‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 30 sur 335 · AU SUJET DE L'ADORATION · texte numérisé non relu

AU SUJET DE L'ADORATION

ne sont pas consacrés dès l'entrée même, au lieu que ilans cet autre ils sont consacrés et parfaits, et faits le corps ET le sang de Jésus-Christ. Aussi , quoiqu'il y ait tous les jours des Grecs dans les lieux de la commU' nion romaine, et qu'ils aient même une église dans Venise, et qu'ainsi ils soient très-bien informés de la foi et des cérémonies de l'église latine, il ne leur est jamais venu dans l'esprit de l'accuser de nouveauté ou d'erreur sur ce point ; et l'on a vu même toute l'église grecque se réunir à Florence avec l'Église romaine , après que l'on eut terminé les différends sur la procession du S.-Esprit, et quelques autres qui regardaient la matière du sacrement de l'Eucharistie et les paroles de la consécration , sans que jamais ni la créance de la transsubstantiation, qui ne pouvait être inconnue aux Grecs, ni le culte de l'Eucharistie, dont ils étaient témoins, leur ait donné lieu d'entrer en contestation avec les évêques de la communion du Pape. Et ce qui est remarquable, cette réunion se conclut peu de temps après la fête du Saint-Sacrement, qui ne manqua pas sans doute d'être célébrée à Florence avec les cérémonies ordinaires de l'Église romaine. Et ainsi les Grecs embrassèrent la communion romaine après avoir été spectateurs de celle pompe si odieuse aux réformés.

Pour les autres communions schismaiiques séparées de l'Église romaine , dans lesquelles l'auteur assure que l'adoration de l'Eucharislie n'est pas établie, il n'y a qu'à en lire les Liturgies pour reconnaître qu'il le dit témérairement. Une partie des paroles que nous avons rapportées ci-dessus est prise mot à mot de la Liturgie de S. Dasile , qui s'observe particulièrement dans le patriarchatd'Antioche. Et quant à celle des Abyssins, on y lit expressément ces paroles : Le prêtre élevant le sacrement dit à haute voix : Seigneur Jésus, ayez pitié de moi. Les peuples réitèrent la même parole, et le prêtre dit : Prions ; vous tous qui êtes pénitents, humiliez vos têtes; levez-vous pour adorer; paix à vous tous; le peuple répond : Et avec ton esprit. Le prêtre dit : Ceci est le corps saint , vénérable et vivant de notre Sauveur et Seigneur Jésus-Christ.

Ainsi la prétention de l'auteur que l'on a cru quelque temps la présence réelle sans adorer Jésus- Christ dans l'Eucharistie , est un songe établi sur un autre songe. Car c'en est un de dire qu'on a commencé de croire la présence réelle, puisqu'on l'a toujours crue, et c'en est un autre qu'on l'ait pu croire sans adorer en même temps Jésus-Christ, et que l'on ait séparé deux choses si nécessairement liées. La seule différence de ces deux songes est que le dernier est encore plus hors d'apparence. Car il faut remarquer que sur le sujet de l'adoration de l'Eucharistie les ministres n'ont pas un seul passage qu'ils puissent raisonnablement opposer. Et tout ce qui leur reste est de se défendre comme ils peuvent par des solutions forcées de ceux qu'on leur oppose. On leur fait voir qu'Origène dit : Quand vous mangez le corps du Seigneur, alors le Seigneur entre dans votre maison ; ainsi en vous humiliant , imitez t^

çg RÉFUTATION DE LA RÉPONSE DUN MINISTRE. 100

centenkr el dites-lui : Seiyneur, je ne suis pas digne fans la pratique de l'adoralion, il devait conclure, nue vous entriez dans ma maison. Cnr lorsqiCdy entre au contraire, que n'ayant pu s'introduire dans l'Église indiancment, il entre pour le jugement de celui qui le re- sans la pratique de l'adoralion , il est impossible coit Que S. Amljrnise dit que la chair de Jésus-Christ qu'elle ait pu se glisser insensiblement, parce que

" "~ la pratique de l'adoralion l'aurait découverte dès sa naissance. Car si l'on avait commencé dans le X' siècle à croire Jésus-Clirist présent dans l'Eiicbarislie, on aurait commencé aussi de l'adorer comme présent, et de condamner d'impiété ceux qui ne l'adoraient pas ; de même que ceux qui ne le croyaient pas préseni, auraient dû, par une suite nécessaire», refuser de l'adorer, et coiidamner d'impiélé ceux qui l'adoraient. Il est impossible qu'une division si horrible de sentiments soit demeurée cachée, comme nous l'avons montré dans le premier traité; el il est im-

est encore aujourd'hui adorée dans ses mystères. Que S. Augustin dit (i:i Psal. 98) : Que nul ne mange la chair de Jésus-Christ, quil ne l\iit premièrement adorée. Que S. Chrysostônie, homélie 24 (in \ ad Corinth,), se sert de l'exemple des mages qui ont adoré Jésus- Chrisl dans la crèclie, pour porter les (idèles à l'adorer sur l'autel. Que Théodorel écrit en son deuxième dialogue que les symboles mtjsliques sont conçus être tes choses quils ont été faits, el sont crus el adorés comme étant ce qu'ils sont crus être.

Le moyen dont les ministres se servent pour éluder ces passages et les autres semblables est de possible qu'étant découverte , elle n'ait produit parsupposer en l'air qu'ils ont bien prouvé que les Pères tout d'élrangcs soulèvements , comme nous l'avons ne croyaient pas que le corps de Jé.us-Chrisl fût déjà montré, présent réellement dans l'Eucharistie, el sur ce foa- CHAPITRE \I.

dément ils rappo. tent quelques-uns de ces plissages ^^^^^^ ^^ ^^ . .^^^ considération.

à l'adoralion de Jésus-Clinst dans le ciel, el les autres

à la révérence que l'on rendait aux symboles comme H est bon encore de considérer, dit cet auteur, que

d'un côté cette erreur est de telle nature qu'elle se cache

signt^s du corps de Jésus-Christ, laquelle , disent-ils, se peut ex])rimer par le mol d'adoration , el en grec par celui de Tupoirxuvîîv. Ce n'est pas ici le lieu de faire voir combien ces solutions sont peu solides , mais elles suflisent pour montrer qu'il n'y eut jamais rien de moins raisonnable que la prétention de l'auteur de la répdnse. Car puisque les ministres ne se tirent dé ces passages qii'en supposant que les Pères ne croyaient pas Jésus Christ préseni dans l'Eucharistie, et qu'ainsi ils ne le pouvaient adorer comme présent, il est clair que celte solution ne subsiste plus en détruisant celte sui'position. Or l'auteur de la réponse la détruit lui-même dans ceux qu'il dil avoir commencé de croire la présence réelle. Que lui resle-t-il donc à dire? (îcs personnes adoraient la chair de Jésus-Christ dans les mystères , suivant la dnclrine de S. Ambroise ; ils adoraient cette chair en la prenant, selon S. Augustin ; ils adoraient les symboles comme étant le corps de Jésus-Chrisl, selon Tliéodoret , et ils expliquaienl ces passages dans le sens de la présence réelle , comme font les catholiques. Par quelle étrange bizarrerie d'esprit eussent-ils donc pu s'empêcher eu adorant Jésus-Chrisl el en le croyant présent , de ne l'adorer pas comme préseni? Et puisqu'ils révéraient les symboles , comme les ministres accordent qu'on a toujours fait dans l'Église, auraient-ils pu se retenir de porter leur respect jusqu'à Jésus-Christ , qu'ils croyaient être caché sous les symboles? Quand les folies ne sont pas humaines comme celle-là, la raison ne veut pas qu'on en soupçonne les hommes. Ainsi l'auteur de la réponse aurait mieux fail de se tenir dans les termes des anciens minisires , el de reconnaître comme ils font que l'adoralion est inséparable de la foi de la présence réelle, et que c'en est une suite nécessaire. De

facilement , et qu'elle peut imposer aux yeux des hommes par des expressions apparemment orthodoxes, comme quand on dil que Jésus-Christ est présent au sacrement spirituellement ; qu'il nous y est donné comme viande de l'àme ; que ce mystère doit être connu par la /"oi, etc., expressions qui semblent bonnes, el qui par leurs fausses couleurs empêchent une âme pieuse de s'effaroucher ; el d'autre côté quand cette erreur se découvre pleinement, il lui est aisé de cacher sa nouveauté en détournant à son sens tes expressions anciennes de la vérité. Car les ternies dont celle dernière se sert sont ordinairement d'une telle force , qu'il n'est pas difficile d'en abuser ; comme quand on dit que c'est le corps cl le sang du Sauveur : que Jésus-Clirist est préseni au sacrement : que le pain el le vin sont cliangés par ta parole ineffable de Dieu : expressions bonnes el saintes, mais qu'il n'est pas malaisé de détourner en un mauvais sens.

Ce discours qui paraît subtil quand on le considère confusément , n'est pas seulement ^intelligible quand on l'examine de près.

On ne sait si l'auteur y veut dire que l'erreur de la présence réelle s'est pu cacher sous certaines expressions moyennes el équivoques, qui, étant prises dans un bon sens par ceux qui les entendaient, les empêchaient de comprendre que ceux qui s'en servaient les entendaient dans un mauvais sens. Mais si cela est, nous voilà donc revenus à ces équivoques qui durent mille ans sans être découvertes , dont on croit avoir tellement fait voir l'absurdité par le premier écrit, qu'il serait assez étrange que cet auteur voulût persister en une prétention si insoutenable.

Ce que nous avons établi dans cette seconde partie

sorte qu'au lieu de conclure que la présence réelle ne la ruine pas moins. Car puisque tous les fidèles s'est pu introduire insensiblement en se répandant ont toujours eu une créance distincte de la présence,

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