PART. II. CHAP. V. EXAMEN
Christ , selon l'ordre de la Liturgie. On n'y voit pas seulement l'adoration extérieure marquée par les cérémonies d'inclination de tête et d'encensement , mais l'adoration intérieure par laquelle on s'adresse à Jésus- Christ dans ce sacrement. On le reconnaît et on le confesse comme Dieu ; on parle à lui comme y étant présent, selon la remarque d'Alger, parce qu'il y est véritablement. Et c'est pourquoi on ne saurait assez s'étonner que l'auteur de la réponse avance hardiment et comme une chose incontestable que la praii(|ue de l'adoration n'a jamais été et n'est point encore établie dans l'église grecque. En vérité, ce n'est pas une chose supportable d'avancer ainsi des faussetés dont on peut être convaincu par vingt millions de témoins , et en un mot par autant de personnes qu'il y en a qui font profession de la religion grecque. Car les Grecs sont •i éloignés de ne pas adorer le sacrement, qu'ils ont été même obligés de se justifier sur ce point , parce qu'il semblait qu'ils portaient les choses trop avant , en n'adorant pas seulement les dons après la consécration, mais semblant même les adorer avant la consécration. C'est ce que l'on peut voir dans le livre de Gabriel, archevêque de Philadelphie, intitulé : Apologie contre ceux qui disent que les enfants orthodoxes de réglise orientale font mal et illégitimement d'honorer et adorer les saints dons, lorsque llujmne chérubique se chante. Cet archevêque y dislingue trois étals des dons proposés : le premier, quand ils sont purement dans leur état naturel, dans lequel, dit-il, ils ne sont ni vénérés, ni adorés. Le second est quand ils sont présentés à la table sacrée , et qu'ils sont bénis par le prêtre ; et alors , dit- il , ce n'est plus du pain et du vin tels qu'auparavant, mais ils deviennent sacrés, précieux et divins, et matière nécessaire et destinée pour être faite
PKOPREMENT LE CORPS ET LE SANG DE JÉSUS-ChRIST. Et
pour celte cause ils sont adorés raisonnablement, et honotés justement, conservant néanmoins leur substance et leurs accidents. Mais pour la troisième dignité^ ils la reçoivent par la transsubstantiation , quand ils quittent leur propre substance d'aliment, et sont transsubstan-
TIÉS AU CORPS ET AU SANU DE jÉSUS-CflRlST ; et pOUr
cette raison ils ne sont pas alors seulement adorés, mais adorés de latrie, et crus de tous les chrétiens orthodoxes être proprement le corps et le sang de Jésus - Christ notre Dieu,
Cabasilas , qui a écrit sur la Liturgie grecque vers le temps du concile de Florence , fait aussi mention de celte double vénération, et marque expressément que, quoique l'on se prosternât dans la première, on n'y devait pas néanmoins adorer les dons comme le corps de Jésus-Christ, et que si quelques-uns le faisaient, ce ne pouvait être que par erreur. Si quelques-uns, dit-il, de ceux qui, lorsque le prêtre entre avec les dons, se prosternant par terre, adorent les dons qui sont portés comme le corps et le sang de Jésus-Christ, et parlent à eux, ils sont trompés, ne sachant pas que les dons ne sont pas sanctifiés dès l'entrée, ignorant la différence de ce sacrifice-là et d'une autre sorte de sacrifice qut te fait en certains jours. Car dans celui-ci les dont