‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 41 sur 335 · PART. III. CIIAP. VI. ÉTAT DE L'ÉGLISE D'ALLEMAGNE AU X' SIÈCLE · texte numérisé non relu

PART. III. CIIAP. VI. ÉTAT DE L'ÉGLISE D'ALLEMAGNE AU X' SIÈCLE

l'eiifet feront la dilTérencc de ceux qui auront fait un bon ou mauvais clioix. Ce n'est pas ici, comme dit Guilmond, l. 3, une dispute oit l'avantage et le désavantage soient de peu de conséquence. On ne combat pas pour la victoire comme dans les écoles, ou pour quelcjne bien temporel, comme dans les jugements. Mais c'est vue dispute qui a Dieu pour juge, et oii il s'agit de la vie éternelle et du royaume du ciel ; parce que la mort étei'nelle sera la peine de ceux qui auront soutenu la fausseté, et la vie éternelle sera la couronne des défenseurs de la vérité : t Falsam enim partent sempiterna mors i dévorât, veram autem vita œlerna coronat. >

CIIAPITtlE Yl.

Où Von montre que les reproches que les minisires font contre le X' siècle sont injustes, par l'examen de l'é-

pnr conséquent vécu 15 ans, les autres 25, les aulres 35, et les autres 45 ans dans le X" siècle. Et toutes ces personnes pouvaient rendre témoignage de ce qui s'était fait durant les cinquante dernières années de ce siècle, ou pour l'avoir vu eusmènies, ou pour avoir vu dos personnes qui avaient vécu pendant tout ce siècle. Enlin on aurait pu repousser en peu de paroles tous ces reproclies qu'il fait contre le X" siècle, en les tournant contre luimême, et en lui montrant que quand ils seraient véritables, il en devait tirer une conséquence toute contraire à celle qu' il tire. Car au lieu qu'il conclut de ce qu'il y a eu peu d'écrivains dans le X* siècle, qu'il s'y est pu faire un changement insensible dans la créance de l'Eucharistie, il aurait raisonné plus juste-

tat de l'Église en Allemagne et dans le septentrion ment s'il avait conclu , qu'il ne s'est pu faire dans ce

durant ce siècle.

C'est une chose si hors d'apparence en elle-même qu'il se soit fait au X' siècle un changt ment insensible et universel dans la créance de l'Eut harisiie, qu'on aurait sujet de mépriser les reproches vagues dont l'auteur de la réponse charge ce siècle," qu'il représente en l'air comme rempli de ténèbres, d'ignorance et de superstition , pour rendre par là croyable celte innovation prétendue que les ministres y placent sans preuve et sans fondement, parce qu'ils ne la peuvent placer en un autre temps.

Il suffirait de lui représenter que le siècle de Bérenger étant si peu éloigné du IX" siècle, qu'il ne faut qu'une génération pour les joindre, ceux qui ont instruit les fidèles du temps de Bérenger ayant pu être instruits par ceux qui avaient vécu une partie de leur vie dans le IX siècle, c'est la plus grande de toutes les extravagances que de se persuader que la mémoire d'un aussi étrange événement que le serait un changement universel de créance sur le point le plus connu de la religion chrétienne, ait pu dans si peu de temps s'abolir de l'esprit do tons les hommes.

On se pourrait encore conlenler de lui dire que ce changement ne se peut placer dans les premières cinquante années de ce siècle , puisqu'il est incroy:ible que les fidèles de toute la terre, ayant été inslriiiis dans la créance distincte de l'absence réelle, aient embrassé une opinion toute contraire en condamnant leurs premiers sentiments , ' sans que ce changement ait fait aucun bruit, et encore moins dans les dernières cinquante années, puisque plusieurs ayant passé une partie de leur vie dans le X' et dans le Xl% il y aurait eu encore du temps de Bérenger une infinité de témoins de ce changement; de sorte que bien loin que l'on eût pu lui reprocher, comme on a fait, la nouveauté de son opinion , il n'aurait jamais manqué au contraire de prouver la nouveauté de celle de la présence réelle par une infinité de témoins. Car il faut remarquer qu'il commença selon Baronius de publier son hérésie en l'an 1055, et en ce ttmps-là il y avait apparcnnnent encore dans l'Église plus de cent mile personnes de 50, de 60, de 70 et de 80 ans, dont les uns avaient

siècle aucun changement considérable dans la foi, parce qu'il y a eu peu d'écrivains.

Les hommes sont toujours hommes dans tous les siècles; ils ne souffrenl point qu'on leur arrache leurs opinions sans faire quehiue résistance, principalement en une matière importante. Celte résistance produit les disputes, et les disputes produisent les écrits. Ainsi quand on ne voit point d'écrits, il faut conclure qu'il n'y a point eu de disputes et point de combat; et par conséquent que la doctrine de l'Église n'a point été attaquée. Au lieu donc qu'il prouve par l'ignorance de ce siècle que l'opinion de la présence réelle a pu y naître et s'y répandre sans bruit, on a raison de prouver par l'ignorance même dont il accuse ce siècle, qu'il n'est pas possible qu'il y soit arrivé un changement si considérable dans la créance d'un mystère si important et si connu. Car s'il se fût excité quelque dispute sur ce sujet, ceux qui auraient proposé cette opinion auraient lâché de l'autoriser par les passages des Pères qui la favorisent ; les autres l'auraient comballne par les passages qui y paraissent contraires; et cet éclaircissement aurait bientôt dissipé l'ignorance , qui ne peut subsister avec ces sortes de contestations. Aussi c'est un des desseins que Dieu a eus en permettant les hérésies , de retirer les fidèles de l'ignorance, où une trop longue paix les engage insensiblement. C'est ce qui a fait dire à S. Augustin que l'on n'a jamais bien traité de la Trinité avant que les ariens attaquassent ce mystère; ei que ciiaque hérésie, en faisant naître des questions nouvelles et particulières, a servi à établir et à éclaircir davantage la foi de l'Église par la nécessité qu'elle apportait de traiter ces questions.

Que cet auteur ne nous dise donc plus que le X' siècle est un siècle de ténèbres et d'assoupissement, pour en conclure qu'on y a pu changer la foi rie l'Église; puisque nous avons droit d'en conclure au contraire que l'on n'a point entrepris de la changer, parce que cette entreprise aurait troublé ce sommeil de l'Église, et dissipé les ténèbres de ce siècle. C'est ce qu'on pourrait dire à l'auteur de la réponse, quand même on demeurerait d'accord de la vérité de ces rcproclics. Mais parce qu'ils l:ii sont communs avec

la plupart des nii

REFUTATiON DE LA REPONSE D'UN MINISTRE. 136

nislres, et qu'il se trouve même canlinnl Raronius, qui ne lui est pas d'ailleurs trop

de« catl.oliqncs (|ui le favorisent en ce point, quoique pr.. des raisons bien dillérci.ies, on croit (pie, pour leur ôler ce prétexte une (ois pour toutes, il est nécessaire d'en détruire les fondements, en faisant voir qu'ils ne sont ni raismmables ni justes. Aussi ne nais-ent-ils pas de la vue de la vérité, mais ou de passion et d'inicrèl, ou de quelques considérations particulières. Les ministres, voulant placer en ce siècle le progrès de l'o. inion de la présence réelle, ont jugé qu'il leur était avantageux de le décrier, afin qu^'on crût les hommes de ce emps-là capabl.'S d'une aussi grande stupidité que serait celle d'avoir souffert l'éiablissemeiil d'une opinion si étrange sans s'en émouvoir.

Le cardinal Daronius, qui entraîne toujours avec soi un grand nondjre d'autours qui le suivent, s'est porté à déclamer contre ce siècle par un nwuvement à la vérité très-iouable , mais qui a néaMuioins servi à l'engager dans quelipie excès. Il y a trouvé l'Église particulière de Rome dans un effroyable désordre, ayant été gouvernée durant ce siècle par |;lusieurs papes monstrueux, comme il les appelle luHuênie. L'in)age .nffreuse de ce dérègleme ;tri frappé ce cardinal, cl, l'ayant enlièienu'ni occuiié, l'a empêché de faire assez de rénex.'j3n sur les grâces et les bénédictions liiie Dieu a répandues en ce même siècle sur un grand nombre d'autres Eglises j lus abondamment qu'en aucun autre, comme |>our contenir par la vigueur des mcml)res la maladie de la tête; an lien que dans d'autres temps il guérit souvent, par la santé de la tête, les maladies des autres parties du corps. Mais comme le zèle de ce cardinal peut l'avoir porté trop avant en cette occasion, il est nécessaire d'en revenir à la vérité, et de juger, sur ce que les hjstoriens nous apprennent de ce biècle, de la justice de ces reproches. Or si on examine les choses de cette sorte sans préoccupation et sans passion, on trouvera bien à la vérité des désordres dans ce siècle, comme il y en a toujours eu dans tous les autres; on y trouvera beaucoup d'ignorance en plusieurs prélats , de même que dans les siècles précédents, et dans ceux qui ont suivi. .Mais en comparant ce que l'on y voit de bien et de mal avec ce qu'on voit de bien et de mal dans les autres siècles, il est impossible qu'on ne conclue que c'est un des plus heureux siècles de l'Église, qui, n'ayant que des désordres communs, a des avantages très-singuliers.

C'en est un bien considérable et bien important pour la pureté de la foi qu'il n'y a point de siècle où il y ait eu tant de princes, rois et empereurs religieux, et môme saints, dans toutes les provinces du christianisme : ce qui contribue jlus que toutes choses à maintenir la vraie foi, et la solide piété, non .■^enlement dans les peuples, mais aussi dans les prélats. El c'est ce qu'il est nécessaire de considérer un peu en particulier. L'empire d'Orient était gouverné au commencement de ce siècle par Léon-ic-Philosoplie, le plus savant de tous les empereurs grecs, dont le

favorable, a été contraint de relever le zèle et la piété. Et certainement on ne peut rien ajouter au soin qu'il avait d'y porter les peuples, qui allait jusqu'à leur adresser des lettres circulaires plein s d'instructions chrétiennes, et telles que des évêques zélés en pourraient écrire aux fidèles de leurs diocèses. Quel ques vices qu'on reproche aux empereurs qui l'ont suivi, ils ne sont point extraordinaires, et l'on voit par le règlement même de leur vie qu'ils devaient être très-instruits du sentiment des Pères sur tous les mystère* ; puisque Luitprand témoigne, dans la relation qu'il a faite de son ambassade à Conslantinople, que l'on lisait les homélies des Pères à la table de l'empereur Nicéphore, qu'il décrit d'ailleurs comme très-déréglé; ce qui marque que c'était la coutume ordinaire de ces empereurs, qui les devait par nécessité rendre très- savants dans la doctrine des Pères.

Mais comme il s'agit particulièrement de l'Occident, ce qui mérite d'y être plus considéré en ce tempslà e&l suns (iiniîe l'Allemagne, puisqu'elle y a commencé d'être le siège fixe de TEmpire, (fui comprenait encore alors une partie de l'Italie. Or si l'on considère l'état de l'Allemagne en ce siècle, et même celui de tout le septentrion, on peut dire avec vérité que jamais Dieu n'y versa tant de bénédictions et tant de grâces. Les princes qui la gouvernèrent durant ce siècle ont été non seulement les plus grands et les plus pieux qu'elle ait jamais eus , mais il seraitdifficile de trouver en aucun autre état un si grand nombre de princes sages, religieux , et vaillants, qui se soient succédé les uns aux autres.

Conrad, qui fut élu roi de Germanie en l'an 912, en la place d'Othon, duc de Saxe, qui le refusa, ayant laissé après sept ans de règne le royaume à Henri, fils d'Othon, par un exemple rare de fidélité, l'AlIcmagne fut gouvernée de suite , premièrement par Henri I", depuis l'an 919 jusqu'en l'an 956 ; puis par Olhon-le-Grand, fils de Henri, jusqu'en l'an 973 ; ensuite par Olhon II, qui ne régna que dix ans, et laissa l'empire à Olhon III, en qui finit la famille des Othon, l'an 1002, auquel il mourut. Après lui <in élut Henri, duc de Bavière, que .sa piété extraordinaire a fait mettre au nombre des saints. 11 gouverna l'Empire jusqu'en l'an 1024, et eut pour successeur Conrad, lequel étant mort l'an 1039 laissa l'empire à son fils Henri III, qui le posséda jusqu'en Tan 1056.

Ainsi voilà tout le X* siècle et une partie du XI' juscpi'à la condamnation de l'hérésie de Bérenger, occupés par cette suite de princes. Je ne prétends pas justifier toutes leurs actions particulières. Je sais qu'on leur a reproché quelques délàuts, et principalement à Olhon H et à Conrad. Mais je dis qu'à tout prendre il y a peu d'empereurs qui lésaient égalés en piété, et que bien loin d'avoir été indifférents pour la religiin, jamais piinccs ne s'y intéressèrent davantage. Que ne peut-on point dire à l'avantage du grana Ollion qui re;riplit une grande pnnic du X' siècle? Jô

PART. 111. CIÎAP. YI. ÉTAT DE L'ËGLISE D'ALLEMAGNE AU X* SIÈCLE.

jte parle point de ses victoires, jamais prince n'en gagna plus. Je ne considère que sa piété. U n'y en a point de plus grande à un prince que d'être un sage dispensateur des charges et des biens de l'Église qui sont en sa disposition. Ollion y était si religieux, qu'il eût mieux aimé perdre son royaume, que de donner des biens de l'Église à des personnes qui en étaient indignes, et il en donna une preuve illustre dans une occasion signalée. Il éiait l'an 939 en Alsace environné d'une puissante armée de ses ennemis ; plusieurs de ses soldats l'abandonnaient tous les jours, de sorte qu'un comte qui avait avec lui des troupes considérables, crut qu'il devait se servir de cette conjoncture pour obtenir d'Olhon une certaine abbaye très-riche. 11 la fit donc demander; mais Olhon lui répondit en présence de tout le monde qu'il voyait bien que sa demande était une menace dans l'état oii étaient ses affaires ; mais qu'il était écrit qu'il valait mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, et qu'il ne fallait pas donner les choses saintes aux chiens, et qu'il croirait le faire s'il donnait à des gens séculiers des biens qui sont destinés pour ceux qui servent Dieu : que non seulement il ne lui donnerait jamais celte abbaye; mais qu'il ne lui donnerait jamais rien, pour lui avoir fait une si injuste demande; qu'il pouvait donc s'en aller s'il voulait, et prendre parti avec ses ennemis. Le comte fut couvert de confusion, et demanda pardon de sa faute ; et Dieu récompensa cette généreuse action d'Olhon par une victoire signalée qu'il obiint sur les rebelles. Quoique la déposition qu'il fit faire de Jean XII par un concile tenu à Rome ait quelque chose d'extraordinaire, il est certain néanmoins qu'il y fit paraître beaucoup de modératioa. Leur différend même ne vint que de l'amour qu'Othon avait pour la discipline de l'Église. La même raison, dit Luilprand, qui fait que le diable hait son Créateur, fait aussi que le pape Jean XII hait le très-saint empereur Othon. L'empereur est plein d'a/feclion et de sentiment

ni impies ni libertins , mais ils étaient véritablement chrétiens, et ils pratiquaient jusqu'aux plus pénibles exercices de la piété dont ils auraient pu se dispenser. 11 ne faut que voir pour cela ce que Witikind rapporte de la mort d'Olhon. Trois jours avant la Pentecôte, dit cet historien, l'empereur se leva dès le point du jour, selon sa coutume , pour assister à matines et à laudes , ensuite aijant pris un peu de repos , il assista encore à la messe , et distribua de l'argent aux pauvres de sa propre main , comme il avait coutume de faire. Il prit quelque nourriture , et puis il se reposa jusqu'à dîner , ne se sentant encore de rien : puis il assista à vêpres, et après Magnificat il commença de se trouver mal. Les princes qui étaient près de lui , s'en étant aperçus , le firent asseoir, et comme il s'était évanoui , ils le firent revenir à lui. Il demanda aussitôt qu'on lui donnât le sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ; et l'ayant reçu, il rendit son esprit à Dieu sans gémissement, et avec une extrême tranquillité, dans la pratique de ces exercices de piété. Voilà le dernier jour de la vie d'Olhon , et le modèle ordinaire de sa vie , puisqu'il ne fil ce jour-là que ce qu'il faisait tous les autres jours.

Mais il parait encore plus de piété chrétienne dans Othon III , et plus d'amour pour l'Église et pour lej saints de l'Église. Pierre de Daraien écrit de lui dans la vie de S. Romuald que, n'ayant pas élé assez fidèle envers un certain Crescent, il s'en confessa à S. Piomuald, et s'en alla ensuite nu-pieds depuis Rome jus« qu'au Mont-Gargan pour en faire pénitence ; qu'il passa tout le carême avec peu de suite dans le monastère de S. Apollinaire , s'exerçant an jeûne et à la psalmodie , portant un ciliée sur sa chair nue, qu'il couvrait de sa pourpre impériale, et ne couchant que sur un pauvre matelas fait de joncs que l'on parait d'une riche couverture par dehors. On peut voir ce qui est rapporté de ses exercices de piété dans la vie de S. Burchard, évèque de Worme , qui est encore plus étonnant. La piété, la chasteté, le zèle pour l'Église de Henri,

pour tout ce qui regarde Dieu; il observe ses règles ; il ne duc de Bavière , et depuis roi de Germanie et erape-

songe qu'à la réforme de l'Église et de l'État; il protège reur, ont été si extraordinaires, qu'il en a élé mis au

/'m/1 et l'autre par ses armes ; il les orne par ses mœurs ; catalogue des saints , étant le seul des empereurs qui

il les corrige par ses lois. Mais le pape Jean s'oppose à ait mérité cet honneur par le commun consentement

tout cela, et c'est pourquoi ils ne peuvent s'accorder en- de l'Église. Il ne fit autre cbosedurant sa vie que pro-

semble. Cependant dans cette division d'esprils, Othon souffrit longtemps ce pape monstrueux. Il lâcha de le ramener par la douceur, et lorsqu'il permit que l'on le jugeât dans un concile d'évêques, ce ne fut qu'après l'avoir averti plusieurs fois avec toute sorte de respect de venir se justifier dans le concile des crimes abominables qu'on lui impuiait. Il fut durant toute sa vie

léger l'Eglise, bâtir des monastères, ériger des archevêchés, chasser les mauvais abbés , et réformer l'Église autant qu'il pouvait. Il y exhorte les évêques avec des paroles très-fortes dans le synode tenu à Dortmond l'an 1005. L'année d'après il fit assembler un synode à Francfort, et y étant entré lui-même , il se prosterna d'abord à terre devant les évêques , et

le protecteur de l'Église, et l'ami particulier de tous leur parla ensuite en ces termes qui lémoignent un

les saints prélats de son siècle, et entre autres de S. Udalric,évêqued'Augsbourg, par les prières duquel il obtint cette victoire mémorable contre les Hongrois en lan 105.5. Enfin ses actions ont été telles, qu'il a mérité cet éloge de l'évêque Ditmar, historien trèssincère, qu'il est le plus grand prince qui ait été depuis Gharlemagne.

Non seulement les princes de ce temps-là n'étaient

P. DE LA F. î.

fond admirable de piété. Ayant en vue, dit-il, larécompense future , j'ai choisi Jésus - Christ pour héritier , parce que je n'ai aucune espérance d'avoir des enfanta. Il y a longtemps que j'ai offert en sacrifice au Père éternel, dans le secret de mon cœur, et moi-même et tout ce que je possède et que je posséderai jamais , ne lui pouvant offrir autre chose. Ces sentiments et ces paroles ne pouvaient naître que d'un cœur brûlant de l'a-

fCinq.J

RÉFUTATIOiN DE LA RÉPONSE D'UN MINISTRE.

l'.ioiir de Dieu , qui le faisait renoncer à l'usage du riiarinçic, et le portait à ne conserver l'empire que pour y fiiirc régner Jésus-Christ.

Henri lil, (ils de Conrad, qui commença de régner peu de temps après que Bérenger commença de publier son hérésie, et qui la vit condamnée, était aussi un prince très-religieux. 11 pardonna, dans un concile tenu à Constance, à tous ses ennemis, et il ordonna

997, il ne fit autre chose durant tout le reste de sa vie que d'y établir l'Eglise, ériger des évêchés, bâtir des monastères et des églises, non seulement dans sou royîtume, mais à Rome, à Constantinople et en Jér» salem ; réformer la vie des ecclésiastiques et des religieux ; élever aux charges ceux qu'il connaissait éminents en sainteté. Entin les historiens de Pologiiw donnent de grands éloges à la piété de Rolcslas , qui

que chacun forait de même dans toute l'étendue de son commença d'y régner la dernière année de ce siècle, empire à l'égard de ceux dont il croirait avoir été offensé. Ce qui établit une paix et une tranquillité admirable dans l'Allemagne. Il renvoya les comédiens sans récompense. 11 purifia l'entrée des charges ecclésiastiques, en faisant exactement punir la simonie, dont il était cxtraordinairement ennemi ; et il en parla avec tant de zèle, qu'il ne ne craignit pas d'en accuser son propre père, en parlant de lui en ces termes : Mon père , dit-il , pour tâme duquel je suis dans une très-grande peine, n'a que trop exercé durant sa vie celte damnable avarice. Il pressa les évêques par des paroles très-fortes de se corriger de ce vice, et il fit cette protestation publique , que comme il avait reçu gratuitement de Dieu la couronne Impériale, il donnerait aussi gratuitement tout ce qui concernerait la religion, et qu'il voulait que les évêques fissent de même.

Ce bonheur d'avoir des princes saints et religieux ne fut pas particulier à l'Allemagne en ce siècle , les autres provinces du septentrion reçurent la niême grâce de Dieu avec d'autant plus d'avantage, que les fois n'y conservèrent pas seulement la religion, mais «■ju'ils l'y établirent et l'y plantèrent en quelque façon, /l'ayant été convertis qu'en ce temps -là, et ayant contribué ensuite de tout leur pouvoir à la conversion de leurs peuples.

Car ce l'ut en ce siècle que Dieu donna au Danemarck le saint roi Ilarald, qui ayant été premièrement converti par S. Unny, archevêque de Hambourg, et puis confirmé dans la foi par un miracle, remplit tout le septentrion de prédicateurs de l'Évangile, et d'églises bâties en l'honneur de Dieu. 11 fut enfin chassé et blessé pour la cause de Jésus-Christ par son propre fils, ce qui l'a fait honorer comme martyr. La Norwège honore de la même sorte le roi Olaph, qui fut tué l'an 1028, par les magiciens qu'il tâchait d'exterminer dans son royaume, et fit après sa mort un grand nombre de miracles. L^'historien Adam, chanoine de Brème, loue encore beaucoup le zèle Cl la piété d'un autre Olaph, roi de Suède, qui vivait en ce môme temps. Mais il n'y a rien de comparable dans les bist^oires des princes chrétiens à celle d'Élienne, roi <le Hongrie, que l'on peut appeler avec raison le véritable apôtre de ce grand royaume. Son père Geïsa s'étant fuit chrétien eut révélation de Dieu qu'il aurait un fils saint, qui détruirait le paganisme dans son royaume ; sa mère le fit nommer Etienne, selon la révélation qu'elle en avait eu de S. Etienne qui lui était apparu. Il fut baptisé par S. Adalbcrt, ([ui travaillait alors à la conversion des peul>les de ce royaume, et ayant succédé à son père l'an

et mourut l'an 1025, et ils le représentent comme u:i prince également vaillant et religieux.

Ce ne fut pas seulement les princes qui se rendirent en ce siècle recommandables par leur piété; les reines et les impératrices partagèrent avec eux la gloire de la sainteté, et ne servirent pas peu sans doute à l'inspirera toute leur cour et à toutes les femmes de leur temps. Sainte Mallide, femme de Henri l", roi de Germanie, et mère de l'empereur Othon I, était une princesse d'une piété éminente, et ce que Witikind rapporte de ses vertus, est tout à fait admirable. Qui pourrait exprimer, dit cet historien , la vigilance de cette princesse pour le service de Dieu ? Sa cellule résonnait toute nuit du chant des hymnes, et des psaumes. Et comme elle était proche de l'église après avoir pris un peu de repos, elle ne manquait jamais de sortir toutes les nuils^ de se lever pour aller à l'église, oii elle passait tout le reste de la nuit en veilles et en oraisons, n'en sortant qu'après qu'on avait célébré la messe. Ensuite elle visitait les malades de son voisinage ; elle leur fournissait les choses nécessaires ; elle donnait l'aumône aux pauvres ; elle recevait les hôtes qui se présentaient avec toute sorte de bons traitements, n'en laissant jamais aller aucun sans lui parler, et sans lui donner les choses nécessaires. Elle instruisait elle-même ses domestiques et ses serviteurs dans les ouvrages et dans les lettres. Ainsi, ayant passé sa vie dans ces saints exercices, étant chargée d'années et pleine d'honneurs, de bonnes œuvres et d'aumônes ; ayant distribué toutes ses richesses royales aux serviteurs et aux servantes de Dieu, elle mourut le 15 mars de l'un 975, et fut mise après sa mort au nombre des saintes. Mdite, femme de l'empereur Othon I", fut célèbre en sainteté durant sa vie, et en miracles après sa mort, selon Ditmar. S. Odilon a écrit la vie d'Adelaïs, seconde femme de ce même empereur, comme d'une sainte canonisée. Théophanie, femme de l'empereur Othon H, étant demeurée veuve par sa mort, passa tout le reste de sa viedanslesexercicesdepiété, implorant les prières des saints de l'Église pour l'âme de son mari ; et elle instruisit de telle sorte deux de ses filles, qu'elle les porta à renoncer au monde et au mariage, et à se consacrer à Dieu dans la retraite d'un monastère. L'^illustre sainte Cunégonde , femme de l'empereur Henri 11, ayant vécu avec lui dans uno perpétuelle virginité qu'elle prouva même par un miracle, passa les quinze dernières années de sa vie dans une compagnie de vierges, parmi lesquelles elle se consacra à Dieu en renonçant à toutes les grandeurs du monde, afin de consommer sa sainteté par les exercices de la vie religieuse. L<?s liisioricns relèvent

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aussi !a piclé de Gunilde, femme du roi Ilarald, et de tclé a été alteslée par des miracles. S. Adalbert, Judilli, femme de Boleslas, roi de Pologne, el sacom- évoque de Magdebourg; Héribert et Annnn , arcliepagne dans SCS actions de piété. vêqucs de Cologne; Vuolphang, évéque de Raiis-

J'ai rapporté au X* siècle tous ces princes el ces bonne , qui avait élevé Henri II ; Tagmon , évoque de princesses, parce qu'en clTfit ils y ont passé une par- Magdebourg, Beruvard, évêque de Hiidesheim , et

lie de leur vie, et que d'ailleurs les ministres décrient égalcmcni tout le temps qui s'est passé depuis le commencement du X* siècle jusqu'au temps de Bérengcr.

Il est facile de juger par tout ce que nous venons de dire que comme tiii des principaux soins des princes chrétiens est de pourvoir les églises de bons prclais, l'AHemagne et les autres provinces du septentrion , n'ayant jamais eu do princes plus religieux, ne doivent jamais aussi avoir eu de plus grands évêques. El c'est en effet ce qui se trouve véritable.

L'église de Hambourg, mélropolitaine du Danemark et de tout le pays appelé Sclavia, qui comprenait loute la haute Allemagne jusqu'à la Pologne, fut presque toujours gouvernée durant ce siècle par des saints. S. Hoger, archevêque de celle ville, élant mort en Pan î)19, el son successeur Réginard n'ayant duré que deux ans, on élut à cet archevêché le grand S. Unny, qui fut l'apôtre du Danemark, de la Norwège et de plusieurs autres provinces du septentrion. 11 mourut l'an 93G, et eut pour successeur Adaldague, savant et vertueux prélat, qui gouverna l'église de Hambourg pendant 53 ans, et remplit ainsi presque tout le reste de ce siècle. Son successeur Libence est appelé par l'historien Adam tir Ulteralissimus, et omni moitim p-obitate decoratus. Il relève sa chastelé, son humilité, son éloignement de la cour, et son exaclilude dans la discipline. Le pontificat de Libence ayant duré jusqu'en l'an 1013, on élut Unvan en sa place. El il se rendit aussi très-recommandable par le soin qu'il eut de la discipline et de la réforme des ecclésiastiques, par sa'générosilé contre les entreprises des princes, el par sa libéralité envers les peuples nouvellement convertis. Enfin cet archevêché fut gouverné quelque temps après par le célèbre Adalbert, qui fut non seulement un grand évêque, mais un sage ministre d'état sous l'empereur Henri III, lequel ne faisait rien sans son conseil. Cet archevêque s'employa avec un grand zèle et un grand fruit à la conversion des peuples du septentrion. On peut avoir ce que riiistorien Adam, chanoine de Brème, témoin oculaire de loules ces choses, a écrit de ses vertus.

Les autres églises d'Allemagne tirèrent les mêmes avantages de la piété de ces empereurs. Brunon , frère d'Olhon , archevêque de Cologne , et Yuillelmc fils du même Othon , archevêque de Mayence , étaient de grands et vertueux prélats. Francon, et Burchard, évêques de Worms; Godescalus, évêque de Frisingen ; Ditmar, évêque de Merseburg, qui a écrit riiistoire de ces lemps-là d'une manière si sincère , furent célèbres en piété. Henri I*"", ayant fondé l'évêché de Vallet-Flève dans le pays deLunebourg, y établit pour évêque un nommé Marc , dont la sain-

Gothard, son successeur; Ilarduit, évêque de Sallzbourg. ont été révérés après leur mort comme des saints . et ont vécu dans ce siècle ou dans le commencement de l'autre. Mais le célèbre S. Udalric l'occupe presque tout entier, et il est d'autant plus considérable qu'il était né et avait vécu assez longtemps dans le IX* siècle , et que ceux qui l'ont vu cl qu'il a instruits ont pu voir la naissance de l'hérésie de Bcrengcr. Car il futélu évêque d'Augsbourg ran924. étant déjà assez âgé, puisque 15 ans auparavant il appréhendait que l'on ne l'élûl à la place d'Adalbéro. Et il ne mourut que Tan 972, de sorte que ceux de la ville d'Augsbourg qui avaient 75 et 80 ans en 1055, lorsque l'hérésie de Bérenger commença de paraître , avaient vécu les uns 12, et les autres 17 ans avec S. Udalric, et tous les autres avaient été instrui:s par ses disciples. Ce saint fut en une vénération particulière à l'empereur Othon-le- Grand , et généralement à toute PAllemagne ; de sorte qu'H n'y en a point qui soit un témoin plus irréprochable de la foi de rÉglise de ce siècle. On peut faire la même réflexion sur le grand S. Adalbert, archevêque de Prague ; car s'il s'éloigne un peu plus du IX' siècle , n'ayant clé élu archevêque de Prague qu'en 980, ce qui n'empêche pas qu'il n'ait vu un très -grand nombre de personnes qui avaient passé une partie de leur vie dans le IX* siècle, il s'approche aussi davantage du temps de Bérenger, n'élant mort qu'en 997 ; de sorte qu'au temps de la publication de l'hérésie de Bérenger, il y avait encore une infinité de personnes à Prague , à Rome, en Hongrie, en Prusse, en Lithuanie, qui l'avaient vu , el qui avaient été instruits par lui dans la foi.

Ce saint est si admirable en toutes les parties de sa vie , qu'il mérile bien que nous nous y arrêtions un peu. Il quitta son archevêché à cause de l'extrême dérèglement du peuple de Bohême, qui était encore tout barbare et abandonné aux vices. C'est un des cas où l'Église permet aux évêques de se séparer de leurs églises. Il alla de là à Rome et au Mont-Cassin ; et ensuite il revint à Rome , et se fit religieux au monastère de S.-Boniface. La ferveur de sa piété dans celle retraite remplit toute la maison d'édification. Il s'employait, dit l'auteur de sa vie, aux o^ces du monastère avec d'autant plus de joie qu'ils étaient plus vils, afin d'arriver par là à la ressemblance de Dieu. Il s'exerçait soigneusement à tout ce qui était bas et humble. Il s'oubliait soi-même, s'étant rendu petit en In présence de ses frères. Il balayait la cuisine , faisait sa semaine , lavait les écuelles, servait aux frères qui «)> prêtaient à manger. Il tirait de l'eau du puits de ses propres mains. Il servait la congrégation au malin , a midi , et au soir, ayant reçu celle obéissance de Cabbê. Il ne souP'rit jamais qu'aucune pensée occupât son âinCy

sttB$ ta découvrir. Il faisait connaître à son directeur toutes les suggestions de l'ennemi. Il faisait des interrogations très-subtiles touchaiit l'Écriture-Sainte en sinjormanl avec soin de la nature des vices et des vertus; tl souvent son abbé lui répondait des choses qu'il ne savait pas auparavant, comme il ruvouait lui-même, pour

KÉFUTATION DE L.\ RÉPONSE D'UN MINISTRE. M 4

de l'office. Or, quoique dans le voyage qu'il fit de Rome de-là les monts, il prit un ciicval à cause de la dignité d'archevêque; néanmoins il se tenait achevai les jambes nues, et il souffrit souvent un froid s» excessif aux pieds dans ces pays froids, qu'on ne pouvait les séparer du fer sur lequel il s'appuyait

montrer que c'était une grâce qui lui était donnée en qu'avec de l'eau chaude. Etant arrivé parmi les bar-

considération de l'humilité de son disciple. Après avoir passé cinq ans dans cette heureuse retraite , ii fut rappelé en Bohême , et il y retourna par l'ordre du Pape. Mais y ayant trouvé les mêmes dérèglements , el ayant perdu l'espérance d'y faire du fruit, il alia porter la foi dans la Hongrie , et y établit le clirisliaiiisine , ayant même baptisé le fils du roi Goisa , qui fut le célèbre saint Etienne , roi de Hongrie, à qui ce royaume doit l'entier éiablissementde la foi chrétienne, cl la destruction de l'idolâtrie. Saint Adalbert revint de là à Rome dans son monastère de S.-Boniface , où ii y avait alors huit abbés célèbres en sainteté, quatre grecs et quatre latins. 11 passa avec eux cinq autres années en profitant de leurs instructions et de leurs exemples. El il en fut encore arraché par les instances de l'archevêque de Mayence , qui obligea le pape Grégoire V de le renvoyer, à condition néanmoins que si son peuple ne se rendait pas plus obéissant, il irait porter l'Évangile aux nations barbares. Mais Boleslas, roi de Bohême , lui en ayant défendu l'entrée , il s'en alla en Prusse , et de là en Lithuanie, où, ayant beaucoup souffert pour la foi, il reçut enfin la couronne du martyre , ayant été percé de sept lances. 11 fut honoré de Dieu d'un si grand nombre de miracles, qu'il convertit beaucoup plus de personnes après sa mort, qu'il n'en avait converti durant sa vie. Et son corps fut transporté dans la ville de Cuesne, où l'empereur Othon III alla exprès en pèlerinage, ayant même voulu entrer nn-piods dans la ville et dans l'église de ce saint martyr.

Ce fut l'exemple de S. Adalbert qui excita S. Boniface à aller chercher aussi le martyre au même pays où S. Adalbert l'avait trouvé. Ce saint, qui étoit parent de l'empereur Othon III, et en grande faveur auprès de lui, se fit religieux sous saint Romuald, où il pratiqua de prodigieuses austérités. Ce fut là qu'ayant appris le martyre de S. Adalbert, il fut enfiammé du désir de suivre son exemple. Il n'y a rien de plus étonnant que ce que Pierre de Daniien rapporte de la manière dont il alla à Rome recevoir la consécration archiépiscopale, et de ce qu'il fit dans son voyage de Rome en Prusse , où il allait prêcher l'Évangile. Ce saint homme, dit Pierre de Damien, alla toujours à j'ied avec tous ceux de sa suite durant le voyage qu'il fit à Rome, devançant toujours les autres de beaucoup, el chantant continuellement des psaumes. Il marcha toujows nu-pieds, mangeant une fois le jour du pain et de l'eau à cause du travail du chemin, et y ajoutant seulement les jours de fête quelques herbes et quelques racines, toute sorte de graisse, de beurre, d'huile lui étant inconnue. Après sa consécration il ne laissa pas d'observer exactement l'ordre nionasli(jue dans la récitation

bares, il commença de leur piêcher l'Evangile avec tant de ferveur que tout le monde voyait assez qu'il brûlait du désir du martyre, Mais eux appréhendant qu'il n'arrivât après la mort de ce nouvel apôtre la même chose qui était arrivée après le martyre de S. Adalbert, dont les miracles convertirent une infinité de Sclaves, ils s'abstinrent longtemps par une malice artificieuse de mettre les mains sur ce bienheureux martyr, et ils refusèrent de lui donner la mort, quoiqu'il la souhaitât avec passion. Ainsi ce ne fut que l'an 1008 qu'il souffrit le martyre, ayant élè tué par l'ordre du frère du roi des Russes, qu'il avait converti.

Ce fut aussi celte même année que S. Brunon, Allemand, compagnon de Khisiorien Dilmar, qui témoigne que dès sa jeunesse il avait reçu de Dieu des grâces très -particulières , prêchant l'Évangile au même peuple de Russie, y reçut la couronne du martyre.

Yoilà quelle éiait dans ce siècle et sous ces empereurs l'église d'Allemagne. C'était une église qui n'était pas seulement féconde en saints el en grands évêques, mais aussi en apôtres et en martyrs , qui renouvelèrent l'image des premiers siècles de l'Église, et servirent par leur zèle à vérifier la promesse que Dieu a faite à son Fils de lui donner toutes les nations de la terre : Dabo tibi gentes hœreditalem tuant , et possessioncm tuam terminas terrœ. Car c'est une chose admirable que l'accroissement que reçut l'Église durant ce siècle par la conversion des peuples du septentrion, à qui de grands saints d'Allemagne annoncèrent l'Évangile.

Saint Unny, archevêque de Hambourg, convertit les Danois, les Norwégiens , et tout le haut du septentrion. S. Adalbert, archevêque de Magdcbourg, travailla avec grand fruit à la conversion d'une partie des Sclaves. S. Adalbert, archevêque de Prague, convertit les Hongrois et une partie des Prussiens et des Lithuaniens. S. Boniface et S. Brunon prêchèrent l'Évangile aux Russes. S. Etienne, roi de Hongrie, convertit les Transylvains ; et comme la Hongrie avait été convertie par les Allemands, et qu'il avait été baptisé lui-même par S. Adalbert, on doit encore compter la conversion de cette province entre les fruits des grâces que Dieu versa dans ce siècle sur l'Allemagne. 11 est marqué dans l'histoire de la vie de Henri 1", roi de Germanie, qu'il convertit les rois des Normands, des Abrodiles, cl Cwsus, roi de Danemarck. Enfin c'est par une suite de ce regard favorable de Dieu sur le seplenirion durant ce siècle que les Normands mêmes qui s'étaient emparés de celle province des Gaules qui porte leur nom, cm-

us PART. m. CHAP. VI. ÉTAT DE LÉGLISE D'ALLEMAGNE AU X' SIÈCLE. liG

brasseront la foi chréiicnne par les soins de Hervé, qu'à cet excès, que de souffrir sans résistance que

archevêque de Reims, savant et vertueux prélat, leur Ton établisse dans l'Église une opinion directement

duc Rollon.si célèbre pour sa piété et pour sa justice, opposée à la créance commune, et selon laquelle il

qui se fit baptiser en ce temps, ayant réduit avec lui aurait été nécessaire de condamner toute l'Églisa

tous ses sujets à embrasser la religion clirétienne.

Tout cela suffit, ce me semble, pour montrer qu'à l'égard de l'Allemagne et du septentrion, il n'y a point eu de plus heureux siècle que le dixième, et qu'ainsi l'on a grand tort de le décrier comme le plus malheureux de tous. Car cet avantage de la conversion

précédente, et de se condamner soi-même d'aveuglement, d'erreur et d'impiété ; il est certain de plus, par ce que nous avons dit, que jamais siècle ne fut plus opposé que celui-là à l'indifférence et au libertinage. L'impiété ne peut subsister lorsqu'elle n'est pas honorée, et elle ne le peut être quand les rois sont eux-

de la moitié de l'Europe est si considérable, et tel- mêmes pieux, et qu'ils témoignent par toutes leurs

lement au-dessus de tous les autres par lesquels on a accoutumé de relever les siècles, que c'est ne savoir pas estimer les choses leur juste prix , que de préférer au X' siècle quelques autres siècles de l'Église, qui, étant stériles en conversion de peuples et en saints, ont éié plus abondants en écrivains et en personnes savantes dans les sciences profanes.

La conversion de tous ces peuples est d'autant plus considérable qu'elle ne s'est point faite à l'occasion d'un trafic mercenaire, mais par un pur zèle du salut (les âmes, et par des hommes apostoliques qui brûlaient du même zèle qui a enflammé les premiers

actions d'honorer la piété et les personnes pieuses. Et c'est ce que l'on voit en tous les princes de ce siècle. Olhon {" honora particulièrement S. Udalric ; Olhon III se conduisit par les conseils de Francon, évêque de Cologne, et de S. Romuald, et il eut une dévotion merveilleuse pour S. Adalbcrt , archevêque de Prague ; Henri II honora tous les saints de son temps, et particulièrement S. Romuald et S. Iléribert, archevêque de Cologne ; Henri III chérit particulièrement S. Gualbert; et enfin ce zèle ardent que l'on avait alors pour la conversion des peui)les, et l'austérité de la pénitence que l'on y pratiquait , sont des

Saints de l'Église, et qui les imitaient aussi bien dans preuves visibles d'une disposition toute opposée au

la sainteté de leur vie, que dans leurs travaux pour Li conversion des peuples.

Je n'ai pas rapporté toutes ces particularités de l'état où était l'Allemagne et le septentrion durant ce temps, pour détruire seulement en général les reproches vagues que les ministres font en l'air contre ce siècle, mais pour montrer aussi en particulier qu'il n'est pas possible que la foi s'y soit altérée sur le sujet de rEucharistie- Je ferai voir en examinant l'état de la France , que les prélats n'étaient point en ce temps dans l'ignorance oij l'on nous les représente. Et certainement comme le zèle pour la véritable fui est inséparable de l'ardeur de la charité, il est absolument impossible que tous ces saints évêques qui ont fleuri en Allemagne durant ce siècle n'aient pas eu beaucoup de soin de s'instruire eux-mêmes , et d'instruire les autres dans la doctrine de l'Église. Il suffit de remarquer ici que le mystère de l'Eucharistie étant tel, comme nous l'avons montré, qu'il fallait par nécessité qu'il fût connu de foi dislincle par les plus simples d'entre les fidèles, ce n'est point proprement un article où l'ignorance ait pu jamais avoir lieu. L'ignorance regarde les points de théologie et de discipline, qui sont plus cachés, et qui ont besoin d'étude ; mais elle ne peut jamais regarder les points dont tout le monde devait être instruit, et qui faisaient la matière ordinaire des catéchismes. Ainsi l'introduction d'une erreur sur cette matière n'a jamais pu être favorisée par l'ignorance, parce que ce n'est pas une matière qui en soit capable. Elle pourrait bien avoir été favorisée par l'indifférence, s'il se trouvait que c'eût été un siècle de libertinage et de d'impiété, où personne ne se mît en peine de la religion et de son salut. Mais outre que jamais i'Clte indifférent: pour la religion ne peut aller jus-

libertinage.

Il est donc certain que si l'on eût avancé en ce siècle la moindre erreur contre la doctrine de l'Église, tous ces saints évêques se seraient élevés avec vigueur pour la réprimer, et qu'ils auraient été puissamment secondés par ces empereurs si zélés pour la religion et pour l'Église. Il s'en suit de là que tous ces grands évêques n'ayant pu ignorer l'introduction d'une nouvelle hérésie, s'il s'en fût introduit quelqu'une de leur siècle, et n'ayant manqué ni de zèle, ni de force pour s'y opposer ; et ayant néanmoins passé leur vie dans la paix, sans témoigner qu'ils eussent d'autres ennelïiis à combattre que l'infidélité des peuples qui n'avaient pas encore reçu la foi, ou les désordres de ceux qui n'en observaient pas les règles; c'est une preuve sensible qu'il ne s'est fait en leur siècle aucun changement dans la créance de l'Eucharistie.

Que si l'on demande maintenant quelle était la foi de ces saints, c'est une question bien facile à résoudre par l'état où l'hérésie de Béreiigor trouva l'église d'Allemagne lorsqu'elle parut en 1055, selon le cardinal Baronius. Car Adelnian, depuis evêque de Bresse, qui avait étudié avec Bérenger sous S. Fulbert, et qui lui écrivit d'Allemagne peu de temps après que le bruit de son erreur se fut répandu, lui marque exprès^ sèment que sa doctrine scandalisait toute l'Allemagne. Que le Seigneur, dit-il, vous détourne de ces voies, ô mon très-saint frère ; quil dresse vos pas dans la voie de ses commandements, et qu'il fasse voir que ce sont da imposteurs qui noircissent voire réputation d'une tache si honteuse, en publiant partout et remplissant les oreilla non seulement des Italiens, mais aussi des Allemands parmi lesquels il y a longtemps que je voijage, de ce bruit si étrange que vous vous êtes séparé de Cunité de la suiulc Église notre mère, et que vous avez des scntimeuli

RÉFUTATION DE LA RÉPONSE D'UN MINISTRE

du corps cl du sang de Jésus-Christ contraires à la foi sontjointes, les désordres que l'on peut remarquer dans catholique. L'opinion de Bérenger parut donc contraire les autres, ne pouvant égaler Tavantnge de la conver-

à la foi catholique dans l'Allemagne, c'est-à-dire, à ceux qui avaient été instruits par tous les saints que nous avons marqués ci-dessus. Ainsi il n'y a pas lieu de douter que la foi de la présence réelle ne fût celle de ces saints, qui n'en avaient point d'autre que cellequ'ils avaient eux-mêmes apprise dans le IX' siècle, ou des disciples du IX' siècle. Aussi toutes res nouvelles églispsde Hongrie, dePologne, de Transylvanie, de Prusse, de Danemark, de Norwége , de Suède et de la haute Al- )em;;ghe fondées par S. Adalbcrt, archevêque de Prague, par S. Etienne, roi de Hongrie, parS. Boniface, S. Brunon, S. Unny, S. Adalbert, archevêque de Magdebourc, se trouvèrent au temps de Bérenger dans la créance de la présence réelle , et demeurèrent fortement attachés à l'unité de l'Église. Elles avaient donc été instruites dans cette foi par ces saints, comme ces saillis y avaient été instruits par ceux du IX* siècle. S. Adalbert, archevêque de Prague, mérite une réilexion parliculière sur ce sujet. On ne peut douter de sa créance sur le point de l'Eucharistie ; puisque l'on voit que toute l'église de Hongrie qu'il avait fondée se trouva dans l'opinion de la présence réelle au temps de la publication de l'hérésie de Bérenger, et demeura dans l'union de l'Église romaine qui le condamna. Cependant persoime ne devait être mieux instruit que ' S. Adalbert du sentiment de lÉglise universelle sur cette ma'ière, puisqu'il avait voyagé par toute l'Italie, cl qu'il avait vécu dix ans dans un monastère composé de religieux grecs et latins de divers pays, parmi lesquels il pouvait par conséquent apprendre parfaitement les sentiments de l'église grecque et de l'église latLdC.

Ainsi la foi de la présence réelle qui se trouva établie dans toutes les églises du septentrion au temps de Bérenger, prouve invinciblement que c'était celle des saints qui ont établi ces églises, comme la foi des premiers siècles et des églises apostoliques prouve la loi des apôtres selon S. Augustin. Et la foi de ces saints du X* siècle prouve que c'était aussi celle du IX* siècle; puisqu'ils avaient été instruits par des personnes qui y avaient passé une partie de leur vie. Et enfin elle se prouve par elle-même, puisque leur sainteté, leurs œuvres et leurs miracles condamnent d'impiété tous ceux qui auraient la hardiesse de les accuser d'hérésie, et qui les voudraient faire passer pour des prédicateurs de Terreur, au lieu de les honorer comme des apôtres de la vérité.

CHAPITRE YH Considérations sur rétal de l'église d'Angleterre, de Fran^

ce, d'Espagne el d'Italie durant le dixième siècle, qui

font voir que les reproches qu'on fait contre ce siècle

sont mal fondés à l'égard de ces églises.

L'Allemagne et les autres provinces septentrionales faisant une si grande partie de l'Église d'occident, c'est avoir prouvé absolument que le X' siècle a été irèsh-^uroux à l'Église, que d'avoir montré qu'il a été si c\traordinairemenl heureux à tant de provinces qui s'y

sion de tant de peuples. Ilesl bon néanmoins de faire une revue générale sur les autres provinces chrétien nés, pour voir si on a eu sujet de les charger de tanl de reproches.

Celle qui se présente la première est l'église d'Angleterre. Et en considérant l'état où on la trouve dans ce siècle, on reconnaîtra d'abord qu'il a été aussi bien pour l'Angleterre que pour l'Allemagne un siècle de bénédiction et de grâces. L'Angleterre a môme cela de particulier, qu'elle n'a pas été seulement gouvernée durant ce temps par des princes religieux; mais que de plus il se trouve que le premier ministre de ces rois était un saint miraculeux en toutes manières, dont Dieu s'est voulu servir pour réformer l'église d'Angleterre, et régler même l'état politique de ce royaume. C'est l'illustre S. Dunstan,qui remplit presque tout ce siècle. Il fut fait ministre d'état l'an 940 par le roi Edmond, sous lequel il réglait tous les différends, et entretenait l'union parmi tout le monde, ayant rempli le roi et tous les princes de tant de vénération pour lui, que personne ne s'opposait à ses avis. Il fut néanmoins une fois éloigné de la cour par la malice de quelques envieux, mais il y fut rétabli peu de jours après, el remis dans la même autorité.

L'a.nour de la retraite l'ayant porté à quitter le monde pour se faire religieux, le roi Edmond le fit abbé d'un monastère auquel il fit de grands biens en sa considération, et il continua de se servir de son conseil non seulement dans les affaires temporelles, mais encore dans celles de l'Église, le prenant pour son directeur et pour l'évêque de son âme. Ivlréde, frère d'Edmond, étant venuau royaume après lui,conthiua pour Dunstan la même confiance qu'avait eue son frère. Mais Eduin, fils d'Edmond, qui fut reconnu roi après la mort d'Elrède, ayant été repris sévèrement par S. Dunstan d'un désordre criminel, le bannit et pilla son monastère. Son exil néanmoins ne fut pas long. Car une grande partie de l'Angleterre s'étant soulevée contre Eduin, à cause de sa vie débordée, et de l'exil de S. Dunstan, Edgar, frère d'Eduin, qui avait éié choisi roi en sa place, le rappela aussitôt, et ne se contenta pas de le rétablir dans son monastère, mais il le fit de plus évoque de Winlchester. On dit qu'Odon, qui fut archevêque de Cantorbéri sous les règnes d'Edmond, d'Elrède, d'Eduin, jusqu'au commencement d'Edgar, en consacrant S. Dunstan, changea le titre de l'église deWintchester en celui de Cantorbéri, prévoyant par un esprit prophéti(iue que c'était à cette Église que S. Dunstan était destiné. Et il y fut en effet élevé deux ans après.

Dieu permit que le roi Edgar tombât dans une faute considérable, afin de l'en faire relever par S. Dunstan , et l'animer plus vivement à la réformation de l'église d'Angleterre. Ayant vu par hasard une jeune demoiselle que l'on nourrissait dans un monastère, el qui en portait l'habit, il en devint amoureux, et, l'ayant fait sortir, il en abusa. Cette action étaul v©.

m PART. m. CIIAP. V!I. ÉTAT DE L'ÉGLISE D'ANGLETERRE, etc., AU X' SIÈCLE. VjÙ

nue aux oreille» de S. Dunsinn , le loucha sens.njleuient. Il s'en alla inconlinent trouver le roi , qui vini au-devant de lui, et lui voulut prendre la main à son ordinaire pour le mener à son irône; mais S. Di;nslan la retira avec un visage troublé, et ne souffrit j.as que le roi la louchât. Le roi étant étonné de ce

Lorraine, brigand. Pierre Urséole, duc de Venise, ayasit é;é élevé à cette principauté par 1."^ conspiration du peuple qui avait tué Vital, son prédécesseur, et ayant en (juclque part à cette méchante entreprise, se crut oltligé de renoncer à une dignité qu'il avait acquise par un si mauvais moyen. 11 se déroba donc secrète-

procédé , et croyant que son crime était demeuré se- ment de Venise , et étant venu en France , il y passa

crct, lui demanda pourquoi il ne voulait pas lui donner la main. Quoi, sire, lui répondit S. Dunstan, vous avez commis un adultère en renonçant à toute pudeur, vous avez violé une vierge sans regarder l'outrage que vous faisiez à Dieu, et sans avoir aucun respect pour le signe de chasteté qu'elle portait sur sa tête , et vous me demandez encore pourquoi je ne laisse pas toucher à vos mains impures cette main qui immole te fils de la Vierge à son Père éternel ? Lavez auparavant vos mains par la pénitence des souillures qu'elles ont contractées , et ensuite, afin de vous réconcilier avec Dieu, honorez et embrassez la main de son Pontife. Le roi étant étonné de ces paroles, se jeta à terre, et, embrassant les pieds du sainl évêque, il confessa qu'il avait péché avec des paroles qu'il entrecoupait de ses soupirs. Alors Dunstan voyant dans ce roi un si grand exemple d'humiliié en fut ravi, il le releva inconlinent, et lui ayant dit en particulier ce qu'il jugeait nécessaire pour le salut de son âme, il lui ordonna une pénitence de sept ans. Ainsi Edgar ayant obtenu l'absolution du saint évêiue, s'appliqua avec grand soin à accomplir la pénitence qui lui avait été ordonnée, et y ajouta plusieurs oeuvres de piété pour apaiser Dieu par le conseil et le mouvement de ce père de son âme.

Les vices des princes n'ont jamais été rares dans tous les siècles; mais la pénitence des princes est la chose du mondé la plus rare. Et c'est pourquoi c'est uni! gloire pour le X' siècle de nous en donner un exemple signalé en la personne de ce roi d'Angleterre, qui n'égale pas seulement, mais qui surpasse de beaucoup celui de la pénitence que fit le grand Tiiéodose après le meurtre commis à Thossalonique; puisque le crime d'Edgar, qui ne vint que d'une passion'passagère, était beaucoup moindre que celui de Tbéodose, et que sa pénitence fut beaucoup plus longue.

Je ne puis m'empêcher de rapporter, sur le sujet de la pénitence du roi Edgar, deux autres exemples célèbres de pénitence que l'on trouve dans l'histoire de ce siècle , qui doivent servir beaucoup à le relever dans l'esprit de ceux qui savent que la pénitence est la porte pir où l'on entre au royaume qui a été annoncé par ces paroles : Pœnitcnliam agile , appropinquavit enim regnum cœlorum.

Raignerus, duc de Lorraine, ayant usurpé injuslement quelques biens qui appartenaient à l'Église, et éiant louché de l'esprit de pénitence, en fit une restitution publique, par un acte authentique le plus humble qui ait jamais été fait. Il commence par ces paroles : Moi persécuteur du Seigneur et de CÉglise son épouse, qui ne mérite pas d'être appelé duc , mais bri- -^çind ; et finit par cette signature ; Raignerus, duc de

le reste de sa vie dans la solitude d'un monastère.

Voilà les mouvements que l'esprit de Dieu inspire quand il agit fortement dans les âmes. C'est cela qui mérite justement l'admiration des hommes, et qui doit faire dire avec S. Paul : Ubi sapiens, nbi scriba, ubi inquisilor hujus seculi ? Où, sont ces sages, ces savants, ces curieux , par lesquels on a accoutumé de relever la gloire des siècles? Car qu'est-ce que sont tons les ouvrages des hommes en comparaison de ces œuvres de Dieu , et de ces changements qui ne peuvent être attribués qu'à sa main toute puissante?

Mais, pour revenir au roi Edgar, il pratiqua exactem.eiit ce que dit S. Augustin, que les rois pour plaire à Dieu doivent faire ce qui ne peut être fait que par les rois. II entreprit la réforme de l'église d'Angleterre, et l'exécuta avec un zèle qu'on ne saurait assez admirer.

II y avait alors dans l'Angleterre plusieurs monastères ruinés, ce qui devait être l'eCTet du dérèglement d'un antre siècle autant que de celui-ci. Mais le rétablissement de ces monastères fut l'effet de la péni« tence du roi Edgar. Et il en parle lui-même de celle sorte , dans une donation qu'il fit de certaines terres à un monastère : Au temps des rois mes prédécesseurs, tes monastères , tant de religieux que de religieuses, étaient presque entièrement détruits et négligés. Ce que voyant, j'ai fait vœu à la gloire de Dieu, et pour le salut de mon âme, de tes rétablir, et de multiplier te nombre des servantes de Dieu. El dans l'exécution de ce vœu, j'ai déjà rétabli quarante-sept monastères , qui sont maintenant pourvus de religieux et de religieuses. Que si Dieu me donne la vie, j'espère étendre celle libéralité que j'ai vouée à Dieu jusqu'au nombre de cinquante qui est un nombre derémission. Où trouve-t-on des exemples d'une magnificcHce aussi judicieuse et aussi digne d'un grand prince que celle-là? Mais il y a peu de choses comparables dans l'histoire de l'Église avec la sainte entreprise que ce roi fit avec S. Dunsian, et quelques autres saints évêques d'Angleterre , de réformer la vie de tous les ecclésiastiques d'Angleterre, cl de chasser tous ceux qui ne voudraient pas embrasser la vie régulière et religieuse. Avant que de leur donner l'ordre de ce dessein, il leur en fit Tou- Ycriure en ces termes qui sont rapportés dans les conciles d'Angleterre : Puisque Dieu a fait éclater sur nous sa miséricorde avec tant de magnificence, il est justi\ à très-révérends pères , que nous tâchions de ré' pondre par nos œuvres à la multitude de ses bienfaits: Car ce n'est point par notre épée que nous possédonscette terre. Ce n'est point notre bras qui nous a sauvés, c'eut sa droite, c'est son bras saint, parce qu'il lui a plu de nous être favorable. Il est donc juste que comme ii

|., RÉFUTATION DE LA RÉPONSE L'UN MINISTRE. 152

nous a assujéti toutes choses, nous assujélissions aussi à comme vous savez, aux monastères et aux églises la dhne lui et nous et nos âmes, et que nons nous efforcions de de toutes ses terres. Et Alurède, mon trisaïeul, pour enrifaire en sorte que ceux qu'il a soumis à notre pouvoir se ctiir l'Église , n'épargna ni ses trésors , ni son patrisoumeltcnt à l'observation de ses lois. C'est un devoir qui moine, ni ses revenus. Vous n'ignorez pas aussi combien

soumettent

me regarde en particulier de traiter les Iniques avec une entière équité ; de juger les différends qui arrivent entre tes particuliers selon les règles d'une exacte justice ; de punir les sacrilèges ; de réprimer les séditieux ; de délivrer le pauvre de la main de ceux qui sont plus puissants , et les nécessiteux de ceux qui les oppriment, et qui leur ravissent leurs biens : mais il est aussi de mon

mon aïeul le vieil Edouard a fait de dons aux églises, et vous devez vous ressouvenir de tous les présents dont mon père et mon frère ont enrichi les autels de Jésus- Christ. 0 Dunstan ! le père des pères , contemplez , je vous prie , les yeux de mon père arrêtés sur vous du haut du ciel, et de ce séjour de gloire oie il est. Écoulez les plaintes qu'il fait retentir à vos oreilles avec un sen-

devoir d'avoir soin des ministres de l'Église, des troupes liment plein de piété : Vous m'avez donné, à père Dun-

de moines, des compagnies de vierges ; de pourvoir à leurs nécessités, et à les faire vivre en paix et en repos... il est aussi nécessaire que nous examinions les mœurs de toutes ces personnes, sielles vivent chastement (1); si elles secondnisent dans l'honnêteté à l'égard de ceux de dehors; .<:t elles s'acquittent soigneusement de l'office divin ; si elles

stan ! un conseil salutaire de bâtir des monastères, d'édifier des églises ; vous m'avez assisté dans ce dessein , et vous avez coopéré avec moi dans toutes ces actions de piété; je vous ai choisi pour mon pasteur, pour mon père , pour l'évêque de mon âme , pour le directeur de ma conscience. Quand est-ce que je ne vous ai pas obéi?

sont assidues à instruire le peuple ; si elles sont sobres dans quels trésors ai-je préférés à vos conseils ? quelles terres leur manger, modestes dans leurs habits, discrètes dans n'ai je point méprisées quand vous me l'avez ordonné? leurs jugements. Permettez-moi devousdire,mesrévérends Lorsque vous avez jugé qu'il fallait donner quelque pères, que si vous aviez eu autant de soin que vous le deviez de toutes ces choses , on ne nous rapporterait pas tant de choses abominables de la vie des ecclésiaslitiques. Il représente ensuite d'une manière lorte et pathétique les désordres des ecclcsiasliques ; puis, s'adressant aux évoques : Animez-vous de zèle , leur

chose aux pauvres , vous m'y avez toujours trouvé disposé ; lorsque vous avez cru qu'il fallait faire du bien aux églises, je n'ai pas différé de le faire ; lorsque vous vous plaigniez qu'il manquait quelque chose aux religieux et aux ecclésiastiques , j'y ai incontinent suppléé. Vous me disiez que c'était une aumône éternelle que celle dlt-il, prêtres du Seigneur , animez-vous de zèle , pour qui est faite aux monastères et aux églises pour l'entre-

Ics voies du Seigneur et pour la justice de notre Dieu. Il est temps de s'élever contre ceux qui ont dissipé la loi de Dieu. Vous avez le glaive de Pierre dans les mains, et moi j'ai celui de Constantin. Joignons-nous ensemble. Unissons ces deux glaives pour chasser les lépreux hors du camp de Dieu , pour purifier le sanctuaire du Seigneur; afin qu'il n'y ait au service du temple que de véritables enfants de Lévi, qui dit à son père et à sa mère qu'il ne les connaissait pas, et à ses frères qu'ils lui étaient inconnus. Faites par vos soins que nous ne nous repentions point d'avoir fait ce que nous avons fait; d'avoir donné ce que nous avons donné , comme nous ferions sans doute si nous voyions que notre libéralité n'est pas employée au service de Dieu , nviis qu'elle ne sert qu'à entretenir le luxe des ecclésiastiques vicieux, qui en abusent avec une licence impunie.

Que vos cœurs soient touchés par les reliques des saints, dont ils se moquent avec insolence; par les saints autels, qu'ils profanent indignement. Qu'ils soient touches par la piété des rois qui nous ont précédé , de la libéralité desquels le dérèglement des ecclésiastiques fait vn si mauvais usage. Mon bisaïeul Edouard (2) donna ,

(1) Au lieu de ces paroles : De quorum omniu/u nwribus nos spectat examen, que Ton a traduites, il Tant peut-être lire : De quorum omnium nwribus ad VUS sy.eclat examen.

("2) Il y a quelque faute dans les noms des rois in;u(iués ou ce passage; en voici le véritable ordre : yEiiicvuipliiis, trisaïeul; yElcsianus, bisaïeul; Eduar- ('usSemitr, aïeul ; Acielstaniis, premier fils d'Édoua-d; Fdnunidiis, son deuxième lils; Elrède, son Iroisièniu lils; Eduiuus, premier fils d'Edmudus; Edgar, soft second (ib.

tien des serviteurs et des servantes de Dieu, et pour être distribuée aux pauvres s'il en reste quelque chose , et qu'il n'y avait point de charité plus fructueuse que cellelà. 0 l'aumône précieuse! ô le digne prix de mon âme! è te salutaire remède de mes péchés , qui est employé au luxe des courtisanes que les ecclésiastiques entretiennent !

Voilà, mon père, le fruit de mes aumônes et l'effet de vos promesses; que répondrez-vous à cette plainte? Je le sais et j'en suis persuadé, lorsque vous voyiez le voleur, vous ne couriez pus avec lui , et vous n'avez point voulu avoir de part avec les adultères : vous les avez priés, vous les avez conjurés de cfianger de vie, vous les avez confondus. Ils ont méprisé vos paroles , il en faut venir à la punition, et la puissance royale ne vous manquera pas en cela. Vous avez avec vous le vénérable père Etelivode, évêque de Wintchester ; vous avez le révérend Oswalde, évêque de Worcester. Je vous charge de cette affaire, et de donner ordre que ceux qui mènent une vie scandaleuse soient chassés des églises, et que l'on substitue en leur place des personnes qui mènent une vie régulière.

Ce ne furent point de vaines menaces, la chose fut exécutée selon le dessein de ce roi. Un assembla un concile général de toute l'Angleterre , où elle fut ordonnée juridiquement ; et ensuite les ecclésiastiques déréglés furent chassés , et ne furent point rétablis, quelques efforts qu'ils fissent pour rentrer. L'on fit depuis plusieurs règlements salutaires sous le nom du roi Edgar. Ainsi réglise d'Angleterre fut heureu seraient réformée par les soins de ces saints évêque»

155 PART. m. CIIAP. Vil. ÉTAT DE L'ÉGLISE D'ANGLETERRE, etc., AU X' SIÈCLE. 154

et par !e zèle admirable de ce roi ; et bien loin qu'elle se soit déréglée durant ce siècle , Ton y corrigea les déréglcmenls de plusieurs siècles. Celle réforme ne servit [)as seulement aux mœurs , mais aussi à la doctrine , puisque l'on s:\it que l'ignorance accompngne toujours le désordre. Et de plus, il est. re-

des prélats se laissant flécbir : le seul Dunslan demeura immobile; et comme tout le monde altendait sa réponse , Tiniage du Crucifix qui était dans le lieu de l'assemblée prononça ces paroles, qui furent entendues de tout le monde : // n'en sera rien „ il n'en sera rien : vous avez bien jugé , et vous feri*;z mal de

marqué expressément dans la Vie de S. Oswald , que changer voire jugement, t Judicàstis benè, mmarelis non

l'on établit en chaque église un religieux savant pour insiruire les autres dans les lettres.

Le zèle de S. Dunslan n'était pas seulement ardent , mais il était ferme et éclairé , comme on le peut voir par la manière généreuse avec laquelle il résista à Tordre du pape, qu'on avait surpris. Il avait excommunié un seigneur qui avait contracté un mariage incestueux, et ce seigneur trompa premièrement le roi, qui s'employa auprès de S. Dunslan afin qu'il le rétablît ; mais S. Dunslan ayant refusé de le faire, il eut recours au pape, duquel il obtint un bref qui ordonnait à S. Dunslan de le reconcilier. S. Dunslan ayant reçu cet ordre du pape , répondit qu'il obéirait volontiers au commandement du pape, pourvu que cet homme eût un véritable repentir de sa faute ; mais qu'il ne soufi'rirail point qu'il demeurât dans son péché, et qu'étant exempt de la discipline de TÉglise il insultât aux prélats et se réjouît de son crime. A Dieu ne plaise, ajouta-t-ii , que pour la considération de quelque homme que ce soit, au pour me mettre à couvert moi-même, je néglige la loi que Jésus-Christ a voulu qu'on gardât dans son Eglise? A'msi ce seigneur, voyant que S. Dunslan était inexorable , fut obligé de venir se présenter humblement dans le concile, nu-

benè. » Quoique ce miracle paraisse assez extraordi naire et qu'on puisse en croire ce qu'on voudra, on doit considérer néanmoins qu'il est rapporté par un auteur contemporain, et qu'il est difficile de supposer un fait de cette nature, dont il devait y avoir tant de témoins.

Enfin ces mêmes ecclésiastiques, poursuivant encore avec opiniâtreté leur rétablissement, le différend fut terminé d'une manière bien étrange ; car Mathieu de Werminsler rapporte, que s'étant tenu un synode à Calne dans une chambre haute , et Dunslan étant violemment atlaquépar plusieurs en faveur des ccclésiasliqncs chassés , le plancher creva et écrasa ou blessa tous ses adversaires , le seul Dunslan étant demeuré sur une poutre sans aucun mal.

Enfin , l'année 988 , Dunslan , chargé d'années et de mérites, passa à une meilleure vie, laissant l'Angleterre dans la triste attente de ses prophéties, (jui ne furent que trop véritables.

Ce saint suffit seul pour relever la gloire de l'Église d'Angleterre durant ce siècle; puisqu'il le comprend tout entier, ou par lui-même, ou par ceux qui ont été liés avec lui. 11 fut ordonné prêtre pur S. EIphègue, qui rendit témoignage, en l'ordonnant, de sa

pieds et en habit de pénitent, et d'y demander pardon sainteté future. Ce fut S. Odoii, archevêque de Can-

de sa faute , en renonçant à ce mariage incestueux. Nous avons vu dans le discours du roi Edgar, qu'il joint à S. Dunslan , pour l'exécution de la réformation de l'Église, Éielwodc, évêque de Wintchester, et Oswalde, évêiiue deWorcester. C'étaient deux grands personnages et deux grands saints : le premier mourut l'an 984 avant S. Dunstan , qui lui prédit sa mort prochaine , aussi bien qu'à l'évêque de Rochester, dans une visite que ces deux évêques lui rendirent ; et l'autre ne mourut qu'après lui , savoir l'an 992. Quant à S. Dunslan il survécut au roi Edgar. Il appuya le droit du jeune prince Edouard, son fils aiiié, contre les prélenlions d'JElfrile , seconde femme d'Edgar , qui voulait faire passer le royaume à son fils Ételfiède. Mais Edouard ayant été assassiné par la malice de celte femme , et ayant fjil plusieurs miracles après sa mort, Dunslan fut contraint de sacrer roi Ételfrède , et en le sacrant il lit une prophétie étonnante des malheurs qui devaient arriver à l'Angleterre et à la maison de ce jeune roi , à cause du crime par lequel il élait entré dans le royaume. Il soutint dans un concile la justice de la réformalion (iui4 avait faite en Angleterre en chassant les ecclésiasti(|ues déréglés, contre ces mêmes ecclésiastiques qui voulaient rentrer dans leurs églises. Et Osbern ou Osbert , chantre de l'église de Canlorbéri , qui a écrii sa vie , rapporte que le roi même et plusieurs

torbéri, qui le consacra évêijue de Worceslcr, changeant, comme nous avons dit, le tilre de cette église en celui de l'église de Canlorbéri. Il consacra lui^ même S. Elphègue en la place de S. Étclv^rode po;n' l'évêché de Wintchester. Ce S. Elphègue fut depuis transféré au siège de Canlorbéri, cl il souffrit le martyre l'an 1012 par la cruauté des Danois. Il fut ministre de trois rois, Edmon, Eiréde et Edgar, et il vit toutce qui arriva dans l'Angleterre durant son siècle, et même après sa mort, par le don de prophétie qu'il avait reçu de Dieu. Je crois que tant de choses singulières suffisent pour montrer que l'église d'Angleterre n'a pas été plus malheureuse dans ce siècle que dans les anties; et il n'est pas nécessaire d'y ajouter, pour le relever, que la reine Asuite, mère du roi Edouard, aïeul d'Edgar, et Édite, fille d'Edgar et sœur du jeune prince Edouard , furent célèbres eu sainteté.

Mais puisque nous examinons particulièrement l'état de l'Église de ce siècle par rapport à la doctrine et à la foi, il est bon de remarquer que Guillaume de Malmesbury témoigne que S. Odon, archevêipie de Canlorbéri, convertit plusieurs personnes qui doutaient de la vérité de l'Eucharisiie, en leur faisant voir le pain consacré changé en chair. Auberlin conclut de là qu'il y avait donc plusieurs personnes qni en doutaient. Mais j'en conclus que quelque foi

KÉFUTATION DE LA RÉPONSE D'UN MINISTRE

que l'on ajcuic à ce miracle , il eM certain qtie S.Odon n'eu doniail point, et que le commun de l'Église n'en doutait point aussi. J'en conclus encore que S. Dunstan, lequel Odon noumia. par revelalion divine , à rarclievêclié de Caniorbéri , n'en doutait point aussi, n"clant point croyable qu'il eût rendu un témoignage si avanlagcux à un homme qui aurait clé dans une opinion diiïérenie de la sienne sur le sujet de l'Eucharislie. J'en conclus que S. Elphèguc, qne S. Dunslan choisit aussi, par une révélation parliculièrc, pour être évoque de Wintchestcr, et qui fut depuis archevêque de Caniorbéri , était dans le même sentiment que S. Dunslan ; puisfpie Dieu ne communique ordinairement ses lumières prophétiques qu'à des saints, et ne fait élire ainsi que des saints et des pasteurs orthodoxes. Nous voilà donc arrivés pur ces trois témoins à 23 ans près de la publication de l'hérésie de Bérenger.

Mais il n'est pas besoin d'argument dans une chose si claire. Toute l'Angleterre suivit le parti de l'Église romaine contre Bérenger, et se trouva dans la créance de la présence réelle , lorsque son hérésie commença d'éclater dans le monde. Elle y avait donc été instruite

ciples de ceux du IX'. Glaber remarque aussi que ce YiH, comme un très- sage serviteur de Dieu, fut toujours l'amateur des humbles et l'ennemi des superbes; et que lorsque quelque siège épiscopal venait à vaquer dans son royaume , il avait un extrême soin qu'on y établît un pasteur qui en fût digne , de quelque basse naissance qu'il pût être, plutôt que d'y élever des personnes nobles, qui ne se relevaient que par la pompe séculière. H est donc croyable qu'ayant régné assez longtemps, il remplit toute la France de bons prélats , et qu'ainsi l'église de Franco ne pouvait être fort déréglée durant son règne ; ce qui rend la condamnation de Bérenger plus authentique, puisque son erreur a été rejetée par ces saints prélats que le roi Robert avait établis dans l'Église. Mais de peur qu'on ne dise que ces bons évêques n'appartiennent pas au X* siècle, quoiqu'ils y aient été élevés, l'on peut montrer par des preuves positives, et qui ne doivent point être suspectes aux ministres, que les prélats de France n'étaient point au X* siècle dans cette ignorance monstrueuse dont les ministres les accusent.

L'an 99-2 on célébra un concile à Reims pour ju-

par les évêques du X' siècle, et particulièrement par gcr de la cause d'Arnulphe, qui y fut déposé. Il n'y a

S. Dunstan, qui avait élé le père des évéïiuesetde l'église d'Angleterre durant la plus grande partie de ce siècle. Ce saint avait été instruit par ceux du IX' siècle. 11 est sans apparence qu'il ait changé lui-même de sentiment, ni qu'il ail souffert que l'église d'Angleterre en changeât de son temps. 11 n'a pu ignorer l'introduclion d'une nouvelle opinion : il a eu assez de zèle et d'autorité pour l'cmpècher. Cependant il n'est fait aucune mention dans sa Vie, écrite assez exactement, qu'il ait eu le moindre soupçon qu'il s'introduisît de son temps aucun sentiment contraire à la doctrine de l'Église. EUle n'a donc reçu durant ce siècle aucun changement ni aucune altération dans l'Angleterre; el par conséquent, comme la créance de la présence réelle se trouva établie dans toute celle île au temps de Bérenger, et fui défendue par le célèbre Lanfranc , archevêque de Caniorbéri, il est indubitable que celle église était dans la même créance au X* siècle , et qu'elle y éiail sans innova-

qu'à voir les actes de ce concile pour reconnaître que ces évoques étaient très-habiles dans la discipline de l'Église et dans la science de l'antiquité. Ils souliennenl formellement q>ie le pape ne peut rien contre les canons, lis défendent le droit qu'ont les synodes de déposer les évêques sans appel, lorsque ces évêques s'en sont rapportés au jugement du synode, suivant cette maxime: Ab eleclis judicibus appellare non licel. M. de Maica, qui examine en particulier tout ce qui fut agité dans ce concile, fait voir que l'on n'y fil rien que de très-légitime et de Irès-conforme à la discipline de l'Église, et que les évêques qui y assistaient en étaient très-insîruits.

Aussi Arnulphe , évê(iue d'Orléans , représentant dans ce synode les désordres horribles de l'église particulière de Rome, que Baronius reconnaît el déplore en tant de lieux, fait voir que cette corruption ne s'était point répandue dans toute l'Église, et qu'il y avait durant ce siècle une infinité de saints et sa-

lion et sans changement, n'ayant fait que conserver ■ vanls prélats dans l'élendue du christianisme : Cerlè

h foi dans laquelle elle avait été instruite par ceux du l\° siècle.

Après l'Angleterre, il est juste de faire réflexion sur l'église de France, qui nous fournit aussi un saint roi, qui est Robert, lequel a passé dans ce siècle 50 années de sa vie, étant mort l'an 1031 , âgé de 67 ans. Nous avons déjà remarqué que ce roi , qui est appelé par Glaber doclissimus et cliristianissinius , (il brûler à Orléans, l'an 1017, des hérétiques qui enseignaient, entre autres erreurs, que le pain consacré n'était point véritablement changé au corps et au sang de Jésus-Christ. Celait donc déjà une opinion reconnue pour hérétique du lemps de ce prince si religieux, et qui avail élé instruit par des personnes qui avaient passé loule leur vie dans le X' siècle, et étaient dis-

in Belgio et Germaniâ , quœ vicinœ nobis sunt, sunimos sacerdoles Dei in religione admodùm prœstantes inveniri, in hoc sacro conventu testes quidam sunt.

Cette connaissance des droits des évêques n'esl pas une petite marque de la science des prélats, el l'ou en trouve encore dans ce siècle un. exemple remarquable. Foulque, comte d'Anjou, ayant fait bâtir une église magnifique, ne put obtenir de l'archevêque de Tours qu'il la dédiât, cet archevêque lui ayant répondu que lorsqu'il aurait satisfait au dommage qu'il avait fait à l'Église , il iserait en étal de faire à Dieu des offrandes de son propre bien. Ce refus obligea ce comte d'aller à Rome , où , par le moyen de l'argent qu'il donna aux officiers de la cour de Rome, il obtint du pape qu'il y envoyât une personne pour la consa^

157 PART. m. CIIAP. VII. ÉTAT DE L'ÉGLISE D'ANGLETERRE, etc., AU X' SIÈCLE. foS

" crer sans la participation de l'archevêque. L'ordre en fui donné à Pierre, cardinal, qui se mil en devoir de l'exécuter. Les prélats deFrance, dit GhheT, ayant appris cet ordre du pape , furent tous persuadés que cette présomption sacrilège était un effet d'une aveugle avarice. Ils détestèrent tous cet attentat, estimant que c'était une chose tout à fait indigne ^ que celui qui gouvernail te Siège apostolique violât le premier l'ordre établi par les Apôtres et par les canons ; la coutume de l'Église , fondée sur une infinité d'autorités de l'antiquité f défendant aux évêques de faire aucun acte de juridiction dans le diocèse d'un autre , si l'évêque qui y réside ne le permet. Glabcr ajoute que ce cardinal ayant passé outre, nonobstant celle opposition générale des évêques à la dédicace de cotte église , elle lomba le jour même qu'on la consacra , ei que personne ne douta que ce ne lût une punition visible de Dieu contre celle entreprise illégitime. Encore , dit Glaber, que le pontife romain soit le plus révéré de tous les évêques à cause de la digtiité du Siège apostolique, il ne lui est pas néanmoins permis de violer ce qui est prescrit par les canons; car, comme chaque évêque d'une église orthodoxe est l'époux de cette église et représente le Sauveur du monde, il n'est jamais permis à ttn évêque d'entreprendre sur le diocèse d'un autre avec insolence. Voilà quels étaient en ce temps-là les sciilimenls de l'église de France sur ce point si délicat, dans lequel ils eussent été facilement emportés pur les préleniions des papes, s'ils ne se fussent soutenus par la science de ranti(|uiié.

Il paraît aussi par ce récit de Glaber et par le concile de Remis, que les désordres de la cour de Rome étaient délestés en ce temps-là dans l'église de Fiance et qu'ain-si elle n'y participait pas, et ne les imitait pas. Aussi il est rapporté dans la vie d'Abbo, abbé de S. Benoît-sur-Loire, qu'étant allé à Rome pour y obtenir la confirmation de quelques privilèges de sa maison , cl y ayant trouvé le pape Jean XY autre qu'il ne devait être, possédé de l'avarice ; mettant toutes choses en vente, il l'eut en exécration et qu'ayant visité les églises des saints pour y faire ses prières , il s'en revint en son monastère : Queni execratus, perlustraiis orationîs gratiâ sanctorum locis , ad sua rediil.

Mais pour montrer que les désordres n'ont jamais é!é tels dans l'église de France, qu'il ne s'y soit tiouvé plusieurs grands évêques, qui s'y opposaient de toute leur force, et qui faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour en arrêter le cours, il ne faut que lire le concile de Trosly tenu l'an 909, c'est-à-dire, presqu'au commencement du X* siècle, par Hervé, archevêque de Reims et ses suffragants. On y voit première- «tient par les plaintes que les évêques font contre les rlcsordres, qu'à la vérité il y en avait beaucoup ; mais on y voit en même temps que ces désordres n'étaient pas nés dans le X* siècle, et qu'ils y étaient passés du iX' et des siècles précédents , et que ce fut au contraire dans le X" que l'on s'efforça d'y remédier sérieusement. On y voit en second lieu que ces désordres n'empêchaient pas qu'il n'y eût eu France plu-

sieurs évêques remplis de l'esprit et de la science ecclésiastique, très instruits dans les conciles et dans la dacirine des Pérès , et qui ne cédaient en rien à ceux qui ont réformé l'Église de France sous Charleniagne et sous Louis-le-Débonnaire. Ils y font paraître partout un amour ardent pour la discipline, un zèle épiscopal pour le salut des âmes, et une extrême douleur des maux de l'Église. Enfin ils y témoignent beaucoup de vigilance pour la pureté de la foi , en exhortant les évêques à consulter les livres des Pères et les divines Écritures , pour convaincre l'erreur de Photius contre le S.-Espril , que le pape leur avait écrit avoir beaucoup de sectateurs en Orient. Sanè ^ disent-ils, quia innotuit nobis sancta Sedes Aposlolica, adhuc errores blasphemiasque cujusdam vigere Pholii in panibus orientis in Spiritum sanclum, qubd non à Filio, nisi à Pâtre tuntum procédât blasphémantes , hortamur vestram fratcrnitatem unà mecum , ut secundiim admonitionem Domini Romanœ Sedis , singuli nostnm perspectis catholicorum Palrum sentenliis, de divinœ Scripturœ pliaretris , actitas proferamus sagillas potentis, ad confodiendam belluam monstri renascentis, et ad conterendum caput nequissimi serpentis. Esl-il croyable que s'il se fût élevé en ce temps- là même une nouvelle erreur parmi les fidèles, ces évêques instruits dans le IX' siècle ne s'en fussent pas aperçus , et qu'ils eussent été chercher des erreurs des Grecs, qui n'étaient point répandues en France , pour les condamner, et pour se préparer à les réfuter plutôt que d'empêcher l'introduction d'une superstition damnable, comme le serait sans doute l'opinion de la présence réelle, si ce n'avait pas toujours été la foi de l'Église, et si ce n'eût pas été celle de ces saints évêques? Les plaintes que ces évêques font au chapitre 3 du dérèglement des monastères , nous donne lieu de remarquer ici qu'on ne peut pas en accuser le X' siècle; puisque l'on voit que ces évêques le représentent aussi grand qu'il peut êlre dès le commencement de ce siècle. Mais c'est avec raison qu'on peut alléguer pour le relever, la réformation qui se fit dans ce siècle d'un très-grand nombre de monastères , et principalement en France, par des saints que Dieu suscita cxlraordinairement pour conserver dans l'Église l'esprit de pénitence et de sainteté.

Saint Gérard, né de la famille des ducs de Lorraine, s'éiant d'abord rangé à la vie solitaire, s'employa ensuite très-utilement à la réforme des monastères, et il en réduisit jusqu'à dix-huit à une observance régulière, lesquels il gouverna pendant sa vie. Adalbéro, évêque de Metz, frère du duc Frédéric, travailla avec un zèle très-ardent à la réforme des monastères de son diocèse, en commençant par celui de Gorzie; ot il remit, dit Sigebert, dans le bon chemin ceux qui faisaient profession de la vie monastique. Tous ceux qui voulaient renoncer au siècle pour se soumettre nu doux joug de Jésus-Christ, apprenaient dans la sainte retraite de ce monastère, combien ils devaient être doux et humbles de cœur à l'exemple de leur maître. Ceux qui quittaient la profession des armes pour s'enrôler dans cette

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milice spiritu-slle , venaient y faire leur apprentissage. Ceux d'entre les ecclésiastiques qui voulaient monter à un plus liaut degré d'kumililé, méritaient d'y voir, non pas en songe, comme Jacob, mais en vérité, une éclielle qui tuuchail jusqu'aux deux, par où les anges du Seigneur montaient gl descendaient. Ainsi la ferveur de la dévotion de celle maison répandant ses flammes de toutes paris, lûule la noblesse, les magistrats , et généralement toutes sortes de personnes , sans distinction tii de condition ni d'âge, y accouraient, et personne ne croyait avoir appris les premiers commencements de la vie religieuse, i'il n'avait passé dans le monastère de Gorzie.

M;iis celle réforme n'est pas néanmoins considérable en comparaison de celle qui se fit en ce siècle par le moyen des saints abbés de Cluny, qui travaillèrent avec une bénédiction particulière à rétablir la discipline monasiique dans plusieurs maisons de l'ordre de S. Benoît, non seulement en France mais aussi en Italie. Le premier abbé de cette illustre maison fui S. Bcrnon , et il la fonda en partie des biens d'une comtesse son aïeule, cl en partie par la liiiëialilé de Guillaume, comte d'Auvergne et duc d'Aquitaine. La manière dont ce prince fit donation à ce monasière de divers biens , et du lieu même de Cluny, est si pleine de piéîé, qu'elle mérite d'être rapporiée, pour montrer que les maximes de TÉvangilc étaient tout autrement vivantes en ce temps-là dans l'esprit même des grands du monde, qu'elles ne le sont à présent. La providence de Dieu, dit ce duc , a pourvu au salut des riches, en leur donnant moyen de mériter des récompenses éternelles par le bon usage dea choses temporelles qu'ils possèdent. C'est ce que l'Écriture nous fait voir en nous assurant que les richesses de l'homme sont la rédemption de son âme. Ce que considérant avec grand soin, moi, Guillaume, par la bonté de Dieu , comte et duc , et désirant donner ordre à mon salut pendant que je le puis , j'ai jugé qu'il était juste et même nécessaire d'employer pour le salut de mon âme quelque partie des biens temporels que je possède, de peur que je tic sois repris au jour du jugement d'avoir consumé tout mon bien pour le soin de mon corps; et je ne crois pas pouvoir mieux exécuter ce dessein, qu'en me faisant amis les pauvres du Seigneur, selon le commandement du Seigneur, et en nourrissant de mon bien des personnes qui mènent une vie régulière dans un monastère, afin que l'aumône que je désire faire à Dieu, ne dure pas pour un temps seulement , mais qu'elle soit en quelque sorte perpétuelle. C'est ce que je prétends faire dans cette foi et dans cette espérance, qu'encore que je n'aie pas assez de force pour mépriser toutes les choses du monde, je ne laisserai pas de participer à la récompense des justes, en recevant dans ma maison des personnes qui ont méprisé le monde. S. Bernon étant mon l'an i)12, le grand S. Odon fut élu pour son successeur, et il est considéré par S. Bernard comm» le premier abbé de cette maison , à cause de Tcclat exiraordinaire de sa sainteté. Il fut bonoré par les rois cl par les papes ; il fut obligé de faire divers voyages à Rome pour le service du Sairiî-Siége, et

IIEFUTATION DE LA REPONSE D'UN MINISTRE. m

mourut l'an 9'i2, après avoir réformé plusieurs monastères.

Il eut pour successeur Ademar, dont S. Odilon relève la simpliciié religieuse et l'innocence cbrélienne ; et Ademar, S. Maycul, qui fut particulièrement bonoré par Hugues-Capet, et servit beaucoup à étendre la ré.formation en divers monastères de France. Ce saint abbé étant mort l'an 993, S. Odilon fut élu en sa place par le commun consentement de toute la congrégation , et la gouverna l'espace de 56 ans, selon Pierre de Damien : ainsi il vit la naissance et le progrès de l'bérésie de Bérenger. II suffit de dire qu'il fut révéré des papes, des empereurs, des rois et de tous les grands hommes de son temps.

Je lapporte toute celte suite de saints abbés de Clnny, parce qu'elle est extrêmement considérable pour faire connaître l'extravagance de celte innovalion prétendue , que les îninistres nous veulent figurer être arrivée dans ce siècle. Ils ont lous vécu non seulement sous la même règle, mais dans une même maison. Ils sont disciples les uns des autres. S. Odilon a été élevé et instruit par S. Mayeul, S. Mayeul par Ademar et par S. Odon , et S. Odon par S. Bernon. Odilon a vu Bérenger. Il a vu le bruit de son bérésie , et ni ce saint , ni aucun monastère de sou ordre n'en a été empesté; ainsi sa foi ne peut pas être douteuse.

Je demande s'il est croyable que S. Odilon eût une autre créance que celle qu'avait S. Mayeul, si S. Rîaycul eu avait une autre que S. Odon, et si S. Odon en avait une autre que S. Bernon , et que l'Église du IX' siècle, dans lequel ils ont lous deux été instruits, et où ils ont passé une partie de leur vie.

Cependant, puisque toute la congrégation de Cluny se trouve dans la créance catholique dans le XI* siècle , si l'on supposait qu'il se fût fait quoique innovation dans l'Église sur le fait de l'Eucharistie , il faudrait dire qu'il s'en est fait aussi une dans cette congrégation particulière , et que ces premiers religieux de cet ordre ayant été instruits dans la créance de l'absence réelle , les autres eussent abandonné leur sentiment sur un des points les plus importants de la religion chrétienne. Mais c'est ce que l'on ne peut dire sans folie , puisque les derniers ont révéré les premiers, non seulement comme leurs pères, mais comme des saints ; et qu'ils ont fait ce qu'ils ont pu pour les faire révérer à toute l'Église, au lieu qu'ils eussent été obligés de les regarder comme des personnes qui auraient vécu dans l'illusion. Outre que, comme nous avons souvent remarqué, ils n'auraient pu perdre la mémoire de ce changement, qui serait arrivé ou dans leurs personnes mêmes, ou dans celles de ceux qui les avaient précédés de peu de temps; et ainsi ils auraient servi de témoins à Bérenger, et ils lui auraient donné lieu d'accuser de nouveauté l'opinion commune de l'Eglise de son temps.

Que s'il est impossible de concevoir ce changement tl-ms une seule congrégation de l'Église , que l'on

,!-|e combien il est ridicule de l'admettre dans tout. lEjlise!

PART. 1!I. CIIAP. VU. ÉTAT EE LEGLISE D'ANGLETERRE, etc., AU X* SIECLE. 102

Nous ne nous arrêterons pas beaucoup à considérer rétatde l'Espagne, parce que cette église a gémi durant tout ce siècle dans sa plus grande partie sous la tyrannie des Sarrasins , et que les rois catlsoliqucs qui restaient ont été occupés dans des guerres conii nuclles contre eux , ce qui leur donnait moins de moyen de s'appliquer à la réformaiion de rÉglise. Néanmoins on ne peut reprocher à cette Église aucuns désordres plus grands dans ce siècle que dans les autres, et on a lieu de la relever par plusieurs martyrs qui ont souffert généreusement pour la loi de Jésus-Clirist; par plusieurs saints évêiiues , comme Gennadius , évêque de Zamory ; Allilan , évoque d'Aslurie , et Rudesinde , évêque de Compostelle ; par plusieurs princes religieux et vaillants, qui ont généreusement défendu avec peu de forces et leur royaume et la religion chrétienne contre la puissance des Arabes qui était beaucoup plus grande.

Alphonse'le-Grand , si célèbre dans les histoires d'Espagne , et qui a laissé à la postérité cet exemple si rare de modestie d'avoir mieux aimé céder le royaume à son fils qui s'était révolté contre lui , et lui servir ensuite de capitaine, que d'exposer son état à une guerre civile qui l'eût ruiné, occupe les premières années de ce siècle jnsqu'eu l'an 912 auquel il mourut. Ordonius, son second fils, qui lui succéda peu de temps après, est loué pour sa piété, et il est dit de lui qu'il changea son palais en église. Les historiens d'Espagne attribuent la grande victoire du roi Ramire sur les Sarrasins à son zèle pour la religion , et certainement on ne peut rien voir de plus chrétien que sa mort. Il voulut se dépouiller de son royaume avant que de mourir, et prévenir, par ce renoncement volontaire, l'état où la nécessité de la nature l'allait réduire. On voit divers exemples de piété dans les autres rois. Le roi Vérémond rétablit dés le commencement de son règne l'observation des canons et des décrets des papes. Et quoiqu'il l'ail depuis déshonoré par quelques violences , il répara le scandale qu'il avait causé par une pénitence si publique qu'elle est même marquée dans son épitaphe en ces termes : Vérémond , fils d" Ordonius , offrit à Dieu à la fin de sa vie une digne pénitence , et mourut en paix. Enfin on ne voit rien dans l'histoire de cette église qui ait pu y favoriser l'introduction imperceptible d'une nouvelle hérésie contraire à la créance ancienne.

Il ne reste plus que l'Italie à examiner, et il (iiut avouer qu'une partie des reproches que lîaronius fai. en général contre ce siècle est véritable de l'église particulière de Rome, et qu'il n'y a rien de plus horrible que la vie de plusieurs papes de ce temps-là.

fert l'établissement d'une nouvelle hérésie sans s'y opposer.

Nous avons déjà remarqué que le monastère de S. Bon'iface à Rome , où saint Adelbert se retira , était très-réglé , et qu'il y avait en même temps huit saints abbés , quatre Grecs et quatre Latins. Croit-on (|iie ces saints n'eussent point de zèle pour la foi de l'Église , ou qu'ils ne la connussent pas?

Aligerne,27* abbé du Mont-Cassin, mourutenl'an 988, ajirès avoir gouverné ce monastère, le premier de l'ordre, l'espace de 50 ans. D'où il s'ensuit (ju'il avait vécu presque tout ce siècle. 11 est extraordinairement loué pour ses vertus par tous ceux qui parlent de lui , et particulièrement par l'auteur de la vie de S. Nil.

La vertu de cet abbé est une preuve suffisante de celle de son monastère , qu'il n'aurait pas laissé dans le dérèglement ; et ceux qui savent qu'en ce temps-là les monastères étaient des académies de la science ecclésiastique , aussi bien que de la vertu chrétienne, et que presque tons les écrits de ces siècles ont clé faits par des religieux , ne douieront point qu'il n'y eût sous la discipline d'Aligerne benncoiip de religieux zélés pour la foi, et capables de la défendre, si elle eût été attaquée.

L'illustre S. Nil , Grec d'origine , mais né dans la Calabre, remplit aussi une grande partie de ce siècle. Et il peut servir de témoin du parfait consentement de l'église grecque avec l'église latine sur le sujet de l'Encluirisiie , puisqu'ayant puisé sa doctrine dans les livres des pères grecs , et dans les inslruciions ordinaires de l'église grecque , il a toujours vécu dans l'église latine, ayant été lié d'amitié particulière avec les religieux du Mont-Cassin, qui lui donnèrent même un monastère pour y habiter. Ce saint vint plusieurs fois à Rome, et il fut révéré par Olhon III , auquel il donna sa bénédiction. Y a-t-il de l'apparence que sa foi lût différente de celle de l'église latine, avec laquelle il était si uni , et qu'il manquât ou de, lumière pour découvrir les altérations qui s y fussent glissées, ou de zèle pour s'y opposer.

Il y avait aussi en ce temps en divers lieux de l'Italie plusieurs évêques célèbres en piété, et qui ont même été canonisés après leur mort, comme le témoigne Pierre de Damien dans sa lettre 17 : Nosirà quippe œtate, d\t-\\ , bmti viri , Romvaldus Cnmerinensis, Amiens Rumibonensis , Guido Pompesiarus , Firivaniis Firmensis , et quamplures olii, sanctœ conversationis studio floruerunt, super quorum videlicel veneranda cadavcra , ex sacerdolalis concilii auctoritale , sacra sunt altaria erecta , ubi nimirùm divina mysleria mira^ cutis exigentibus offeruntur. Et il fait ensuite mention

Mais si cette corruption donne lieu de gémir pour du bienheureux Arduin, prêtre qui était en ce temps-

cette église, elle ne donne pas lieu d'en conclure qu'elle ait pu favoriser l'introduction d'une erreur , ce dérèglement n'ayant point été si grand , qu'il n'y eut encore assez de personnes en Italie même capables de soutenir la foi, et qui n'eussent jamais souf-

là célèbre par ses miracles. Mais Dieu a particulièrement voulu relever en ce siècle l'église d'Italie par le grand S. Romuald , qui y a renouvelé et surpassé même en quelque sorte par ses prodigieuses austéri lés la vie des premiers ermites de la Thébaïde. Ce saint se fit religieux l'an 971 , et ensuite il embrasa

^Q5 RÉFUTATION DE L<\ UÉPONSE D'UN MiiNISTRE. 164

la vie créniiliqnc, qu'il rélablii dans rOccidciit. Ou qu'elle eût quelque vraisembUince, il faudrait qu'il fît lie peut rien ajouicr à l'ausiériié de la vie qu'il établit voir dans ce siècle un assoupissement universel ; el dans son ordre, et qu'il pratiqua lui-même. Ils mar- c'est ce qu'il ne fera jamais par ces dénombrements

chaienl Ions nu-pieds , dit Pierre de Damicn , étant tout pâles el défigurés ^ se contentant de la plus extrême pauvreté. Quelques-uns s'enfermaient dans leurs cellules , étant aussi morts au monde que s'ils eussent été déjà dans les sépulcres. Tout le monde ignorait là l'usage du vin , même dans les plus grandes maladies. Mais pourquoi parlé-je des religieux , puisque ceux mêmes qui les servaient , et ceux qui gardaient leurs troupeaux , observaient le jeûne et le silence , prenaient la discipline . et demandaient pénitence pour les moindres paroles oiseuses. 0 siècle d'or de Romuald , qui n éprouvait pas à la vérité les tourments des persécuteurs , mais qui n'était pas privé d'un martyre volontaire! 0 siècle vraiment heureux , qui nourrissait sur les montagnes et parmi les bêles tant de citoyens de la céleste Jérusalem! Peut-on s'imaginer que ces religieux tout brûlants de cliarilc ne fussent pas dans la vraie foi touchant le mystère de la cbarilc? Étaient-ils indiffcrcnls aux maux de l'Église , et s'ils eussent su que l'on y semait une bérésie, ne fussent-ils pas aussi bien sortis de leurs retraites pour s'y opposer, qu'ils en sortirent pour aller prêcher TÉvangiie aux nations infidèles? Car ce fut dans l'école de S. Romuald que S. Boniface et ses compagnons conçurent le dessein d'aller prêcher la foi aux barbares pour y trouver le martyre. Et le même désir ayaut enflammé le cœur de S. Romuald, il sortit lui-même de sou monastère dans le même dessein, et il alla bien avant dans la Hongrie, quoique Dieu, qui l'avait destiné" à autre chose, ne lui en ail pas accordé l'accomplissement. Tous ses disciples se trouvèrent dans l'Église romaine , lorsque l'Iiérésie de Bérenger commença de paraître ; et ainsi l'on ne peut douter que ce n'ait été la foi de leur maître S. Romuald , et de tous les saints qui ont vécu avec lui, dont les miracles et la sainteté prouvent assez qu'ils suivaient la vérité.

On pourrait beaucoup plus étendre toutes ces remarques particulières sur l'état des églises de l'Occident durant le X* siècle, et y en ajouter beaucoup d'autres semblables. Mais celles-ci suffisent pour montrer que toutes les déclamations que l'on a accoutumé de faire contre ce siècle sont très-mal fondées , et qu'il n'y a rien de plus ridicule que l'imagination des ministres, qui ont pris sujet de ces reproches vagues que l'on a formés contre ce siècle , d'y placer sans raison et sans apparence leur prétendue innovation dans la créance de l'Eucharistie.

Je sais que comme l'on a ramassé dans cet écrit ce que l'on trouve dans les historiens à l'avantage de ce sièc.e, il serait aisé à l'auteur de la réponse de ramasser aussi ce que l'on a dit au désavantage de ce même siècle, étant certain que l'on trouve du bien et du mal en tous les temps de l'Église. Mais ce ramas qu'il ferait ne conclurait rien du tout contre celui que nous avons fait, et ne lui pourrait servir de rien pour autoriser sa préienlion. Car, afin

de désordres particuliers; au lieu que pour montrer que sa prétention est entièrement hors d'apparence , il surfit de faire voir qu'il y avait dans toutes les provinces chrétiennes plusieurs saints prélats el plusieurs personnes zélées, qui veillaient à la conservalion de la foi , el qui n'eussent jamais souffert l'établissement d'une nouvelle hérésie, sans s'y opposer de toutes leurs forces : et c'est ce que nous avons plus que suffisamment prouvé.

Pour favoriser cette innovation insensible , il faut que toute l'Église y ait contribué. Pour la découvrir et pour l'empêcher il ne fallait qu'un seul homme qui eût excité tous les autres.

Ce serait aussi en vain qu'il exagérerait en l'air l'ignorance de ce siècle , dont il n'a aucune preuve réelle ; puisque , comme nous avons remarqué , l'ignorance ne peut avoir lieu dans le point dont il s'agit. Il faudrait donc qu'il eût recours à Tindifférence , au libertinage et au mépris de la religion , et qu'il en accusât ce siècle. Mais c'est ce qu'il ne saurait faire avec la moindre couleur, étant clair, par ce que nous avons dit, qu'il n'y a guère eu de siècle plus opposé au libertinage et à l'indifférence pour la religion que celui-là : de sorte qu'en quelque manière qu'on considère la prétention des ministres louchant ce changement universel de créance sur le sujet de TEuchacharistie, dont ils accusent ce siècle, elle doit passer au jugement des personnes raisonnables pour la plus extravagante chimère qui soit jamais tombée dans l'esprit des hommes.

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