‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 272 sur 335 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Neuvième conséquence : Perpétuité de la doctrine de la présence réelle et de la transsubstantiation depuis les apôtres jusqu'à nous ; et impossibilité du changement supposé par les ministres dans la doctrine de l'Église en aucun temps.

Toutes les conséquences particulières que nous avons tirées jusqu'ici de la rél'utation de ce changement que les ministres prétendent être arrivé au dixième siècle dans la dccrine de l'Eucharistie, et des preuves par lesquelles nous avons fait voir que les dogmes de la présence réelle et de la transsubstantiation ont été reconnus universellement dans l'église d'Orient et d'Occident depuis le septième siècle, se terminent toutes si naturellement à cette conclusibn générale que c'est là la doctrine perpétuelle de rÉglise, et qu'il ne s'y est fait ni ne s'y est pu faire aucune innovation depuis les apôtres jusqu'à nous, qu'il n'est presque pas besoin de faire voir la liaison de cette conséquence avec les principes que nous avons établis. En effet les ministres ne placent leur prétendu changement au neuvième et au dixième siècles que parce qu'ils ne le peuvent placer ailleurs. Le choix qu'ils font de ces siècles est forcé et non volontaire ; et quand on leur ôte ce temps-là, on leur ôte tous les autres. Toutes les raisons par lesq'ielles nous avons détruit celte fable impertinente, sont des raisons générales qui s'appliquent à tous les siècles. Ce silence de tous les auteurs et de tous les historiens sur le plus grand événement qui fut jamais ne serait pas moins élonnanl en tout autre siècle qu'au dixième. Cet oubli général qu'il faut supposer dans tcuie la terre de la doctrine

ancienne ; ce mélange monstrueux de chrétiens dont les uns croyant la présence réelle et les autres ne la croyant pas seraient demeurés néanmoins, unis, dans toute l'Église ; cette extinction de toutes les passions, que cette opinion devait produire dans ceux (jui l'auraient publiée, dans ceux qui l'auraient embrassée, dans ceux qui l'auraient rejetée, dans les inférieurs, dans les supérieurs; enfin dans toutes les autres circonstances qui sont attachées à ce changement, en fiueli|uelenips qu'on le |)lace, le rendent impossible dans tous les temps.

Si le dixième siècle, qui a certainement eu moins de savants honmies ne le peut souffrir, et s'il nous donne assez de lunn'ère pour faire voir l'absurdité de cette fable, cond)ien les antres, qui Cii ont eu un plus grand nombre, nous en donneront-ils encore davantage?

On a pu voir que les suites qui s'opposent à ce changement ne sont point des suites arbitraires, éloignées, attachées à diverses circonstances, et par conséquent variables et incertaines ; mais que ce sont des suites certaines, constantes, unii'ormes qui dépendent de passions universelles, qui en naissent naturellement et certainement, et qu'on ne saurait désavouer sans s'imaginer que tous les hommes aient conspiré à se faire violence, et à agir dans cette affaire d'une manière toute contraire à celle dont ils agissent dans toutes les autres.

Ainsi, pour montrer que ce changement est impossible en quelque siècle de l'Église qu'on entreprenne de le placer, il n'y a qu'à montrer qn'iiya eu des hommes dans tous ces siècles quiétaientdemêmenaturequeceux du nôtre, sujets aux mêmes passions, et capables des mêmes mouvements. C'est la seule supposition dont cette démonstration a besoin : et ce seul principe attire tout le reste.

11 s'ensuit donc que les preuves que nous avons employées s'étendent à tous les temps, et sont concluantes pour tous les temps.

Qui prouve dans les mathématiques les propriétés d'un triangle, les prouve de tous les triangles actuels et possibles , parce qne les raisons par lesquelles il les prouve s'appliquent généralement à tous les triangles. Il en est de même de celles par lesquelles nous avons détruit l'innovation prétendue du dixième siècle. Que l'on substitue quelque siècle que l'on voudra, elles n'en seront pas moins fortes; et ce siècle, outre les preuves générales qui subsistent dans toute leur évidence, nous en fournira encore de particulières qui n'en auront peut-être pas moins.

Je n'ai pas besoin de m'élendre davantage sur ce point, parce que je m'assure que M. Claud.; ne le contestera pas ; il est trop attaché à l'idole de son Paschose, et il a trop de complaisance dans cette fiction par laf|uclle il fait naître la présence réelle à l'ombre du couvent de Corbie, pour s'en détacher si facilement. Uiùs j'-ai eu besoin de le remarquer, do peur qu'il ne prenne far.taisieà quelque autre ministre, qui ne serait pas de son humeur, de se réfugier dans quelque autro siècle en se voyant chassé du neuvième cl du dixième.

1041 LIV. XI. DIFFÉRENDS ENTRE M. CLAUDE ET L'AUTEUR DE LA PERPÉTUITÉ. m±

Il est donc bon de les avenir p;^r avance que cette dans leur erreur, puisqu'elle ne laisse pas d'être vo

pensée ne serait pas plus raisoiuialilc que celle de M Claude, et qu'ils n'y trouveront pas plus de sûreté. La cliaîne de la doctrine de l'Église est ii.dissoluble. Si le changement ne s'est pas fait dans, le dixième, il ne s'est pu laire dans le neuvième ni dans les quatre siècles précédents. 11 ne s'est donc pu faire dans le sixième, dans le cinquième, dai'.s le quatrième, dans le troisième, dans le second, dans le premier : il ne s'est donc jamais lait. La doctrine de la présence réelle et de la transsubs'anlialion est donc la doctrine des apôtres : c'est la doctrine de Jésus-Christ ; c'est la doctrine peri»étuelle et universelle; c'est une doctrine qui

lonlairc, cl d'avoir sa source dans la corruption de leur cœur. Qu'ils leur souiiaitent avec ardeur le honneur dont ils jouissent, qu'ils le leur attirent par leur» prières, cl qu'ils 1^ leur procurent par leurs soins, et surtout par l'exemple de leur bonne vie, qui est la cliarité générale que tous les cailioliqucs doivent à ceux qui sont séparés du corps de l'Église, aussi bien qu'à ceux qUi y sont unis.

iMais que ceux qui par un juste jugement de Dieu trouvent leur esprit prévenu et leur cœur animé contre celle doctrine, rentrent sérieusement en eux-mêmes, et qu'ils regardent à quoi ils s'engagent. Qu'ils

n'a point d'autre auteur que Jésus-Ciirist même ; qui considèrent celte suite horrible du parti qu'ils prena toutes les marques et tous les caractères de ces dog- nenl de no pouvoir espérer de salut pour eux qu'eu mes divins qui obligent la raison de se soumelirc, et précipilani dans l'enfer toute l'Église depuis les apô-

dont l'antorilé supérieure à noire esprit doit étouffer toutes ses vues, toutes ses lumières cl tous ses raisonnements.

Que ceux qui ont le bonheur d'être nourris dans celte doctrine reconnaissent la grâce que Dieu leur a faite de n'avoir pas permis qu'ils tombassent dans ce malheur de rejeter ce gage incomparable de la bonté

1res par l'idolâtrie criminelle dont elle se serait rendue coupable. Que cette image effroyable les raniène à eux, cl leur donne de la défiance de leurs vains raisonnements. Qu'ils considèrent que ce n'est que par un pur caprice qu'ils font tant valoir les diflicultcs de la présence réelle et de la transsubslantialion, en même temps qu'ils ne sont imllement choqués des

de Jésus-Christ envers eux, de déclarer la guerre à difficultés des autres mystères, qui ne sont pas moin-

ce sacrement de paix, et de méconnaître Jésus-Clirisl <i''es. Et ainsi comme ils voient bien eux-mêmes que

lors(|u'il ne se rend présent parmi eux qu'alin de les 1^ résolution de ne rien croire au-dessus de la raison

combler des lémoignages de son amour. Qu'ils lui les conduirait nécessairement au comble do ri:i!pi'''lé,

rendent de très-humbles actions de grâces d'avoir de rirrélij^ion et de ralbéisme, cl que la raison même

appaisé en eux la révolte de la raison humaine par la 'es oblige de désavouer la raison en quelques points,

sainte habitude de la foi, et de ne les avoir point ex- Que celle même raison leur fasse voir aussi qu'ils ne

posés aux irrésolulions et aux incerlitiidcs de leur propre esprit, et d'avoir empêché que leur lumière ne fût obscurcie par mille secrets intérêts que rengagement produit. Que cette juste reconnaissance qu'ils doivent à Dieu les porte en mêma temps à avoir une extrême compassion pour ceux à qui il n'a pas fait la même grâce, et qui ne laissent pas d'être coupables

doivent poini mettre des bornes de caprice cl de pure fantaisie à ce désaveu cl à ce renoncement, mais qu'ils doivent gcnéralcment recevoir toutes les vérités divines qui sont venues depuis Jésus-Cluist jusqu'à nous par le canal de la tradition sacrée, et qui leur sonl proposées par l'Église universelle.

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