PLAINTES CONTRE M. CLAUDE
Calomnie atroce contre rauteur de la Perpétuité.
Après avoir satisfait à M. Claude sur ses plaintes et. sur ses railleries, il ne trouvera pas mauvais que nous lui demandions justice à notre tour des excès aux([uels il s'est emporté contre les règles les plus communes de l'honnêteté et de la justice, que des païens mêmes auraient fait conscience de violer.
Nous serions bien aises de savoir de lui s'il a quelques principes de morale qui lui permettent d'en user ainsi. Nous savons déjà que les maximes de leur nouvelle théologie promettent l'impunité â tous les crimes, pourvu que ce soient de fidèles calvinistes qui les commettent ; et nous ne lui demandons pas s'il craint d'être damné en calomniant ses adversaires. On sait que les résolutions de ses docteurs le délivrent de cette crainte , contre l'oracle de S. Paul , qui déclare que les médisants ne posséderont point le royaume de Dieu ; mais ce que nous désirons savoir est si depuis peu ils se sont avisés d'ôler aux crimes le nom de crimes , et de les dépouiller même de l'infamie humaine qui les accompagne ; si le nom de calomniateur n'est idus honteux ni odieux parmi les calvinistes, et s'ils ont sanctifié ce nom , qui est si horrible parmi les hommes, qu'ils n'en ont point trouvé de plus noir pour témoigner la détestaiion qu'ils ont des plus criminelles de toutes les créatures, qui sont les démons.
Après cette première question , je lui en proposerai une seconde, en lui demandant si ce n'est pas unecaloumie détestable de vouloir faire croire sans preuve, sans raison, sans apparence, que des théologien^ ca-
PEniET'v'HE m LA FOI T-JUCilAKT LEUCIIARI3T1E.
l!inii(ji)i's qui (lérendent un mystère dans des livres publics, (l'on sont pas persuadés dans leur cœur; ce qui enfermerait une hypocrisie exécrable , et une impiété qui n'est pas moindre que l'atliéismo.
Je ne puis croire qu'il réponde autrement à ces questions que ce que l'on y répond d'ordinnirc, et qu'il lie condamne celui qui aurait usé do ce procédé, comme un homme qui se seriit rendu coupable d'un crime énorme , qui l'oblige selon les lois divines et humaines à une satisfaction publique. Il faudrait que la morale calviniste fût bien déréglée el bien corrompue pour l'en exempter.
Mais après cet arrêt que je prononce pour lui , et dont il n'oserait me dédire, je n'ai plus, pour lui montrer qu'il est prononcé contre lui-même , qu'à lui demander le sens de ces paroles qui se lisent dans son livre , page 500 : Dieu fera voir un jour qui sont ceux qui font tort à son Eglise ; la lumière de son jugement manifestera toutes choses, et j'espère même qu'avant cela les hommes se désabuseront ; et alors il ne sera plus nécessaire d'écrire par politique en faveur de la transsubstantiation. Il ne faudra plus se servir de ce moyen pour te remettre en grâce avec Rome, et regagner le cœur des peuples : car les choses ayant changé de face , cette prudence de la chair et du sang n'aura plus de lieu. On entend ce langage , et M. Claude n'est ni assez simple, ni-assez imprudent pour ne l'avoir pas entendu , et pour n'avoir pas vu le sens qu'on y donnerait. Il a donc voulu faire comprendre que l'auteur de la Perpétuité n'écrivait pas de la transsubstantiation par persuasion, mais par politique et par une prudence de la chair. Car quand un théologien catholique défend l'Église à laquelle il est uni, s'il croit ce qu'il dit, il ne faut point aller chercher d'autres raisons de sa conduite; la cause commune de l'Église, dans la vérité de la(iuelle il met l'espérance de son salut , mérite assez d'être défendue. Ainsi imputer à l'auteur de la Perpétuité de n'écrire que par politique et par une prudence de la chair, c'est lui imputer de ne pas croire ce qu'il écrit, et en donner cette idée. Et donner celte idée, c'est une détestable calomnie, c'est un crime .abominable , c'est le procédé le plus lâche et le plus injuste dont un homme puisse être capable.
Que M. Claude ne s'étonne point de ces reproches : ce n'est point ici un jeu ni un sujet de raillerie; il n'est point question , pour finir une période , de faire une telle injure à des gens d'honneur. S'il a parlé de celle sorte sans y penser, je lui soutiens qu'il est le plus imprudent homme du monde; et s'il en a parlé à dessein, et pour former l'impression que ces paroles donnent naturellement, je lui déclare qu'il est un des plus hardis calomniateurs qui furent jamais , et je m'assure qu'il n'y a point d'honnête homme dans sa communion, qui ne m'en avoue, et qui ne condamne en ce point son procédé.
Et qu'il ne prétende pas se couvrir par l'équivoque de ses termes. Le sens de ceux-là est assez visible : c'est une stupidité de ne le pas voir; et celui qui le voyant ne l'empêche pas, veut bien qu'on l'entende,
et se rendre ainsi coupable de la calomnie qu'il contient.
Quand même il n'aurait pas eu dessein d'i!n|)rimcr dans l'esprit de ceux qui liront son livre cette abominable pensée , il a voulu dire au moins que ce n'était pas par l'amour de la vérité, mais par un intérêt humain qu'on a réfuté son écrit , et cela ne laisserait pas d'être un jugement très-injuste, très-lémérairc et trcscriiiiine! : car quelle preuve a t-il de cette politique et de celte prudence do la chair? Doit-on s'étonner qu'un théologien catholique réfute le livre d'un ministre? L'auteur de la Perpétuité n'y avait-il pas un engagement particulier? Aurait-il pu s'en dispenser dans les règles ordinaires? El enfin faut-il s'amuser à deviner les raisons qui portent un catholique à défondre s;» foi? Est-ce ainsi que l'on a traité M. Claude? Lui-a ion reproché qu'il n'avait entrepris d'écrire que pour se signaler, que pour s'avancer dans son parti , que pour se faire des amis de tous les ennemis de ceux qu'il attaque ? A-l-on dit la moindre chose qui tendît à faire avoir ces soupçons de lui?
Ce n'est pas que l'on prétende qu'il s'en doive tenir obligé : car quelque excès qu'il commette , on ne se dispensera jamais en son endroit des règles de la justice ; on ne devinera jamais ses internions cachées, on ne l'accusera jamais de politique sans en apjwrter des preuves; on ne parlera jamais de causes mystérieuses , ni d'autres choses semblables, qui portent avec elles la condamnation de celui qui les avance, puisqu'elles font voir sa témérité et son injustice. On a. Dieu merci, un éloignement entier de ces voies injustes et honteuses, et l'on ne croit pas qu'il y ait rien qui déshonore davantage la cause que l'on défend qu'un reproche téméraire et calomnieux.
S'il m'était échappé par surprise quelque parole qui ne fût pas exactement véritable, je tiendrais à faveur d'en être averti , de quelque manière que M. Claude le fît; mais qu'il y prenne garde à deux fois : car comme je lui promets le désaveu de tout ce qui no serait pas entièrement juste , je lui promets aussi de prouver et de justifier encore davantage toutes les paroles dont il se plaindra injustement.
Il n'est pas besoin de se justifier d'une autre sorte
de ces malins et téméraires soupçons. J'ajouterai seulement que Dieu a permis, pour faire voir combien
ils sont mal fondés, que d'autres calvinistes étant possédés de la même malignité aient pris un tour tout contraire : car au lieu d'accuser l'auteur de la Perpétuité à' âvoiv écrit par politique pour se remettre en grâce avec Rome, ils ont voulu le rendre odieux, en disant que l'image qu'il fait du dixième siècle était unesatire contre Rome. Cette accusation est encore aussi fausse et aussi injuste que la première : comme si les prérogatives de l'Église romaine, fondées sur l'Écriture et dans la tradition, dépendaient des vices personnels de ceux qui l'ont gouvernée; et comme si c'était la décrier que de ne diie que ce qui en est rapporté par le cardinal Baronius et par les plus grands déienseurs du Saint-Siège !
i08I LIV. XI. DIFFÉRENDS E^TRE M. CLAU
Mnis la diversité do ces injustes reprodics fait voir néanmoins combien ils sont téméraires ; cl il n'y a pour les détruire qu'à les opposer les uns aux autres. Si M. Claude accuse l'auteur de la Pcrpéluité d'avoir voulu flatter le Pa[)e, il le faut renvoyer à ceux d'entre ses confrères qui l'ont accusé de l'avoir voulu noircir. Et si d'autres le blâment d'un décri imaginaire de l'Église romaine, il suffit, pour les convaincre d'imposture, de leur faire voir que M. Claude l'accuse d'un défaut tout opposé. Ainsi l'on peut din; qu'en celle rencontre l'iniquité ment contre elleiiicme : ces deux accusations si contraires ne pouvant servir qu'à montrer que cet auteur a déîendu l'Église sans autre intérêt que celui de la vérité. Ce n'est [las que ce soit une mauvaise vue que celle de contenter le chef de l'Église, dontriionneur doit être infinimeut précieux à tous ceux qui font gloire de lui être utiis ; mais ce ne sera jamais par autre iniérêt que celui de la religion même qu'on lui rendra toujours toute sorte de devoirs ; et ainsi ces rcproclies de politique seront toujours téméraires et injustes.
Cependant ce n'est pas en ce lieu seulement que M. Claude a tàcbé d'inspirer ces détestables pensées, qu'on avait de l'inclination pour leurs opinions. 11 ne craint pas de le dire encore [dus ouvertement en un aulre endroit. C'est dans la page 22S, oîi il parle ainsi : Ces messieurs, dil-il , nous exhortent de nous rejoindre à eux, alléguant que si nous étions ensemble, il y aurait bien des choses à f(tire,et bien des choses à espérer. Ce n'est pas le lieu d'examiner si ces raisonnements ont de la force ou de la justice, ou s'ils nen ont pas. Il me suffit de dire quil faut nécessairement , ou qu'ils ne concluent rien , ou qu'ils concluent sur ce fondement quil y a moyen de faire à noire commune satisfaction un changement insensible. Il est clair encore que dans ce discours il prétend que ceux dont il parle les exhortent de se rejoindre à eux sans changer de sentiment; ce qui enfermerait une approbation ou une tolérance de leur hérésie. Et ainsi ce discours contient encore une noire et détestable imposture, et est doublement faux et calomnieux : premièrement, parce que celui qu'il croit auteur du livre de la Perpétuité, ni aucun de ceux qui ont vécu avec lui, n'ont jamais parlé ni conféré avec aucun ministre, ni même avec aucun calviniste capable d'im tel entrelien : ce qui est assez rare, et qui est néanmoins très-véritable. De sorte qu'il est impossible qu'ils aient tenu ce discours, et il n'y a point de personnes au monde à qui on le pût imputer avec moins de vraisemblance. Secondement, parce qu'il est irêséloigné de leur pensée, que les calvinistes puissent être reçus dans l'Église sans abjurer leurs erreurs. II est bien vrai que ces personnes que désigne M. Claude croient que le schisme des calvinistes est crimmel et insoutenable par soi-même, n'y pouvant avoir de justes raisons de sortir de l'unité de l'Église; mais ils concluent de là, non qu'ils pouvaient demeurer dans l'Église en conservant leurs opinions ; mais qu'ils devaient abandonner ces opinions pour de-
DE ET L'\UTELR DE LA PERPÉTUITÉ, 1082 meurer dans l'Église, comme l'on a dit dans le premier livre. Et ainsi M. Claude ne saurait se justifier d'avoir encore avancé une imposture inexcusable, dans ce fait faux et calomnieux qu'il allègne. El, outre l'imposture, lalémériléet l'imprudence en sont toutes claires, car ce n'est point en celte manière qu'on doit avancer des choses de celte importance. Il faut non)mer jes personnes et les témoins, ou souffrir d'êire traiié de calonmiateuret de faux accusateur, si on ne le fait.
Je suis fâché que M. Claude m'ait obligé par son procédé à lui parler avec cette dureté ; elle est contraire à mon inclination, mais il sait bien lui-même qu'il n'est pas permis d'être indilférent à ces sortes de reproches. C'est lui faire charité que de l'avertir de ses excès, et de lui en procurer une salutaire confusion. El l'usage que je souhaiterais le plus qu'il en fît est que, comme il doit être convaincu que c'est une maligne passion qui l'a porté à des médisances si criminelles, il entrai dans une juste crainte que le même nuage qui lui a caché un violement si manifeste des lois de Dieu, ne lui ait aussi obscurci l'esprit pour l'empêcher de se rendre à la vérité qu'on lid a mise devant les yeux ; et qu'ainsi il se crût obligé de demander également à Dieu qu'il puiifie son cœur de tout ce qui le corrompt et qui l'envenime, et qu'il éclaire son esprit pour le rendre suscepli- -. ble de la vérité.