‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 312 sur 335 · LIV. XII. DISSERTATION SUR LE LIVRE DE BERTRAM · texte numérisé non relu

LIV. XII. DISSERTATION SUR LE LIVRE DE BERTRAM

ae bonne, et mortelle d'immortelle qu'elle était auparavant.... Le second dogme qu'ils tirent de ce premier, est que .es enfants, quoique nouvellement nés, ne sont vas exempts de péché, parce que la nature ayant été corrompue par le péché d'Adam, celte nature corrompue passe, comme ils disent, à tous ses enfants.

Il dit que ces hérétiques se servaient, pour établir leur opinion, de ce passage : Seigneur, fai été conçu dans riniquité, el des autres semblables, et qu'ils employaient, pour l'autoriser, le baptême et la communion du sacré sang que l'on donne pour la rémission des péchés, comme ayant le même effet dans les enfants.

Qui ne voit que ce second point est proprement la doctrine caiholique du pécbé originel, que Tiiéodore attribue à des hérétiques, et que le premier n'est que la même doctrine catholique mal exprimée et déguisée par des termes odieux?

Cependant cela semble si orthodoxe au bon Pholiiis, qu'il ajoute que Théodore fait très-bien de détester ces doctrines : Kaî ©so^ûpoi h y.iv yt Tzoul inoKsy.- ■nbfxvioi KVTK ; et qu'il avait de fort bonnes raisons pour réfuter ces opinions pleines de blasplièmes.

Faut-il donc conclure de là que Photius ne croyait pas le péché originel? Nullement. Car le contraire paraît clairement par l'extrait qu'il fait du concile de Cnrlhage, où il met en termes formels (cod. 5, 3), entre les dogmes pélagiens condamnés par ce concile, que les enfants n'aient point besoin de baptême , comme ne tirant point d'Adam de péché originel.

D'où vient donc que Photius étant dans ces sentiments a pu prendre le livre de ce Théodore pour orthodoxe ? C'est que son préjugé lui a imposé. Il n'a pas songé qu'il pouvait avoir eu une doctrine diffé-

de négliger ce qui lui peut être tant soit peu utile. On peut remarquer sur le sujetdes autres, l°que de

ce que d'une part il est constant que Jean Scoi se retira en Angleterre, et que de l'autre il se trouve qu'il n'y a que des Anglais qui aient emprunté les paroles de Bertram , on peut tirer une conjecture assez vraisemblable que Bcrtram el Jean Scot ne sont que la même personne, et surtout que ce n'est point Ratram, religieux de Corbie, qui est auteur de ce livre, puisqu'il serait assez étrange qu'étant Français , et éianl mort en France, son livre n'eût été cité que par des Anglais.

2° Quand il serait vrai que Jean Scot, retiré en Angleterre , y aurait fait un ou deux disciples, et que ces disciples auraient copié son livre, en le prenant même dans un mauvais sens, que s'ensuivrait il de là ? Serait-ce une chose fort étonnante qu'un homme dans l'erreur eût eu quelques sectateurs ; et ne serait-il pas ridicule d'opposer ces deux ou trois personnes à tout le reste de l'Église ?

3" Ces passages tirés d'EIfric et de ces sermons , étant bien entendus, ne peuvent servir qu'à prouver que les paroles les plus dures de Berlram peuvent être prises en un bon sens.

Car qu'y a-t-il de plus clair que ces paroles qui s'y trouvent? Natura panis est corruptibilis, et per divini Verbi virtutem verè Christi corpus et sanguis est, non tamen corporaliter, sed spiritualiter.

Qu'ya-t-il de plus clair que ce qu'on y lit? Quare ergo vocatur sacra illa Eucharistia corpus Christi et sanguis, si non sit id verè quod vocatur? Panis quidem et vinum per missam sacerdotum consecranlur ; rem aliam humants sensibus foris ostendunt, rem aliam fide-

renlc de celle de l'Église, el il a mieux aimé suppo- '""»* animis intiis déclarant, foris videntur panis et vi-

ser qu'il combattait des ennemis chimériques, que de l'entendre littéralement. Or ce qui est arrivé à Photius est arrivé apparemment à une infinité d'autres, qui, étant prévenus de la doctrine catholique, et lisant ensuite ce livre de Théodore, n'ont pas osé lui en imputer uik^ autre, et ont mieux aimé se former des nuages pour l'excuser.

Qui s'élonnera donc qu'il en soit arrivé de même à Berlram , dont l'erreur, s'il en a eu quelqu'une, osi infmimenl moins visible, el peut être plus facilement excusée par des explications favorables? Qui ne s'étonnerait au contraire si cela n'était pas arrivé, cl si quelqu'un n'avait emprunté ses expressions sur l'Eucharistie, quoiqu'on les prenant dans le sens de l'Église?

Ainsi messieurs les ministres, et surtout M. Claude, témoignent peu d'équiié el de bonne foi en prétendant lirer de grands avantages de ce que l'on trouve ces termes obscurs de Beriam employés par un ou deux auteurs anglais, par un Elfric, par l'auteur de certains sermons anglais, et par un Vuffllin, que l'on fait évêque de Sarisbery. Je laisse Yufflin , tant parce qu'il ne contient que ce qui est dans les deux autres, que parce que l'auteur de la dissertation précédente sinscrit en faux contre ce passage , qui n'est point aussi cité par Aubcrlin, quoiqu'il n'ail pas accoutume

num ciim in specie, tùni in sapore (remarquez que in specie signifie selon l'apparence, et a rapport au sens de la vue, comme saveur au sens du goût), sunt tamen verè post consecralionem corpus Christi el sanguis ejus per spirituule Sacramentum.

Car ces paroles, par lesquelles M. Claude croirait se pouvoir échapper, n'excluent nullement la réalité, comme il paraît par ce qui est dit plus bas louchant le baptême : Nos modo in hâc unâ creaturâ duas res conspicimus, quâ illajuxta naturam rerum est aqua corruptibilis, et juxta mysterium spirituale virtutem habet salutiferam. Or, selon cet auteur, le baptême a réellement celle vertu, quoiqu'il \'si\l juxta spirituale mysterium. Et par conséquent l'Eucharistie aussi est véritablement et réellement le corps de Jésus-Christ, quoiqu'elle le soit per spirituale Sacramentum. Que veulent donc dire ces paroles? Elles veulent dire que l'Eucharistie n'est pas le corps de Jésus-Christ par sa partie extérieure, mais par ce que le sacrement a d'invisible el de caché. El c'est ce que cet auteur appelle plus bas VÉRITÉ SPIRITUELLE, cu ccs tcrmcs : Illa Eucharistia temporaria est, non œterna, corrupttbi~ lis, erittjue minutatim divisibilis, inter dentés manditur^ et in seccssum mittitur ; veriim tamen erit juxta verilar tvni spiritnalcm Iota in omni parle. El ensuite : iluL'u

PEiU ÉTUITÉ De. l.\ TOI

corpus îltud sacrum recipiunt, erilque lamenjuxla spirituale Sacramcntum in omnî parte tolum ; Ucèt aliquot domines minus ■participent, luiud eril tamen plus virtuiis in majori parte (juàm in minori, quoniam in omnibus erit liominibusjuxla invisibileni virlutem intégra.

Ainsi, selon l'auteur de ces sermons, jtixta Sacramentum spirituaie, juxta veritatem spiritualem, juxta intisibilem virtulem, sonl termes synonymes. Il ne s'agit plus que de savoir ce que c'est que celte vertu spirituelle. Or, c'est ce qui est marqué en termes formels par ces parûtes : Sacramentum hoc est arrlia et typiis, Chrisii corpus veritas est. C'est donc le corps de Jésus- Christ qui est cette vertu invisible, celle vériié spirituelle du sacrement.

Et ce qui prouve manifestement que l'auteur de ces sermons a pris ces paroles en ce sens, sont les miracles qu'il rapporte, après avoir proposé ce qu'il vent prouver par ces miracles, en celte manière : Est quidem, sicut diximus, CItristi corpus, ejusque sangnis non corporaliter, sed spirilualiter. Ne disputetis qui hoc fieri possit, sed qubd ila fiât, vestrà id fide teneatis. C'e^t donc une chose difficile à croire, selon cet auteur, que TEucharislie soit le corps de Jésus-Christ spirilualiter. C'est une chose qui paraît impossible à la raison : ne disputetis qui fieri possit. Or, jamais personne ne s'est avisé de trouver impossible que le pain fût la figure de Jésus-Christ, et que Dieu s'en servît moralement pour nous communiquer ses grâces. Ce n'est donc pas ce que cet auteur entend par élre le corps de Jésus-Christ spirituellement.

Ensuite de cela, l'auteur rapporte deux miracles : l'un tiré de la vie des Pères, l'autre de celle de S. Grégoire, qui est aussi marqué par Jean Diacre, auteur de sa Vie. Ce miracle est qu'une femme que S. Grégoire était prêt de communier, ayant fait paraître qu'elle doutait que le pain consacré fût le corps de Jésus-Christ, S. Grégoire obtint de Dieu que l'Eucharistie lui parût changée en chair ; ce qui la guérit de son incrédulilé.

Il est certain que ce que celte femme ne pouvait croire, était que le paiii qu'elle avait elle-même péiri fût changé réellement au corps de Jésus-Chriht. Et par conséquent l'effet du miracle sur son esprit, étant de lui persuader le contraire de son doute, éiait de lui faire croire que le pain était invisiblement et réellement changé au corps de Jésus-Christ.

Je n'examine pas ici si ces miracles sont vrais ou faux ; s'ils ont été inventés par Paschase, comme M. Claude le dit avec sa témérité ordinaire, ou si Dieu les a fails pour confirmer l'opinion de l'Église soutenue par Paschase. L'unique conséquence que j'en tire est que ceux qui rapportent ces miracles n'avaient pas le doule qu'ils croyaient que Dieu avait confondu par uu miracle; qu'ils n'étaient pas semblables à cette femme, dont Jean Diacre rapporte qu'elle se moquait de ce qu'on disait que le pain qu'elle avait elle-même fait était le corps de Jésus-Christ, et qu'ils croyaient ce que ce miracle, qu'ils supposen* vrai, était capable de persuader à ceux devant qui il aurait élé fait.

TOUCIIANT LEUCiiARISTlE. un

Or, y a-t-il quelqu'un assez endurci pour ne se sentir pas porté à croire la présence réelle si Dieu avait voulu conhmilre son infidélité par un prodige semblable? C'est donc là ce que ce miracle persuade; c'est ce qu'a dû croire Jean Diacre qui le rapporte ; c'est ce qu'a cru l'auieur de ces sermons, qui le rapporte aussi bien que lui.

Cette conséquence est si claire, que M. Claude, quelque hardi qu'il soit, ne l'a pas osé désavouer entièrement. Car voici de quelle manière il en parle. On trouve, dit-il, ce ramas de nouveaux miracles de rinvention de Paschase et de ses sectateurs dans ces sermons catholiques traduits par Elfric. Ce qui marque manifestement l'une de ces deux choses : ou que ces bonnes gens ne prenaient point ces miracles pour des preuves de la transsubstantiation, mais seulement pour des confirmations de la présence mystique et efficace de Jésus- Christ au sacrement, qui se donnait à connaître par ces visions ; ou qu'ils ne savaient guère bien ce qu'ils croyaient de ce mystère, prenant ainsi de toutes mains ce qu'on en disait, Pcmcienne doctrine soutenue par Bertram, et les miracles que semaient les innovateurs.

M. Claude n'est donc pas assuré que ces gens ne crussent pasla transsubstantiation, et qu'ainsi ils n'ex pliquassent en un autre sens que lui les paroles de Bertram. Or quand on voit que M. Claude doule de quelque chose qui lui serait avantageuse, on en doit conclure qu'il faut qu'elle approche extrêmement de l'évidence. C'est pourquoi l'opinion de l'auteur de ces sermons étant établie par ces preuves indubitables, il est facile d'adoucir la dureté de celles qu'ils empruntent de Bertram. Il dit, par exemple (In nolis ad Eccles. Ilisl. Bed., 1. 5, c. 22) : MultUm distat inter corpus illud, in quo Christus passas est, et corpus illud quod in Eucharisliam consecratur. Corpus quideni illud in quo Christus passus est, de carne Mariœ nascebatur, cum sanguine ossibusque, cum pelle nervîsque, in niembris humanis spiritu ralionale animatum : corpus aniem suum spiriluale, quod vocamus Eucharisliam de granis multis absque sanguine et osse, absque membio et anima colligilur. Niliil autem inest praterea intelligendum corporaliter, veriim omne-cst spirilualiter intelligendum. Mais cela se peut réduire à un bon sens. Car, quoique peut-être cet auteur ne se fût pas porté à se servir de ces expressions s'il ne les eût trouvées dans Bertram, il paraît néanmoins qu'il ne distingue l'Eucharislic du corps de Jésus-Christ que par sa partie extérieure, qui en est en effet distinguée; et qu'outre cette partie extérieure il admet une partie intérieure, qu'il dit être veritas spiritualis, et qu'il déclare être le corps de Jésus-Chrisl, Christi corpus est veritas.

C'est dans ce sens qu'il dit qu'outre l'objet sensible il ne faut rien concevoir corporellement dans l'Eucharistie, mais tout spirituellement : Nihil autem inest prœterea intelligendum corporaliter, verùm omne est spirilualiter intelligendum. Or quelle est cette autre chose qu'il faut concevoir être spirituellement dans l'Eucharistie? C'est, selon cet auteur, la vérité du

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