‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 31 sur 335 · PART. II. CHAP. VI. EXAMEN DE · texte numérisé non relu

PART. II. CHAP. VI. EXAMEN DE

ou de Libsence réelle , si Tabsence réelle était la foi ancienne de l'Eglise, et que celle de la présence réelle en fût une iiuiovalion, il serait impossible qne ceux qui se seraient imaginés d'avoir découvert celte étonnante nouveauté de Jésus-Christ présent réellement sur tous les autels du monde, et adorable par c(>nsé((uent en tous ces lieux, ne se fussent aperçus ([u'ils n'avaient pas toujours été dans ce sentiment, et qu'ils n'eussent jugé par là que les autres qui n'avaient pas encore découvert ce secret, étaient encore engagés dans l'impiété et dans l'erreur. Ils auraient donc tâché de les détromper, et au lieu de se servir d'exi)ressions équivoques, ils auraient choisi les plus précises, pour leur faire connaître leur erreur. Que si l'on veut que par une lâche limidiié ils n'aient eu autre dessein que de se cacher aux autres, et (ju'ils aient affecté dans celte vue de se servir d'expressions équivoques, qui étaient prises par le peuple dans le sens de l'absence réelle, comment veut-on que par ce moyen ils aient réduit toute la terre à leur erreur ?

En un mot, ou ces paroles équivoques él;i'ent expliquées dans le sens de l'abseiicc réelle, et ainsi elles étaient sans effet, et ne pouvaient établir la créance de la présence réelle: ou elles étaient expliquécsdans le sens de la présence réelle ; et si ce sens eût été contraire à la foi distincte de tous les peuples de la terre, il était absolument impossible (ju'il ne produisît partout des disputes et des divisions, qui ne pouvaient pas demeurer cachées.

Mais si celte remarque est inutile à l'auteur de la réponse, elle est avantngeuse pour confirmer la vérité qu'il combat par l'aveu qu'il y fait de deux choses importantes. La première est, (|ue les expressions dont les calvinistes abusent, que Jésus Christ est présent au sacrement spirituellement, et qu'il nous y est donné comme viande de l'âme, ne marquent point si précisément leur sentiment , que des personnes qui croiraient le contraire ne s'en pussent aussi servir pour exprimer une opinion tout opposée. D'oiî il s'ensuit que lorsqu'ils les trouvent dans les Pères, ils n'ont pas droit d'en conclure qu'ils n'aient pas cru que Jésus-Christ fût réellement présent dans l'Eucharistie; puisque ces expressions sont communes à ceux qui le croient , et à ceux qui ne le croient pas , et qu'ainsi il faut nécessairemi ni s'assurer du sentiment des Pères par d'autres passages plus clairs et moins équivoques. Le second aveu que l'auteur fait en cet endroit est que les expressions dont on a toujours ysé dans l'Église sont telles , qu'il est très-facile de s'en servir pour établir la présence réelle; ce qui est avouer assez clairement qu'elles y portent d'ellesmêmes, et qu'elles en impriment naturellement l'idée. Sur quoi cet auteur nous permettra de lui demander pourquoi il ne se serait trouvé personne durant neuf siècles en qui elles aient produit cet effet, et qui ait donné sujet aux pasteurs de lui faire voir qu'il se trompait. Car il est certain que les ministres n'ont pu encore trouver d'exemples d'une personne qui ait

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été reprise par les Pères pour croire qtie Jésus-Chrîst fût réellement présent sons les espèces du pain et du vin. De sorle qu'il faut ou que c'ait été la foi commime de l'Église, comme nous le prétendons ; ou que par un miracle inconcevable tons les Chréiiens du monde éiaiii poussés continuellementà croire que Jésus-Christ est réellement dans l'Eucharistie par ces expressions qui le marquent, aucun n'aitsuccombé néanmoins à une tentation si trompeuse et si forte, qu'elle a emporté tout d'un coup toute la terre. Il serait beaucoup moins étrange que pcrsoime n'eût élé tenté de croire que le corps de Jésus-Christ ne fût pas dans l'Eucliarisiie, supposé que toute l'Église crût le contraire. Et néanmoins parce que ce mystère a ses difliculiés aussi bien que tous les autres, les calholiquej font voir que les difliculiés de l'Eucharisiie ont produit l'effet naturel qu'elles devaient produire, qui est d'ébranler la foi de quelques personnes, et de les jeier dans l'infidélité et dans le doute. Les Capharnaïies s'en scandalisèrent les premiers, et abandonnèrent Jésus- Christ.

Saint Ignace témoigne que quelques-uns des premiers l)éréti(iues ne voulaient pas conlesser que l'Iiucharislie lût la chair de Jésus-Christ qu'il a offerte pour nous. Ou trouve dans Ilésichius, qu'il faut consumer par le feu de la charité tous les doutes qui s'élèvent dans l'esprit contre ce mystère. On trouve dans les vies des Pères, qu'un solitaire étant tombé par ignorance dans cette erreur de croire que le pain que nous recevons dans la sainte comnnniion n'est pas le corps naturel de Jésus-Christ, mais qu'il n'en est que la ligure, deux autres solitaires anciens lui dirent qu'il se gardât bien d'élre dans ce senliment, et qu'il suivît celui de l'Église catholique, dans laquelle tous les fidèles croyaient que le pain e.>t le corps de Jésus- Christ et le vin son sang, non selon la figure, mais selon la vérité; et qu'ensuite ils l'en convainquit rent par un miracle qu'ils obtinrent de Dieu par leurs prières. On trouve dans la vie de S. Grégoire, écrite par Jean Diacre, qu'une femme, qui était tombée dans une semblable erreur, lut convertie de même par un miracle que S. Grégoire fit en présence de tout le peuple. Cet auteur rapporte cette histoire comme l'ayani tirée des livres qui se lisaient dans les églises d'Angleterre. Et cette circonstance dont Aiibertin se sert pour la rejeter, la doit rendre plus considérable, puis(|ne les églises d'Angleterre ayant élé fondées par ceux que S. Grégoire même y avait envoyés, il y a de l'apparence que ce qu'on lisait de sa vie avait été composé par ces premiers apôires, qui devaient êire assez bien instruits des actions de S. Giégoire-le-Gran<l , et <|ui étaient ccrluinemeni des personnes tiès-sincères.

Quoi qu'il en soit, si ces sortes d'histoires ne sont pas des preuves convaincantes de la vérité de ces miracles , il ne suffit pas néanmoins pour les rejeter de répondre en l'air quelles peuvent être fausses. Il y a divers degrés de preuves , et celles qui ne sont pas dans la dernière certitude ne doivent pas être mepri-

RÉFUTATION DE LA REPONSE D'UN MINISTRE

sées comme si elles étaient certainement fausses ; et de plus elles sont des preuves certaines de la foi de celui qni les rapporte, et de celle du siècle où il les rapporte. Car il est sans apparence, par exemple, que Jean Diacre eût rapporté cette liisloirc, s'il eût cru, comme cette femme , que le pain n'était pas le corps même de Jésus-Christ, et si on l'eût cru de même dans son siècle. El il est encore sans apparence que Ton eût inséré celle histoire dans les livres qui se lisaient dans les églises d'Angleterre , si elle eût été contraire à la foi de ces églises.

Il est donc permis d'employer ces sortes d'histoires selon le degré de certitude qu'elles ont, c'esi-à-dire comme des témoignages clairs cl certains de la loi de l'auteur et du siècle de l'auteur, el comme des témoignages probables de la \érilé historique de la chose rapportée ; et c'est en celte manière que l'on s'en sert ici.

Celle de S. Grégoire doit être d'autant plus considérable que Guitmond témoigne que la vie de S. Gré-

pris, et puis excommunié par S. Malacliie ; et qu'il fut ensuite puni visiblement de Dieu par une maladie dont il mourut, après avoir néanmoins abjuré son erreur.

Ainsi il est visible que les difficultés de l'Eucharistie n'ont pas été sans effet, quoiqu'elles fussent comme éloulîées par la foi constante, uniforme et distincte que tous les fidèles avaient de la vérité de rEucharislie.

Mais les ministres ne peuvent dire de même des passages des Pères, et des autres choses qui portent à la créance de la présence réelle. Car, comme ils ne trouvent personne qui en ait été repris, il faut qu'ils disent que personne n'avait mérité de l'être ; c'est-àdire que personne n'a élé tenté durant huit cents ans de croire la présence réelle par ces paroles qui ont ensuite engagé toute la terre dans celte opinion. De sorte que la nécessité de soutenir leurs sentiments les oblige de défendre également ces deux suppositions si opposées, et que les expressions des Pères ont

goire, d'où elle est tirée, avait élé approuvée par persuadé tout d'un coup à tout le monde l'opinion de

plusieurs papes, et n'avait jamais élé contredite de personne: Quam alteslante, dit-il, 1. 3,/Jomâ ecliiam, tôt sanctissimi doclissimique Romani pontifîces, nullo dissonante, liacteniis probaverunt, eorumque auctoritatem seculcB lot Ecclesiœ, cuncto populo cliristiano consonante, nunc usqtte susceperunt. De sorte que c'est avec raison que cet auteur fait celte réflexion sur cette histoire et sur les autres semblables qu'il rapporte : Si tant de saints et de savants papes, dit-il , tant d'abbés éminents en doctrine et en piété , tant de religieux , tant d'ecclé' siastiques, et enfin si tout le peuple de Dieu croyait que ces histoires étaient contraires à la vraie foi , pourquoi ne les a-t-on point condamnées ? pourquoi ne les a-t-on point détruites el anéanties? pourquoi n' a-t-on point défendu de les lire? pourquoi les a-t-on louées, les a-t-on chéries? el pourquoi les a-t-on fait passer jusques à nous, comme étant propres à nous édifier et à nous instruire ? Ainsi l'on a droit d'en conclure, comme fait Lanfranc, qu'elles suffisent pour prouver que tous les fidèles qui nous ont précédés ont été dans la même foi que nous sommes : Hoc tamen probare sufficiUnt, qubd hanc fidem quam nunc habemus , omnes fidèles qui nos prœcesserunl, à priscis temporibus habuerunt.

On trouve aussi dans la lettre que Paschase a écrite à Frudegard que ce jeune homme avait été troublé par quelques passages de S. Augustin , et qu'il était entré en quelque doute de ce qu'il avait cru jusqu'alors avec toute l'Église de son siècle. On trouve dans S. Fulbert que plusieurs étaient tentés d'incrédulité touchant le mystère de l'Eucharistie. On trouve dans les auteurs qui ont écrit contre Bérenger que ce sont ces passages difficiles de S. Augustin qui avaient précipité Bérenger dans son erreur. On trouve dans la Vie de S. Malachie, écrite par S. Bernard , qu'un clerc d'Hibernie, étant tombé dans cette erreur que d'oser dire qu'il n'y avait dans l'Eucharistie que le sacrement et non la chose du sacrement , c'est-à-dire la sanctification et non la vérité du corps de Jésus-Christ, en fut re-

la présence réelle dans le X" siècle , et qu'ils n'en avaient jamais fait naître aucun doute dans l'esprit da personne au moins jusqu'au IX' siècle , puisque ces doutes auraient attiré nécessairement une déclaration formelle des Pères contre celte opinion ; et c'est ce qu'ils ne trouvent nulle part. Si l'auteur de la réponse ne trouve point d'absurdités dans ces suppositions, j'espère qu'il y aura peu de personnes qui soient de son sentiment.

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