‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 271 sur 335 · LIV. X. CONSÉQUENCES DE L'ACCORD DES EGLISES SUR L · texte numérisé non relu

LIV. X. CONSÉQUENCES DE L'ACCORD DES EGLISES SUR L

d'avoir rapporté Tlionneur et radoraliori qu'ils rendaient à l'Euciiarislic aux symboles seuls, sans les rapporter à Jésus-Christ qu'ils croyaient présent sous ces symboles.

Il est donc évident qu'en prenant l'adoration en cette manière, ce ne sont point deux questions que de savoir si l'on a cru la présence réelle, et si l'on a adoré Jésus-Christ dans l'Eucharistie; et qne l'une est tellement renfermée dans l'autre qu'il est impos-

V PRESENCE REELLE. 1038 à I erreur qui conihaliait ces vérités. Aussi voit-on actuellement l'adoration séparée de la plupart de ces signes particuliers d'adoration dans toutes les sociétés d'Orient : ce qui montre évidemment qu'elles sont très-séparablcs.

Cependant M. Claude , par un renversement incroyable de la raison et du sens commun, pour faire sur un même sujet toutes les fautes que l'on y peut faire , au même temps qu'il ne veut pas reconnaître

sible de s'imaginer l'un sans l'autre. Il n'y a point de que la doctrine de la présence réelle ne se puisse se

parer de l'adoration antérieure et de quelque sorte d'adoration extérieure; et qu'il prétend que depuis Paschase jusqu'à Alger, c'est-à-dire , durant près de trois cents ans, on a cru la présence réelle sans adorer Jésus-Christ présent dans l'Eucharistie, ne laisse pas de tirer en même temps des conclusions extravagantes de ces manières particulières d'adoration qui ne sont point des suites nécessaires de la doctrine de la présence réelle ni de l'adoration, pour montrer par le défaut de ces pratiques dans certains peuples qu'ils

politique qui puisse rompre cette union. Paschase, Lanfranc, Grégoire \II ont honoré l'Eucharistie; ils lui ont rendu certains respects extérieurs : M. Claude ne le peut nier, puisqu'il avoue qu'on a toujours dans l'Église rendu quelque respect aux symboles. Or ces personnes croyaient Jésus-Christ présent; donc ils rapportaient ces respects à Jésus-Christ présent : et par conséquent ils l'adoraient, puisque tout respect accompagné de la foi que celui que l'on honore est Dieu, est un acte d'adoration.

Les ministres calvinistes avouent qu'on a toujours n'adorent point Jésus-Christ dans l'Eucharistie. C'est

adoré Jésus-Christ dans la réception du sacrement ; mais parce qu'ils ne croient pas Jésus-Christ présent, ils se sauvent par une règle fondée sur cette fausse hypothèse que lorsque les Pères parlent de fadoration de Jésus-Chrisl au sujet de r Eucharistie, ils ne parlent pas d'une adoration qui se rapporte à la chair de Jésus- Chrisl dans le sacrement, mais ils parlent de l'adoration de la chair de Jésus-Christ qui se fait pendant qu'on administre le sacrement, t Ciim loquuntur, dit Scharpius (de Sacram. Coena», conlr. 2, q. 2, reg. 10), de adoralione carnis Christî, non de eâ quœ fit in sacramento, sed de eâ quœ fit in sacranienli administratione intelliguntur. » C'est la règle que propose ce ministre, en supposant que Jésus-Chrisl n'est pas réellement présent. Si l'on fait donc une hypothèse contraire, il est clair qu'il faut faire une règle toute contraire, et qu'il est impossible qu'on ait toujours adoré Jésus-Christ dans la réception du sacrement, qu'on l'ait cru présent dans le sacrement, et qu'on ne Tait pas adoré comme présent.

Ce que l'auteur de la Perpétuité avait avancé, que l'adoration de l'Eucharistie est une suite de la présence réelle, est donc pleinement justifié : mais il faut borner sa proposition, comme il a fait, à l'adoration intérieure, et à quelques actions extérieures d'adoration, telles qu'elles soient. -,

Que si l'on demande maintenant si la créance de la présence réelle est nécessairement attachée aux espèces particulières d'adoration, comme aux adorations de cérémonie et de rite , aux fêtes , aux processions, aux médailles, aux génuflexions , il est visible que la raison nous oblige de juger tout autrement : et il ne faut que du sens commun pour conclure qu'il n'y a nulle liaison naturelle entre ces choses : que l'institution en est sainte et louable, mais qu'elle n'est nullement nécessaire à l'adoration, et que ce n'est point la simple créance de la présence réelle qui a produit ces pratiques, mais l'opposition que l'Église a voulu faire

en cette manière qu'il conclut que l'adoration de l'Eucharistie n'a point de lieu parmi les Éthiopiens. Pour faire voir, dit-il, au fond combien les Abyssins sont éloignés de fadoration que l'auteur leur attribue, je n'ai qu'à dire qu'ils ne connaissent, non plus que les Grecs, ni la fête du Saint- Sacrement, ni l'exposition, ni les médailles, ni tous les autres usages que les Latins ont multipliés jusqu'à l'infini : qu'ils ne gardent aucune particule du sacrement dans les églises , etc. En vérité j'ai pitié et honte tout ensemble de voir M. Claude raisonner d'une manière si peu solide. Faut-il donc être obligé de lui répéter mille fois que tous les arguments que l'on tire des suites séparables et non nécessaires des choses pour les nier ou pour les établir sont de purs sophismes ? Or il est certain que toutes ces pratiques ne sont point des suites nécessaires de la doctrine de la présence réelle ni de l'adoration; que l'adoration peut subsister sans ces pratiques, et qu'elle y subsiste effectivement dans tout l'Orient. Et c'est pourquoi aussi Zagazabo, qui rapporte les différences de l'église d'Ethiopie d'avec l'Église latine dans la célébration de la messe, ne marque en aucune sorte que son église fût différente de la latine, en ce que l'une adorait l'Eucharistie, et l'autre ne l'adorait pas.

Ce que j'ai dit de cet argument que M. Claude fait sur le sujet des Éthiopiens se peut dire de cent arguments semi)lables qu'il fait sur les Grecs , dont notis avons déjà rapporté une partie. Il ne faut pour s'en moquer que se souvenir que l'adoration souveraine que les Grecs rendent à l'Eucharistie est établie sur des preuves démonstratives. Et par conséquent quand M. Claude prouve ensuite que les Grecs ne pratiquent pas quelque cérémonie , la seule conclusion qu'on en peut tirer selon la raison est que cette cérémonie n'est pas nécessaire à l'adoration , et que l'adoration peut subsister sans cette pratique.

Il est donc visible que le consentement prouvé des sociétés orientales avec l'Église latine dans la doctrine

de la présence réelle prouve également ces deux choses , qui en sont des conséciucnces nécessaires : 1° qne toutes les sociétés chréliennes adorent Jésus- Christ présent sur les autels d'une aiioraîion tant intérieure qu'extérieure; 2" que ladoration de rite et de cérémonie n'est pas ailacliée inséparablement à l'adoration véritable : en sorte que c'est faussement raisonner (jue de conclure qu'on n'idore pas Jésus- Christ' quand on n'observe pas ces pratiques déterminées.

La première de ces conclusions détruit l'opinion de M. C'aude sur l'adoration, et la lémérilé sans exemple avec laquelle il a osé soutenir que l'adoration du Sainl- SncremeiU est inconnue à toute la terre, à la réserve de l'Église romaine ; et que ni tes Arméniens, ni les Russiens, 7n les jacobiles, ni les Éthiopiens, ni en général aucuns clirétiens, hormis ceux qui se soumettent au pape, lie croient rien de.cet article.

Et la seconde détruit tous ces petits arguments indignes d'être proposés par une personne judicieuse, qu'il tire de la différence de quelques cérémonies qui ne sont point essentielles ni nécessairement attachées à l'adoration , pour conclure, contre l'évidence de la raison et des sens, que ces sociétés orientales n'adorent pas l'Eucharistie, parce qu'elles n'observent pas ces cérémonies.

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