‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 267 sur 335 · V. DE LA F. I · texte numérisé non relu

V. DE LA F. I

ES EGLISES SUR LA PRÉSENCE REELLE. lOOî

et déterminée au sens des calholiquon par elle-même, et parle consentement uniforme de tous Icschrélicnii du monde pendant dix siècles , comme nous l'avons fait voir. Les iicrsonnes les plus persuadées de la transsubstantiation ne se .servent point d'autres termes pour exprimer leur créance, et elles emploient indifféremment ces paroles : Je confesse que ceci est la chair de J ésus -Christ ; je confesse que ceci est la vraie chair de Jésus-Christ, comme n'ay:»nt qu'un même sens , ainsi que l'on peut voir par les professions du foi sur l'Eucharistie que nous avons rapportées.

11 est donc indubitable que les catholiques ont droit de supposer que S. Ignace les a prises au même sens qu'eux , et qu'il n'y a rien de plus déraisomiable que le procédé de M Claude, qui prétend, sans preuve, sans raison, sans apparence, que ce qui n'a jamais été pris en un autre sens que celui de la vraie chair de Jésus-Clirist, ait signifié, dans la bouche de S. Ignace, la seule figure de celle chair.

Il faudrait, afin que les choses fussent égales , (ju'il nous montrât quelque grande société qui, n'ayant cru autre chose dans l'Eucharistie , durant l'esp-ace de mille ans, sinon que c'était la figure de Jésus-Christ, se soit servie ordinairement pour exprimer cetle pensée de ces paroles : Je confesse que l'Eucharistie est In chair de Jésus-Christ, comme nous lui montrons quft les églises latine, grecque, éthiopique, égyptienne, arménienne, syrienne, onl employé ces paroles pouï marquer la créance qu'elles onl que c'est la vraie et propre chair de Jésus-Christ ; et alors on lui pourrait avouer que cette expression étant commune à ceux qui croient el qui ne croient pas la présence réelle, et étant également employée par ces deux sociétés, elle ne donnerait droit à aucun de tirer avantage de l'opinion de S. Ignace. Mais étant clair, au contraire, que ces paroles portent d'elles-mêmes au sens des catholiques, el étant constant qu'elles ont été prises en ce sens par toutes les églises du monde durant mille aniiées, et qu'on ne saurait fiiire voir qu'elles aient jamais été prises autrement, on ne saurait s'éloigner davantage de la raison, que de supposer, sans aucune preuve, que S. Ignace les ait prises dans le sens chimérique des calvinistes.

Cependant c'est là ce qu'on appelle répondre, el il, Claude croit avoir fait des merveilles quand il a appliqué une solution de cette sorte aux passages qu'on lui oppose. On lui allègue que S. Justin dit (1), que

(1) Il y a dans le grec ; T»jv Se eù^iji Aiyov «o ;rà/>*

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[Tr ente-deux. \

IC03 PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE. iOOl

corps et son sang immédiatement par l'acte de rame, et médiatement par l'acte du corps, en tant que nous recevons les symboles. II suppose ainsi que recevoir vérilabîement le corps et le sang de Jésus-Chrisl siguifio s'unir à Jésus-Clirist par la loi, et prendre les symboles de son corps et de son sang. Mais la signification contraire étant établie par le consentement de tons les fidèles, il fallait des preuves, et non des affirmations tf sjérrtires et sans fondement, pour rendre probable ce sens bizarre et extravagant.

On lui rapporte ce que dit S. Cyrille de Jérusalem (Catech. 4. Myst.) : Jésus-Christ ayant dit du pain, CECI EUT MON CORPS, (]ui en osera douter désormais? Et lui-même ayant dit, ceci est mon sang, qui oserait en entrer en doute, en disant que ce n^est pas son sang? Il' a autrefois changé l'eau en vin en Cana de Galilée par sa seule volonté , pourquoi ne mérite- t-il pus d'être cru quand il change le vin en son sang? Et sur cela M. Claude, sans s'émouvoir, ni faire paraître le moindre élonnement, répond ( p. 266 ) que le sens de ce docteur est d'établir la vérité du sacrement ( c'est-à-dire, dans le langage de M. Claude, de la figure pleine d'efficace) contre l'incrédulité des profanes, qui nient que ce soit autre chose que de simples aliments; que ron doit entendre qu'il ne faut pas douter de la vérité des paroles de Jésus-Christ. Car encore que ce soit du pain comme celui que nous mangeons à nos repas ordinaires, si est-ca

qui croit avoir droit d'obliger tous les traducteurs '/«« '^««^ ""^ «'^'^''" "'Î/^^'V'^ '' '^ fa'^i considérer d'exprimer les passages de la manière la plus avan- comme le eorps de Jésus-Chrisl, parce qu'il en est le

de la même manière que Jésus-Christ notre Sauveur, Qui a été fait chair par la parole de Dieu, s'est revêtu de chair et de sang pour notre salut ; ainsi nous avons appris que cette viande et ce breuvage, qui, par le changement qu'ils reçoivent en notre corps, nourrissent notre chair et notre sang, sont la chair et le sang de ce même Jésus incarné, Et M. Claude croit en être quitte en nous disant que cet aliment est fait le corps de Jésus- Christ par une union sacramentale au corps de Jésus- Christ. Mais il faudrait auparavant qu'il eût prouvé que de dire que le pain consacré est la chair de Jésus- Christ, signifie que le pain consacré est uni sacramenlallement et figurativement à Jésus-Christ, et que S. Justin les entendait en ce sens. On sait bien que toute la terre a pris ces paroles dans le sens de la présence réelle; mais le sens de M. Claude est sans preuve et sans autorité : il est contraire à la lettre et à Texpérience ; et par conséquent il ne mérite pas seulement d'être écouté.

On lui allègue que Gélase de Cyzique dit, en parlant de l'Eucharistie qu'il faut concevoir que l'Agneau de Dieu est gisant sur la table, et que nous prenons véritablement son précieux corps et son sang. Et M. Claude répond froidement que cela veut dire que Jésus-Christ paraît à la foi sous les symboles, c'est-à-dire, qu'il y est en figure, et que nous recevons véritablement son

tageuse aux calvinistes, accuse sur cela l'auteur d'avoir corrompu ce passage, pour éviter de dire avec S. Justin que l'Eucharistie nourrit nos corps, et souffre changement; ce qui est, dit-il, un coup mortel à la transsubstantiation. Mais il est doublement injuste dans cette censure : 1° parce que sa construction étant ambiguë, l'auteur de la Perpétuité a eu raison de le traduire comme il a fait, selon cette règle d'équité et de justice, que toute expression ambiguë doit être prise au sens qui est le plus commun, le plus autorisé et le plus conforme à l'opinion qui a les avantages extérieurs d'autorité, d'antiquité, d'universalité; 2° parce que la conséquence qu'il tire de l'autre traduction est vaine et frivole. On a déjà répété souvent à M. Claude que toutes les fois qu'on ne traite pas les choses à fond, et qu'on ne les marque qu'en passant, on se sert d'ordinaire du langage des sens. Or selon le langage des sens l'Eucharistie nourrit, puisqu'en prenant l'Eucharistie nous ressentons l'effet de la nourriture ; et elle nourrit par changement, puisqu'il arrive aux espèces les mêmes changements sensibles qu'aux autres viandes communes. 11 n'était point question de discuter exactement en ce lieu si ce changement était non seulement apparent, ou s'il y avait (juclque substance réellement cliangée; ni si c'était l'Eucharistie qui nourrît par sa propre substance ou par une autre matière. Ce ne sont pas là des questions qu'on examine par parenthèse. Ainsi S. Justin, qui, selon ce sens, aurait eu dessein d'exprimer en passant que l'Eucharistie produit dans nos corps les effets ordinaires des viandes communes, et que Dieu ne veut pas qu'il y ait dans ce mystère aucun miracle sensible, aurait parlé d'une manière philosophique et nullement naturelle, s'il s'était servi d'un autre langage que de celui des sens, qui porte à dire qu'elle nourrit nos corps par changement. Car c'est ce que l'on sent et que l'on éprouve par les sens, quoique la foi ensuite corrige ces idées pur la vérité qu'elle nous découvre.

sacrement ; le Seigneur ayant dit : Ceci est mon corps ; et que l'on comprend facilement que c'est par un raisorinement tiré du plus au moins, que Cyrille dit que puisque Jésus-Christ a changé l'eau en vin, il peut aussi changer ce vin-ci en un sacrement de son sang. Il serait trop long de représenter ici tout ce qu'il y a de ridicule dans cette explication ; mais je ne m'arrête maintenant (ju'aux significations téméraires qu'il attribue sans raison aux paroles de S. Cyrille. La manière dont S. Cyrille exprime ce doute qu'il combat, est celle-ci : Qui osera douter que le pain soit le corps de Jésus-Christ? Et le sens de ces paroles, selon M. Claude, est : Qui osera douter que le pain ne soit la figure efficace du corps de Jésus-Christ ? S.Cyrille étouffe ce doute par ces paroles de Jésus-Christ : Ceci est mon corps ; et pour les rendre propres à cet effet, il faut que M. Claude les prenne en ce sens : Ceci est la figure pleine et efficace de mon corps.

S. Cyrille fait dire à ces gens dont il reprend l'infidéliié, que le vin n'est pas le sang de Jésiis-Chrisi. El selon la glose de M. Claude, ils voulaient dire parlà que le vin n'était pas rempli de la vertu du sang de Jésus-Christ. Ce saint ajoute que Jésus-Chrisl ayant changé l'eau en vin aux noces de Cana , il mérite d'être cru quand il change le vin en son sang. Et M. Clauiie glose ainsi ces paroles : Jésus-Christ a changé réellement l'eau en vin ; il mériic donc d'être cru en changeant maintenant le vin en la vertu de son sang. Il faudra qu'il continue de gloser en cette manière tout le reste de la Catéchèse , et qu'il digère celte étrange et

mo U\\ X. CONSEQUENCr.S DE L'AGCORD DES ÊGLîSES SLR LA PRÉSENCE RÉELLE. 1000

Inconcevable absurdité, que S. Cyrille ait voulu parier ce langage h de nouveaux baptisés, c'est-à-dire, k des gens qui n'avaient aucun usage du langage ecclésiastique, et qui n'en pouvaient juger que par le sens niônie des paroles. Il faudra qu'il suppose que S. Cyrille, en disant que 7wus devons recevoir l' Eucharistie avec une entière cerliludc, comme te corps et le sang de Jésus Christ , a voulu dire que nous devons avoir une entière cerliliide, que ce pain et ce vin sont la figure inondée du corps et du sang de Jésus-Christ ; que lorsqu'il a dit que Jésus-Christ, sous fimngedu pain, nous donne son corps, il a voulu dire que sous le pain réel et ordinaire il nous' donne la vertu de son corps ; que lorsqu'il a dit que par ce moyen nous devenons Porte- Christ dans nos corps lorsque nous recevons dans notre bouche et dans notre estomac son corps et son sang, il a voulu dire que nous devenons porte- figure efficace du

années; et qu'ainsi il est ridicule à lui de les proposer sans preuves, ot sans faire voir en particulier d.î toutes, que S. Cyrille les a prises dans ce sens et non dans un autre.

Il n'y a qu'à appliquer la même remarque aux passages de S. Grégoire de Nysse, de S. Ambroise, de S. Gaudence, d'Optat, de S. Chrysostôme, de S. Isidore, de S. Augustin , de S. Cyrille d'Alexandrie, de Théodore, :évè(pie d'Ancyre, d'Ilcsycliius, de S. Eucher, de S. Césaire, de S, Grégoire, et généralement à tous ceux qu'il expli(iue dans son livre. Car il suit toujours la même méthode, qiù est de s'en démêler eu les prenant en ces sens extraordinaires et inouïs, sans se mettre jamais en peine de prouver que les auteurs leur aient effectivement donné ce sens, ou n'en alléguant que des preuves si étranges, qu'on ne saurait assez s'élonncr qu'un homme de sens ail osé

corps de JésuS'Christ, en recevant dans nos corps et dans s'en servir sérieusement. 11 suffit donc pour les dé-

nos estomacs la figure efficace du corps de Jésus Christ; que lorsqu'il a dit qu'il ne faut | lus considérer les symboles comme un pain commun et un vin commun, puisqu^ls sont le corps et le sniuj de Jésus-Christ, il a voulu dire que quoique ce soit du pain et du vin tels tjue ceux que nous mangeons et que nous buvons dans nos repas ordinaires, néanmoins il faut croire que dans cette action mystique le Verbe incarné y déploie sa vertu vivifiante; que lorsqu'il a dit qu'encore que les sens rapportent que ce n'est que du pain cl du vin, la foi doit tonfirrtier dans celle vérité, que c'est le corps de Jésus- Christ, il a voulu dire qu'encore que les sens rapportent que c'est du pain et du vin sans vertu spirituelle, néanmoins la foi doit confirmer dans celte vérité, qu'ils sont remplis d'une efficace spirituelle ; que lorsqu'il dit : Gardez-vous bien d'en juger par voire goût, mais que ta foi vous fasse croire avec une entière certitude que vous avez été rendus dignes de participer au corps et au sang de Jésus-Christ ; cela veut dire : Gardez-vous bien de douter de cette vertu spirituelle, parce que votre goût ne la sent pas; mais que votre foi vous assure que vous avez été rendus participants de la vertu spirituelle, moralement communiquée au pain par le corps et le sang de Jésus-Christ.

Que M. Claude ne dise pas que je le fais parler à ma fantaisie; on le défie de gloser plus raisonnablement ces paroles, pourvu qu'il se serve de termes simples, et non d'expressions mystérieuses, qui ne signifient rien dans son sentiment ; comme quand il dit qu'il faut considérer le pain dans cette action mystique comme le corps de Jésus-Christ ; ce qui n'est vrai ni du sentiment de l'âme, qui le doit infiniment dislinjgii«r du corps de Jésus-Christ, ni du culte extérieur, puisque les calvinistes ne veulent pas que l'on adore extérieurement l'Eucharistie. On lui prouvera ailleurs que toutes ces gloses et ces explications sont contraires à la nature et à la raison ; mais il suffit ici de les rejeter toutes par celte raison générale, et qui s'étend à toutes ces solutions, que ce sont des explications extraordinaires de ces termes, coniraires à l'usage constant de tous les chrétiens durant plus de mille

truire toutes, et pour faire voir qu'elles sont déraisonnables, de faire remarquer que toutes les expressions dont il s'agit dans ces passages, ont été constamment etiienduos au sens de la présence réelle par toutes les sociétés chrétiennes ; que c'est l'impression qu'elles Oiit faites dans l'esprit de tous les peuples, sans qu'il paraisse qu'elles aient jamais donné aucune autre idée ; qu'ainsi en prétendant, comme il fait, que les auteurs des six premiers siècles les ont prises en d'autres sei'.s, c'est à lui aie jirouver par des démonstrations, les preuves petites et faibles n'étant pas supportables quand il s'agit de rendre probable un aussi grand paradoxe que celui là; et par conséquent, que ne Payant pas f.iit , et n'y ayant pas même pensé, toutes ces solutions et toutes ces explications prétendues ne doivent passer que pour des discours eu l'air, qui ne méritent pas seulement d'être écoulés par des personnes judicieuses.

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