‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 314 sur 335 · INTITULÉ : LE SALUT DES PÉCHEURS · texte numérisé non relu

INTITULÉ : LE SALUT DES PÉCHEURS

De tO préparation à la sainte communion.

Lorsque le divin Moïse, qui avait été honoré de la vue de Dieu même, descendit de la montagne de ISinaï, les Israélites ne purent supporter l'éclat de son visage, qui jetait des rayons comme le soleil; et il fut obligé de le couvrir afin que chacun le pût aborder. C'est ce qu'a praijqué le céleste Moïse Notre- Seigneur Jésus-Christ. Il nous a retirés comme Moïse de la cruelle servitude de l'Egypte, et il a couvert en-' suite sa substance toute divine et toute brillante de lumière, sous ces accidents et ces apparences du pain et du vin, afin que nous ne fussions pas épouvantés de l'immense clarté etde la gloire infinie de sa divinegrandeur. 0 don sans bornes et sans mesure ! ô bienfait ineffable! ô inépuisable source d'une joie qui ne se peut exprimer ! c'est avec raison ô Sion spirituelle, notre véritable mère, que vous vous glorifiez d'un si grand et si admirable présent que le ciel vous fait. Quelle sera donc la magnificence de votre appareil ! qnels seront vos ornements ! Il serait juste que vous bâtissiez de superbes temples, de riches tabernacles, des trônes et d<îs colonnes dorées ; que vous préparassiez des tables d'un prix inestimable; que vous couvrissiez vos murailles de broderies d'or ; que tout fût éclatant de lumières, et que vous fissiez les plus grands et les plus riches préparatifs qu'il soit possible de s'imaginer pour honorer ce saint et adorable mystère. Il n'y a point de magnificence dont il ne soit digne. Mais encore que vous f;\ssiez tout ce que vous pourrez, ce ne sera rien au prix de ce qu'il mérite. Quand vous épuiseriez tout ce que l'art des hommes peut inventer, vous n'augmenteriez de rien la grandeur et le prix infini de ce pain. Il tire son prix et sa grandeur de lui-même, il la communique à toutes choses, et n'en reçoit aucune de ce qui est hors de lui. C'est ce pain qui sanctifie et qui honore les prêtres, les tables et les ciboires. Et qui s'en étonnera , puisque ce mystère contient en soi celui qui a créé tout le monde, et qui est une mer infinie de perfections ? Ce qui fait dire à David : Le Seigneur est grand; il mérite des iouan<jcs infinies, et sa grandeur n'a point de bornes

Puis donc que la grandeur de Dieu est sans mesure, il n'est pas possible que nous augmentions la perfection de ce pain divin. Tout esprit est accablé, tout œil est ébloui de sa majesté; et ce Dieu plein de bonté qui nous l'a donné, nous a fait en cela un présent si grand et si admirable , qu'étant impossible que nous lui en rendions jamais de dignes actions de grâces, il est nécessaire que nous en demeurions ingrats. II serait juste que j'expliquasse ici les effets et les opérations de ce sacré et admirable mystère ; mais ce serait un discours infini et une mer inépuisable, que la petitesse de ce livre ne peut renfermer. Je me contenterai donc de décrire la préparation qu'il y faut apporter, et ce que doit faire celui qui désire de participer à ce pain céleste. Et c'est ce qui est le plus né cessaire, parce qu'il a cela de propre, que la sainteté qu'il communique et les grâces que l'on y reçoit sont proportionnées à la préparation que l'on y apporte. Les causes, selon les philosophes, opèrent selon les dispositions qu'elles rencontrent dans les sujets. Le feu agit autrement sur le bois sec que sur le bois vert. Ainsi Jésus-Christ, qui est dans ce mystère, communique et produit ses grâces dans cewx qui le reçoivent, selon leur disposition et leur préparation. Et comme il donne de grands secours à ceux qui le reçoivent dignement, ainsi il donne la mort à ceux qui y participent avec indignité. Car, commeditS. Jean Damascène, tout ce que le pain terrestre fait sur le corps des hommes, ce pain céleste le fait sur les âmes ; mais avec une efficace beaucoup plus grande. Comme la nourriture corporelle affermit, fortifie, et fait croître les corps qui n'ont point de maladie, mais leur nuit infiniment lorsqu'ils sont malades et pleins de mauvaises humeurs , ce qui fait que les médecins ordonnent aux malades de ne manger point pendant qu'ils sont en cet état ; de même cette nourriture divine produit des effels tout semblables dans le» âmes. Car dans les personnes vertueuses et religieuses qui s'y sont préparées comme il faut par la pénitence et la coni'cssion, elle produit une vie véritable

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el élernclle ; mais dans les péclieurs <;l les impies, elle ne périsse. Car comment ce Dieu plein de bonté

qui n'ont pas la conscience pure, qui n'ont pas f.iit pourrait-il demeurer uni avec un homme plein de ma-

pcnitence et ne sont pas confessés tomme il faut, et lice ; ce Dieu qui est la pureié même, avec un^ àme

qui n'ont pas satisfait à tous leurs autres devoirs, elli; toute corrompue el toute souillée ; ce Dieu iumible,

leur apporte des dommages infinis, elle cause la mort à leurs âmes; elle leur attire les châtiments de Dieu, comme elle a fait au traître Judas et à plusieurs autres. C'est un l'eu qui consume les indignes; et ceuxlà sont du nombre des indignes, qui ne se sont pas purifiés par la sainte confession, ou qui n'ont pas accompli fidèlement ce qui leur a été imposé par le père spirituel.

Mais pour les personnes que l'on doit estimer digues , ce sont celles qui s'y disposent eu la manière que nous allons marquer.

Et premièrement vous devez savoir que pour obtenir celte disposition, les soins et les efforts des hommes et des anges ne suffisent pas, si la grâce de Dieu toiit-puissant ne vous assiste. Et c'est pourquoi vous le devez invoquer avec un ardent désir, et une profonde humilité, afin qu'il soit votre conducteur et votre secours, qu'il purifie la maison où il doit venir faire sa demeure. Nous voyons que lorsqu'un roi sort de la ville royale pour quelque sujet pressant, el que dans le voyage ou doit rencontrer quelque village, il ne souffre pas que ce soient les gens de ce village qui lui préparent le lieu où il doit loger, ou parce qu'il ne les en juge pas dignes , ou parce qu'ils n'ont pas tout ce qui lui est nécessaire ; mais il y envoie ses serviteurs avec tout l'équipage qui est nécessaire à sa personne royale. C'est ce qu'il faut que nous demandions par nos prières à notre commun maître, en le conjurant que puisque par l'excès de sa miséricorde il veut bien entrer dans une maison aussi souillée que la nôtre, il y envoie premièrement les armées et les puissances célestes, afin qu'elles préparent la maison où le Roi céleste doit entrer.

Secondement, il faut que nous ayons la conscience pure de tout péché mortel , selon ce que dit le prophète : Je laverai mes mains entre les innocents ; ce qui nous avertit de nous purifier de nos péchés avant que de nous approcher de l'autel. C'est pour ce sujet que l'Apôtre nous fait de si terribles menaces. Celui, dit-il, qui mange ce pain et qui boit ce calice indignement sera coupable , et le reste de ce qui est écrit dans le onzième chapitre de la première Épîlre aux Corinthiens. Et par ces paroles il nous apprend que ceux qui communient en état de péché sont seiublables aux Jnil's qui ont crucifié Jésus Christ, puisque les uns el les autres pèchent contre le même corps du Sauveur. Quand deux choses contraires se rencontrent, qu'en peut-il arriver sinon que la partie la plus faillie est brisée et écrasée ? Mais quand elles sont semblables, elles s'unissent et deviennent une même chose. Un fer se joint à un autre fer; mais il n'est pas possible de joindre le feu avec l'eau, sans faire périr l'un ou l'autre. Lors donc que par le moyen de ce pain Ihomme est jouit à Dieu, il n'est pas possible que «i.ins celte union Til y a quelque partie corrompue .

avec une âme superbe ; ce Dieu plein de douceur, avec une âme pleine de fiel el d'amertune ; ce Dieu de mi' séricorde, avec une âme iniiumaine et impitoyable ; ce Dieu exempt de tout péché, avec une âme remplie de péchés et digne de toute sorte de châtiments? Il fimt donc qu'il y ail au moins quelque petite ressemblance entre Dieu él celui qui y participe, afin qu'ils puissent se joindre ensemble. Tous les péchés y servent d'empêchement, et sont contraires à ce sacré mystère : mais il y en a deux qui y sont particulièrement opposés, et qu'il faut ainsi que chacun ait soin particulièrement d "éviter : qui sont la haine el l'impurelé.

Quant au premier, ce pain est le mystère de l'union et do la charité; et c'est par son moyen que les fidèles sonl rendus participants d'une même nourriture cl d'un même esprit, et qu'ils sont faits un par la charité. El si cela est , quelle plus grande injustice peuton conimellre que d'aller avec un cœur plein de division et de haine prendre le mystère de l'unité? Qui que vous soyez (|ui voulez apjirocher de celte table , gaidez-vous bien de le faire avant que d'avoir accompli ce que le Seigneur a ordonné , en disant : Lorsque vous offrez voire présent à l'autel, si vous vous souvenez que vous avez donné quelque sujet de scandale à voire frère, laissez-là votre présent et allez premièrement vous réconcilier avec votre frère , et ensuite vous offrirez voire présent , après que vous aurez ainsi satisfait à ceux que vous aurez offenses; el lorS(|ue vous vous serez préparé de celte sorie, allez vous asseoir à celle table céleste. Si vous vous en approchez dans une autre disposition, le maître du festin vous dira : Mon ami , comment êles-vous entré ici sans avoir la robe nuptiale, c'est-àdire la charité qui couvre la muliiluile des péchés? Et ne l'ayant pas, que pourrez-vous ré|)ondre ponr vous excuser.'' Voulez-vous entendre quel sera l'arrèl que le Seigneur prononcera contre vous? Qu'on lui lie, dira-l-il, les pieds et les mains, el quon le jette dans les ténèbres extérieures.

Le second péché opposé parliculièremenl à ce mystère est celui des pensées déshonnêles, et l'impnreté du corps , parce que ce sacré pain contient en soi cette chair toule pure et virginale qui a élé engendrée par Marie toujours vierge cl toujours pure. Ainsi il faut que celui qui désire communier soit pur de corps et d'esprit. Que s'il arrive que durant son sommeil il ait eu quehine image et quelque ressenlimeut des plaisirs du corps , la loi l'oblige de se priver ce jour-là de la sacrée communion , et même du pain bénit el de tout ce qui est consacré parliculièremenl à Dieu. Car si dans la vieille loi une seule illusion obligeait un homme de sortir lout un jour du camp el de l'assemblée du peuple , combien plus est-on obligé de s'abstenir de la parlicipaliou de Dieu même ! Et non seulement il faut s'en abstenir pour les péchés mortels, mais aussi pour de moindres fautes, parce qu'elles refroidisseni

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PlTiPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE.

toujours la clialeur de !a piété , qui est la incilleore préparation pour ce mystère. U est donc utile qu'il s'en abstienne autant qu'il pourra , même pour ces sortes de fautes , aîln de faire croître son désir et sa piété. Mais qu'il se donne bien de garde de manger ce pain céleste sans se confesser s'il se sent coupable d'un péciié mortel. S'il est si misérable que de le faire, qu'il sache qu'il jette un feu et des charbons ardents dans son âme, et qu'il se condamne lui-même avec le traître Judas aux supplices éternels.

C'est ce que doivent craindre ceux qui communient sans se confesser par la crainte de déplaire aux hommes, et pour se conserver la réputation de vertueux; ce qui est particulièrement ordinaire aux femmes qui, ne craignant pas de s'abandonner, ne laissent pas, toutes souillées qu'elles sont , de s'approcher de la sainte communion, afin de ne pas donner de soupçon à leurs maris. Misérables femmes que vous êtes! votre premier crime n'était rien en comparaison de celuici. Yous n'aviez violé qu'un commandement du Seigneur; mais ici vous méprisez et vous crucifiez avec les Juifs le Dieu de toutes les créatures ; et c'est là le plus grand de tous les pécliés. Il vaut donc bien mieux vous en abstenir avec crainte , jusqu'à ce que vous y puissiez participer avec le conseil de votre père spirituel , que non pas que vous receviez de Dieu un jugement de condamnation au lieu de bénédictions et de grâces. Que si vous ne trouvez point de prétexte pour cacher la chose à votre mari, il vaut mieux qu'il vous tue , s'il est assez cruel et assez impitoyable pour le faire, que non pas que vous communiiez indignement. Si vous recevez ici une mort temporelle , vous serez délivrée dans l'autre vie des tourments qui ne finiront jamais.

Mais que dirai-je de ces prêtres exécrables qui ont l'impudence de toucher avec leurs mains souillées ce très-pur et très-sublime Roi de gloire, que les anges n'oseraient regarder en face, et devant qui ils se tiennent les yeux baissés pleins de respect et de Iremblenienl? Quel excès d'effronterie! Comment ne craignezvous point , misérables que vous êtes , que la foudre ne tombe du ciel pour vous consumer? Comment avez-vous la hardiesse , étant indignes comme vous êtes, d'offrir encore cette terrible victime? Vous continuez de sacrifier de peur que le monde ne vous mé-

prise, si vous quittez votre ministère. Mais ne vaudraitil pas mieux que le monde vous méprisât durant ym peu de temps, que d'être éternellement dans .â compagnie des démons ?

Y a-t-il un plus grand péché que celui de mépriser volontairement et de propos délibéré la souveraine majesté de Dieu? Quelques meurtres, quelques adultères, quelques antres crimes que vous ayez commis, vous pouvez en obtenir le pardon par la pénitence , parce qu'ils naissent de la corruption de la chair et de la tentation du démon. Mais pour offrir le sacrifice en cet état , qui est-ce qui vous y force , qui est-ce qui vous y contraint ? Peut-être parce que vous êtes pauvres , et que vous n'avez pas ce qui vous est nécessaire ? Que ne prenez-vous un autre métier pour l'acquérir, et que ne demandez-vous plutôt l'aumône?

Il y a une infinité de prêtres dans le monde qui quittent les fonctions du sacerdoce; et cepend mt personne ne les méprise, au contraire on les regarde avec beaucoup plus de respect que les prêtres qui sacrinent sans piété. Quand un prêtre à qui il est arrivé quelipie malheur, et qui est tombé dans quelque péché , s'abstient du sacerdoce , il n'est point privé de sa dignité ni de la grâce divine ; il conserve le sacerdoce ; il loi est permis de se revêtir d'une étole , il fait presrpie toutes les fonctions de prêtre, il communie quand il veut, mais il s'abstient seulement de sacrifier. Et ce ne sont pas seulement ceux qui ont péché qui s'en retirent, mais aussi plusieurs personnes très-vertueuses, qui craignant le feu dévorant de la divinité, n'osent par respect offrir le sacrifice. Que si ces personnes , quoique dignes , n'ont pas la hardiesse d'offrir ce redoutable sacrifice , comment osez-vous le faire étant impur comme vous êtes , et conmient prenez-vous la liberté de vous présenter devant cette souveraine majesté? Croyez-moi , il est arrivé à plusieurs qui avaient sacrifié en cetétal, de mourir sur-le-champ , et peutêtre que le même su|)plice vous attend , si vous avez l'impudence de continuer dans vos fonctions.

Qui que vous soyez qui lisez ces choses , craignez que le même châtiment ne tombe sur vous : et quand vous demeureriez ici sans punition, vous en recevrez un plus grand châtiment en l'autre vie, si vous ne vous convertissez , et si vous ne pleurez voire péché.

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