LIV. XII. DISSERTATION SUR JEAN SCOT. Hi
adversaires à Paschase lîabanus et Intramus, et dans la page suivante, Babanus el Ratrannus. En sorte qu'il y a autant sujet de croire, selon l'anonyme, que ce second adversaire de Paschase avait nom Intramus , que Ratrannus. Je sais bien que celui qui a donné au public ce traité de l'anonyme, a fait imprimer dans l'un et l'autre de ces deux endroits, Ratramnus, mais il est certain qu'il ne l'a fait pour autre raison que parce qu'il a cru que tout le monde était d'accord que l'adversaire de Paschase, dont prétend parler l'anonyme, n'était autre que ce célèbre religieux de Corbie, à qui tous les anciens donnent le nom de Ratramne.
II. La seconde raison d'Ussérius {de Ecoles. Cor. Suce, et Statu, c. 2) est que Sigebert , dans son livre des Écrivains ecclésiasticjues , témoigne que Bt;rlram est auteur de deux livres , dont l'un porte pour titre : Du Corps el du Sang du Seigneur, l'autre : De la Prédestination ; et que ce dernier est adressé à Chartes : < Bertramus scripsit librum de Corpore et Sanguine Domini; et ad Carolum, librum de Prœdeslinatione. Or il se trouve deux manuscrits de Sigebert, l'un dans l'abbaye de Gemblou , l'autre dans le prieuré de Vauverl, qui représentent le nom de Ratramus, au lieu
I. Le religieux de Corbie est nommé Ratramne dans de Bertramus. Donc puisque Flodoard (1. 3, c. 16 )
le livre de la Prédestination d'Hincmar, et dans la lettre 79 de Loup abbé de Ferrières : or il se coUige du traité du défenseur anonyme de Paschase que Ralramne est le même que Bertram ; donc Bertram, auteur du livre du Corps et du Sang du Seigneur, n'est autre que ce savant bénédictin de Corbie, Ratramne. On peut répondre trois choses à cette première conjecture : 1° que personne n'a jamais donné au moine de Corbie autre nom que celui de Ratramne; que c'est ainsi qu'on trouve son nom écrit dans tous
nous apprend queHinemara écrit de la Prédestination à Charles , contre Ratramne, moine de Corbie, il faut avouer que Ratramne est le même que Bertram.
L'on peut répondre deux choses à cette seconde conjecture : 1° que l'ouvrage de la Prédestination de Bertram, dont parle Sigebert, est différent de celui de Ratramne , contre lequel Hincmar a écrit ; car Trithème {lib. de Script. Ecoles.) assure en termes exprès que l'ouvrage de Bertram ne contenait qu'un livre , de Prœdeslinatione librum unum ; au contraire
les ouvrages qui nous sont restés de lui; dans le livre Hincmar nous enseigne (/. de Prœdest. c, 5 ) que
de la Naissance de Christ, dans ceux de la Prédestination, dans sa Réponse aux objections des Grecs, comme aussi dans Hincmar ( /. de non trinâ Deitate, p. 413, 438, 450, etc.), dans Gotescalc. {epist. ad Rairamnum), dans Flodoard {l. 5, c. 15 ); que les ministres, comme Albert ( de Euohar. p. 929), supposent faussement que Hincmar l'ait appelé Ratramne dans le chapitre 1 de son livre de la Prédestination ; 2° que quoique la lettre 79 de Loup de Ferrières s'adresse , comme il est assez vraisemblable, à un religieux du diocèse d'Amiens, on ne saurait néanmoins prouver que
celui de Ratramne en contenait deux , libellas duos ; de plus , ces deux livres de Ratramne , que M. le président Manguin a mis en lumière, sont dédiés à Charles-le-Chauve , au lieu que celui de Bertram ne l'était point , comme je le prouverai évidemment dans un autre endroit, et même par le témoignage de Sigebert et de Trithème, quoiqu'ils paraissent assurer le contraire ; 2° que toutes les éditions de Sigebert représentent constamment le nom de Berlram; et ainsi qu'on peut croire qu'une faute s'est glissée dans les deux manuscrits de Gemblou et de Vauvert , où
ce soit à un religieux de l'abbaye de Corbie: de plus, que on lit le nom de Ralram. Mais, quoiqu'il en soit, le religieux à qui elle est adressée n'avait pour nom ni l'on apprendra dans la suite de ces mémoires pour-
celui de Ratramne comme le supposent faussement Ussérius et Aubertin, ni celui de Bertram, comme le suppose l'auteur de la Réponse, pour pouvoir en tirer une conjecture des sentiments de l'abbé de Ferrières sur le sujet de l'Eucharistie ; mais qu'il se nommait Rotranne, Rotranno monacho : c'est ainsi qu'on lit dans la première édition des lettres de Loup, de l'an 1588, et dans la dernière de M. Baluze ( p. 3, c. 2, p. 538) ; 5° que l'anonyme dans le commencement de son traité, selon deux manuscrits de S. Victor, donne pour
quoi l'anonyme , Sigebert et Trithème , sont si peu constants dans le nom qu'ils donnent à l'auteur du livre du Corps et du Sang du Seigneur. L'anonyme l'appelle tantôt /?Uram , tantôt iîa«ranne ; Sigebert, Bertram ou jRa<r«m ; Trithème (/J6. de Script, écoles.), Bertram, (lib. 2 Yir. illustr. ord. S. Bened., c. 48) Pertranne , ( et in Chronic. Hirsang. , ad ann. 811) Bertumme. Ne serait-ce pas une chose assez surprenante, que parmi une si grande diversité , on ne trouvât pas une seule fois le nom du religieux de Corbie Ratramne,
SI c'était de lui (\\ie l'anonyme , Sigebert et Trithème avaient prélendn parler?
in. L'on conserve , dit Ussérins (in Hist. Gotescalc), dans les bihliollièqiies de Salisbery , et du collé£;e de S - Benoît de Cambrigde ,denx exemplaires d'un livre de Ratrimne intitn'é de m Naissance de Christ, àam lequel il défend la même doctrine que Bertram a enseignée dans son livre du Corps et du Sang du Seigneur. Ce qui confirme que Ralramne, moine de Corbie, et l'atileur du livre de la Naissance de Cbrist, sont le même q'ie Bertram.
Cette troisième conjecture ne pent servir à présent qu'à déeonvrir la m-'uvaise foi d'Ussérius , on de ceux par qui il s'est laissé tromper. Car tant s'en faut qu'on lise la d'^cirine de Bertram dans le livre de la Naissance de Christ , qu'il ne s'y rencontre pas un seul mot du mystère de l'Eucharistie Et il ne sera pas hors de pr'^pos de remarqu'^r que le P. dom Luc d'^ehéry , à qui le publie est obligé de ce tniié de la Naissance de Christ , qu'il a fait imprimer (tome 2 Spirîl.) ne l'a recouvert, comme je l'ai appris de luimême , que par le moyen du ministre Aubertin , qui se dallant sans di^ute de ce qu'il avait lu dans Usserius, et espérant trouver dans cet ouvra2;e de Ratramne de quoi grossir son volume de l'Eucharistie, en avait fait venir une copie d'Angleterre.
Après une fausseté si visible d'Ussérius, l'auteur de la liévonse ne doit pas trouver étrange nue l'on lieime poiir suspect ce qu'il nous raconte sur la bonne foi de ce même protestant, dans le chapitre 2 de sa troisième partie , pag. 546 : Ussérius , dit-il , nous rapporfe avoir vu nn effet de celte hardiesse de ceux de la co'nmnnion romaine à dépraver les manuscrits assez surprenante, en foraison ad svcerdotes, de Vufflin, évêque de Schirburne en Angleterre , écrite en latin et en vieux anglais saxon. 11 y avait ces termes : Non fit tamen hoc sacriftcium corpus ejns , in quo passus est pro nnhis : n"c sanqvis ejus , qvem pro nobis effvdit ; sed spirit'inlilrr corvns pjvs effi itur etsanqnis , sioit manna quod de cœlo pluit ; et aqua quœ de peirâ fluxit. Ces paroles , dit Ussérius, ont été tirées d'un manuscrit qui a été mis à la bibliothèque de Cambridge par la nini'i de quelque perfide. Ce que j'ai vu moi-même.
Outre ie peu de créance que mériie le témoignage d'U^'-érius, il n'est pas peu surprenant qu'il ait la h:»nliesse de rapporter les pro|)res paroles qu'il assure ••voir été rayées par la main perfide de quelque papis'e, perfidô papis^œ alicnjusmanu erasa , sans nous dire comment ni d'où il les a pu recouvrer, en sorte qu'il Tant qu'on l'en croie a la simple parole. Aubertin n'a pas jugé à propos de le faire, après y avoir été une f'.is trompé. Aussi ne met-il point Vufflin au rang de ceux (ju'il prétend avoir été contraires au dogme de la présence réelle dans le dixième siècle. Et M. Claude aurait mieux fait de l'imiter que de se servir, comme il fait , page 659 , de ce passage pour faire voir la créance calviniste au dixième siècle.
IV. La quatrième raison est de M. Claude après le P. Cellot (Jin Avvend. ad Hist. Cot. , pag. 569). Il y a
tant de rapport, dit-il, entre le livre du Corps et dq Sang du Seigneur, et les ouvrages du moine de Corbie, qu'il ne faut que les comparer ensemble pour reconnaître qu'ils sont tous deux enfants d'un même père, Egimus igitur, ut potuimus, dit Ratramne dans la conclusion de son ouvrage de la Prédestination, quemadmoditm prœdestinatio, etc. flic ita obsecramus magni' tudinis vestrœ pietatem, ut hcec scripta, si sapientiœ vestrœ non displicuerint, pênes vos habeantur. Qubd st displicuerit libellus iste, per vos obsecramus ut corrigatur, et nobis quœ correcta fuerint non abscondantur. Et dans celle de la Réponse aux objections des Grecs : Egimus velut potuimus, respondentes ad ea quœ tiobii scripta misistis ; quœ si placuerint, Deo gratias agimus; sin verb displicuerint, vestrœ correctionis censuram prœstolamur. Bertram finit tout de la même façon son traité du Corps et du Sang du Seigneur : Imperio vestrœ magnitudinis, dit-il, parère cupienles, prœsumpsi parvis rébus de non minimis disputare. Quœ si prcbaveritis catholicc dicta, vestrœ meritis fidei deputate ; sin autem miniis placuerint , id noslrœ deputetur insipi^ntiœ , quœ , quod optavit , miniis efficaciter valuit explicare.
Celte dernière conjecture a pu avoir quelque force lorsque le point de la question était de savoir si le livre du Corps et du Sang du Seigneur avait été composé par Ratramne ou par Œcolampade. Mais à présent que l'on doute si c'est l'ouvrage de Ratramne ou d'un autre auteur du même siècle, il faut avouer qu'elle est devenue entièrement inutile, puisque la plupart des auteurs du neuvième siècle finissent ou commencent leurs livres par de semblables reconnaissances de leur incapacité et de leur peu de suffisance. En voici un ou deux exemples tirés de Jean Scot, avec lesquels la conclusion du livre de Bertram a bien plus de ressemblance qu'avec les deux passages de Ratramne qu'on nous oppose.
Si quis invenerit, dit cet auteur sur la fin de son dialogue des Natures , adhuc încognitum aut superfluum nos scripsisse , noslrœ inteniperantio' incuriœque imputet.... Sin autem in eo utile, et nd œdificationem calholicœ fidei pertinens arriserit, soli Deo, qui soltis abscondila tenebrarum referai, depulet. Et dans la préface de son livre de la Prédestination : In hoc itaque opusculo nostro, quod vobis jubentibus scribere curavimus, quœ vera esse perspexeritis tenete, et Ecclesiœ calholicœ tribuite ; quœ falsa respuite, et nobis, qui homines sumus, îgnoscite.
La faiblesse de ces preuves d'Ussérius et du sieur Claude suffit seule pour montrer qu'on ne peut que témérairement attribuer à Ratramne, religieux de Corbie, le livre qui paraît sous le nom de Berîram. On y peut encore ajouter qu'il n'y a point d'apparence qu'Hincmar, lequel d'une part était animé contre Ratramne, et qui écrivit contre lui un grand ouvrage sur la Prédestination , et sur cette expression, trina Deitas ; et qui, de l'autre, condanmait comme une erveur et une nouveauté contraire à la foi, l'opinion de ceux qui disaient que l'Eucharistie n'était pas le vrai corps du Seigneur, mais seulement sa figure et soq