‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 39 sur 335 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Examen de ce que l'auteur dit louchant le conciliabule

des iconoclastes et le second concile de Nicée.

Ces exemples que je viens de rapporter ne sont qug

<k. les rapporter ici, afin que tout le monde puisse ju- pour donner une idée générale du peu de justesse ié

121 PART. HI. OHAP. IV. EXAMEN TOUCHANT LE CONCILIABULE DES ICONOCLASTES, etc 122

l'auteur dans les raisonnncments et dans les preuves qu'il emploie en celte 111' partie. Mais pour le satisfaire pleinement, il est nécessaire d'examiner en particulier les points principaux qu'il entreprend de traiter , et dans lesquels il s'imagine avoir réfuté i'c*. rit de rEucli.iristie , qui t'ait le sujet de ce différend. On Ic-s peut réduire à ciuiilre, dont le premier consiste en ce qu'il dit louch nt le conciliabule des iconoclastes el le concile de Nicée en Bilhynie ; le 2' en c<! qu'il dit du livre de Ratramnus ou Bertram ; le 3' en ce qu'il avance toucliani le X' siècle; et le 4* en ce qu'il dit touchant l'opipion des Grecs modernes et des autres communions séparées de l'Église depuis un long temps.

Je commence par le concile de Conslantinople contre les images, et celui de Nicée en Bilhynie pour les i nages, en laissant ce qui regarde Anas^lase Sinaite et saint Jean Damasccne, dont l'auteur parle auparavant, parce qu'il n'a pas seulement songé à répondre à ce qu'on en avait dit dans le premier tr;iilé , el qu'il s'est contenté de répéter ce que l'on croyait y avoir suf.isamment réfuté. Mais pour le concile de Constaniinopleel le second de Nicée, il prétend en tirer de grands avantages. 11 relève extraordinairement le premier, el il condamne très-aigrement le second. II dit de celui de Constaiitinople , que c'était trois cent trente- huit évoques, c'est-à-dire, la plus pure et la plus éclatante partie de CÉglise, et un plus grand nombre qu'il n'y en eut au concile de Nicée; qu'il s'explique si clairement en faveur de la doctrine de Calvin, que Calvin même ne pourrait rien dire de plus formel ; que c'est par hasard el par rencontre qu'ils parlent de l'Eucharistie , circonstance que l'auteur trouve tort considérable. Et quant ai ir concile de Nicée, il soutient qu'on ne le peut excuser d'imprudence, d'aveuglement el de passion. Mais ce qu'il y a de remarquable est que, quoiqu'il donne toutes les louanges qu'il peut à ce conciliabule de Cunstantinople , en dissimulant tous les justes reproches qu'on peut faire contre , c<m)me qu'il n'y avait aucun des patriarches qui y assistai, et ([u'il éiail visiblement dominé par un empereur passionné et violent ; et quoiqu'il cache tout ce qu'on peut dire à l'avantage du 11' concile de Nicée, où lous les patriarches a^Mstaienl, où le Pape présidait par ses légals, et qui se tenait sous l'aulorité d'un empereur équitable et modéré ; il demeure néanmoins d'accord que bien que les expressions de ces deux conciles sur l'Eucharistie soient difi'érentes , ils éhiiei.t dans les mêmes sentiments en ce qui regarde le fond, comme il paraît en ce que le concile de Nicée , reprenant les expressions des iconoclastes , leur rend néanmoins témoignage qu'après avoir mal parlé, ils revenaient dans la suite à la vérité. El en effet, il est entièrement hors d'apparence que dans l'espace de trente ans qui se sont pas"^és entre ces doux conciles , toute l'Église d'Orient eût changé de foi sur la matière de l'Eucharistie , san<i que personne se fût aperçu de ce ciiangement,nique l'on eût vu naiire aucime contestalion sur ce point, en même temps que l'oii excitait

tant de trouble sur la dispute des images , qui était inliniment plus légère.

Il faut donc supposer comme un principe constant, que ces deux conciles n'ont eu qu'une même doctrine dans le fond sur le sujet de l'Eucharistie, c'est-à-dire, ou qu'ils ont cru tous deux la présence réelle , ou qu'ils ont cru tous dmix l'abseniie réelle. Il s'agit sei'lcmcnt de savoir laquelle des deux créances on leur doit atlribuer à lous deux également. Les calvinistes tirent h eux le concile des iconoclastes, el par ce concile ils prétendent expliquer celui deNu'ée. Les catholiques soutiennent au contraire que le H'" concile de Nicée est clairement pour eux, et que l'on s'en doit servir pour cx|>liquer celui des iconoclastes. C'est le sujet de ce diflérend, dans lequel je ne vois pas qu'un honnne de bon sens juiisse raisonnablement hésiter touchant le parti auquel la véi ilé l'oblige de se ranger. C'est ce qui paraîtra par les considérations suivantes.

1° Le concile des iconoclastes ne parle de l'Eucharistie que jiar rencontre et pour un autre dessein ; c'est-à-dire, qu'il n"a pas eu pour but de diro tout ce que l'on doit croire de l'Eucharistie , mais d'en tirer seulement un argument contre les images. Et quand on ne parle des mystères qu'en celte manière, chacun sait que l'on n'est obligé d'en dire que ce qui sert au sujet que l'on traite. Or l'Eucharistie ayant deux qualités selon la doctrine des catholiques : l'une qu'elle est l'image de Jésus-Christ selon sa partie exiérieure el sensible et moins principale ; l'autre qu'elle est Jésus-Christ même dans sa partie priiicipale, mais invisible; il est certain qu'il n'y avait que la première qualité d'image qui favorisât , non en vérité , mais en apparence , la prétention des iconoclasles, et qui leur donnât sujet de dire comme ils faisaienl , que Jésus- Christ n'avait point choisi d'autre image sous le ciel que celle du pain et du vin pour exprimer son incarnation, d'oii ils concluaieat que toutes les autres étaient dlicites. Il n'y aurait donc pas sujet de s'étonner quand ils n'auraient point parlé de la seconde, qin est d'êlre véritablement le corps même de Jésus-Christ , puisqu'elle ne servait de rien à leur dessein. Cependant ilSi n'ont pas laissé de le faire, et ils nous disent expressément dans ce lieu même que les calvinistes citent , que Jésus- Christ avait voulu que le pain de l'Eucharistie, étant la véritable image de sa chair naturelle , fût fait son divin corps par l'avènement du Saint-Esprit. Il n'ea est pas de même de cet écrit contre les iconoclastes;, qui fut lu dans la 6' session du 11' concile de Nicée;. on y reprend une expression défectueuse touchant l'Eucharistie, on la condamne dans un mauvais sens.. On était donc Obligé de parler ptécisément el exacle->^ ment. Car jamais on ne s'éio gne davantage des mé-^ taphores, nue I.trstpi'on condanme Icsaulresde s'ôire servis de lermes impropres el peu exacts. Et c'est dai.s-, cet esprit de sinipliciié éloigné de figures el de métaphores qu'il est dit dans cet écrit, que les dons sont appelés types avant que d'être sanctifiés : mais qu après, la consécration ils sont appelés, ils sont en effet , et sont irua proprement le corps et le sang de Jéms Christ t

KÉFUTATION DE LA RÉPONSE D'UN MINISTRE. 124

des imayes avaient apporté pour les Dieu a choisi une image principale, savoir h substance

qiùmisi CCS cnncmts actruire l'exemple d'une image qui n'était point image, mais corps cl sang. II n'est pas question si le diacre Épiplmnc cl les évcqucs de ce II' concile de Nicée , de aiit qui il parlait , avaient raison en ce qu'ils prélendaienl que les dons n'avaient jamais été appelés (y)h;S ou antilypes qti'avanl la consécration ; c'est une 'uestion de fait, dans laquelle ils ont pu se tromper

du pain, et qu'il a commandé de l'offrir. Cela est encore vrai , tant parce qu'on offre les dons avant qu'on les consacre, que parce que lors même qu'ils sont consacrés , ils retiennent avec raison le nom de la chose dont ils confcrvenl la figure cl la ressemblance. Le premier auteur qui s'est servi du mot de transsubstantiation, savoir Elier.ne, évêque d'Aulun , dans le

l'Eucharistie oblalion de pam et de vui : Oblatio, dit-

sur le sens populaire du mot image qui exclut la vérité : ^^^ qui leur faisait faire ce raisonnement : Si imago corporis est, non potest esse hoc divinum corpus. Mais il s'agit decc qu'ils ont cru de l'Eucharistie. Or il faut renoncer à la raison pour douter qu'ils n'aient cru ce qu'ils )i«us disent si expressément, que l'Eucharistie n'est p.is l'image de JésuS'Chrisl , mais son propre corps : en (|iie ron ne iieul prendre en aucune soite , qu'au sens (jue les callioliiiues le prennent.

2° Car il faut rcmanjucr que le langage des hommes souffre bien que l'on détruise et que Von nie l'expression figurée, pour affirmer l'expression simple ; mais que c'est une extravagance sans exoniplo de nier l'ex- ])ression simple jiour al'lirmcr l'expression (igurée. Tar exemple, dautant que la pierre du désert n'était Jésus-Christ que par métaphore et par signidcation, et que toutes ces autres expressions sont aussi méiaphori([ues, les sept vaches sont les sept années , le sang est l'alliance, l'agneau paschaléiail Jésus-Christ; on peut bien

il , pajiis et vini fi-anssubslantiatur in corpus et sanguincm Chrisii. Il est donc certain que ce n'est en rieii favoriser les sacramentaires.que de dire simplement, comme font ces évcques, que Jésus-Christ a commandé qu'on offrît le pain et le vin , image de sa chair ;. et ([u'il reste à savoir s'ils n'ont point cru que cette substance du pain et du vin, cette image de la chair naturelle, fût changée en son corps et en son sang. C'est en quoi consiste la question , et ces évoques la décident, en reconnaissant, comme ils font plus bas, que Dieu a voulu que le pain de l'Eucharistie, éiavJ Cimage, de sa chair'nalurelle, devînt le corps, étant sanctifié par l'avcnemenldu S.-Esprit. Et ceux même qui les combattent avouent qu'ils l'ont décidée en celle manière, cl qu'ils ont reconnu (|ue le pain était le corps mc:\!e de Jésus-Clirisl. Ainsi le sens que les catholiques donnent à ce concile des iconoclastes est conforme à leurs propres paroles. El il est de plus ap^

jire,Ia pierre n'était pas Jésus-Christ, mais elle en était puyé du témoignage de celui même qui les a conahatl'iinage ; les vaches n'étaient pas des aimées, mais elles tus dans le II* concile de Nicée.

êignifiaient des années ; le sang n'était pas l'alliance proprement, mais il était la marque de l'alliance; l'agneau paschal n'était pas Jésus-Christ immolé, mais il en élail la figure. Mais il n'est jamais venu dans l'esprit de personne de s'exprimer de la sorte : La pierre ne Venir dans l'esprit d'aucun homme raisonnable. L'é-

4° Mais ouire que le sens que les calvinistes sont obligés de donner aux paroles du 11^ concile de Nicée, n'est tiré que de leur fantaisie , il est de plus si contraire au sens commun , qu'il est étrange qu'il ait pu

signifiait pas Jésus-Christ, mais elle était Jésus-Christ ; les vaches ne signifiaient pas des années, mais elles étaient des années; le sang n'élail pas une marque d'alliance, mais c'était l'alliance même; l'agneau paschal n'était pas la figure de Jésus-Christ immolé sur la croix , mais c'était Jésus-Christ même immolé sur la croix. Il n'y a donc point d'apparence que celui qui composa ce traité ait cru d'une part, que le pain et le vin ne fussent que la figure et la représentaiion du corps de Jésus-Christ, et non le corps même de Jésus- Christ; et que de l'autre, pour signifier cette créance, il ait dit que le pain et le vin n'étaient pas l'image de Jésus-Christ, mais qu'ils étaient proprement le corps et le sang (le Jésus-Christ. Pour parler de celle sorte, il faudrait avoir entièrement perdu le sens.

3' Il n'y a rien dans le discours des iconoclastes qui nQ soit vrai à la lettre selon l'opinion des catholiques ; et tout ce qu'on y peut blâmer, est qu'il est suscepti-

cril lu dans la G* aeiion de ce concile nous assure que le pain n'est pas l'image du corps de Jésus-ChrisI , mais qu'il est appelé , qu'il est en effet , et qu'il est cru proprement le corps même de Jésus-Christ , et que c'est à torl qu'on l'appelle image , puisque c'est la chair et le sang de Jésus-Christ. Cela veut dire, dit l'auteur de la réponse, que ce n'est pas une image vide, puisque l'âme en la prenant s'unit à Jésus-Christ comme à sou objet , et Jésus-Christ s'unit à l'âme en agissant sur elle. Mais en quelle langue a-t-il trouvé que ces mots, ce n'est pas une image , s'gnilienl ce n'est pas une image vide? Où a-t-il trouvé que cqux-c], que le pain est appelé, est en effet, et estera le corps de Jésus-Christ, signifient que l'on pense à Jésus-Christ en prenant le pain , et que Jésus-Christ agit sur ceux qui le prennent? Est ce en celle manière que l'on exprime cette per.sée? Cependant ces messieurs les prétendus réformés trouvent ces explications fort raisonnables, et l'on blc d'un n anvais sens selon rinlelligence populaire ne s'en doit pas étonner. Ils se les redisent perpéiuel-

du mot image, lequel néanmoins ces évcques témoignent qu'ils n'ont point eu. Ils appellent l'Eucharistie image, et cela est vrai dans le sens naturel de ce mol, puistpic, comme dit Paschase , ce mystère est vérité , l'i ne laisse pas d'être figure. Ils disent que

lenient à eux-môuies, et à force de les rebatt^e ils deviennent incapables d'eu reconnaître Tabsurdilé. C'est l'ordinaire de l'espiii humain de perdre ainsi par l'accoulumancc le discernement du vrai et da laux. Ils ont toujours dans l'esiuit ces sol Mions, d«î.

125 PART. ill. CHAP. IV. EXAMEN TOUCHANT corps symbolique, corps typique, présence de vérin, présence de signilicaiion , présence d'objet. Ils se les rendent familières, et s'imaginent ensuite qu'elles ont pu ê!re aussi familières aux Pères qu'à eux. Mais ils devraient considérer que les Pères n'étaient pas dans la même condition qu'eux. Us n'étaient point attachés à ces termes. Us n'avaient point dessein d'allier les expressions anciennes avec leurs opinions présentes. Ils ne songeaient qu'à se faire entendre. Or il est absolument contre le sens commi/n qu'un homme, pour faire entendre celte pensée, que l'Eucharistie n'est pas une image de Jésus-Christ inutile et sans effet, mais que ceux qui la prennent eu songeant à Jésus-Christ s'unissent à lui comme à leur objet, et que Jésus-Christ s-unil aussi à eux en agissait sur leurs âmes , choisisse ces termes : Le pain consacré n'est pas l'image du corps de Jésiis-Cltrist , Diais il est appelé, il est en effet, et il est cru proprement son corps.

5" Que si les paroles de col écrit lu dans la 6" action du II' concile de Nicée sont absolument ridicules dans le sens (|ue les calvinistes y donnent, les raisonnenienls de ce même écrit ne le sont pas moins.

On y réfute les iconoclastes qui avaient appelé l'Eupharistie image par cet argument. L'image n'est pas la ciiose même dont elle est image. Or le pain consacré est le corps même de Jésus-Christ. Donc il n'en est pas l'nnage: Si imago corporis est, non potest esse hoc divinuni corpus. Nicéphore, patriarche de Conslantuiople, écrivant quelque temps après contre les iconoclastes, emprunte du 11* concile de Nicée ce même raisonnement : Quomodb , dit-il, idem dicitur corpus Cliristi , et imago Cliristi? quod enim est alicujus iniajjf, hoc corpus ejus esse non potest. Sur quoi il faut remarquer que les calvinistes emploient contre les calholiques le même principe que les évêques de Nicée cl Nicéphore emploient contre les iconoclastes; mais qu'en y joignant de différentes mineures, ils en tirent des conclusions toutes différentes. Les évê([ues du concile de Nicée forment cet argument : L'image ii'esl pas la chose même dont elle est image; or l'Eucliaristieesl le corps même de Jésus-Christ; donc elle n'en est pas l'image. Et les calvinistes forment celuici : L'image n'est pas la chose même dont elle est image ; or l'Eucharistie esl l'image du corps de Jésus- Clirisl, donc elle n'est pas le corps même de Jésus- Christ. Les calvinistes prétendent que les évêques du concile de Nicée se trompaient dans leur raisonnement, et nous prétendons qu'ils se tromjienl dans ie leur. Mais c'est une équité que Fon doit garder en accusant les hommes d'erreur, que de ne leur imputer que des erreurs humaines , et qui sont voilées de quelque sorte d'apparence, et de ne leur en pas imputerqui soient entièrement folles et extravagantes. Celle équité est fondée sur ce principe Irès-vérilable t't Irès-néccssaire pour l'intelligence du langage humain , que les hommes sont capables de s'éblouir, et di; se surprendre par ime fausse apparence, parce ou'ils sont hommes; mais-- ([u'ils ne sont pas capnblos

LE CONCILIABULE DES ICONOCLASTES, Ere 128

de se tromper sans apparence et sans raison, et d'approuver des choses notoirement fausses, parce qu'ils ne sont pas fous. Nous prati(]uons cette équité envers les caivinisles. Nuus leur disons qu'ils se trompent, mais qu'ils se trompent en hommes. Le principe dont ils se servent , que l'image n'est pas la chose même dont elle esl image , est faux dans le sens nalurel du mol image qui ne signitie que représentation. Car une chose se peut représenter soi-même dans un autre état, con)me le visage esl l'image de l'âme : la colombe, et les langues de feu représentaient le S.-Espril, cl le contenaient. Mais il est vrai dans le sens populaire de ce mot- Car on n'appelle pas ordinairement image ce qui esl la chose même, el l'on conclut populairement: C'est son image, donc ce n'est pas lui même. Voilà l'apparence qui les trompe. Mais les calvinistes ne traitent pas de même le concile IV de Nicée, el tous les auteurs qui se sont servis du même raisonnement , en les expliquant comme ils fonl. Us leur imputent une erreur, mais une erreur qui n'est pas humaine, el qui esl entièrement insensée. Et pour le faire voir, examinons un peu le raisonnenicnl des évêques de Nicée, SiJon le sens des calvinistes. Leur principe est : L'image nesi pas la chose même dont elle est image. El ce principe ne saurait entrer dans la tête de qui que ce soit, à moins qu'on l'explique au moins en ce sens : Limage n'est pas réellement lu chose même dont elle est image. Car il est ridicule en celui-ci : L'image nest pas figurntivemcnt , ou virtuellement la chose dont elle est ima^ ge; puisqu'il est au contraire de la nature de l'image d'être figurativement la chose dont elle est image, et qu'il est clair qu'il ne répugne point à la nature de l'image, de contenir la vertu de la chose, comme i. ne répugne point à l'eau du baptême de contenir la vertu du S.-Espril. Elle en esl au contraire plus véritablement image.

Il faut donc au moins qu'on suppose que ces évêques ont pris ce principe au premier sens , et qu'ils ont voulu dire que l'image n'est pasréellement la chost dont elle est image. Voilà leur majeure; et leur mineure est : Le pain consacré est le corps de Jésus-Christ dont ils tirent cette conclusion : Qu'il n'est donc pai l'image du corps de Jésus-Christ, comme les iconoclastes l'appelaient. Qu'on explique maintenant celle mineure au sens des caivinisles : Le pain consacré est le corps de Jésus-Christ figuraiivemenl et virtuelle ment, et l'on verra (|u'on en fera le plus impertinent raisonnement (pii ail jamais été fait. Car le raisonnement entier et développé consistera dans ces trois propositions : L'image n'est pas réellement le corps même dont elle est image ; or le pain consacré est figurativement et virtuellement le corps de Jésus-Christ, donc il n'est pas image de Jésus-Christ.

Il est donc certain qu'on ne peut expliquer raisonnablement l'argument de ces évêques qu'en l'entendant au sens des catholiques, et en substituant dans la mineure le même terme qui est clairement sous-entendu dans la .majeure, en celle manière : L'image n'ai jiaâ

réellement le corps même dont elle est imnge; or le pain consacré est réellement le corps de Jésus-Chiist ; donc il n'est yis l'image du corps de Jcsiis-Clirist. Cet argiiinciil iiris en celle maiiièic ne laisse pas (rêtrc c!éleriiiotix , parce que la majeure ii'csl pas véritable altsoliimeiit el en Ions sens; mais il est apparent, et c'est une erreur linniaiiie (]\\e de s'y laisser surprendre. An lieu quélanl expliqué an sens des ealvinistes, il eslciiiièreinciil cMnvaganl. Ainsi, connue tontes les preuves qne Ton lire de rauiorilé des hommes ne sont appuyées qne sur ce principe, qu'ils ne sont pas fous, comiiie nous l'avons dit ailleurs, il ne leur a pas élé permis d'expli'iuer les paroles d'un écrit lu avec approi)alio!i dans un concile en une manière selon laquelle il faudrait raccuscr, non d'erreur, mais de folie. Mais celle expression , que le pain consacré n'est pas l'inirigc du corps de Jé>ns-Clirist, ne justifie pas 8'^ulenient que l'aiilc ir de celle réfutation du concile de? iconoclastes, qui fui lue dans la sixième session du 11' concile de Nicée, élait dans la foi de la présence réelle; elle ne montre pas aussi seul menl que tous les Pores de ce conrile devant qui on la lisait éiaionl dans la môiuc foi; mais elle l'ait voir que c'était la créar.ce comn.une et universelle de toute l'Église de ce lem|)S-là, tant en Orient qu'en Occident. Car il faut remarquer qu'ils n'étaient pas inventeurs d(î cette expiessiim ; elle se li onve expressément dans Anastase Sinaïle, dans S. Jean de Damas, et dans le concile de Francfort, qui ne l'avait pas empruntée dîs Grecs. Et de là on doit conclure nécessairement que ce n'était point une chose ordinaire dans l'Église d'appeler le pain de rEucliaristie image et figure de Jésus-Christ, puisque celte expression scandalisa tout un concile , et qu'elle fut combattue en Orient et en Occident. Or il est contre toule sorte d'appare<ice qu'une expression très-commune dans l'Église eût scandalisé de cette sorte tons les évoques du monde. Il se peut bien faire que les iconoclastes, la trouvant autorisée parquebpies anciens Pères, s'en soient servis pîirco nn'elle éiait favorable à leur dessein. Il se peut fairi' aussi que les évêqnes du II' concile de Nicée el ceux de Francfort, en ne faisant pas attention aux pa<sagesdes Pères qui l'autorisent, l'aient reprise à cause du mauvais sens qu'elle présente d'abord. Mais il !ie se peut faire en aucune sorte qu'ils eussent rejnis celte expression, si elle eût élé conminne dans le langage ordinaire dont on parlait alors dans l'Église, parce que ce langage ne leur pouvait être inconnu. Or de cela seul que ce n'élait i)as la coutume des fidèli s de ce lemi)s-là de considérer le pain et le vin comme les figures du corps et du sang de Jésus- Clirisl, il s'ensuit qu'ils onl cru la présence réelle, ))uisqu'ils ne pouvaient pas détourner toutes les expressions qui la signifient nalurellenienl à ces sens mélaphori(]nes d'images et de figiues de Jésus-Christ. On leur disait sans cesse que rKucharislic élait le corps de Jésns-Chrisi; on ne leur disait point qu'elle en fr^i l'image et la figure , puisqu'ils ne pouvaient s.ufiVir cos expressions en ce siècle. Us no pou-

RÉFUTATION DE LA RÉPONSE D'UN MINISTRE

valent donc comprendre autre chose , sinon qu'elle élait véritablement et réellement le corps même de Jésus-Christ, étant impossible qu'ils aient pu résister à rimpression si puissante de tant de termes qui forment l'idée d'une présence réelle, sans celle solution, qui est presque l'unique qu'Auberlin et 'es autres ministres apportent pour s'en défendre.

On ne peut donc nier raisonnablement que tonte l'Église ne fût, au temps de ce concile, dans la foi de la présence réelle , et qu'ainsi , comme les ministres avouent qu'il ne s'élait point encore fait de ciiangement dans la substance de la foi, on ne doive conclure que celle mêiiie doctrine de la présence réelle est celle de toute l'antiquité.

Au reste, encore qu'il soit vrai que cotte expression , que le pain consacré est l'image du corps de Jcsus-Chrisi, se trouve autorisée par quelques anciens Pères, on nedoit pas néanmoins trouver étrange qu'elle se soit abolie, parce que l'usage n'en a jamais élé fréqiieni, el (ju'il est très-facile el très-naturel que le peuple, étant maître du langage, ait banni une façon de parler qui formait un faux sens selon le sens populaire, qui est celui qui se présente d'abord.

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