christ. Je pourrais dire à M. Claude, sur le premier point, qu'il est manifeste qu'il se trompe, et que S. Ignace n'a jamais eu en vue des hérétiques qui soutinssent qr.c Jésus-Christ avait adopté le pain pour être son corps : car ces hérétiques , qui enseignaient cette adoption ridicule du pain , recevaient l'Eucharibtie ; et cetle adoption même du pain leur donnait lieu de l'admettre, comme M. Claude en demeure luimême d'accord. Or S. Ignace ( p. 487) parle, au contraire, d'héréii(iues qui ne recevaient pas l'Eucharistie. Mais M. Claude n'y prend pas garde de si près; il lui suffit que ce qu'il répond ait l'air d'ime érudition mystérieuse, et qu'il ait occasion de citer le quarantième chapitre du quatrième livre contre Marcion , quoique dans ce chapitre il n'y ail pas un seul mot de ces hérétiques dont il parle. Ce n'est pas néanmoins à quoi je m'arrête ici ; on pourra discuter ailleurs ces passages plus exactement. Ce que je veux dire présentement, est que la question qui naît de ce passage consiste dans le sens de ces paroles de S. Ignace : Ils ne confessaient pas que C Eucharistie fût la chair de Jéms- Christ. Les catholiques les prennent simplement, et disent que S. Ignace a voulu dire par là que ces hérétiques ne confessaient pas que TEncharisiie fût la vraie chair de Jésus-Christ ; et M. Claude prétend, au contraire, qu'elles veulent dire que ces hérétiques ne confessaient pas que l'Eucharistie fût la figure du corps de Jésus-Christ. Je vois qu'il le prélend ; mais la prouve-t-il? Non. Il n'y pense pas seulement; il ne croit pas y être obligé ; il se met en possession de ce prétendu sens ; il renvoie la preuve aux catholiques. 11 semble, à l'entendre, que cette expression : Ils ne confessaient pas que l'Eucharistie fût la chair de Jésus- Christ , soit au moins une expression équivoque , et (ju'ayant deux sens, il ail autant de droit de l'expliquer en celui qui lui est favorable, que les catholiques f'n ont de la prendre en celui qui est conforme à leur doctrine. Mais c'est en quoi il est visiblement injuste, l't i! pèche contre cette règle d'équité que nous avons établie, car cetle expression confesser que l'Eucharistie est la chair de Jésus-Christ, n'est point une expression équivoque ni ambiguë : c'est une expression univoque,