‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 268 sur 335 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Suite de la cinquième conséquence , oii l'on fait voir que l'un des plus grands défauts du livre de M. Claude et l'un des principaux caractères de son génie , est de ne considérer jamais que c'est à lui à prouver ce qu'il avance.

11 est d'autant plus nécessa're de bien faire enicidre à M. Claude celte règle, qui api)rend à distinguer ceux qui ont droit de supposer leur opinion pour véritable sans se mettre en peine de la prouver, de ceux qui n'ont nullement ce droit, et qui sont obligés de prouver tout ce qu'ils avancent , qu'il paraît que son naturel le porte à s'en dispenser, et à oublier continuellement dans l'état de la cause qu'il défend. Comme, il est plein naturellement de confiance, il se met d'abord de plein droit en possession des choses non seulement contestées, mais dont la possession appartient aux autres selon toutes les ap|)arences extérieures ] el il fait des axiomes et des fondements de s.*» doctrine de ce qui avait jusque ici servi de preuves contre lui, sans se mettre en peine de changer l'impression publique qui lui est contraire. 11 ne sera pas

inutile d'en rapporter encore quelques exemples, afin de lui donner lieu d'éviter à l'avenir un défaut qui rebute si fort les personnages sages.

Chacun sait que la première idée des paroles des évangélistes touchant l'institution de l'Eucharistie est très- favorable aux catholiques. Aussi l'évidence en a toujours paru si grande à Luther , que , quelque passion qu'il eût de nuire au pape , et quoiqu'il sût, comme il le dit lui-même, que le meilleur moyen de le faire, était d'attaquer la doctrine de la présence réelle, il ne put jamais résister à la clarté de ces paroles. C'est lui-même qui a bien voulu avertir le monde de cette disposition si édifiante pour un prophète : Je ne veux ni ne puis désavouer, dit-il, que si Carloelad , ou quelqu autre que ce soit , m'eût pu persuader, il y a plus de cinq ans , qu'il ny a rien dans le sacrement que le pain et le vin , je m'en serais cru extrêmement obligé. Car il est vrai que m'étant appliqué à Fexamen de cette matière , avec chagrin et avec une extrême contention d'esprit , j'ai fait toutes sortes d'efforts pour me délivrer de cette doctrine , sachant assez qu'il n'y avait point de meilleur moyen que celui-là pour nuire à la papauté. Mais il faut reconnaître que je suis pris : il ne me reste aucun moyen de m'en échapper. Le texte de i'Évaiigile est trop clair et trop évident pour être ébranlé, et il est encore bien moins capable d'être renversé par des paroles et des gloses que des têtes mal faites pourraient inventer (1).

Zwingle même (Hosp. Hist. sacr. 2, p. 26), après avoir déjà furmé son hérésie sur la raison, ne trouva pas tout d'un coiip la solution de ces paroles de Jésus-Christ. Il était sacramentaire sans le savoir; et il eut besoin d'en être instruit par la révélation que lui en fit un esprit , dont il écrit lui-même qu'il ne sait s'il était blanc ou noir : ce qui a merveilleusement l'air d'une révélation diabolique, quelques passages de Cicéron et de Catulle que l'on allègue pour justifier cette expression. Et certainement il faut être bien préoccupé pour ne connaître pas que ces paroles, ceci est mon corps, signifient bien plus naturellement que l'Eucharistie est effectivement le corps de Jésus-

le sang de Jésus-Christ; tout ce qu'on lit de i'Euch;)rislie dans le onzième chapitre aux Corinthiens, où ceux qui la reçoivent indignement son déclarés coicpables du corps et du sang du Sauveur, on avouera sans doute que l'extérieur et l'apparence de l'Écriture n'est nullement favorable aux calvinistes. Je ne parle pas ici du fond , parce que je n'en ai pas de besoin.

Il est donc certain que s'il faut faire des suppositions sans preuves , le droit en appartient aux catholiques, parce qu'ils ont pour eux et l'apparence extérieure , et l'impression générale. C'est à eux à dire que leur doctrine est clairement dans l'Écriture ; dans le sixième chapitre de S. Jean , dans les trois évangélistes, qui rapportent l'instiiuiion de ce mystère, dans S. Paul. El pour les calvinistes, l'équité, la justice , le bon sens les obligent de prendre au moins d'abord un air extrêmement rabaissé sur ce point. Il faut qu'ils commencent par lever ces terribles préjugés qu'ils ont contre eux, et il faut qu'ils donnent de grands combats pour faire écouter seulement leur nouvelle explication de figure pleine, et de vertu déployée : à moins que cela ils ne sauraient éviter qu'on ne les condamne justement de témérité.

Cependant M. Claude est si éloigné de s'assujétir à ces règles de bienséance et de justice, que, comme s'il avait droit de faire passer tout ce qu'il dit pour des oracles, il suppose, comme un principe ferme et incontestable de doctrine, qu'i/ n'y a rien dans l'Écriture qui favorise la transsubstantiation, et que ce dogme est absolument destitué des témoignages des livres saints. Je dis qu'il le suppose comme un principe , parce qu'il n'en allègue jamais de preuves. C'est en cette manière qu'il en parle dans ce dénombrement des preuves contre la transsuhsiantialion et la présence réelle; et l'on ne peut rien ajouter à la confiance qu'il y témoigne. A ces deux puissances ennemies de la transsubstantiation et de la présence réelle se joint, dit-il, (p. 79), le silence de la première et de la plus inviolable de toutes les autorités, qui est la parole de Dieu, contenue dans l'Écriture. Car qui croira que tant de miracles

Christ, que non pas qu'elle n'en est que la figure. Et ^^ fassent tous les jours en tous lieux par le ministère

c'est ce que le consentement de toutes les nations qui les ont prises dans ce sens fait voir d'une manière convaincante.

Si l'on joint à cela tout ce qui est dit dans le sixième chapitre de S. Jean , de manger la chair et boire

({) Lutherus, epist. ad Argentinenses : Hoc diffileri nec possum nec volo, quôd si Carlostadms , aut alius quispiam ante quinquennium mihi persuadere potuisset in Sacramenlo praîter panem et vinum esse nihil, ille magno me beneficio sibi devinclum reddidisset. Gravibus enim curis anxius, et in hâc discuiiendâ maierià multùm desudans, omnibus nervis extensis me extricare et expedire conatus sum, cùm ipse perspiciebam, hâc re papatui inprimis me valdè incommodare posse. Verùm ego me captum video, nulla evadendi via relicta est : texlus enim Evangelii nimiùm aperlusest et patens , qui facile convelli non potest, multô minus verbis aut glossis à capite verli- £inoso confeciis subverti.

des hommes, et par un établissement perpétuel dans] l'Eglise chrétienne , sans que ni les évangélistes ni les apôtres aient eu charge de nous en avertir, ou sans qu'ils se soient souvetms de nous en rien laisser dans leurs écrits ? Qui croira que ces doctrines tiennent le rang qve^ Rome leur a donné dans la religion^ comme fondamentales et nécessaires au salut des hommes, sans que la révélation céleste les ait favorisées du moindre de se$\ rayons ? qui croira que si elles sont de Dieu , Dieu les\ ait laissées en proie aux contradictions de la raison ctl du sens, qu'il a lui-même armés contre elles, sans les^ munir de sa protection? Qui croira que la sagesse divine ail voulu ravir à ses bienheureux apôtres la gloire\ de nous révéler ces mystères inouïs, pour la communiquer à deux moines , dans l'obscurité de ces derniertl temps, dans le neuvième et dans le onzième siècle? Di'.l tes en ce qu'il vous plaira, je ne saurais croire que ce\

A009 LIV. X. CONSÉQUENCES DE L'ACCORD DES ÉGLISES SUR LA PRÉSENCE RÉELLE. lOt

iilence ne vous donne de Cinquiélude.

Je trouve dans ce discours quantité de preuves de rcmporlement de M. Claude, cl beaucoup d'impru-

dence de s'exposer à certaines reparties , ires-jusles mais très-incommodes, qu'on lui peut faire, qui sont : qu'il est encore bien plus hors d'apparence que Dieu ait donné la commission de réformer l'Église, et de corriger dans sa doctrine une infinité d'erreurs dans lesquelles il aurait permis, selon les minisires mêmes, qu'^. la plupart des Pères et des saints eussent éié engagés , comme sont , selon eux , l'approbation du célibat des prêtres, des vœux monastiques, de l'invocation des saints , du culte des reliques , à un moine apostat et déréglé comme Luther, à des gens perdus de débauches , comme Zwingle , Bèze , et un très-grand nombre des principaux auteurs de cette réforme, qui, selon tous les canons de l'Église, devaient être dégradés et mis en pénitence pour toute leur vie , bien loin de se mêler de réformer la religion. Certainement il n'y eut jamais de gens qui eussent moins l'air de réformateurs et de prophètes.

J'y trouve une irès-faussc rhélorique et des amplifications très-importunes, mais je ne trouve aucune preuve de ce silence touchant la présence réelle , (juoique celte préteniion soit contre le préjugé universel, qui n'est pas certainement assez détruit par l'aulorité de M. Claude.

11 fait mine ensuite de vouloir montrer plus en détail ce silence, en marquant les occasions où Jésus- Christ aurait dû parler de la présence réelle , et où il prétend qu'il n'en parle point. Pour le sixième chapitre de S. Jean , il n'a pas jugé que cela valût la peine de dire seulement qu'il n'y était pas parlé de rEucharisiie.etque tous les Pères qui l'ont pris en ce sens l'ont mal entendu.Une petite supposition le délivre de tout cela ; et encore c'est une supposition qu'il ne daigne pas exprimer : il nous la laisse à sous-entendre. Il vient donc aux paroles de l'institution , et il s'en démêle d'un air qui mérite bien qu'on le considère.

que le Père communique au Fils sa nature , sans lui communiquer sa relation de paternité ; et que le Fils étant réellement im avec la nature du Père, ne laisse pas d'être réellement distingué de la paternité, quoique celle paternité soit aussi la même chose que la nature. Mais comme l'on répondrait à ce raisonneur impertinent que S. Jean , en marquant la distinction des personnes et leur unité, comprend toutes ces merveilles sans les particulariser; et que c'est à lui à prouver que S. Jean n'a pas marqué celte disiiiiciion et cette unité, on répond aussi à M. Claude (lue Jésus- Christ a renfermé toutes ces merveilles dans ces paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang , qui se trouvent dans les trois évangélisies ; que tous les chrétiens du monde les y voient , à l'exception des sacramentaircs ; que c'est à lui à prouver qu'elles n'y sont pas ; et qu'il n'a pas droit de le supposer sans preuves.

Il en fait de même sur ce qu'on lit dans S. Paul touchant l'Eucharistie. C'est encore un principe constant pour lui qu'il n'y a rien dans le onzième chapitre de la première aux Corinthiens qui s'entende de la transsubstantiation ; et il en parle toujours avec la même hauteur et la même confiance, sans se croire jamais obligé d'apporter aucune preuve de ce qu'il avance.

11 faut avouer que ce procédé est étrangement déraisonnable; et ce qui le doit rendre plus odieux est qu'il est fondé sur le plus ridicule de tous les principes, qui est que l'autorité de M. Claude est plus considérable que le consentement général de tous les chrétiens du monde. Car quand on propose ainsi sans preuves des opinions contraires au préjugé qui se tire du consentement universel de tous les autres chrétiens dans un certain sens , on laisse subsister ce préjugé dans toule sa force, puisqu'on ne le combat point, et on y oppose seulement l'autorité de celui qui parle : de sorte qu'il se trouve dans le fond que toule celle éloquente déclamation sur le silence de l'Écriture touchant la transsubstantiation se réduit à ce plaisant

La première occasion , dit-il (p. 80), de parler de la raisonnement, en suppléant ce que M. Claude sup-

transsubsKintiation est l histoire de l'institution du S. -Sa- prime -.Tous les chrétiens du monde sont persuadés que

crement. Car s'il faut croire les merveilles dont on nous ^^ transsubstantiation est contenue dans les paroles

parle, ne dérivent-elles pas de cette première source? ^^^ évangélisies et de S. Paul : moi Claude je déclare

Et comment ne s'y en ferait-il aucune mention? Cepen- qu'aie n'y est point du tout contenue, et je le con-

dant il est vrai qu'il ne s'y en fait point. Lisez et relisez ^^^^^ ^^j. ^^^g jj^^n autorité ; donc on doit croire que

les trois évangélistes , vous n'y trouverez ni le change- ^^^^ j^ j.gg,g jjy monde se trompe et que j'ai raison.

ment de substance du pain et du vin, 7ii la substance de ^^-^^^ lg ^^.r^i gg^s de toutes ces déclamations satis

leurs accidents sans sujet, tii la position du corps de Je- ^^eaves. C'est à M. Claude à juger maintenant si ses

sus-Christ en plusieurs lieux, ni son existence en la ma- ^^„^^^QJ^ls, sont recevables, et s'il peut jusiemenl

nière d'un esprit , ni rien de ce qu'on nous ordonne de p^^tcndre que nous ayons tort de nous en moquer. iroire. Cela est étonnant. jl g^j (jouc clair que ce droit de supposition que se

11 me semble que j'entends un homme qui , pour ^^^^^^ j^j Claude est injuste et ridicule tout ensemble,

prouver qu'il n'est point parlé de la Trinité dans ce ^^^^ j, ^^^ ^rai d'autre part qu'il a de merveilleuses

passage de S. Jean (5, v. 7) , où il est dit que trois go^modiiés, car on fait tout ce que Ton veut en sup-

rendent témoignage dans le ciel, le Père, le Verbe et le S.-Espril, cl que ces trois ne font quun, raisonnerait de celle sorte : Il est clair qu'il n'est point parlé de la JrÏHilé dans ce passage , parce qu'il n'y est pas dii

posant ainsi tout ce qu'il nous plaît. Il n'y a point d'ambarras dont on ne se démêle sans peine par ce moyen; et quelque grandes que soient les difttcuUçs ^

mi PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE.

trois ou quatre petites suppositions sans preuves en viennent à bout.

On avait, par exemple, comparé les difficnltés de la Trinité avec celles de la transsubstantiation , et l'on en avait conclu que comme les dinicullés de la Trinité ne nous devaient pas cmpêclicr de croire ce mystère, parce qu'il était accompagné de très-grandes preuves, de même, nonobstant les difficultés de la iranssubstanliation, on ne devait pas laisser de la croire, supposé qu'elle fût appuyée sur des preuves plus fortes ([ue toutes ces difficultés. Cette proposition était sans doute fort raisonnable, tant parce que les catholiques ont droit de supposer leurs opinions que parce que l'on n'en tirait dans ce lieu qu'une conclusion conditionnelle, et que cette conséquence se réduisait à ce point, qu'il fallait croire la traussubsianiiation nonobstant les difficultés supposé qu'elle rfit des preuves suffisantes. Ainsi la conclusion dépendait toujours de l'examen de ces preuves ; et il n'y :t point de calviniste tant soit peu raisonnable qui ne dût demeurer d'accord tout d'un coup d'une proposition si équitable. Mais si l'on eût avoué tout cela de bonne foi, il y aurait eu bien des lieux communs et bien de pompeuses périodes qui n'auraient pas trouvé leur place , et l'on n'aurait point eu sujet de parler des ténèbres de Dieu et des ténèbres des hommes , ni de ce trop grand éclat de la lumière et de la majesté d^s mystères qui engloutit la pensée, et en éblouissant la raison la oomraint d'adorer ce qu'elle ne peut comprendre ; et de quantité d'autres choses qui ont beaucoup de son et peu de sens. Or il en fallait parier, cela était essentiel, non à la réponse, car elle n'y sert du tout de rien, mais à la réputation do Tauleur. Il a donc fallu entreprendre de réfuter ce discours, qu'tV faut croire la transsubstantiation nonobstant les difficultés, pourvu qu'elle soit appuyée sur de bonnes preuves, en la même manière que l'on croit In Tïinité nonobstant les difficultés qui semblent combattre ce mystère; et l'on en est venu à bout par quelques suppositions sur lesquelles on a fondé une déclamation de dix-huit pages.

Premièrement, M. Claude suppose contre les sociiiiens que la Trinité a de grandes preuves, dont il alègue quelques-unes : ce qui serait très-raisonnable dans la bouche d'un catholique , parce qu'il accompagne ces preuves de l'inielligence publique de toute l'Église et de toute la tradition ; mais ces mêmes preuves sont infiniment affaiblies dans la bouche d'un calviniste, sans autorité, sans possession, et qui renonce à la tradition et à l'autorité de l'Église.

Après avoir rapporté quelques preuves sur la Trinité, il supprime toutes les raisons des sociniens, tons les passages qu'ils allèguent au contraire ; et par le aïoyen de cette double suppression il conclut sans peine que ces preuves sont convaincantes et démonstratives.

11 facilite encore cette conclusion par une autre supposition, qui est que tout ce que l'on trouve dans la yaison sur le sujet de la Trinité est qu'elle n'enseigne

pas ce mystère, en supprimant ainsi cette foule infinis do difficultés que h raison fournit contre cet article à ceux qui prennent coîte daigereuse voie de juger des mystères do la foi.

Ainsi, par le moyen de ces trois petites suppositions, exjirimécs ou sous-entendues, 1° que les [lassages qu'il propose sur la Trinité sont sans roparlii» ; 2" que les sociniens n'en objectent point de contraires ; 5''que la raison demeure neutre, se contentanl de n'enseigner pas la Trinité, et approuvant, au contraire, certaines vérités qui ont une liaison nécessaire avec celle-là , il détruit les sociniens sans ressource, mais d'une manière plus capable de les faire rire que de les convertir. Et pour en faire de môme des catholiques, il emph)ie le même moyen de ses suppositions non prouvées par lequel il ne manque jamais de faire tout ce qu'il veut.

A Ccfjard de la transsubstantiation, dit-il (p. 65), et delà présence réelle, il en est bien autrement, car quand elles se présentent à nous sous le titre de mystères difficiles, si nous consultons t Ecriture sainte, nous ne les y trouvo7is enseignées ni en termes exprès ni par une conséquence légitime, mais au contraire rÉcriture dit beaU' coup de choses qui les détruisent. Si nous consultons les plus sacrés articles de la religion, nous ne voyons pas qu'ils aient aucune liai-wn ni aucune consanguinité, s'il m'est permis de parler ainsi, avec elles ; il y en a même quelques-uns qui se déclarent contre elles ouvertement comme contre des doctrines étrangères et supposées. Si nous consultons la raison, de quelque côté que nous la prenions, il n'est pas possible de radoucir en leur faveur. Si nous nous tournons du côté des sens, ils déposent si fortement et si unanimement contre elles quiL n'y a rien de plus précis.

Après ces différences si bien marquées, et appuyées sur l'autorité de M. Claude, il ne conclut pas moins décisivement qu'il a raison que si ces discours pleins d'une témérité prodigieuse étaient une écriture, canonique. Voilà déjà, dit-il, quatre différences essentielles pour ne confondre pas la transsubitanliation et la présence réelle avec les mystères difficiles du christianisme.

Tout le reste du chapitre continue d« ce même air, et son éloquence le guindé si haut qu'il est toujours infiniment au-dessus de la raison.

Il entreprend daiis la page 6G de marquer les causes de la difficulté des mystères, pour conclure (iiio ce n'est aucune des causes ordinaires qui rend la transsubstantiation difficile à croire. Or il n'y a personne à qui la seule proposition des causes de la dijficulté des mystères, ne fasse d'abord venir en l'esirit les deux raisons ordinaires qui les rendeni difficiles : l'urie, qu'il y a certains passages de l'Écriture (jui y paraissent contraires, comme, par exemple, celui-ci : Mon Père est plus grand que moi, piiraît contraire .à l'égalité du Père et du Fils : l'autre, que notre raisoii y trouve des contradictions apparentes, comme de dire que la même nature individuelle est en trois personnes distinctes, n'étant point récllcmer t distinguée

«0Î3 LIV. X. CONSEQUENCES DE L'ACCORD DES EGLISES SUR LA PRÉSENCE RÉELLE. lOïi

ont pour eux le consentement général de 1 Église, et môme de toutes les sociétés qui en sont séparées, ii prendre l'Écriture dans le sens qu'ils lui donnent : mais les calvinistes n'ont nullement ce droit; au contraire on a droit de les condamner d'abord en tout ce qu'ils allèguent sans preuves.

Non-seulement ils ne l'ont pas à l'égard des catholiques, mais ils ne l'ont pas même à l'égard des sociniens, parce qu'ils renoncent à la tradition et à l'autorité de l'Église, et qu'ils se réduisent à la seule

de CCS personnes. Que M. Claude demande à qui que ce soit quelles sont les causes de la difiiculié des mystères, je le puis assurer qu'il n'en trouvera point qui lui réponde autrement. Cependant, en faisant le dénombrement des causes, il ne lui a pas plu de parler de celles qui sont les seules qui viennent dans l'esprit, et il n'y parle que de celles qui n'y viennent point. Les difficultés de nos mystères consistent, dit-il (p. 66), ou en ce que les choses spirituelles se trouvent cachées sous le voile des choses sensibles, comme font

les types et les sacrements, et les expressions empruntées Ecriture expliquée par leur raisonnement ou par leur

des choses temporelles ; ou en ce que les doctrines célestes nous sont quelquefois exprimées en des termes obscurs, dont l'intelligence dépend de l'élude et de la méditation ; ou en ce que la gloire des œuvres divines est couverte des infirmités et des bassesses de la nature; ou en ce que le silence de Dieu nous ôle en partie la connaissance de ses vérités ; ou enfin ces difficultés viennent d'un trop grand éclat de lumière, qui, se découvrant dans les mystères à mesure qu'on lef médite, engloutit la pensée, et en éblouissant la raison la contraint d'adorer ce pu elle ne peut bien comprendre.

Voilà, dit-il, ce me semble, de quelles manières nos mystères sont difficiles. Après ce dénombrement chimérique il ne manque pas de trouver qu'il y a grande différence entre la transsubstantiation et la Trinité, parce, dit-il, que les difficultés de la transsubstantiation et de la présence réelle ne consistent en rien de tout cela. Ce qui nous en éloigne, c'est qu'elles sont enveloppées d'impossibilités et de contradictions ; comme si l'esprit humain n'en trouvait pas de même dans la Trinité, dans l'incarnation et dans le péché originel, en s'abandonnant à ses vains raisonnements. L'on n'a qu'à parcourir tout le reste du chapitre pour reconnaître qu'il est tout fondé sur ces suppositions fantastiques sans preuves, et dont la plupart sont contraires au sens commun. C'est-là la principale adresse de M. Claude. 11 est vrai que celle adresse n'est pas difficile, ni de grand usage : car quand il plaira à un socinien, il fera un chapitre tout aussi éblouissant que celui de M. Claude, en étalant toutes les difficultés de la Trinité, en rapportant tous les passages dont ils se servent pour la combattre, et supprimant toutes les réponses que l'on fait à leurs arguments, et toutes les preuves que l'on allègue contre eux : et si l'on s'en plaint, il se servira de l'exemple du procédé de M. Claude pour autoriser le sien ; et tout ce que j)ourrait dire une personne équitable que l'on aurait prise pour juge de cette contesiaiicn entre M. Claude et ce socinien, est que le procédé de l'un et de l'autre est également déraisonnable.

Ainsi, pour retrancher ces vains amusements et celte licence effrénée de suppositions par lesquelles il est aisé à chacun de rendre sa cause victorieuse, il faut par nécessité en revenir aux règles de la raison ' ei du bon sens, qui nous apprennent l'usage légitime des suppositions.

C'est par ces règles qu'il est permis aux catholiques de supposer Uur opinion pour véritable, parce qu'ils

esprit particulier. Des gens qui se réduisent à ces termes n'ont pas droit de dire la moindre chose contestée sans en alléguer des preuves , parce qu'ils ne peuvent légitimement préférer leur autorité à celle de personne.

C'est ce qui fait voir qu'encore que la Trinité et tous nos autres mystères aient une infinité de preuves trèsclaires et très-convaincantes, et dans l'Ecriture et dans la tradition, néanmoins ces preuves sont fort mal dans la bouche des calvinistes , qui les affaiblissent tellement par leurs faux principes qu'ils les rendent incapables de persuader les sociniens et tous les autres qui sont dans l'erreur. Aussi voit-on que ces détestables hérétiques n'ont fait que pousser plus avant les principes que les calvinistes leur ont fournis, en ne souffrant pas qu'on les retînt dans ces bornes arbitraires et fantastiques dans lesquelles il avait plu aux premiers réformateurs de se renfermer : de sorte qu'on peut appeler avec raison celle hérésie une extension du calvinisme.

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