‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 280 sur 335 · CHAPITRE \T · texte numérisé non relu

CHAPITRE \T

Des reproches que fait M. Claude sur le sujet de Dertram.

C'esi une chose bien favorable de ce que M. Claude n'a jamais raison; car si la confiance que la raison iloiuie élail ajoutée à sa fierté naturelle, il n'y aurait pas moyen de vivre avec lui. A peine peut-on supporter la manière dont il triomphe quand il ne dit que des choses si fausses et si hors d'apparence , (|u'il est impossible qu'il n'en ait quohjue déliance. Que seraiice donc si sa hardiesse n'était point un peu arrêtée par ce conire-poids? Tout son traité peut servir de preuve de ce caractère de son esprit; car il le fait paraître partout. Mais en voici une bien considérable dans les reproches qu'il fait à l'auteur de la Perpétuité fur le sujet de Bcriram. C'est, dit-il (p. 511), ce télé immodéré qui a porté l'auteur à traiter licrtram avec

(Trente-qnnlre,)

\^^ PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT LLLCÎl.VrilSTIE. lOfiS

mévris II dil que c'est un nommé Ratratnne on Bei- vonr le moins ses confrères, voitr leur cause commune,

tram un homme obscur et embarrassé, qui ajoute ses rai- oui si hautement loué. Et pour èler aux hommes la con-

sonnements aux expressions ordinaires de l'Eglise, et les naissance de. son désordre , H s enveloppe sous le votle

explique à sa fantaisie; qu'en qualité de théologien, il a à une accusation.

pu raisonner comme il a voulu sur cette foi, et que l'on J'ai voulu rapporter toule celle fo.igne de M.

conçoit très-facilement qu'un théologien se soit évaporé Claude, alin que ceux qui n'auront pas lu son livre

en des raisonnements frivoles. 11 elle ces paroles an lia- apprennciil à connaîlre son génie, qui est fort recon-

lique comme élant de l'auteur de la Perpétuité; et il naissahle en cet endroit. Car on y peut remarquer

y ajoute ensuite ses rélîexious. Voilà de quelle manière, non scu'ement celte hiuleur et ces insultes qui lui

dil-ii ces messieurs traitent les auteurs quand ils ne leur sont si ordinaires ; mais aussi les adresses par les-

sont pas favorables. Mais si dans quelque autre occasion quelles il se soutient , qui consistent en trois privilé-

raulori!édecemêmeBerlramouRatramne,decethom- ges assez nouveaux qu'il s'altrijjue, mais qui sont

me embarrassé, de ce raisonneur frivole et évaporé, pou- tout-à-fait commodes pour venir à bout de ce qu'on

vait favoriser leur intérêt, vous les verriez incontinent prétend, cl pour donner aux choses l'air et la face

changer de langage : ce serait le plus grand homme de que l'on désire.

son siècle, docte, plein d'esprit, et de la dernière répula- Lq premier de ces privilèges est de falsifier les tion. Tant ce que j'ai dit est vrai, qu'ils louent et qu'ils paroles de celui que l'on coinJ)at : et M. Claude blâment par règle de rhélorique, et non pas selon la vé- s'en aide assez bien en cet endroit; car il attribue -ité et la sincérité; car ils ne sont pas assez grossiers à l'auteur de la Perpétuité d'avoir appelé Bertram pour cela; mais selon la diversité de leurs intérêts et de ,,„ raisonneur frivole et évaporé, cl d'avoir dit absoleurs desseins. Et afin qu'ils ne se plaignent pas que je lumenl de lui que l'on conçoit facilement qu'un théoleur impose, voici ce que j'ai trouvé dans l'Apologie pour logien se soit évaporé en des raisonnements frivoles, les SS. Pères défenseurs de la grâce de Jésus-Christ, au Qr il n'y a qu'à lire le chapitre de la Perpétuité où il livre 5, troisième point, chapitre S, où,, après avoir mis poug renvoie, pour reconnaître que cela est faux. en litre Ralramne , religieux de Corbie, ils ajoutent que L'auteur ne veut pas s'engager en cet endroit à traisa réputation était telle en France pour la science et pour ter à fond de l'opinion de Bertram, de peur d'amustr Cesprit, que le pape Nicolas ayant envoyé aux cvêqnes [^q^ \q^ esprits à une question qu'il fait voir être inude ce royaume les objections des Grecs schismaliques ijie. i\ montre que quand on accorderait qu'il aurait contre l'Eglise romaine, ils choisirent tous, et Hincmar efTcctivement élé dans l'erreur, cela ne nuirait en même , ce savant bénédictin , pour écrire cette Apologie rien à l'Église , et qu'il ne laisserait pas de lui avoir si célèbre et si importante. rendu témoignage par les expressions dont il se sert. Après avoir ainsi comparé ces passages de la Per- \\ f^jt voir qu'on ne devrait pas s'étonner quand un pétuilé avec celui de l'Apologie des SS. Pères, comme particulier aurait erré , quand un théologien se serait si sa victoire était toule claire, il ne songe plus qu'à évaporé en des raisonnements frivoles; mais il ne dit insulter à son adversaire. Jugez, dil-il, après cela, si nullement que Bertram ail effeclivemenl erré, ni qu'il P auteur a raison de nous imputei- un esprit de dispute, gg goit évaporé en de vains raisonnements : il réserve qui consiste à soutenir toujours son opinion, à quelque ^^ question tout entière, et n'en porte aucun jugeprix que ce soit ; à ne se rendre jamais à la vérité , lors ^^^^^^^ Q,gg^ ^^^^^^ ^,^3 fausseté manifeste à M. Claude même qu'on la voit; à employer toute sorte de preuves (l'avoir api)liqué absolument à Bertram ce que l'ausans discernement; à ne consulter jamais le bon sens, et ^g^^ ^|g ^^ Perpétuité ne lui a; plique poiiit, cl qu'il no enfin à avancer témérairement des choses très-fausses, et j^; pouvait appliquer suivant l'esprit de ce chapitre, à désavouer hardiment les plus certaines. Quis tulcrit g,,; ^g^ délaisser la question indécise. El cepeud, ni Grsccos de seditione querenlcs? Oii est-ce, je vous ^.gg^ g^^ ^^ng lalsification qu'est fondé ce mépris préprie, que paraît ce mauvais caractère, si ce n'est en ceux ^ ^g^^jy jg Bertram, dont M. Claude fait tant de bruit. qui contestent des vérités de fait entièrement évidentes; qui q^ ^^^^-^^ attribue aussi à Tauieur de la Perpétuité^ tachent de les éluder par des raisonnements frivoles, qui (j'^voir appelé Bertram un homme obscur et embarrassé, donnent un sens imaginaire aux réponses solides qu'oK __ ^^ gg i^ouve point en celte manière dans son livre. Il iew fait ; qui élèvent ou qui abaissent l'autorité d'un même y ^ seulement que le plus grand avantage que les cal- Père, selon qu'il flatte ou qu'il combat leurs sentiments; f,}„isit,s puissent prétendre touchant cet auteur, est qu'on et qui, se voyant pressés de tous côtés, ne manquent ja- ^^ ^j^.^ ^ p^^^ comme un écrivain embarrassé qui ne peut mais d'avoir une illusion toute prête pour échapper? Or ^^^.^ j^,-;^ ,jj ^,„^ ,(,,5 „j aux autres ; ce qui n'a point ce sont les justes reproches que l'on peut faire à l'auteur ^^^ ^■^^ méprisant, renfermé dans les termes d'homme dans celle question de l'autorité de Bertram : car, bien ^y^cnr et embarrassé, et qui n'est pas même affirmatif. qu'on lui ait fait voir que sa doctrine ne diffère en rien de c.,p q,,-, dji que le plus que les calvinistes puissent .a nôtre, il ne laisse pas de soutenir encore le contraire, pr^Uenilre est (pie Ueriram est enibaiTassé, ne dit pas taisant les preuves qu'on lui a mises en avant. Il ramène ^^g g,,^^,, piélention soil juste: il suffit qu'elle aitquelpour cet effet encore une fois ses louanges de Trithème : (j„g sorlc d'apparence. Or il faut être bien aveugle pour il tourne ma réponse au sens qu'il lui plaît pour la rendre j,g p.,g y^jjr (.gng apparence d'embarras dans le li^re ridisîile: il méprise ce même Bertram que lui-même, ou

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(le Berlram, el bien délicat pour prendre ce terme pour une parole de mépris.

Le second privilège est d'expliquer les intentions des autres à sa fantaisie, et de sedresser à soi-même des iropliées sur des conjectures imaginaires.

L'auieiir de la Perpétuilé n'a pas voulu discuter à

l'aiiieur de l'Apologie des SS. Pères, cl Tauleur de la Perpétuilé ne sont qu'une môme personne; car si ce sont différents auteurs, quel sujet y aura-t-il de s'étonner qu'ils aient de différents senlimenls sur un autre aulenr? M. Claude f:iit-il beaucoup de façons de ne pas cire du sentiment du professeur de Leyde sur

fond dans son iraiié l'opinion de Bertram, et il fait le sujet du même Berlram? Il suppose donc que ces

voir que celte discussion n'est point nécessaire pour la décision de nos différends. C'est un champ ouvert à M. Claude pour l'accuser, comme nous avons vu, «Je contester des vérités de fait entièrement évidentes ; de les éluder par des raisonnements frivoles ; d'avoir toujours une illusion toute prêle pour échapper ; de taire les preuves que l'on a mises en avant, d'ôter aux hommes ta connaissance de son désordre, en s' enveloppant sous le voile d'une accusation. Tout cela est fondé sur ce qu'il lui phiît de deviner que c'est par laiblesse el par impuissance que l'on n'a pas répondu aux passages qu'il ;iviii allégués de Berlram, comme si l'on était obligé d'allonger inutilement des réponses pour s'accommoder à lous SCS caprices. Il trouvera néanmoins à la lin de ce volume de quoi se délroniper de celle ima- {;inalion, quoique l'on ne s'oblige pas pour cela de le suivre dans lous ses égarements.

M.iis le privilégia le plus commode de tous, et dont M. Claude se serl plus souverit que d'aucun autre, est celui de mal raisonner; car il lui donne moyen de conclure tout ce qu'il veut de toutes sortes de principes. Il veut prouver que ccu\ qu'il attaque louent et blâment par règle de rliélorique, el non pas selon la \é:iié cl la sincérité. C'est la thèse qu'il avance, et qui n'est pas de petite conséquence; car il s'ensuivrait i!c là que ses adversaires seraient des gens sans honneur et sans conscience. Quels seront donc les principes dont il lirera celle iniporlanle el injurieuse conclusion? Les voici : c'est que, d'une part, l'auteur de la Perpé'uité a dit, selon lui, que Berlram est un homme obscur et embarrassé , et qu'il s'est évaporé en des raisonnements frivoles : ce qui csl faux , comme nous l'avons vu; mais je veux bien le supposer véritible : el (jue, de l'auire, l'auteur de l'Apologie des SS. Pères donne de grandes louanges à Uatramne, religieux de Corbie. Et par-là M. Claude croit avoir Jrès-suflisanuuenl prouvé que ces personnes qu'il attaque louent et blâment par rbéloriciue et non par vérilé. El c'est pourquoi , comme nous avons vu , il ne se met pas en peine de montrer la liaison de ces principes avec cette conséquence : il la suppose claire, el ses adversaires abalUis; et il croit n'avoir rien à faire que de jouir à son aise du fruit de sa victoire, en leur insultant d'une manière terrible.

Je crois néanmoins qu'd aurait plus prudemment fait de ne pas supposer que tout le monde fût assez subtil pour entrer tout d'un coup dans cet étrange raisonnement; on plutôt de ne pas croire que lout le monde fùl si grossier que de se laisser trouiper par ce sppbisme, el de ne pas reconnaître combien il enferme de fausses suppositions.

Premièrement, ce rare raisonnement suppose que

ouvrages sont du même auteur, mais il le suppose témérairement et sans raison ; car il n'en a aucune assurance. C'est sa passion qui supplée au défaut des preuves qu'il devrait avoir, et qui lui ôle le doute où l'on doit toujours être touchant les choses incertaines et cachées.

Mais quand ce serait la même personne , où M. Claude a-t-il trouvé qu'il est impossible que le même hcnime loue et blâme différents ouvrages d'un aulenr, sans donner lieu de l'accuser de ne louer et ne blâmer que par rhétorique et par intérêt? Est-ce qu'il est impossible qu'un même auteur soit louable dans un ouvrage, et blâmable dans un antre? Cela n'arrive-t-il pas au contraire très-souvent ? Tous les Pères n'ont-ils pas loué et blâmé Origène? Et n'a-t-ou pas dit de lui qu'il n'y avait rien de mieux que ce qui élail bon dans Origène, el rien de pire que ce qui y était mauvais? Ubi bcnè, nemo meliiis; ubi malè, nemo pcjiis. S. Augustin n'a-t-il pas loué et blâmé Pelage? Cassien n'est il pas blâmable et louable selon différents ouvrages et différentes parties du même ouvrage ? On en pourrait citer une infinité d'autres ; car il y a peu d'auteurs que l'on puisse louer sans aucune exception ; el S. Augustin n'a point cru se faire lort en disant de son livre du Mensonge qu'il était obscur et embarrassé, el qu'il le fatiguait. Et de conclure de là qu'il faisait le même jugement de tous ses ouvrages, ou qu'il louait el blâmait par rhétorique, ce serait raisonner comme M. Claude, c'est-à dire, d'une manière très-peu sensée.

Enfin qui a dit à M. Claude que l'auteur de la Perpétuilé ait supposé que le livre qu'on lit sous le nom de Berlram éiaii de Ratramne, religieux de Corbie» auteur des livres de la Prédestination et de la Réfutation des erreurs des Grecs? Ne témoigne- 1- il pas au contraire avoir assez d'inclination pour l'opinion de M. de Marca , qui veut que ce livre de Bertram et celui de Jean Scot soient le même livre? Il paraît au moins par son livre qu'il n'avait aucun sentin)ent fixe que ce fût Ratramne qui en fût aulenr. Et cela étant, pourquoi aurait-il été empêché par la considération de Ratramne, auteur du livre de la PrédeslinDtion , do juger sincèrement de celui de Bertram, en considérant simplement ce que ce livre contient ?

M. Claude élail donc peut-être le seul au monde qui, sur trois supposilions, ou fausses, ou incertaines et imaginaires, put conclure affirmativement el décisivement que l'auteur de la Perpétuité blâmait et louait par rhétorique. Il est vrai qu'il ne faul pas s'attendre qu'un homme qui se contente de ces preuves, et qui se permet ces raisonnements, eii manque jamais ; mais on peut douter s'il trouvera toujours des personnes

assez simples pour s'y laisser abuser.

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