‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 270 sur 335 · CIL\P1TRE IX · texte numérisé non relu

CIL\P1TRE IX

en a eu de

Huitième conséquence de ce consentement de toutes les églises chrétiennes dans la doctrine de la présence réelle : Adoration de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, et nullité des arguments des ministres contre tet article.

Pour traiter ce point de l'adoration de l'Eucharislie par des preuves positives, il n'y a qu'à recueillir co que l'on a déjà pu voir en divers passages que nous avons allégués prour prouver le consentement de toutes les sociétés chrétiennes dans la doctrine de la présence réelle et dans la Iranssubstaniiation.

Nous avons fait voir par S. Odilon et par Durand, abbé de Troarn, le mot même A'adoration employé à l'égard de l'Eucharistie longtemps avant l'époque chimérique de M. Claude, qui prétend (p. 454) qu'elle ne s'est introduite que du temps d'Alger, et que Lanfranc même ni Grégoire Yll ne l'ont point connue. Il a pu voir que S. Odilon {de Corp. et Sang. Domini) dit en parlant de l'impératrice Adélaïde qu'après avoir reçu Pextrême-onction , elle reçut aussi te sacrement du corps du Seigneur en l'adorant , ayant toujours espéré en ce Seigneur : Que Durand, abbé de Troarn, dit : qu'il faut rendre à la sainte humanité du Rédempteur le culte d'une humble adoration , à cause de son unité inséparable de la divinité, principalement lorsqu'elle supplée à la communion éternelle que nous aurons avec Dieu, car c'est pour cela que ce sacrement a été institué. Et Ton a fait voir en passant combien est peu raisonnable la réponse de M. Claude, qui veut que Durand rapporte celle adoration à l'humanité de Jésus Christ ; comme si un homme qui croit Jésus-Christ présent dans l'Eucharislie, qui marque dans ce passage même qu'on l'adore en communiant, pouvait entendre autre chose sinon qu'on l'adore comme présent dans l'Eucharislie. On a vu que Cabasilas, archevêque de Thessalonique, dit (c. 37) que les fidèles voulant montrer leur foi dans l'acte de la communion, adorent, bénissent et célèbrent Jésus-Christ comme Dieu, qui est connu dans les dons ; cl qu'en blâmant la coutume de ceux qui se mettent à genoux et adorent avant la consécration les dons que l'on porte, et leur parlent comme au corps et au sang de Jésus-Christ, il approuve qu'on rende les mêmes honneurs à l'Eucharistie après la consécration. On a vu que Siméon, arihevêquc do Thessalonique, enseigne expressément l'adoralion et intérieure et extérieure de Jésus-Christ dans l'Eucharislie : Nous devons, dit-il, adorer de cœur le pain îjjvant et le sang qui est dans le calice , en nous prosternant de tout notre cœur jusqu'en terre, et en mettant nos mains en croix pour témoigner notre servitude et la foi que nous avons en Jésus crucifié. (Ailalius , cxercit. contra Creigt., p. 42G.) En parlant en un autre endroit des mystères présanciifiés, il dit que parce qu'ils sont parfaits dès le commencement, et sont le corps et le sang même de Jésus Christ, lo; s ne le prêtre entre

i029 LIV. X. CONSÉQUENCES DE L'ACCORD DES ÉGLISES SUR L.\ PRÉSENCE RÉELLE.

en portant le Seigneur sur sa tèlc, nous devons nous abaisser jusqu'en terre avec un ardent amour, cl lui demander le pardon de nos fautes, etc. (Allai. , de Perpet. consens., p. 1579, pag. i56 et 460.) M. Claude se souviendra, s'il lui plaît, qu'il nie partout ces prosterneraents, et qu'il demande qu'on les lui montre. Le voilà donc satisfait.

L'auteur de la Perpéitiilé avait cité dans son livre un passage de Gabriel, archevêque de Philudelpliie, qui a paru si clair à M. Claude qu'il ti'a pu y répondre d'une autre manière qu'en avcuant d'une part que ce passage tel qu'il est contenait formellement l'adoration et la transsubstantiation, et en tâchant de l'autre de rendre suspects et la personne et le passage de cet archevêque, parce que le cardinal du Perron qui le cite n'en rapporte pas les paroles grecques. Mais à qui pourrait-on faire croire ou que cet archevêque, qui vivait parmi les Grecs et qui lirait d'eux tout ce qui lui était nécessaire pour sa subsistance, eût osé avancer dans son église une doctrine inconnue à tous les Grecs, et qu'ils auraient dû condamner d'idolâtrie s'ils n'eussent pas été de même sentiment, ou que le cardinal du Perron ait osé faire un passage tout exprés, et l'attribuer à un auteur qui n'y aurait jamais pensé, quoiqu'il pût se tenir assuré que celle fourberie ne pourrait manquer d'être découverte. Il faut ne connaître pas les hommes pour pouvoir donner entrée dans son esprit à une pensée si déraisonnable. Et c'est pourquoi je suis bien fâché de ne pouvoir accorder à M. Claude la permission qu'il demande (p. 465) de suspendre son jugement sur ce passage. Cette sorte de permission ne dépend nullement de nous ; c'est la raison même qui la lui refuse, parce qu'elle ne demande pas seulement qu'on désavoue les choses certaines, mais qu'elle demande aussi qu'on ne feigne pas de douter des choses dont on ne saurait douter raisonnablement. Or je ne veux pas faire ce tort à M. Claude que de supposer qu'il puisse douter sérieusement si le cardinal du Perron n'a point fait le passage qu'il rapporte de cet archevêque grec.

11 est donc visible qu'il ne dit qu'il suspend son jugement que pour arrêter s'il pouvait celui des autres, quoiqu'il ne puisse croire lui-même qu'il y ait aucun lieu de le suspendre. Car pourquoi le cardinal du Perron aurait-il supposé ce passage de Gabriel, puisqu'Arcudius, le grand auteur de M. Claude, en rapporte d'aussi formels que celui-là, dans les propres termes de cet auteur.

Entre autres choses, au rapport d'Arcudius (I. 3, c. 20), il dit qu'avant la consécration on n'adore pas encore les dons du culte de latrie, parce qu'ils ne sont pas encore le corps parfait et le sang parfait de Jésus- Christ; et il marque ainsi clairement qu'on les adorait du culte de latrie après la consécration : Où //yjv Ss

«rû/jta xat afjua XfWToD èjti. J'avoue que commc je n'ai pas eu le moindre sujet de douter du sentiment de cet auteur sur les seuls passages qu'en rapporte Arcudius, je ne roe suis pa.s mis en peine davantage de

faire chorclicr son livre : mais si M. Claude continua encore dans sa suspension, je lui promets de faire mon possible pour le satisfaire.

S'il n'était pas permis à M. Claude de suspendre son jugement sur le sujet de Gabriel, évèque de Pliiladolphie, il lui était encore bien moins permis d'essayer, comme il fait, de détruire son témoignage par celui d'Arcudius, la mauvaise foi qu'il témoigne dans l'opposition qu'il fait de ces deux auteurs étant touià-fait inexcusable. // est certain, dit-il (p. 465), que l'exemple et le témoignage de Gabriel ne concluent rien touchant le corps de l'église grecque : car Arcudius, qui a écrit contre lui, et qui 7ious le dépeint comme un homme impertinent, assure posilivement que les Grecs ne rendent que peu ou point d'honneur au sacrement après la sanctification. El il nous cite lui-même en un autre endroit (p. 098) un passage entier d'Arcudius pour montrer que les Grecs ne font rien de ce que Rome fait en signe de son adoration. C'est, dit- il, la grande plainte que fait contre eux Arcudius, prêtre latinisé de l'ile de Cor fou, demandant tout en colère à Gabriel de Philadelphie pourquoi la consécration des dons étant faite, le prêtre n'incline point la tête, ni n'adore, ni ne se prosterne, ni ne donne aucun témoignage d'honneur ; pourquoi il n'allume pas les chandelles, ni ne chante des cantiques et des hymnes au sacrement, ne lai ren dant ni révérence, ni inclination de tête, ni génuflexion^ ne lui témoignant ni son humilité, ni sa repenlame.

Qui ne dirait, à n'entendre que ce que M. Claude rapporte d'Arcudius , que selon cet autour les Grecs n'adorent point le sacrement, cl que c'est en ccl;i qu'il est contraire à Gabriel de Philadelphie? Peut-on rien désirer de plus formel que ces paroles , que le prêtre n'incline point la tête , ni n'adore , ni ne se prosterne? Mais on sera bien surpris quand on saura que cette apparence trompeuse ne vient que de ce que M. Claude supprime ce qui aurait lait connaître le véritable sens des paroles qu'il cite d'Arcudius, et qu'il lâche de surprendre ainsi ceux qui ne sont pas instruits des cérémonies des Grecs , cl de leur faire croire qu'.\rcudiu3 témoigne qu'ils n'adorent point l'Encbarislie.

Il faut donc savoir que jamais Arcudius n'a pensé à accuser les Grecs de n'adorer pas absolument le S. -Sacrement , de ne se mettre pas à genoux devant lui , de ne lui rendre pas le culte de latrie. Il témoigne formellement le contraire (cap. 21, p. 199), comme il est clair par ces paroles , qui sont un peu après celles que M. Claude a rapportées : Lorsque for. élève la sacrée hostie, quoique les Grecs ne la voient pas^ néanmoins sitôt que le prêtre a prononcé ces paroles : i Sancta sanclis : i Les choses saintes sont pour les saints , ils se jettent à terre , et l'adorent du culte de latrie.

Il n'y a donc nulle question entre Gabriel et Ar.udius louchant l'adoration en soi, l'un et l'aulre avouant que les Grecs adorent l'hostie du culte de latrie. En quoi donc consiste leur dilTérowd? H c;)nsiste . non dans l'adoration. en soi, ni.iis ilniis le lenrps de l'ado-

ration. Et pour entendre cela, il fnut distinguer deux sortes d'adorations : l'une volontaire, qui dépend purement de la dévotion de chacun ; l'autre qui est réglée par un rite et par une cérémonie expresse.

Quant à l'adoration volontaire , elle est uniforme parmi les Grecs et parmi les Latins ; et comme elle consiste principalement à reconnaître l'Eucharistie comme le corps de Jésus-Christ avec une soumission intérieure, cette adoration commence et parmi les Grecs et parmi les Latins sitôt que le corps de Jésus- Christ est présent sur les aulels , puisqu'ils sont parfaitement unis dans cette créance. Mais pour l'adoralion de rite et de cérémonie , les Latins la pratiquent plus tôt et les Grecs pins lard ; car les Latins la font incontinent après la consécration, et les Grecs la diffèrent jusqu'à l'élévation de Phostie, qui se fait plus lard parnii eux , et seulement un peu avant qu'on mette une partie de l'hostie dans le calice, et que le prêtre se dispose à communier.

Arcudius ayant donc remarqué cette différence entre les Grecs et les Latins, suivant en cela son naturel , qui est un peu aigre , comme Allatius même l'a remarqué, condamne durement celte couiume des Grecs de n'adorer pas l'Eucharistie aussitôt après la consécration , et de différer cette adoration cérémoniale jusqu'à ce que le prêtre se dispose à communier. Mais tant s'en faut qu'on puisse conclure de ces reproches qu'il fait à Gahriol de Philadelphie que les Grecs n'adorent point l'Eucharistie, qu'on prouve formellement le contraire. Et ainsi M. Claude ne peut s'excuser d'avoir voulu tromper le monde par un déguisement tout à fait étrange.

Que si l'on demande maintenant si ces reproches qu'Arcudius fait aux Grecs sont justes et raisonnables, on peut répondre pour les Grecs qu'ils sont téméraires et mal fondés , et que cet auteur fait bien voir par là que c'est avec raison que le P. Goar et Allatius lui reprochent d'être un écrivain aigre et peu équitable, et de condamner injusiement les Grecs en plusieurs points.

11 n'est pas besoin d'en aller chercher ailleurs des exemples , et ces deux coutumes dont il s'agit nous en fournissent un fort considérable. Il est certain que c'est une cérémonie très sainte et qui a beaucoup de convenance que celle de PÉglise latine, qui adore Jésus-Christ par une adoration cérémoniale aussitôt que son corps est sur nos autels ; mais il ne s'ensuit pas , comme Arcudius l'a cru, que les Grecs soient blâmables de différer celte adoration jusqu'au temps où le prêtre se dispose à communier ; et ce retardement a aussi des raisons très-saintes et irès-imporlantes.

Car dans la consécration , et quelque temps après , le prêtre est tout occtipé de ce qui est propre au sacrifice ; et le peuple qui coopère avec lui à celte aclion sacrée, et qui s'unit à lui, doit entrer dans le même esprit. Or l'adiondu sacrifice ne regarde pas Jésus-Christ seul , et ne se termine pas à sa personne ni a son corps : elle se rapporte directement à la samte Trinité, et même plus particulièrement au Pè.'^e,

qui en est la source. Il n'est donc pas étrange que dans le temps où se fait le sacrifice le prêtre ne s'applique pas directement au corps de Jésus-Christ , mais qu'il s'adresse toujours à toute la Trinité, en lui offrant le corps de Jésus-Christ et recommandant à Dieu par cette victime salutaire les nécesiités de toute l'Église , et particulièrement celles de ceux pour qui il célèbre la messe : c'est en cela proprement qu'il fait la fonction de prêtre, et qu'il est revêtu de la personne de Jésus -Christ. Mais après que l'oblation du sacrilice est consommée , et qu'il se dispose à y participer comme sacrement, il commence à s'appliquer directement au corps de Jésus-Christ qu'il doit recevoir ; et il est juste alors qu'il commence à l'adorer, suivant ce que dit S. Augustin , que nul ne mange cette chair qu'il ne fait adorée. Et c'est ce qu'il est obligé de faire par l'ordre de la Liturgie grecque; car l'adoration cérémoniale est marquée aussitôt après la première oraison, qui s'adresse directement à Jésus- Christ. El ce qui est considérable, c'est que le prêtre, qui avait été occupé jusqu'alors de l'adoration de la Trinité, commence ensuite à s'appliquer premièrement à la personne de Jésus-Christ, en le considérant dans le ciel à la droite de son Père ; en lui disant : Sei%neur Jésus-Clirist notre Dieu , regardez-nous du trône de ta gloire de votre royaume, et venez pour nous sanctifier. P;ir où il fait voir que son esprit est encore dans le ciel : et ensuite, descendant du ciel en terre, il s'applique à Jésus-Christ présent sur Tautel. par ces paroles : Vous qui êtes assis dans le ciel avec votre Père , et qui êtes ici invisiblement avec nous , daignez par votre main puissante 7ious faire participants de votre corps très-pur, et de votre précieux sang, et par nous tout le peuple.

Et sitôt qu'il s'est ainsi appliqué à considérer Jésus-Christ présent sur l'autel , .il commence à l'adorer : Alors, dit la Liturgie, le prêtre adore, et le diacre aussi ; et un peu après le peuple et tons les autres ado ■ " rent avec révérence.

Il n'y a donc rien que de très-saint et de très-religieux dans cet ordre de cérémonies ; et c'est très-iujusiement qu'Arcudius le blâme et le condamne ; mais c'est le comble de la mauvaise foi d'en avoir pris préte\te, comme fait M. Claude, d'accuser absolument les Grecs de n'adorer pas l'Eucharistie.

On a marqué encore, dans l'examen de divers autres auteurs, d'autres preuves authentiques de l'adoration. Le baron de Spatari reconnaît en termes formels que Ton adore l'Eucharistie du culte de latrie : l^ous croyons , dit-il , que le corps et le sang du Seigneur doivent être adorés du culte de latrie dans la divine Liturgie, tant extérieurement qu'intérieurement. Oderbonus, bithérien, témoigne, comme nous avons vu, que dans la Liturgie des Russes, le prêtre ayant quille l'aulel pour venir montrer au peuple rEucharislie, le peuple se met à genoux, et le prêtre dit en langue moscovite : Voilà le corps et voilà le sang de Notre • Seigneur Jésus-Christ que les Juifs ont fuit mourir, toul innocent ""'il était.

LIV. X. CONSEQUENCES DE L'ACCORD DES ÉGLISES SUR LA PHÉSENCE RÉELLE. 1034

J'ai voulu lernicr la bouche à M. Claude par ces prouves grossières eu lui laisaiit voir posilivemci.t radoralion, cl Tadoration de lalrie, enseignée cl pra. liqiiée par les Grecs et |)ar les autres socles oiici.laies. Mais s'il y a do l'uiiliié dans celle preuve, il n'y a poiiil de nécossilé; parce que Tadoralioii est réelde M. do Pompoiie, que lorsque Ton porle à Moscou lemeiil enfermée dans la créance de la présence réelle, c.,„.. ..-.-, . , el qu'elle en est enlicrenicnt inséparable: de sorlè

qu'ayanl prouvé le consonienient de toules les sociétés d'Orient dans la doctrine de la présence roollc, nous ayons prouvé leur consenlenienl dans l'adoralion'. C'est la luiilièmc conséquence qui nait nalurcl- Icmcnt et nécessairement de l'union de toutes les églises dans ce dogme; e( je ne me croirais pas obligé de le prouver, si M. Claude ne s'était avisé sur ce sujet d'une chicane qui n'est fondée que sur une équivoque qu'il n'a pas voulu démêler, ou par mauvaise foi, ou p;ir défaut d'intelligence, r avoue, dll-W (pag.455), que ta foi de la présence réelle selon que Rome la pose est nalurellemcnl liée avec l'adoration du sacrement, et j'en tombe d'accord avec l'auteur. Mais combien de choses y a-t-il qui sont inséparables de leur nature, et dont l'une est une suite naturelle de l'autre, qui pourtant sont séparées en effet dans l'esprit et dans la pratique des hommes, soit par le défaut d'application aux conséquences naturelles, soit par qvelque précccupalion d'errmr,,. Lorsqu'on toit qu'aucune de ces cimes ne peut avoir lieu, il est Certain qu'on peut raisonner par la liaison naturelle: mais celte manière de raisonner n'est pas juste lorsque la ^uile naturelle est empêchée par un principe plus fort. Il est d'une suite naturelle qu'un sujet serve son prince, qu'il l'honore et qu'il lui obéisse; cependant combien s'csl-il trouvé d'occasions où. les princes ont été obligés de déguiser leur qualité, et oii les peuples ont bien fait de ne leur rendre pas les marques extérieure

de leur respect Pour appliquer cette distinction au

sujet de notre dispute, je dis que, quand il s'agit de l'état de l'Eglise durant huit cents ans, le raisonnement est juste. On n'adorait pas l'Eucharistie; donc on ne croyait pas la transsubstantiation romaine, parce qu'aucune des choses qui peuvent empêcher l'effet de culte suite naturelle ne peut avoir lien dans une église bien instruite, pieuse, et qui n'était troublée d'aucune contestation sur te point de l'Eucharistie. Ce raisonnement est juste. On n'a point rendu aux sacrements tous ces honneurs divins que Rome leur rend aujourd'hui; on n'a donc pas adoré le sacrement. Mais quand il s'agira de l'état de l'Église au temps de Paschase, le raisonnement ne sera pas bon. Si on a, dit-on, cru la présence réelle, donc on a publiquement adoré le sacrement : parce qu'encore qu'il y ail une liaison naturelle entre ces deux choses, l'effet en a été pourtant empêché par plusieurs principes. Paschase s'est contenté de jeter les premièrct semences de son opinion, et a laissé au temps à les mûrir. Il n'a pas voulu d'abord effaroucher le monde, comme il eut fait s'il eût proposé sa créance dans toute l'étendue de ses conséquences. Si je voulais éprouver k jugement de quehju'un, je lui donnerais volontiers cet endroit de M. Claude à examiner pour voir s'il en

flrente-lrois.)

M. Claude déclare ( p. 460 ) qu'il sera content pourvu qu'on lui fasse voir, dans l'usage public, qu'on se prosterne devant le sacrement quand on le porte dans les rues. Or, non seulement cet auteur, mais aussi le sieur Lilienthal, résident de Suède à Moscou, et luthérien , témoigne, comme il paraît par la lettre

le S. -Sacrement dans les rues, le peuple se prosterne contre terre, et adore le S. -Sacrement. Le voilà donc engagé de parole à désavouer ce qu'il a avancé témérairement, que les Grecs n'adorent point le S.-Sacrement, et qu'on ne trouve point que les peuples se prosternent à sa rencontre.

Ligaridius, archové(iue de Gaza, expliquant l'opinion de tous les Grecs, et particulièrement des Moscovites, dit, en écrivant dans Moscou même, qu'on doit adorer Jésus-Christ d'adoration de latrie dans le pain eucharistique : i Nunc jani itotu,ei, si potes, abnega non esse Christum adorandum adoratione latriœ in pane isto eucharisiico , et in vino consecralo , cui attribuuntur onines et singuli honores Deo soli convenientes. > M. Piquet, qui a été si longtemps consul à Alep, déclare qu'il a vu adorer aux sectes du Levant le très- Saint-Sacremenl dans leurs églises, avec les génuflexions, inclinations et respects que l'on pourrait rendre à Dieu même. Uscanus , évoque de S. -Serge en la Grande-Arménie, répond précisément pour tous les Arméniens qu'ils adorent l'Eucharistie de l'adoration de lalrie. Quest, : An non Armeni credunt Chrisli corpus in Eucharistiâ adorandum esse latriœ cultu tam externo quàni interna? — Rép. : Credunt, sentiunt , profitentur. Toules les Liturgies des Éliiiopiens et des Cophtes sont pleines d'actes d'adoration; car toutes ces professions si solennelles que l'on y fait de la foi de la présence réelle sont autant d'actes d'adoration de lalrie, puisqu'ils y reconnaissent Jésus- Christ comme leur Dieu; qu'ils le prient, qu'ils s'humilient devant lui, et en même temps qu'ils avouent qu'il est présent sur l'aulel.

Cela fait voir qu'il n'y a point d'hyperbole à l'auteur de ta Perpétuité d'avoir dit à M. Claude que ce n'était pas une chose supportable d'avancer ainsi des faussetés dont on peut être convaincu pur vingt millions de témoins : tous les Grecs, tous les Moscovites, tous les Arméniens, tous les Éthiopiens , tous les jacobites, font bien plus de vingt millions de personnes. Quand il aurait dit cent millions d'hommes, M. Claude n'aurait pas eu sujet de le dcnienlir. Or les témoignages de toutes ces personnes sont compris dans ceux que j'ai rapportés. On sait que ces sortes d'informations ne se l'ont pas par tourbes, et qu'il suffit d'alléguer des témoins non suspects aui parlent pour tous les autres. Ainsi , la comparaison de l'hyperbole de Pompée, qui faisait sortir des légions de son pied, avec celte parole de l'auieur de la Perpétuité n'est nullement jusle, puisqu'il se trouve qu'au lieu que Pompée faisait son pouvoir beaucoup plus grand qu'il n'était en effet , l'auteur de la Perpétuité diminue au contraire extrêmement le nombre de ses témoins.

Pi DE LA F. I.

découvrirait le défaut, parce quMI y a quelque apparence de subtilité. C'est une distinction suivie et nettement appliquée ; et cependant c'est un amas de tous les faux raisonnements qu'on peut faire sur cette matière. Pour en être convaincu, il ne faut que distinguer les diverses espèces d'adoration : ce qui donnera moyen de reconnaître la liaison qu'elles ont avec la doctrine de la présence réelle.

On peut donc premièrement diviser l'adoration en intérieure et en extérieure. L'adoration intérieure est une soumission et un abaissement intérieur à la Divinité : et ainsi c'est d'une part un acte de foi et de charité, et de l'autre un acte d'humilité ; et en joignant ces trois actçs, on forme un acte d'adoration intérieure. L'adoration extérieure est une protestation que Ton fait au-dehors de cette disposition intérieure par quelque signe extérieur. Cette adoration extérieure peut être encore de diverses sortes, car il y en a une qui, comme nous avons dit, est volontaire, et qui est laissée à la dévotion de chacun, et une autre qui est réglée et attachée à un certain temps et à certaines cérémonies.

Enfin il faut remarquer, comme nous avons déjà fait ailleurs, qu'il n'y a aucun signe extérieur qui soit attaché par sa nature à l'adoration souveraine, et qui ne puisse être rapporté à une autre ; et que de même l'adoration souveraine n'est point attachée à une certaine posture et à un certain signe extérieur, mais se peut extrêmement diversifier selon les signes que nous appliquons à cet usage. Les premiers chrétiens adoraient Dieu les bras étendus ; et l'on voit encore les capucins pratiquer cette cérémonie. D'autres l'adorent en joignant les mains. Quelquefois c'est un signe d'adoration de se tenir debout; et l'Église ancienne se servait de ce signe durant tout le temps de Pâques, comme le témoigne Tertullien. Le prêtre s'en sert à l'autel, où il représente Jésus-Christ ressuscité : en d'autres occasions on marque son adoration par la prostration de son corps. Les Maronites adorent toujours debout par une simple inclinalio» de leur corps. Enfin ces actions extérieures étant indifférentes d'elles-mêmes à signifier tout ce que l'on veut , il dépend de la volonté et de la coutume de les destiner à signifier certains mouvements intérieurs.

€et éclaircissement fait voir tout d'un coup que la doctrine de la présence réelle est inséparable de l'adoration intérieure. Car cette sorte d'adoration ne consistant qu'en une reconnaissance delà divinité de Jésus- Christ présent, avec un abaissement de l'âme sous sa souveraine majesté, il n'y a qu'un excès d'impiété qui puisse désunir ces deux mouvements dans ceux qui croient qu'il est présent sur nos autels. El c'est pourquoi VamleuT de la Perpétuité a raison de dire qu'a^n d'empêcher que cette créance ne produisît cet effet, il faudrait que ceux qui y auraient été se fussent fait une violence continuelle pour retenir les mouvements de craime et de respect que cette créance devait produire, et qiCils se fussent forcés h regarder fièrement le Saint-Sncrement,

en se donnant bien de garde de Cadorer par quelque action d'humilité, soit extérieure, soit intérieure : et M. Claude n'en a pas de répondre, comme il fait, qu'il n'est ni le garant ni le défenseur de la sagesse et de la bonne conscience de ces gens-là. Car s'il n'est pas garant de la sagesse et de la bonne conscience des autres, il est garant et défenseur de la sienne. Or ce n'est pas une action de sagesse ni de bonne conscience que de ne demeurer pas d'accord des choses certaines comme est la liaison nécessaire de l'adoration intérieure avec la créance de la présence réelle.

Non seulement la doctrine de la présence réelle est attachée par nécessité à l'adoration intérieure, mais elle l'est aussi nécessairement à quelque action de respect extérieur : car quoique l'on puisse les séparer par des suppositions métaphysiques ou par des erreurs extravagantes, comme celles de quelques hérétiques des derniers temps , néanmoins il est impossible de les séparer par des suppositions réelles de gens qui aient eu du sens commun. Quiconque croit Jésus-Christ présent dans l'Eucharistie lui parle comme à Dieu, implore sa miséricorde, lui demande ses grâces, s'excite à l'aimer par des paroles de confiance, reconnaît son indignité; et toutes ces actions étant extérieures, sont des actions extérieures d'adoration. Ainsi, pour produire des preuves de l'adoration extérieure de l'Eucharistie, il n'y a qu'à alléguer toutes les oraisons des Liturgies qui s'adressent à Jésus-Christ après la consécration ; car il est impossible que les hommes aient été jamais assez bizarres pour ne rapporter pas ces oraisons à Jésus-Christ, supposé qu'ils l'aient cru réellement et véritablement présent. Ce détour d'imagination est trop contre la nature pour s'imaginer qu'il puisse avoir été commun et ordinaire parmi les hommes.

C'est donc une adoration extérieure de Jésus-Chris» que celle que l'auteur de la Perpétuité a produite dan? cette oraison de la Liturgie grecque de S. Jean Chrysostôme : Seigneur Jésus, qui êtes ici présent d'une manière invisible, daignez par votre main puissante nous donner votre corps pur et sans tache; puisqu'on a prouvé déjà que ceux qui récitaient cette prière croyaient Jésus-Christ réellement présent sur nos autels.

C'est une adoration extérieure que la prière dt) YAgnus Dei, qui fut prescrite au huitième siècle à toute l'Église latine par le pape Sergius III (Baron, an. 722), puisque nous avons prouvé qu'on croyait Jésus-Christ présent sur l'autel au huitième siècle.

C'est une adoration extérieure que celle que l'oi rendait à l'Eucharistie au septième siècle, selon le témoignage de S. Étienne-le-Jeune , qui disait à l'empereur Copronyme que les chrétiens adoraient et baisaient les antilypes du corps et du sang de Jésus-Chrisl : i Quœ et adoramus, et osculamur, et eorum perceptione sanctitatem consequimur. t Car les défenseurs des images étant aussi les défenseurs de la présence réelle, com.me nous l'avons montré, on ne les peut pas soupçonner d'une aussi grande bizarrerie que serait celle

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