‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 36 sur 335 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Suite des exemples des mauvais raisonnements de routeur

de la réponse.

Comme le bon sens ne permet pas qu'on traiie de mépris les raisons qui ne sont pas méprisables , il veut aussi qu'on n'emploie pas sans choix toutes sortes d'autorités et de preuves , et qu'on ne fasse pas valoir comme convaincantes celles qui n'ont pas la moindre apparence, ni la moindre force. Cependant c'est le procédé ordinaire de l'auteur de la réponse dans cette troisième partie, et en voici quelques preuves:

On avait dit, par exemple, que des adversaires prétendus que Blondel et Aubertin opposent à Paschase, il en fallait d'abord retrancher Valfridus Strabo, Flore, Loup, abbé de Perrière, et Christian Drulmar, parce qu'ofl ne voyait rien dans leurs écrits qui donnât lieu à ce jugement. L'auteur n'est pas content de ce retranchement, et prétend s'y opposer. Et moi , dit-il , je rétablis premièrement Valfridus Strabo. Et pourquoi ? Est-ce qu'il parle mal en quelque endroit de Paschase, et qu'il entreprend de le réfuter? Non, c'est, dit-il, qu'il écrit que dans la Cène que Jésus-Christ célébra avec ses disciples , avant qu'il fût livré après la solm

,,, RÉFUTATION DE LA REPONSE D'UN MîMSTPiE. 112

niLi de rwcipnue yàqne , il donna à ses disciples le sa- et au sang de Jésus-Chris! , il reste encore l'apparence

erement ae son corjis cl de son samj en la substance du pain et du vin, cl leur enseiqnn de les célébrer en comvtéinoralion de sa passion. Certes il ne se pouvait rien trouver de plus propre que ces espèces pour signifier l'union du chef avec les membres. Car comme le pain est de plusieurs grains, et est réduit en un seul corps par le ciment de l'eau, et comme le vin est épreint de plusieurs grappes; de même le corps de Jésus-Clirisl se fait de rnnion de la multitude des saints. Par celle manière de r;iisou:ier, il ne sera pas difficile à l'aulenr de trouver bioii des adversaires à Pascliasc , et de lui en opposer autant qu'il y a de callioli(|ues au monde. Car il n'y eu a point qui l'îl difficiillé de dire que Jésus- Clirist donna à ses disciples le sacremeul de son corps et de son sang , en la suhslancc , ou dans la matière d'.i pain et du vin, c'est-à-dire, qu'il clioisit le pain et le vin pour en faire la matière de son sacremenl.

Ilincniar, qm condamne d'erreur ceux qui disent ffue les sacrements de l\iutel ne sont pas le vrai corps et le vrai sang du Seigneur, mais seulement la mémoire de son corps ; et qui assure que le sacrifice du corps et du $:ing du Seigneur étant fait de painet de vin mêlé d'eau, et consacré par la vuix et par les paroles de Jésus- Christ, est fait le vr(;i et le propre corps, et le vrai et propre sang de Nj!re-Seigneur Jésus-Christ , ne laisse pas de dire avec S. Augustin, que pour marquer runion des fidèles, Jésus-Christ nous a donné son corps et son sang en des choses qui de plusieurs sont réduites en un, le pain étant fait de plusieurs grains de blé, et le vin de plusieurs grains de raisin. Léon IX après avoir condamné Bérengcr en deux conciles, écrivant l'an 1053 contre MiclicI CeiuLirius, lippelle simplement le sacrement de l'Eucharistie li commémoration de la passion de Jésus- Christ : lu charissime nobis Autistes Conslanlinopolitane, tiique Léo Acridane, dicimini Apostolicam et Lalinam Ecclesiam ncc auditam, nec couviclam palàm damnasse, pro eo maxime qubd de azymis audeat commemorationem Dominicœ passionis celebrare. Li même Léon IX dit en une autre lettre en parlant des Grecs : Violenter adslruere conunlur fennenlatum panem fuisse, quo Dominus Apostolis suis corporis sui mijsterium in Cœnà commendavit. Que ne diraient point les ministres s'ils trouvaient ces paroles dans imaulre auteur que dans le condamnaleur de Bérengcr ? Et Eugène lY, que l'on ne soupçonnera pas de n'avoir pas cru la Iranssubsijnlialion, et qui renseigne si formellement dans rinslruction aux Arméniens, ne laisse pas de dire dans cette même instruction après Alexandre V, que Ton n'offre dans Toblation qui se fait en la messe que du pain et du vin mêlé d'eau, parce que cela convient pour signifier l'elfel de ce Sacrement, qui «si runion du peuple avec Jésus-Christ.

yue l'auteur apprenne donc que ce n'est là que le langage ordinaire de tous les catholiques, auquel la nature et l'usage les conduit, parce que le pain cl le vin sont la matière du sacrement, que c'est du pain et du vin quo le sacrement csl fait , et que lors même quo le pain et le vin sont réellement changés au corps

de painet devin, et ainsi les espèces en peuvent retenir le nom. Mais comme ces expressions si naturelles ne les empêchent pas de croire le changement véritable du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Clirist, elles ne sont pas aussi des preuves que Valfridnsne l'ail pascru; et en effet il en parle dans le même livre en ces termes si précis que nous avons rappariés dans le premier iraité : Puisque le Fils de Dieu nous assure que sa chair est vraiment viande , et son sang vraiment breuvage, il faut entendre que ces mystères de notre rédemption^c est-à-dire, l'Eucharistie, sont véritablement le corps et le sang du Seigneur , et croire en même temps qu''ils sont des gages de runion parfaite que nous avons déjà en espérance avec notre chef ^ et que nous aurons quelque jour actuellement avec lui. Mais voyons si l'auteur sera plus heureux sur le sujet de Flore.

S condemcnt, dit-il, je remets Flore pour les mêmes raisons qui l'ont fait casser. L'oblation, à\l-i\, quoique prise des simples fruits de la terre, est faite non pas pour les fidèles, comme tourne fauteur, mais aux fidèles, le corps et le sang du Fils unique de Dieu, par la vertu ineU'able de la bénédiction divine. Car qui ne voit que ces mots, aux fidcles, sont ruineux à la transsubstantiation. Il serait bon de parler un peu moins lièrement quand on n'a que des choses si faibles à dire. Tout le monde sait que les catéchumènes n'étaient pas admis à la parlicipalion de l'Eucharislie, et (]ue c'était pour celle raison qu'on divisait la messe en plusieurs parties, dont la première s'appelait la messe des Caléthumcnes. Qui peut donc trouver étrange que Floie dise que le pain est fait aux fidèles, ou pour les fidèles (car cela est fort indifférent) le corps et le sang de Jésus- Christ; puisqu'il n'y avait que les fidèles qui y participassent, et qu'il notait donné qu'aux fidèles? Qu'y al-il en cela de ruineux à la transsubstantiation ? et qu'y a-t il au contraire dans ces paroles qui n'éiablisse la transsubstantiation? puisque le pain ne peut être foit le corps de Jésus-Christ qu'en cessant d'èlre pain, ce qu'on appelle TranssubslanUalion , et que celle vertu ineffable de la bénédiction divine, à laquelle Flore rapporle cet effet, marque une opération réelle et véritable, et non un simple changement de signification et de figure, pour lequel il n'est besoin d'aucune vertu, et beaucoup moins d'une venu ineffable.

Pour Loup, abbé de Perrière, l'auteur ne rapporte rien autre chose pour le rendre adversaire de Pascliase, sinon qu'il a loué îléribald, d'où il conclut qu'il ne doit pas èlre banni de la société des autres. Mais il devait se souvenir cju'Aubcrlindoniil lire celle preuve, remarque lui-même un peu auparavant (jue llincmar a loué aussi Iléribald après .sa mort; cl cependant il traite llincmar de novaleur, et reconnaît qu'il enseigne la doclrine de la présence réelle, et qu'il condamne dans Jean Érigène rup:nion de ceux qui disent que les sacrements de l'autel ne sont pas rai corps et le vrai sang du Seigneur, mais seule-

le V!

PART. m. CHÂP. II.

ment la mémoire du corps et du sang, comme une nouveauté contraire à la foi de l'Église catholique, ainsi que nous avons vu ci-dessus.

Qu'il comprenne donc par cet exemple ce que le bon sens lui devait avoir suggéré, que Ton ne doit pas conclure que ceux qui ont donné des louanges aux personnes, aient approuvé tous les senliments et tous les écrits de ceux à qui ils ont donné ces louages; parce qu'il se peut taire qu'ils ne les aient pas connus, ou qu'ils n'y aient pas fait attention. C'est ce que le pape Pelage H remarque touchant les louanges qui ont été données à Origène par plusieurs Pères, et ce que l'on peut répondre aux éloges que Théodore de Mopsiieste a reçus des plus grands hommes de son temps.

Il n'en est pas de même quand un auteur approuve en particulier quelque écrit d'un autre. Car celle approbation donne lieu de croire qu'il en approuve les sentiments , à moins qu'il ne paraisse par d'aulres preuves qu'il l'ait expliqué en un bon sens , comme il paraît que Tritème a pris l'écrit de Beriram en un sens catiiolique par les louanges qu'il donne aux livres de Lanfranc et de Guilmond, qui sont formellement et elairement opposés au mauvais sens que l'on pourrait prendre dans Bertram.

L'auteur rétablit ensuite Christian Drutmar sur un passage qu'il en rapporte en ces termes : Le Seigneur a donné à ses disciples le sacrement de son corps et de son sang, pour In rémission des péchés et pour l'cnlretien de la charité. Cela ne contient encore rien de favorable pour lui, et tous les catholiques parlent de la sorte. Il ajoute : Afin que conservant le souvenir de celte action, ils fissent toujours en figure ce qu'il devait accomplir pour eux. Tout le monde sait que l'Eucliarislie est la figure et la représentation de la passion : ainsi cela est vrai à la lettre dans le sentiment des catholiques; mais néanmoins la traduction n'est pas juste, car il y a dans le latin : Vt mcmores illius facti semper hoc in figura faccrent, quœ pro cis erat aclurus non oblivisccrentur. Ce qui est visiblement corrompu et défectueux. Et c'est pourquoi l'auteur en a éclipsé ces paroles, non obliviscerenlur, qui ne paraissent pas dans sa traduction : de sorte qu'il est bien étrange qu'il prétende tirer avantage d'un lieu corrompu , et qui , tout corrompu qu'il est , ne dit rien qui le favorise.

11 rapporte ensuite ces paroles qui n'ont point de liaison avec ce qui précède : Ceci est mon corp$ , c'està-dire, en ce Sacrement. En quoi il léinoignc très peu de sincérité; car il ne peut pas ignorer que Sixte de Sienne, le cardinal du Perron après lui, et plusieurs autres, n'aient accusé les prolestants d'avoir corrompu cet endroit de Drulmar, l'exemplaire manuscrit qui s'en trouve dans la biblioihèque des cordclicrs de Lyon portant expressément ces paroles : Hoc est corpus nieum , hoc est in Sacramento verè snbsistens. Je sais qu'Auberlin lâche de rejeter ce soupçon, en disant que peut être Sixte de Sienne a menli. Mais lorsqu'un honmie elle \m mainiscrit qu'il est permis à tout le

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