‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 295 sur 335 · XII. DISSERTATION · texte numérisé non relu

XII. DISSERTATION

mi LIV

mémorial ; qu'il est, dis-je, sans apparence qu'il n'eût point fait de reproclie sur ce siijei à Ratramiie, s'il l'eût cru auteur de ce livre qui paraît sous le nom de Beriram, puisque ce livri' donnait assez de sujet à un ennemi passionné, comme était Hincmar, de lui attribuer cette hérésie.

Certes ce seul silence d'Hincmar découvre si évidemment l'injustice que l'on a Aiite à Ratramne, de lui aliribuiT le livre de Bertram, que quand nous n'aurions point d'autres preuves pour le justifier, celle-ci ne serait que trop suffisante, pour lever tous les soupçons que l'on a eus depuis quelques années de l'intégrité de sa foi. Mais ce que nous allons dire pour montrer que Bertram est le même que Jean Scot- Érigène, pourra encore servir à sa justification.

Article IIL

Que Jean Scot est auteur du livre du Corps et du Sang du Seigneur , attribué à Beriram.

M. de Marca est le premier qui se soit aperçu que le livre du Corps et du Sang du Seigneur, publié sous le nom de Beriram, n'est point différent de celui que Jean Scot a composé sur le même sujet, et que Bérenger fut condamné de jeter au feu, dans une assemblée de près de six vingts évêques, il y a plus de six cents ans. C'est dans h lettre au P. dom Luc d'Acliéry qu'il propose cette conjecture.

Comme cette observation n'était pas fort avantageuse au dessein de l'auteur de la Réponse, aussi ne l'a-t-il pas moins traitée que d'une pure cliimère et d'un songe très-mal conçu. Mais la preuve qu'il apporte pour nous faire entrer dans son sentiment répond si peu à une censure si rigoureuse, qu'on n'a pas sujet de craindre qu'elle ait aucun effet sur l'esprit de ceux qui y feront la moindre réflexion.

Tout ce (|ue ce minisire allègue pour appuyer sa censure est qu'il y a quelques endroits qui paraissent conformes à des passages des ouvrages de Ratramne; encore cet argument n'esl-il pas de lui , mais du P. Cellot , dont il n'a fait que transcrire les propres termes. Mais puisque j'ai fait voir dans Érigène des exemples tout pareils à ceux que le P. Cellot a tirés dfS ouvrages de Ratramne, pour montrer la conformité (le son style avec celui de i'auteur du livre du Corps et du Sang du Seigneur, il est évident que celle prétendue conformité de style est inutile en toute sorte de manières , pour détruire l'opinion de M. de Marca.

Mais pour établir ce qtie je prétends snrdes preuves aussi solides que les conjectures de M. Claude sont vaines , mon dessein est de rechercher ici , i" si le livre de Bertram est conforme à ce que les anciens nous ont laissé par écrit de celui de Jean Scot ; 2" si le propre caractère de l'esprit de Jean Scot s'y rencontre; 3" si Beriram est un nom supposé, et (juels sont les imposteurs qui l'ont premièrement inventé.

SUR JEAN SCOT. Ii2i

§ 1. Que le livre de Bertram est parfaitement conforme à ce qui se lit dons les anciens de celui de Jean Scot-Erigène.

La plus juste de toutes les preuves dont on se puisse servir pour reconnaître quel jugement on doit jwrter de l'opinion de M. de Marca , est de confronter le livre de Bertram avec ce que les auteurs qui ont lu celui de Jean Scol, nous témoignent y avoir rencontré. Car s'il n'y est pas parfaitement conforme , ce sera une preuve convaincante que ce sont différents ouvrages. Que si le contraire paraît , ce sera un grand préjugé pour nous obliger à reconnaître que M. de Marca a eu grande raison d'avancer (|uc le livre qui porte aujourd'hui le nom de Bertram a passé dans les siècles passés pour un ouvrage de Jean Scot.

Nous avons quatre auteurs qui ont parlé du livre de Jean Scot : Ascelin , Durand , abbé de Troarn , Lanfranc, archevêque de Cantorbéry, et Bérenger.

Ascelin est celui qui en parle le plus pariiculièrement ; aussi nous en apprend-il quantité de choses assez considérables : i" que l'ouvrage de Jean Scot ne contenait qu'un seul livre, et assez petit; 2° que l'on ne pouvait pas y apercevoir tout d'un coup quella avait éîé sa pensée sur le mystère de l'Eucharistie , parce qu'à la façon de ceux qui veulent empoisonner, il présentait quelque chose de doux en apparence , pour porter après plus silrement le coup mortel ; 5° que nonobstant ces dissimulations il y avait reconnu que tout le dessein de Jean Scot ne visait qu'à persuader à ses lecteurs que ce qui se consacre sur nos autels n'est pas vraiment le corps et le sang du Seigneur; 4° que pour en venir à bout il se servait de passages tirés des saints Pères , et qu'à la fm de chaque passage il ajoutait quelque glose pour en détourner le sens à son but ; 5° qu'entre autres il rapportait toui au long une oraison de S. Grégoire qui commence par ces mots : Perficiantin nobis; 6" qu'en la glosant, selon sa coutume, il en tirait cette conséquence : ces choses se passent en apparence , et ncm point en vérité. Joannem Scotum, dit-il (Epist. ad Beren^ar. in notis ad Yil. Lanfranc, p. 25), nec incomideratè , nec impie . nec indigné sacerdotio meo hœrelicum hubeo , quem loto nisu lotâque inlenlione ad hoc soliim tendere video, ut mihi persuadeat , hoc videlicet quod in attart consecratur, neque verè corpus , neque verè Chrisli sanguiuem esse. Hoc aulem astruere nitilur ex sanclorum Palrum opusculis , quœ pravè exponit ; quorum illam S. Gregorii oralionem htc annotari sufficiat : t Perficianl in nobis lua , Domine , sacramenla quod continent ut quœ nunc specie gerimus, rerum veritate capiamus. i Quam exponendo prœdictus Joannes , inler cœlera pdei noslrœ contraria : « Specie, inquit , gerunlurista , non veritate. > Quod non calholicè dictum, si benè vigilantiam luam novi , non ignoras ; prœsertim ciim in sœpè dicta colloquio non negaveris , quando eamdem oralionem eum expositione suâ ex Joannis libro reciiavi. Veritm tune quod et nuvc objecisti nobis , te libelluu illius nondiim pa finem usque perlegisse. Vnde salis mirari neoueo, tf.

tantœ seîlket prudentîœ vîrum , tantoperè laudare quod < bile est quod manna Deus plueret palrîbus, el quotidiano ignoras. Neque enim , si noveris , le laudavisse credide- < cœlipascebantur alimenlo. Unde diclum est :¥nmm an

rim. Novit namque prudentia tua, sic cavenda esse verba hœrelicorum , seu pocula veneficorum , qvm prius

DUICITER MULCENT, Ut postmodîim LETHALITER NECENT.

L'ouvrage de Bertram est entièrement conforme à ce discours d'Ascelin , en sorte qu'il semble qu'on ne puisse révoquer en doute que ce ne soit de lui qu'il

t gelorum manducavit homo. Sed tamen panem iHum f qui manducaverunt otnnes in deserlo, morlui sunt. Ista < aulem esca quam accipis, iste punis vivus qui descen t dit de cœlo, vitœ œlernœ substantiam subministrat ; et € quicumque liunc manducaverit, non morietur in œier « num; et corpus Cliristi est. t Vide secundiim quod do-

parle. 1° Il ne contient qu'un petit livre ; 2° personne ctor isle corpus Cliristi dicat esse escam quam fidèles

ne peut nier qu'il ne soit difficile d'y reconnaître accipiunt in ecclesiâ. Ait namque : t Iste panis vivus

quels ont été les véritables sentiments de Bertram i qui de cœlo descendit, vilœ œternœ substantiam snbmi

sur le sujet de la présence réelle , parce qu'en plu- < nistrat. i Num secundiim hoc quod videtur, quod cor-

sieurs endroits il se sert d'expressions très-conformes poraliter sumitur, quod dente premitur, quod fauce glu-

à la créance de l'Église. Aussi voyons-nous que quel- titur , quod receptaculo ventris suscipilur, œlernœ vitœ

ques théologiens très-célèbres ont entrepris sa défense substantiam subministrat? Isto namque modo carnem

en expliquant les propositions de son livre qui cho- pascit morituram, nec aliquam subministrat incorruptio-

quent la foi de l'Église par celles qui lui sont conformes.

3" 11 est tel néanmoins qu'il a donné sujet de croire à d'aulres , qui ont envisagé tout le corps de cet ou-

nem. Neque dici verè potest, ut quicumque hune manducaverit, non morietur in œternum; quoniam quod corruptioni subjacet , œlernitatem prœstare non valet. Est ergo in illo pane vita, quœ non oculis apparet corporeis.

vrage , que sons la fausse apparence de certaines sed fidei contuetur aspeclu. Qui etiam panis vivus qu expressions , tantôt ambiguës et tantôt catholiques, il descendit de cœlo, existit; et de quo verè dicitur : < Ouitâche de toutes ses forces de renverser le dogme de la présence réelle : car il semble que quand il répète si souvent que nous avons sur nos autels le corps de Jésus-Christ en figure, engage, en apparence, en image , et non point en vérité , non seulement il prétend nier que nous l'ayons développé de tout nuage . de tout voile et de toute figure , comme il est à présent dans le ciel, et comme on l'a vu autrefois sur la terre, ce qui est très-certain , et conforme à quelques expressions de S. Ambroise el d'aulres Pères de l'Église ; mais que de plus il veut faire croire que c'est une figure dénuée de toute vérité , et qui ne le

i cumque hune manducaverit, non morietur in œternum; i et qui est corpus Domini. Item in consequentibus ciim de omnipotente virtute Cliristi loqueretur, sic ait : c Ser' I mo ergo C'iristi qui potuit ex nihilo facere quod non f erat , non potest ea quœ sunt in id mulare quod non « erant? Non enim majus est res novas dare, quàm muc lare naluras. t Dicit S. Ambrosius in illo mysterio corporis et sanguinis Clirisli commulalionem esse faclam et mirabiliter , quia divine , el ineffabililer, quia incomprehensibile. Dicant qui nihil hïc volunt secundiim interiùs latentem virtutem accipere ; sed totum quod apparet visibiliter œslimare, secundùm quid sit Inc commulatio

contient pas plus véritablement, qu'il était autrefois fada? Nam secundiim creaturarum substantiam, quoa

contenu dans la manne.

Mais quoi qu'il en soit , tout au moins on ne peut pas nier qu'Ascelin n'ait eu en vue ces façons de parler de Bertram, lorsqu'il a dit que tout le dessein de Jean Scot tendait à persuader que ce qui se consacre sur nos autels n'est pas vraiment le corps du Seigneur, puisqu'il met au rang des propositions le plus visiblement hérétiques qui se trouvaient dans son livre , l'explication qu'il y donnait à l'oraison de S. Grégoire, en ces termes : Specie gerunlur isla, non i^eritate ; et qu'il proteste que Bérenger lui-même était tombé d'accord que cette expression n'était point à recevoir: Verùm de hoc teslis sum verùs, quod supradiclam Joannis expositionem in oratione Gregorianâ, îpsâ veritate fonslrictus, nobiscum improbâsti.

4° La seconde partie du livre de Bertram est toute

fuerunt ante consecralionem , hoc el postea consislunt. Panis et vinum priùs exlitêre, in quâ etiam specie jam consecrata permanere videntur. Est ergo interius commutatum Spiritûs sancti polenli virtute, quod fides aspicit, animam pascit, œternœ vilœ substantiam submi- 7iist7-at. Item in consequentibus : t Quid làc quœris ««c lurœ ordinem in Cliristi corpore, ciim prœter naturam t sit ipse Dominus Deus nulus ex Virgine? > Hïc etiam surgit audilor et dicit corpus esse Chrisli quod cernilur, et sanguinem qui bibitur ; nec quœrendum quomodo faclum sit, sed tenendum quod sic faclum sit. Benè quidem senlire videris, sed si vim verborum diligenter inspexeris, corpus Chrisli quidem sanguinemque fideliter credis ; sed si perspiceres, non crederes,quia quod credo nondùm vides. Namsivideres, diceres : Video ; non diceres: Credo corpus sanguinemque esse Chrisli. Nunc autem quia fides totum

tissue de passages des saints Pères, qu'il s'efforce de quidquid illud totum est aspicit , et oculus carnis niliil

tirer à sa pensée contre toute sorte d'apparence. Jam nunc, dit-il, secundœ quœslionis propositum est inspiàendum, et videndum utriim ipsum corpus quod de Maria sumptum est et passum, sit quod ore fidelium per Sacramentorum nnjslcrium in ecclesiâ quotidiè sumitur. Pcrcu7ictemur quid ex hoc S. Atnbrosius senliat. Ait namque in primo Sacramentorum libro : c Revcrà mira-

apprehendit, intellige quod non in specie , sed in virtute corpus et sanguis Chrisli existant quœ cernuntur. Unde dicit ordinem naturœ non Inc intuendum; sed Chrisli polenliam venerandam, quœ quidquid vult, in quodcumque vult, et créai quod non erat, et creatum permutai in id quod anlea non fuerat. Subjungit idem auctor : t Vera t utique caro Chrisli quœ crucifixa est, quœ sepulla esU

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