‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 301 sur 335 · LIV. XII. DISSERTATIOÎ^ SUR JEAN SCOT · texte numérisé non relu

LIV. XII. DISSERTATIOÎ^ SUR JEAN SCOT

(lui reconnaître doux Jean Scot ; l'un surnommé Érigèrie, auteur de la première traduction latine de S Denis , qui a vécu sous Clurles-lc-Ciianve; Tauîre disciple de Bède , qui du temps de Cliarlcmagiie fonda l'université de Paris avec Alcuiii , comme on Tappr^nd d'un ancien auteur sr.onyme chez Vincent de Beauvais {SpécuL lîist., lib. 23, cliap. 175).

Ces deux opinions sont également éloignées de la vérilé. Pour le faire voir, il faut prouver deux choses : 1" qu'Érigènc n'a point été disciple de Hcde; 2° que l'imiversiié de Piu-is n'a point eu de fondateur , ni Aicuin de compagnon, ni Bède de disciple, du nom de Jean Scot.

La première de ces deux propositions ne souiïre aucune difficulté , puisque Bède est mort l'iin 735, et qu'Érigènc était encore en vie vers Tan 870. Car de vouloir soutenir que celui-ci a vécu plus de 150 ans, et qu'il était âgé de près de IGO ans, lorsi|ue le pape Nicolas manda à Cliarles-le-Ciiauve de le lui envoyer à Unme .pour examiner si les bruits qui couraient de lui étaient véritables , ce serait une prétention ridicule.

La preuve de la seconde proposition n'est guère moins évidcmle , puisipie l'antcur anonyme cité par Jean de Boauvais, qui est le seul appui de ceux qui reconnaissent un Jean Scot disciple de Bède , et fondateur de l'université de Paris avec Aicuin , donne aussi ces deux qualités à Rahan , archevêque de ftlayence , décédé l'an SStJ , et à Glande, évêijuc de Turin , qui était encore en vie Tan 839, conmie on peut voir dans l'Italie sacrée de Ygliellius {t. 2, in episc. Taurin.). Ce qui montre évidemment que ce Jean Scot dont il parle n'est autre que ce Jean Éiigène que nous avons vu n'avoir pu être disciple de Belle. Alcuinus , dit cet anonyme , studium de RoDià Parisiis (ranstulit, quod illiicà Grœciù translalum fuerat à Romanis; f'ueruniqiie Parisiis fundatores itUus stndii quatuor moiiaclii Dedœ discipuli , scilicel Rabatius et Alcuinus, Clitudiusel Joannes Scotns.

Certes il y a sujet d'élre surpris que sin- une fable pleine de faussetés si visibles l'on prétende établir la nceessilé de reconnaître deux Jean Seot ; l'un disciple de Cède, l'autre surnommé Érigène, que l'on sait avoir vécu longtemps depuis. Car si ce seul témoignage d'un anteur inconnu était suffisant pour nous obliger à admettre deux Jean Scot, pourquoi ne nous obligera- t-il point à admellre aussi deux Raban, et deux Claude : les uns contemporains de Jean Scol- Érigène , les autres disciples de Bède, et compagnons d'Alcuin et de cet autre Jean Scot, et enfin fimdaleurs de l'université de Paris ?

Cependant personne ne s'est encore avisé dédire qu'il y ait eu deux Raban. Tous sont d'accord (lu'il n'y en a eu qu'un , et l'on se moque de ceux qui le font ou disciple de Bède , ou compagnon d'Alcuin en fa fondation de l'université de Paris. Je ne vois donc pas pourquoi il ne sera pas permis de raisonner de la même façon de Jean Scot. Car d'alléguer que Sige- !>crl parle d'un Jean Scol diiîéreiit d'Érigène, c'est

une chose inutile ; puisque Slgcbert bien loin de faire cet antre Jean Scot compagnon d'Alcuin , ou disciple de Bède, le fait au contraire plus ancien que S. AdeU me. décédé l'an 709 , plus de 25 ans avant Bède, et près de cent ans avant Aicuin.

Je sais bien que Jean Balée, et quelques autres qiû l'ont suivi, distinguent deux Claude, l'un Espagnol , disciple de Félix d'Urgel , et évêipie de Turin , qui a vécu sons Louis -le-Débonnaire, et contre lequel Jonas, évêque d'Orléans, a composé trois livres du culte des images ; l'autre Irlandais , disciple de Bède , et auteur de quantité d'ouvrages sur la sainte Écriture, entre autres de trois livres sur S. Matthieu , et d'un commentaire sur l'Épîlre aux Calâtes. Il ajoute que celui-ci s'appelait Claude-Clément , et que c'est ce Clément dont parle Nolkcrus Balbulus, lorscju'il décrit les premiers commencements de l'université de Paris : Contigit, dit-il {Uist. Fran. t. 2) , duos Scolos de Hiberniâ cum mercatoribus Britannis ad Ultus Gal^ tiœdcvenirc, viros et in secidaribus et in sacris Scripluris incomparabililer erudilos. Que perceplo , ingentt gaudio repletus Carolus Magnus, primiim quidem apud se utrnnique parvo tempore tenuit : postea verb ciiui ai cxpcdiliones bdlicas urgeretur , unum eorum nomine Clementem in Gallià rcsidere prœcepit, oui et pucros nobilissimos , médiocres, et infunos mlis muUos commendavit, et eis prout necessarium kabuerunt , viclualia ministrari prœccpil , habilncnlis opporlunis ad habltandum deputatis : altenini verb in ïtaliam direxit , eut et moncsterium S. Aiujnsdni juxla Ticinensem urbem delcgavit , ni qui illiic ad euvi vdwssenl ad dlscendum congregari , potuissent. Ussérius lit : Alterum verb nomine Alôinum, in Ïtaliam direxit. (In Prœfal. sijllog. Ephl. Uibernicarum.) Âvenlin donne aussi le nom d'Albin à ce compagnon de Clément. {Annal. Bajoriun lib. 4, q. 220.) Ce qui montre que ceux-là s'abusent qui croient que le compagnon de Clément n'était autre que Jean Scot, à (jui pour celte raison ils donnent la qualité de premier fondateur de l'université de Pavie.

Cette opinion de deux Claude est aussi mal fondée que celle de deux Jean Scot. Car on ne trouvera point que personne, avant Balée, ait parlé d'un auteur nommé Claude-Clément. Clément aussi, dont fait mention Nolker, était Irlandais; au lieu que Claude, dont il est parlé dans l'aiionyme, ne l'était point, puiequ'il remarque expressément que de ces quatre disciples do Bède et fondateurs de l'université de Paris, il n'y avait que Jean qui fût d'Irlande. De plus, Notker ne fait point Clément disciple de Bède, quoiqu'il remarque en ce même endroit qu'Alcuin , qui vint en France quelque temps après Clément, avait été disciple de Bède. Enfin l'on reconnaît très-évidemment, parla comparaison de la préface des livres de Jonas, évéquc d'Orléans, avec celle des commentaires de Claude sur S. Matthieu et sur l'Épître aux Calâtes, que l'auteur de ces commentaires est assurément l'évêque de Turin.

Il faut donc avouer que comme l'on n'admet qu'ua Raban , aussi n'y al- il point de raisons qui puisscKl

113» PERrÉTUITÉ DE LA FGl

obliger à reconnaître plus d'un Claude et plus d'un Jean Scol ; et que pas un de ces trois n'a éié ni disciple de Bède, ni compagnon d'Alcuin, ni fondateur de l'université de Paris.

Article V.

Que Jean Scot-Érigène n'a point été abbé (C^lhelinge en Angleterre.

L'auteur de la Réponse au traité de la Perpétuité (p. 560), dans le dessein qu'il a pris de nous persuader que Jean Scol a été dans son siècle et dans les suivants en une très-grande réputation de savoir et de sainteté , le comble hardiment de toutes les louanff'^s que les liistoriens d'Angleterre ont données à Jean-le- Saxon, compagnon de S. Grimbald, précepleur du roi Alfrède, et abbé d'un célèbre monastère de fondation royale, nommé yElhelinge. 11 est néanmoins évident que Jean Érigène et Jean abbé d'^thclinge sont deux personnes différentes.

i" Florent de Vorccster {ad ann. 887), Guillaume do Mulmesbury (de Gest. reg. Ang., l. 2, c. 4), Siméon de Duneline {ad ann. 888), Roger de Hoedon {ad ann. 887), et Matthieu de Westminster {ad 888), sont tous d'accord que Jean, abbé d'JEthelinge, était d'Angleterre, de la contrée des Saxons occidentaux. Assère aussi le remarque expressément dans la Yie du roi Alfrède, qu'il a composée du vivant de l'abbé d'iEihclinge. Ideo, dit-il {de Rébus geslis Alfred.), diversi generis monaclios in eodem monaslerio congregare studuit; primitîis Joannein presbylerum et monaclium , scilicet Ealsaxonuni génère, abbateni consliluit. Tous les anciens, au contraire, nous assurent de Jean Scot qu'il était Irlandais. Aiiclor, dit Ihncmar, jaclitatur à mul~ lis Joannes Scotigena {l. i de Prœdest., c. 51). Et le liibliotliécaire Anastase : Joannem imb Scoligenam {episl. ad Ciirol. Regem). Et le pape Nicolas, dans une lettre à Charles-le-Chauve : Quidam vir Joannes, natione Scotus {ad ann. 88"). El Matthieu de Westminster {ad ann 885) : Yenil in Angtuim Joannes natione Scolus. Enfin ceux qui lui ont donné le surnom ou «rÉrigcne , comme Sigebert , ou d'Éiingène , comme porte un manuscrit de près de 800 ans , qui contient les ouvrages de S. Denis, tournés eh laiin par Jean Scot, témoignent clairement qu'il était d'Irlande, puisque l'Irlande, dans la langue de ceux du pays, s'appelle Eri, ou Erin. Ce n'est pas ici le lieu de monirer que l'Irlande s'appelle chez tous les anciens Scotia, et les Irlandais Scoli ; puisqu'il nous est intlifféreiit (pie l'on fasse Jean Érigène Écossais ou Irlandais.

2° Les historiens qui parlent de la venue de Jean Scol on Angleterre marquent que ce qui l'obligea de quitter la France, fut la honte qu'il avait d'y passer ])our un hérétique : Quare et hœreticus putatus est, dit Siiiiéon de Duneime {ad ann. 882), cujus opinionis jiayticeps fuisse dignoscilur Nicolaus papa, gui ait in tpis'.olà ad Carolum : Relntum est apostolatui noslro, etc. Propter nanc ergo infamiam tœduit eum Franciœ, veyiilqnc nd Alfrcdnm regem. Et Matthieu de Wcslmin-

lOUCilANT L'EUCHARISTIE. HiO

ster {ad ann. 885) : Propter liane ergo infamiim Joannes, Franciam reUnquens, regem Al fredum pelivit. Roger de Mocden écrit la même chose. Ceux au contraire qui parlent de l'arrivée de Jean, compagnon de S. Grimbald , précepteur d'Alfrède , et depuis abbé d'^Eihelinge, assurent qu'il fut invité de venir en Angleterre par une ambassade que le roi Alfrède envoya en France tout exprès à ce dessein. Voici comme en parle Matthieu de Westminster {ad ann. 872) : Legatos ad Gallias direxit rex Alfredus. El inde S. Grimbaldum sacerdolem et monaclium, necnon Joannem presbylerum et monaclium, bonis moribus adornalum, ex ulliniis eliam Wallanorum finibus, de monaslerio S. David Asserum ad suum ascivit consortium. Florent de Vorcester témoigne le même {ad ann. 872) : I.egatos etiam ultra mare ad Galliam direxit. Inde S. Grimbaldum sacerdolem et monaclium, Joannem quoque œquè presbylerum et monaclium , acerrimi ingenii virum ; Asserum etiam è monastei-io S. David advocavit. Et Assèie lui-même {anno 884) : Legatos ad Gallias magislros inquirere direxit; indeque advocavit Grimbaldum sacerdolem etmO' naclium , Joannem quoque œquè presbytenmi et monaclium , acerrimi ingenii virum , et in omnibus disciplinia, lilteratoriœ arlis eruditissimum, et in multis aliis arlibus arlificiosnm; quorum dcctrinâ régis ingenium rnultiim dilatatum , et eos magnâ poteslale dilavit et lionoravit. lîis temporibus ego quoque à rege advocalus de occiduis et ultimis Britanniœ parlibus ad Saxoniam adveni.

o° Le pape Nicolas mande à Charles-le-Chauve, qu'il le prie de lui envoyer au plus tôt Jean Scot, ou tout au moins de ne pas permettre qu'il demeure plus longtemps dans l'universilé de Paris, de peur qu'il ne la corrompe par ses erreurs : Hiiic est quod dilectioni veslrœ vehemenlcr rogantes mandamus, quateniis apostolatui noslro prœdiclum Joannem rcprœsentari faciatis, aut cerlè Parisiis in studio , cujus jam olim capital fuisse perliibeliir, niorari non sinatis ; ne cum trilico sacri eloquii grana lolii et zizaniœ miscere dignoscalur, et panem quœrentibus, venenum porrigat. Ce fut sans doute incontinent après ces lettres, que Jean Scot se retira en Angleterre. Puis donc que le pape Nicolas a gouverné l'Église depuis l'an 838 jusqu'à 868, il faut mettre l'arrivée de Jean Scot en Angleterre environ l'an 864, c'est-à-dire vingt ans avant qu'Alirède fît venir auprès de soi Grimbald et Jean; car Assère nous assure que ce ne fut que l'an 884.

4° L'auteur de la Réponse, dans la réponse au premier traité (p. 45), écrit que Jean Scot est mort l'an 884, ou 'même l'année précédente. Comment donc est -il possible que ce soit ce Jean (\u' Alfrède roi d'Angleterre fit appeler pour la répulaiion de son savoir, et à qui tous les liisloriens rendent témoignage d'avoir été personnage de grand esprit et de grande éloquence^ docteur consommé en toute littérature, prêtre et moine très- saint, abbé d'un motiastère de fondation royale; puisque celui-ci ne fut fait abbé que l'ap 888 ou 887, comme tous les historiens en conviennent, et qu'il ne commença à régenier à Oxford que l'an 886, comnie on l'apprend des Annales du monastère û^

ïiH

Page 1