CHAPITRE X
Autre calomnie insigne de M. Claude, qui impute à fauteur de la Perpéluilé du chagrin contre les myt^lères , et de favoriser les impies et les libertins ; que la vue des difficultés des mystères rCest proprement dangereuse qu'aux calvinistes. En quel sens on dit que les difficultés font une partie des preuves des mystères.
L'auteur de ta Perpétuité s'élanl servi des difficultés des principaux mystères, qui ne nous empêchent p;is de les croire , pour montrer que les difficuliés de la transsubstantiation ne nous doivent pas empêcher de même de nous rendre aux preuves claires qui l'éiablisseni, M. Claude ne s'est pas contenté de lui reprocher qu'i/ s'est engagé par-là dans un parti qui favorise les impies et les hérétiques , et qui tend à jeter des scrupules dans les âmes, qui d'ailleurs n'ont que trop de penchant à douter de la vérité des doctrines évangéliques. 11 pousse même plus avant ces accusations et ces soup* çons, et il veut le rendre suspect de ne pas croire luimême les mystères dont il représente les difficultés; ce qu'il fait, à son ordinaire, par certaines expressions mystérieuses, qui font néanmoins fort bien entendre ce qu'il veut dire. Car quel autre sens peut-on donner à ce qu'il dit, page 76, que l'auteur de la Perpéluilé a du chagrin contre nos mystères? Celle expression ne donne-t-elle pas l'idée d'un homme qui a de l'éloignement de la foi des mystères, et qui est bien aise d'en affaiblir les preuves? Il lui fait dire, page 75, que J^sus-Christ n'a pas fait connaître sa tiivinité en terimi
Î0S3 PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'ELCHARISTIE. \OSi
clairs y et que l'on ue pvrsse éluder. Dans la page 207 Celle expression de l'aiilour Je la Perpéluité n'ôle
il répèle celle accusation de chagrin, en accusaiil l'an- donc pciiil aux preuves de la divinilé de Jésus-Clrrist
tcur de la Perpétuité de ne se conlcnler d'au une la clarié et révidence, coinuie celle que M. Claude
preuve des mystères. Je suis fâché, dii-il , (fue notre lui allrihue faussement ; niais elle dit si'uleiuciit
dispute ait mis routeur daus cette humeur chagrine, où qu'elles n'oDl pas un certain degré de clarié qui te-
tout rincovimode et tout lui déplaît. Les païens ne se rait qu'il serait impussible de les éluder.
sont pas bien défendus selon son sentiment ; les liéréti- La cause de Terreur de M. Claude est qu'il n'a pas
Ques aussi n'y ont rien entendu; les prophètes nous ont compris qu'il peut y avoir divers de^'rés d'évideuce et
parlé trop obscurément ; J ésus-Christ même et ses évnn- de clarté dans des paro'es, et que qui nie l'un ne nie pas
gélisles pouvaient s'énoncer d'une antre manière; les Pc- pour cela les autres. Il y a une évidence qui ne souf-
res n'ont su ni se bien taire, ni bien parler; tout est sou- fre pas qu'il s'élève le moindre doute , et qui n'est ja ■
mis à sa colère et à sa censure; amis ou ennemis, il miis désavouée sans folie; mais il y eu a une autre,
n'importe : qui, quoiqu'elle se fasse voir .à ceux qui sont bien dis-
Tros Riitnliisve fual, nullo discrimine habetur. posés , peut être néanmoins obscurcie à l'égard des
Je n'examine pas si c'est raillerie , iliéu)ri(|ue, im- aulres par les diverses passions dont leurs esprits sont
prudence , malignité , qui a porté M. Claude à parler préoccupés. L'évidence de !a divinilé de Jésus-Clirist
de cette sorte : je ne pénètre point ses inleiilions. Mais dans les écrits des Pères du quatrième el du cinquième
de quelque cause que cela vienne, je nie plains pour siècle est du premier genre : el c'est pourquoi il n'y
l'anleur de la Perpétuité de la témérité cl de l'injus- eut et n'y aura j.miais d'hérétique assez fo i pour
lice de ses paroles. Il a dû voir le sens où elles portaient, el il ne jietit sans crime l'avoir vu , et n'avoir pas empcclié celte impression ; et par conséquent il s'est rendu coupable d'une ir.sigîie calonniie, qui l'o-
dire, par exemple, que S. Atlian.ase cl S. Anguslia n'oiit pas cru la divinité de Jésus-Christ. Mais les liéréies qui se sont élevées sur cet article font voir qu'il ri'a pas la même évidence dnns l'Écrilurc , quoi-
hiige. selon les lois de Dieu et des hommes, à un désa- qu'il en ait une autre , par laquelle toutes les pcrson-
veu solcnm 1.
Que s'il esi inexcusable d'avoir voulu donner ce scnpçon de l'auteur de la Perpétuité, il l'est encore plus de l'avoir appuyé sur des preuves aussi fausses ou aussi fiivoies que celles dont il se sert poiir le faire entrer dans l'espril de ses lecteurs : car il y en a qui ne sont (pie de pures falsifications des paroles di' cet aiilcur, et d'anli-es qui son^ des conjectures vaines , fausses, téméraires e) indignes d'un honune judicieux.
nés ;;on préoccupées l'y peuvent voir claiiemeut.
C'esl encore par une falsificalion semblable que M. Claude (ail dire à l'auleur de la Perpétuité, touciiant les écrits des Pères, que ce ne sont que compirai- $ons disproportionnées , que locKtions étranges et dures, qu expressions dont f apparence porte à l'erreur, que semenées qui font naître les hérésies , que pièges tendus à r orgueil des hommes, que nuages et ténèbres qui couvrent les mystères de la tradition ; enfin que les Pères n'ont
C'esl une pure faisincation qne ce qu<! M. Claude su ni se taire ni bien parler. Car. qu'il y zt\li\nt\s\esPèîcs
impute à l'anieur de la Perjétidté , d'avoir dit que Jésus-Clirist n'a pas fait connaître sa divi)ii!é en des ter- ?)i'\s clairs, et que l'on ne pnisi'C éludn- ; car il y a dans le lieu où il nous renvoie, qn'f/ n'a pas fait comun-re fa divinité en des termes si clairs et si précis qu'il fût impossible de les éluder; ce qui est étrangement différent : car la première proposition, ([ui est de M. Claude, et qu'il impute faussement à l'auteur de la Perpétuité, nie absolument la clarté des preuves de la divinilé de Jésus-Clirisl ; et ainsi elle est trè.s-fausse, parce (lu'en effet ce? preuves sont claires en elles-mêmes, el à l'égard de ceux qui n'ont pas l'esprit corrompu par l'hérésie. Mais la seconde, qui est de l'anleur de la Perpétuité, dit seulement que Jésus-Christ n'a pas fait comiaître sa diviidlé en des lerrr.es si clairs et si précis qu'il fût impossible de les éluder, ce qui ne contient qti'une vérité de fait, dont il est impossible de douter : car, puisque ces termes ont été en effet éludés par les ariens et les pbotiniens, el qu'ils sont encore présentement éludés par les sociniens, ils ne sont
quelques comparai ons disproporlionnées , comme celle que l'auteur de la Perpétuité rapporte sur la- Trinité; quelques expressions étranges, comme celle que M. Daillé cite de Terlullien (du vrai Usage des Pères , p. 129) ; qu'il y ail des seuKMices qui ont fait; naître des hérésies, comme ([U-ind les eutychiens ont trouvé un prétexte de leur erreur dans celle parole de G. Cyrille: Una natura Yerbi incarnata ; qu'il y ait par consé«pienl des pièges tendus à l'orgueil des hommes, et des nuages qui couvrent la tradition, ce sont des vérités de fait qui ne peuvent èlre contestées par aucune personne de boime foi, et qui sont généralement reconnues par les callioli(pies et les proies tauts. El ainsi il n'est nullement étrange que l'auteur de la Perpétuité s'en soit servi pour empêcher que l'on ne s'étonnât qu'il se trouvât aussi sur l'Eucharistie quelques passages difficiles dans les Pères. Mais c'esl une fausseté el une imiioslure à 3L Claude d'avoir changé ces propositions constantes et indubitables en une pi oposilion fausse el téméraire, en lui impu.
donc point si clairs et si précis qu'il soit impossible tant d'avoir dit qu'il n'y a dans les Pères que compa-
de les éluder. On ne dit pas qu'ils les éludent avec raisons disproportionnées, que locutions étranges et d»-
raison, et le terme même d'éluder marque que c'est res , qu'expressions dont l'apparence porte à l'erreur,
contre la raison; mais on dit qu'ils les éludent, ce que semences d'hérésie, et choses semblables; ce quo
qui 0*1 un fait oue l'expérience prouve tous les jours. lauleur de la Perpétuité n'a jamais dit ni pensé.
1083 LIV. XI. DIFFERENDS ENTRE M. CLAUDE ET L'AUTEUR DF. LA PERPÉTUITÉ.
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Celle imposture est d'autant moins excusable, (jiie ce sont proprement les ministres qui avanccut celle proposition dans la manière dont M. Claude Timpuie à l'auteur de la Perpétuité.
Ce sont eux qui font des livres exprès pour montrer qu'on ne doit point avoir égard aux Pèros d ms la décision des controverses, parce, disent-ils (1), que le» écrits qui portent les noms des Pères ne sont pas véritablement d'eux; que les vrais écrits des Pères ont été en plusieurs lieux altérés par le temps, l'ignorance , la fraude, ; parce qu'ils sont difficiles à entendre , parce qu'ils disent souvent des choses quils n'ont pas crues, parce qu' ils se sont abusés en divers points, et à part, et plusieurs ensemble ; parce qu'ils se sont fortement contredits les uns les autres. Ce sont eux qui font des satyres injurieuses contre les Pères, en ramassant jusqu'aux plus petites fautes de icMirs écrils, pour les priver eniièrement d'aiiioriié. Et enfin ce sont eux qui appliquent en {larliculier le décri général des Pères à la matière de l'Eucliarislie, et t\\û font tous leurs ell'orls pour empêclier forniellemoni qsi'on ne s'en rapporte à eux sur ce sujet. Les choses dont parlent les Pères, dit M. Daillé (ibid., p. 20), n'ont que bien peu de rapport aux controverses présentes, dont ils ne parlent jamais, si ce n'est incidemment : et ne pensant à rien moins qu'à nous, ils jettent quelques mots çà et là, où, les uns et les autres croient parfois apercevoir leur créance, en vain le plus souvent, et presqu'en la même sorte que celui qui , dans le son même des cloc'ies, rencontrait, ce lui semblait, les désirs et les affections de son esprit.
Et après avoir fait un grand dénomlircmenl des matières traitées par les Pères, il conclut ainsi : Quel rapporta tout cela avec latranssubslanlialion? [Mmr :non- Ircr que c'est de la transsubslanli.ition dont il dit que l'un et l'autre parti s'imagine voir sa doctrine dans les Pères, comme l'on entend ce qu'on a dans l'esprit dans le son des cloches.
N'est-ce donc pas une falsification bien iionieuse à M. Claude d'inipuler à l'auteur de la Perpétuité ce qu'il ne dit point, et ce qui n'est dit que par les ministres?
Cependant voilà sur quoi il fonde ses déclamalioiis : li corrompt les paroles et le sens de ceux conirequi il écrit; il entasse fausseté sur fausseté, et ensuite il s'abandonne à son enlbousiasme, sans que la raison ni la bonne foi rempécbent jamais de dire tout ce (ju' frappe sa fanlaisie. Il y en a d'étranges exemples dans les pages 145, 105, 166, 167, sur ce sujet même. Et si l'on veut apprendre ce que c'est qu'une rhétoriiiue fausse, emportée, déraisonnable, on n'a qu'à consulter ces endroits, que je ne rapporte point ici, parce qu'il y aura quelque autre lieu plus propre pour en donner de la confusion à M. Claude.
Si les autres preuves dont il se sert pour montrer ce prétendu chagrin de l'auteur de la Perpétuité contre les mystères, ne sont pas fondées sur des faussetés
aussi liardies, elles sont tirées de conjectures au;»! téméraires. Il trouve mauvais que cet auteur ail dit que Jésus Christ )ie s'est fait voir aprîs sa résurrection qu'à un petit nombre de témoins. Et il l'accuse sur ce sujel de contredire formislietnent S. Paul, qui assure que Jésus-Cluist a été vu de cinq cents frèros à une fois. Mais il ne devait pas su- primer que l'a-iieiir d'î la Perpétuité ne dit que Jésiis-ChrisL ne s'était fait voir qu'à un petit nombre de lénioins, qu'en citant iinniédiatemont après les paroles de S. Pierre : Non omni populo , sed teslibns prœordinalïs à Deo, pour montrer (|u'ih n'appelait ce nond)re petil q;i'en le coni- !)araht à lout le peiqi'le. Or M. Clai:de, qui i'iiii souvent un mauvais usage d(! la philosopliie de l'école, ne devait pas avoir oui)iié celte remarque, que l'on y npiirend aux cnlanls, que les ternie^ petit et (jvund soiit ternies relatifs, et^qu'im nièjne nombre peut être giaiid à l'égaid d'un [ilns petit , el petil à l'égard d'un plus grand. Ainsi le n()nii)re do ces ciiu| cents frères qui virent Jésus Christ à une seule fois était grand en (•oin[)araiiOn du petit nondire de ceux qui furent téiuoins de Tadoraiiiiu que les mages lui rendirent dans Bethléem, i-l de ceux (jui virent sa transfiguration sur le Tlrd)or ; mais il émit petit en coini)arai>on dece nonibreeCrroyahle des Juifs de Jérusalem, à qui il n(; \oii'nt pas se niauilesier.
M. Claude trouve aussi à redire qu'il ait dit (lue les p-euves de l'immortalité de l'âme et d ii béctit'ule éter pelle sont cachées, el, pour le dire ainsi, ensevelies d ms l'ancien Testament. El |)our réfuter cela, il ;)pi)or!c trois ou quatre passages où il préUîod que ri,îunnr:alilé de Tànie el la résurrectiiin so;it coiileuies. Je n'examine pas ici la force de ces passages que phisieurs de ceux qui sont :iltaelics à la lettre liéiuaï.^ue délourneul à un autre sens ; mais je dis (pi'ii faiil que M. (îlaude soit bien aveugle pour ne reconiuu'ii'e | as que ces quatre passages, (ju'il allègue pour prouver deux vérités qui devaient être l'ohjel conliniiel de tous les justes de l'ancien 're,->lauienl. snflisenl seuls pour montrer à lout le moiide qu'elles y sont fort cachées el fort ensevelies.
Car si Dieu n'avait eu dessein de les y cacher, elh s y paraîtraient pailout. Au lieu d'y menacer les israéliies delà faim, de l'épée, des !)éles farouches, de la servitude, de la mort el des autres peines donl les livres de Moïse et des prophètes sont tous remplis, on les menacerait de l'enfer, des démons, de l'élcrnité, de la gène du feu, de ce ver qui ne mourra jamais. Au lieu de leur promettre une félieilé lemporeHe, mie (erre découlante de lait el de miel, une paix humaine, des victoires sur des ennemis visibles, la délivrance du joug des Babyloniens, on y parlerait sans cesse do la félicité du ciel, de la victoire sur les ennemis invisibles, de l'affranchissement des pas>ions ; el l'on ne serait pas réduit, comme l'a été M. Claude, à chercher ces vérités importantes et capitales, d'où dépend toule la conduite de la vie, dans trois ou quatre lieiix
(1) M. Daillé, dans la préface de sou livre de l'U- ^^^^^ écartés, et que les interprèles mêmes n'explivi^e des Pèret. quent pas delà même sorte.
1087 PEUPh^TUlTE DH LA FOI T
C'est un orgueil et une présomption insupportables que de n'adorer pas avec Ir.iniilité la profondeur des jiigemenls par lesquels Dieu a couvert ces mystères si longtemps au conuuun des liojunies , en ne leur en donnant que de sombres connaissances par ses Écritures, quoique la tradition en fût plus expresse et plus claire. C'est «ne ingratitude de ne reconnaître pas la grâce particulière qu'il a faite aux chrétiens , en leur parlant avec tant d'évidence du royaume des oieux et de la lelicité éternelle; et c'est une injustice criminelle d'avoir voulu faire un crime à l'auteur de la Perpétuité, pour avoir dit une chose dont il est impossible de douter, pourvu que l'on y fasse réflexion.
C'est avec la même témérité que M. Claude accuse l'auteur de la Perpétuité d'indiscrétion, pour avoir témoigné de rétonnement de la conduite de Dieu sur les Juifs , et de la manière dont il avait voulu que la naissance et la vie de son Fils leur fût prédite par les prophètes. Chacun sait que les Juifs ne sont retonus dans leur infidélité que par l'attente qu'ils ont d'un Messieglorieux, triomphant et victorieux, qui les fasse régner lemporellemeni dans Jérusalem; et qu'ils tirent cette idée des lieux de l'Écriture qui parlent du second avènement de Jésus-Christ, ou qui figurent les victoires qu'il doit remporter sur les démons , et la délivrance des péchés qu'il doit procurer à ceux qui le suivront , sous l'image des victoires remportées sur les ennemis des Israélites. On sait aussi que, pour ne reconnaître pas en Jésus-Christ les marques du Messie qui sont exprimées d:ins les prophètes , ils appliquent à d'autres qu'à lui les paroles de ces prophètes, qui marquent les circonstances de sa vie , et qu'ils ne le font pas toujours sans quelque sorte de couleur.
Yoilà donc un effet terrible de ces obscurités que Dieu a laissées dans l'ancien Testament, puisqu'elles causent l'aveuglement de ce nombre innombrable de Juifs répandus par tout le monde, sans compter les jKiïens que ces mêmes difiicuUés arrêtent. 11 est certain que Dieu a vu ce voile qui couvie les yeux des Juifs, en lisant Moïse et les prophètes, et que pouvant le leur ôter s'il eût voulu , en faisant parler les prophètes d'une autre manière , il ne l'a pas fait par un jugement secret. Cependant M. Claude ne veut pas que nous nous en étonnions, ni que l'aatenr de la Perpétuité allègue ces exemples pour montrer que Dieu a eu dans l'Écriture un double dessein , de se cacher aux uns et de se manifester aux autres. Il appelle des difficultés qui ont causé la perle de cinq cents millions d'hommes, des difficultés frivoles; c'est, selon lui, une indiscrétion que de les avoir rapportées. C'est la première preuve qu il allègue pour montrer que l'auteur de/fl Perpétuité favorise les impies et les hérétiques.
L'injustice de ces jugements est certainement extrême, et tout ce que l'on peut dire pour excuser un peu M. Claude est qu'ils ne naissent pas tant du dérèglement particulier de son esprit que de la disposition commune où le calvinisme met ceux qui en sont persuadés.
OUCHANT L'EUCHARISTIE. !088
Il est assez naturel de juger des autres par soi-même, et c'est ce qui a peut-être fait que M.Claude, réglant la disposition des catholiques par la sienne, s'est imaginé qu'ils regar.laient les diKiciiltés des mystères des mêmes yeux avec lesquels l'esprit de sa secte le porte à les regarder.
Or c'est en quoi il s'abuse infiniment, en ne considérant pas que les principes des catholiques étant tout différents de ceux des calvinistes, produisent aussi en eux une disposition toute différente. Leur foi est appuyée sur le fondement immobile de l'autorité de l'Église universelle, qui leur annonce les vérités de la foi, qui leur présente l'Écriture, qui leur en explique les sens , et qui détermine ce qu'U pourrait y avoir d'obscur dans la tradition même ; et leur esprit, étant convaincu de la nécessité de cette autorité souveraine qui arrête tous leurs doutes, embrasse sans distinction tout ce qu'elle leur ordonne de recevoir.
Ils trouvent cet assujétissement non seulement trèsnécessaire, mais très-raisonnable et très-proportionné à la faiblesse des hommes et à la sagesse de Dieu. Ils reconnaissent sans peine que la liberté que se donnent les hérétiques d'examiner les mystères par la raison, est la chose du monde la plus téméraire, la plus présomptueuse et la plus déraisonnable. Ils aiment donc ces sacrés liens qui les tiennent attachés à la vérité par celte autorité de l'Église. Ils croient que leur bonheur consiste dans cette sainte captivité ; et , comme ils mettent l'autorité de Dieu manifestée par l'Église infiniment au-dessus de leur raison , tout ce qui paraît contraire à la raison est incapable de les ébranler quand cette autorité les soutient.
Dans cet état Ils envisagent sûrement les difficultés des mystères, et non seulement ils n'en tirent pas des sujets de doute et de défiance, mais ils en tirent de nouveaux motifs de reconnaître et d'admirer la grandeur de Dieu, la faiblesse de l'esprit humain , et la nécessité de n'abandonner pas la foi en proie aux vains raisonnement^ des hommes. Les difficultés d'un mystère diminuent à leurs yeux celles d'iui autre. Ils ne trouvent rien difficile à croire, parce que tout leur paraît au-dessus de l'esprit humain. Ils sont d'une part assez éclairés pour ne faire pas de vaines distinctions entre les mystères, et pour ne supposer pas par fantaisie que les uns sont faciles et les autres difficiles à concevoir ; et ils sont assez raisonnables de l'autre, pour reconnaître que, ne pouvant sans impiété refuser de croire tout ce qui paraît choquer la raison , il n'y a nulle apparence d'exclure plutôt un mystère que l'autre , entre ceux qui sont également proposés par l'autorité de l'Église , et qui sont également éloignéâ des vues basses et bornées de l'esprit humain.
Quand Dieu aura fait la grâce à M. Claude d'être dans celte heureuse disposition, il connaîtra bien alors qu'on peut parler des difficultés des mystères sans chagrin, sans indiscrétion, sans favoriser les impies et les hérétiques. Mais ce qui l'a porté à ces injustes soupçons, c'est qu'il n'y est pas, et qu'il n'y peut être en demeurant, dans les principes de sa 6ect« : car