CHAPITRE YIIL
Que toutes les sectes séparées de PÉglise romaine sont d'accord avec elle sur le sujet de la transsubstantiation, et principalement les Grecs.
L'écrit que l'auteur de la réponse entreprend de réfuter, s'arrêtanl au temps de Bérenger, pour remonter ensuite jusqu'aux premiers siècles, il n'est pas nécessaire pour le défendre d'examiner ce que l'auteur avance touchant les Pélrobusiens, Vaudois, Albigeois , Wiclefistes , llussiies , et les autres qui ont suivi Bérenger. La société de toutes ces personnes ne lui peut être que honteuse, quand il serait vrai qu'elles auraient été dans les sentiments des calvinistes , quoiqu'il fût facile de prouver des Hussiles que l'on leur fait tort de leur imputer celte erreur ; qu'il soit fort douteux si on la doit imputer aux Albigeois, el qu'il soit certain que l'Église n'a pu résider dans toutes ces sectes qui se sont retranchées elles-mêmes de l'unité de l'Église, et qui étaient infectées de plusieurs autres erreurs. Mais on ne se peut pas dispenser de dire quelque chose de la hardiesse avec laquelle l'auteur soutient sur la fin de son écril , que la transsubstantiation et Padoralion du sacrement sont deux choses inconnues à toute la terre, à la -éserve de l'Eglise romaine ; el que ni les Grecs, ni les ÀrtKéniens ,
165 PARS. m. CHAP. Vlil. ACCORD DES SECTES AVEC LÉGLÏSE ROMAINE, etc. 166
ni tes Russes, ni les Jacobites , ni les Éiliiopiens , ni en étnnge dans un prolestanl, el qui ne regarde que les
général aucun chrétien, hormis ceux qui se soumellenl temps plus éloignés.) Et elle es: encore défendue non
au Pape, ne croient rien de ces deux articles. Car en seulement dans l" église latine, mais aussi dans la grec-
vérité ce n'est pas une chose supportable d'avancer que , comme il parait par les nouveaux Grecs, pour ne
des faussetés évidentes avec cette confiance , el sans pas parler <les anciens ; par le Trésor orthodoxe de
en apporter aucune preuve; et l'on ne peut guère Nicétas, par la Panoplie d'Euthijmius, par Nicolas,
S'éloigner davantage de la bonne foi. Cet auteur ne évêque de Methone, par Samonas, évêque de Gaze, pur
peut ignorer que ce qu'on a dit touchant les Grecs et Nicolas Cabasilas, par Marcd'Éphèse et Bessarion, qui
les autres communions séparées ne soit Topinion confessent tous très-ouvert entent la transsubstanlialion
commune non seulement des catholiques, mais aussi des Grecs , et même des protestants et des calvinistes qui agissent sincèrement.
Qu'on demande à tous les Grecs qui sont au monde sl!s sont en différend avec l'Église romaine sur le sujet de l'Eucharistie, ils vous répondront que non. Que l'on demande à tous ceux de la communion du Pape s'ils sont en différend avec les Grecs touchant ce mystère, ils répondront anssi que non. Us se trouvent ensemble en une infinité de lieux, et particulièrement à Venise , et l'on n'a jamais vu (ju'il se soit excité entre eux aucune dispute sur ce point. Peu de temps après que Léon IX eut condamné l'hérésie de Bérenger, Michel Céridarius, patriarche de Conslantinople, écrivit tout ce qu'il put contre l'Église latine. Il était impossible qu'il ignorât une chose aussi célèbre que la condamnation de celte hérésie, puis-
dans leurs ouvrages. Aussi dans le concile de Florence il ne fut pas question si le pain était changé subslanlidlemeni au corps de Jésus-Christ, quoique Kemnitius et plusieurs protestants l'assurent ; mais par quelles paroles ce changement ineffable s'opérait , et si c'était seulement par les paroles du Seigneur, ou s'il y fallait joindre les prières du prêtre et de l'Église. Jérémie, patriarche de Constantinople , dans la Censure de la Confession d'Augsbourq , chap. 10 : t On rapporte sur « ce point, dit-il , plusieurs choses de vous que nous ne f pouvons approuver en aucune sorte, i La doctrine de la sainte Église est donc que dans la cène sacrée , après ta consécration et bénédiction, le pain est changé et passé au corps même de Jésus-Christ , et te vin en son sang., par la vertu du S.-Esprit. Et un peu après : Ce n'est pas que lorsque Jésus Christ donnait la communion à ses disciples il leur donnât la chair qu'il portait.
qu'il y avait encore à l'entour de Rome et dans Rome ou le sang qu'il avait en son corps. Et ce n'est pas aussi
niême plusieurs églises des Grecs ; qu'il y avait dans Conslantinople plusieurs églises des Latins ., et que l'empereur de Conslantinople possédait encore en ce temps-là une partie de Tllalie qui obéissait au patriarche de Constantinople. Cependant cet ennemi si passionné de l'Église occidentale ne s'est jamais avisé de lui reprocher qu'elle errât dans la foi de ce
que, dans l'administration des divins mystères , te corps de Jésus-Christ, qui a été transféré au ciel, en descende , car ce serait un blasphème que de le dire : mais c'est que la matière du sacrement est changée et transformée par la grâce du S.-Esprit, et par l'invocation de celui qui opère et consomme ce sacrement , au vrai corps du Seigneur. Cela se fit dans la cène que Jésus-Christ fit à
mystère, quoiqu'il la déchire outrageusement sur le ses disciples, et cela se fait dan.<i la nôtre. Et ensuite le fcujet des azymes. On voit aussi dans le concile de propre et véritable corps de Jésus-Christ est contenu Florence que l'empereur et les évéques grecs se réu- sous les espèces du pain levé. Il preuve la même chose
nissenl avec le Pape et l'Église latine, après cire convenus sur tous les différends qui les divisaient les wïs des autres, et avoir agité en particulier la question qui regarde les paroles de la consécration; et l'on ne voit point que la doctrine de la ti anssubstantialion qui ne leur pouvait élre inconnue, ni la pratique de l'adoration dont ils étaient témoin: tous les jours , ail jamais été alléguée par aucun évêque grec comme une matière de différend et de dispute. Aussi ce consentement de l'église grecque avec l'église laiine est si notoire et si évident que les prolestants de bonne foi ne s'amusent pas à le contester.
Guillaume Forbésius, évêque d'Edimbourg, l'un des plus savants protestants anglais , et qui avait beaucoup voyagé par toule l'Europe , dans le livre qu'il a fait sous le titre de Considérations modestes et pacifiques sur les controverses, parle de celte sorte touchant le seniimcnt des Grecs modernes sur la transsubstanlialion : Celte même opinion de la transsubstantiation a clé reçue il y a longtemps par un grand nombre de personnes , a quamplukimis, quoique non par tous. (C'est une exception que Ton ne doit pas trouver
par la réponse des Grecs aux questions du cardinal de Guise, imprimée à Bâie, l'an 1571; et il dit qu'il y a peu d'années que, conférant avec un évêque grec qui était assez habile, il soutenait la transsubstantiation trèsclairement, et la prouvait par S. Chrysostôme : « Trans- < substantialionem clarissimè confitebatur , et ex Chryc soslomo tueri conabalur. i II ci le ensuite le témoignage de Gaspar Pucerus, historien et médecin célèbre ; de Sandius , anglais , dans son Miroir de l'Europe, p. 235, où il dit nettement que les Grecs sont d'accord avec les Romains sur la transsubstantiation, sur le sacrifice et sur tout le corps de la messe ; de Poterus, et de Petrus Arcadius. Et c'est pourquoi je ne puis assez m'étonner, dit-il, que Thomas Morlon, évêque, au ù' livre qu'il a fait du sacrement de l'Eucharistie, rue que te patriarche Jérémie ait cru la transsubstantiation , et que pour le prouver il allègue ces paroles tirées des actes des Théologiens de Witembery avec le patriarche Jérémie: t Non enim liic nomims tanltim i communicatio est , sed rei identitas; elenim verè cor- I pus et sanguis Chrisli mysleria sunt, non quod hœc in I (orpvs humumnn transmnlentur, sed nos in ilta uit-
RÉFUTATION DE LA REPONSE D'UN MINISTRE
f lioribus prœvaletitibus. > Car Jérémie ne nie pas, dit Forbcsius , dans ce passage la transmutation du pain au corps de Jésus Christ, mais la transmutation du corps et du sang de Jésus-Christ au corps humain , suivant ce que dit S. Augustin : « Non tu te mutabis in me , sed t ego mutabor in te. »
Brércvod, professeur de Londres, qui a fait un livre de la Diversité des religions, et qui remarque avec soin toutes les clioses, en quoi il prétend qu'elles s'éloignent de la doctrine ou des pratiques de léglise romaine , n'ose pas dire néanmoins que l'église grecque soit en rien diiïércnle de l'église latine sur le sujet de la transsubstantiation. Il ne le prétend point aussi ni des Assyriens ou Mclcliiles, nidesNestoriens, ni des Jacobites ou Euiycliiens, ni des Cophies ou Égyptiens, ni des Abyssins; mais seulement des Arméniens, encore ne se fonde-t-il que sur un passage de Guy-le-Carme, qui est le seul qui leur attribue cette erreur, formellement contraire à leur liturgie. Mais cet auteur devait avoir jugé que l'autorité de Guy-le-Carme ne doit pas être si considérable en cette matière, que celle de Ricardus Armaceims, qui a répondu aux qiieslions des Arméniens, etdcS. Tliomas-d'Aqnin cpii a écrit contre leurs erreurs; ni l'un pi l'autre ne faisant aucune mention de celle-là , non plus que les relations de ceux qui ont voyagé parmi eux, et mêmes celles des luthériens, comme Oléariiis; ou des calvinistes, comme les Hollandais, qui n'auraient pas man(|ué de remarquer cette différence cle la créance des Arméniens de celle de l'Éslise romaine sur ce point, s'ils l'avaient pu faire avec vérité.
Ainsi il doit passer pour constant que toutes les communions scbismaliques d'Orient sont d'accord
avec l'Église romaine sur le point de la transsubstantiation. Et c'est ce qu'Oléarius témoigne formellement dans son voyage de Moscovie à l'égard des Moscovites en ces termes : Ils croient, dit-il , la transsub' stanlialion , c'est-à-dire , que le pain et le vin sont véritablement changés au corps et au sang de Jésus- Christ. On ne trouvera pas néanmoins ces dernières paroles, c'est-à-dire, que le pain et le vin, etc., dans la traduction fiançaise, parcequ'il a plu an traducteur calviniste de les relrancber, s'élant contenlé de mettre les premières : Ils croient la transsubstantiation, mais elles se trouvent dans l'original allemand.
Ainsi l'auteur de la réponse n'est pas excusable de s'opiniâirer à soutenir, comme il fait, que les Grecs et les autres conmiunions scliismatiques ne sont pas d'accord avec l'Église romaine sur le sujet de l'Eucliaristie. Et cette hardiesse à nier les choses les plus évidentes, et les vérités de fait les plus constantes, doit faire connaître à tout le monde , combien il est difficile d'allier la sincérité et la bonne foi, avec la passion de soutenir à quelque prix que ce soit le parti où l'on se trouve engagé. 11 est étrange que ces passions se mêlent dans des disputes, où ceux qui contestent ont tant d'intérêt de trouver la vérité; puisqu'il n'y va de rien moins que d'une éternité de malheurs pour ceux qui ne la trouveront point. Mais l'expérience ne fait que trop voir qu'il n'y en a point où elles se mêlent davantage , ces raisons prises de l'autre monde faisant peu d'impression sur l'esprit des hommes, et celles des iniérêls temporels, et des engagements où l'on est entré, étant d'ordinaire plus fortes et plus puissantes dans les matières de religion que dans aucune autre.
PRÉFACE
SUIl LES DEUX OUVRAGES DE LA PERPÉTUITÉ DE LA FOI DE L'ÉGLISE CATHO- LIQUE TOUCHANT L'EUCHARISTIE.
I. De la (petite) Perpétuité de la foi de VÈglise catholique, touchant V Eucharistie.
VAvis au lecteur, qui est à la tète de la petite Perpuilé , et la Préface de la grande , nous apprennent l'origine et l'occasion de cet ouvrage. Nous avons déjà vu dans XAvis au lecteur qu'il avait été composé pour servir de préfiice à l'o/fice du S.-Sacrement. L'auteur ayant changé de dessein, l'écrit fut supprimé pendant j)rés de deux ans. Ce ne fut que par rencontre qu'on eu donna depuis deux ou trois copies à des persoimes à qui la lecture en pouvait être utde. Une de ces copies éiant tombée entre les mains du ministre Claude, il y fit une réponse , que ses partisans relevèrent exiraordinaireraent, et dont ils multiplièrent les copies presque autant qu'on l'aurait pu faire par l'impres-
sioa. On regarda dès-îors la réplique comme nécessaire. On ne la fit néanmoins que longtemps après, et on n'avait même d'abord d'autre dessein que de la communiquer en manuscrit à ceux qu'on savait avoir lu la réponse du ministre. Mais on fut obligé bientôt après de changer d'avis , pour prévenir un libraire qui avait déjà imprimé la Perpétuité , etc. , en grande partie , avec une infinité de fautes. On crut dès-lors ne devoir point hésiter d'en donner au public une édition exacte, et d'y joindre la réfutation de la réponse que le minisire y avait opposée. Ce projet fut exécuté au mois de juillet 16G4.; l'un et l'autre écrit fut imprimé chez Charles Savreux, en un volume in-12, avec l'approbation de deux docteurs de Sorbonne , et le privilège ordinaire. Un auteur du
fC«; PUÉFACE HISTORIQUE ET CRITiQUE SUR LES DEUX OUVRAGES DE LA PERP. (70
qu'il avait fait en Hollande, peu après IGGO. A peina le livre de la (petite) Perpéiuité avait-il paru, que M. de Ponichàteaii s'empressa de l'envoyer à ce prélat. L'estime qu'il en avait conçue lui faisait désirer ardemment de savoir ce qu'il pcnsnit de cet ouvrage. Il était également curieux d'apprendre l'inipressiorî qu'il aurait faite sur les protestants Hollandais. La lettre qu'il lui écrivit à ce sujet est du 19 décembre 1664.. M. de Neercassel lui répondit le 21 mars de l'année suivante; et, pour preuve du cas qu'il faisait de la Perpétuité, il lui marqua qu'il la faisait tra» duire en hollandais.
Ce prélat alla plus loin. L'estime qu'il avait pour les auteurs de la Perpétuité l'engagea à témoigner à M. de Pontcliàleau le rogret qu'il avait que ces messieurs ne pussent point se livrer totalement aux matières de controverse. Celte ouverture donna lieu à plusieurs lettres, où l'on examina si ces messieurs ne devraient pas préférer décrire sur ces matières, l)hilôl que sur le fait de Jansénius, et sur la signature du Formulaire. M. de Neercassel était pour l'affirmalive. Il voyait de ses yeux le scandale que causaient aux protestants ces misérables disputes, et les avantages qui résulteraient pour l'Église que MM. de P.-P». employassent leur plume contre les hérétiques. M. de Ponicliàteau convenait avec ce prélat de ce dernier objet; mais il était plus à portée que lui de voir les obstacles qui empêchaient ses amis de se livrer à ce genre de travail. Ces obstacles venaient principalement de la nécessité où ils se trouvaient de défendre l'Église contre ses ennemis domestiques. 11 lui avait fait, le 6 février jjrécédcnl, une vive peinture des maux causés par ces ennemis dans le sein de l'Église, et surtout dans celle de France. II comparait cette
UMn|»s (1) nous apprend néanmoins qii'on n'aurait jnfums cbienn ce privilège, par un effet du crédit des advcisaires de MM. de Port-Royal , sans une troisième approbation , d'un boinmc qui n'était nullement sns- |)rcl de les favoriser. C'était M. Grandin , docltMir et ancien professeur de SDrbonne; le clianceli.T Séguier n'ayant voulu l'iiin; expédier le i)rivilcge (jue sur nn billet de ce doclem-, qui certifiait avoir lu l'ouvrage, et n'y avoir ilcn trouvé (pii en cmpècliàl l'impression.
Il y a pou d'écrits (pii aient été reçus du public av c auîanld'applandissemonl qnela petite Perpéiniié. Los éditions en furent multipliées en peu de temps. La cin(iuièmc est de l'an 1672. M. Cbiuile lui-même no put s'empêcher de reconnaître, dans la réponse qu'il y (;t (2), que l'accueil fait à cet ouvrage était si grand, quil mirait été d'fficite d\j rien ajouter ; qiill était écrit d'une manière belle, nette, élégante; et que, s'il ne s'agissait que de la subtilité de l'esprit , et des grâces du langage , on ne pouvait nier , sans injustice, que ce livre n'eut quelque chose de surprenant .
Dans l'une des deux a|)probalions de cet ouvrage, anssi bien que dans le privilège', l'auteur est appelé Dailhélemi ; mais personne n'ignore qu'il fut composé par M. Nicole, de concert avec M. Arnatdd. L'auteur de la Vie du premier l'atteste positivement , et n'est contredit par personne. M. Arnauld paraît luimême convenir , dans la préface du premier volimie de la glande Perpétuité de la foi, et dans plusieurs endroits du corps de l'ouvrage, qu'il n'avait pas eu la même part à la petite Perpétuité qu'.à la grande. Aussi n'y parle-t-il de l'auteur de la première qu'en tierce personne ; au lieu qu'il y parle presque toujours de l'auteur de la seconde en première personne. M. Nicole , de son côté , n'hésite pas à s'attribuer ce
qu'il appelle le petit volume de la Perpétuité (ô), dernière à un vaisseau qui faisait eau de toutes parts.
parce qu'il est constant qu'il l'a écrit.
Quant à la réfutation de laréponse du ministre Claude à la (petite) Perpétuité, renfermée dans le même volume, M. du Fossé l'ailribue à M. Arnauld (4).
Nous ne relèverons pas ici l'excellence de cet ouvrage et les fruits qu'il a produits; nous aurons occasion d'y revenir, en parlant de la grande Perpétuité. On peut voir les éloges qu'en ont faits dans le teni|is 1("S journaux puhlics; l'analyse que M. Dupin en a donnée dans sa Bibliothèque (tome 18), et ce qu'en dit l'auteur de la Vie de M. Nicole ( première partie, chapitre 9). Il suffira de rapporter ici quelques anecdotes peu connues ou éparses en divers écrits. On en trouve plusieurs dans les lettres réciproques de M. de Neercassel, archevêque d'Utrecht, et de M. rabi)é de Pontchâteau. Cet illustre abbé, dont la liaison intime avec MM. Arnauld et Nicole est assez connue, entretenait aussi ime correspondance |iarliculière avec M. de Neercassel, depuis le voyage
(1) Éclaircissement sur un passage de S. Augustin, et/., § 7.
(2) Préface de la seconde édition, page 1. (7)) Apologie de .M. Nicole, page 39.
^5) Mémoires sur MM. de Porl-Koyal, page 523.
P. DE LA F. I
et qu'il était indispensable de radouber, avant de songer à combattre les ennemis extérieurs. M. de Neercasîel ayant insisté, M. de Pontchâteau lui réplifiua , le 22 mai et le 16 juillet de la même année, que les ennemis intérieurs et domestiques étaient actuel' lemenl plus à craindre que les ennemis extérieurs; que d'ailleurs les premiers avaient décrié d'une manière si étrange les auteurs de la Perpétuité, que leurs travaux contre les héréli(iues seraient exposés à une contradiction qui les rendraient inutiles. Ces inconvénienlSi poursuivait-il, seraient encore plus grands, s'il était question , comme le proposait M. de Neercassel , de traiter les autres puinls de controverse, tels, par exemple, que le cuite des suinls, dos rcliiines , des images, etc. il faudrait, dit-il, pour traiter ces matières avec succès, s'écarter de la méthode de plusieurs controversistes , et ne point, comme eux, prendre pour règle de notre croyance les superstitions et les abus ; mais décider ces différends par l'Écriture^ les Pères et la tradition, comme on l'avait fait dans le livre de la Perpétuité. Ce qui donnerait lieu à des chicanes, et à de nouvelles calomnies, auxquelles il ne paraissait pas prudent de s'exposer.
M. de Neercassel sentait la force et la justesse de
'Six)
171 PRÉFACE HISTORIQUE ET CRITIQUE {7î
ces oïiscrvaiions; mais sa siiualion personnelle , au M. Aniaiild d'écrire contre les prolestanis. M. de milieu <le seclcs séparées de l'Église, el la nécessité lîerlliier, évoque de Monlauban, le fit avec des inpressantedc repousser leurs attaques, le faisait son- sîances particulières, dans une lettre à M. Arnauld. vent revenir à son objet. 11 le fil dans sa lettre du 50 évêiitie d'Angers, frère du docteur, du 25 septembre
décembre 1665, en iiisistant sur les fruits merveilleux que le petit livre de la Peiyélnité avait déjà produits, cl en particulier sur la conversion d'une femme de condition, parente de M. Arnauld, qui s'était réfugiée dans les Provinces-Unies, regardant cet exemple comme devant faire une impression particulière sur ce decteiir. Voici cette lettre en son entier , dans la langue qu'elle a élc écrite :
f Liber de fidei Perpeluitale, non minus hic qnàm « in Gallià ferax est conversionuin. Dedi illiid nobili « f(!inin;e , Luletiâ oriundœ ( qiKic etiam Arnaldins; « geniis afiinis, vel sanguine juncta est ) legendum « et dijddicandum ; et eo lecto beresim detesiaia, se- « sc(|ue ad cailiolica; fidei professionem communio- « nemque disponit ; quam tamen profiteri non poterit, 4 niai ronunliet onniibus qu;c possidet , sitque parata
* m->rilum, viruin opulenluni, commodaque omnia et I 'pu)scnmque bonorcs quibus ejus in conjiigio frui- « lur, |)rorsùs relinquere. Hanc calecbumenam ve- « slra; pietati velim commendatam.Quod liber de Per- « [)etuilate fidei inclioaverat in illâ (feminâ) perfecit I postreina epislola quai agit de liaTCsi iin;iginarià ,
< et luculentâ, non minus tamen invictà ratione, de- « monstrat solius catholica; Ecclesiic auctoritati esse I credendum. Dùm adverto qiianio cuni fructu" anii- I corum veslrorum libri loganlur ab bacretieis, vide- I lur mibi à divino Spirilu ipsis insinuari ut conver- « lantur ad génies apostalrices , easqne suis lucu-
< brationibus ad gremiurn revocent Ecclesiae à quâ I extorres languent circa qu.csliones et pugnas veri borum. Spero quôd auctor libri de Perpetuitate fidei
• se suc vindicabit calamo, quo lot sibi peperit victo- « rias, quoi bxresi eripuit animas. Ne crgo lampadeni « alieri tradal , è cnjus manu magis forsan gloriie fu-
1666, qu'il lui envoya par deux ecclésiasîiqucs du diocèse de ce dernier. Je les ai priés devons dire, dit M. de Monlauban, qu^l serait bien nécessaire à la religion que la même plume qui a si solidement écrit de Li Perpétuité de la foi de l'Eucliaristie dans tons les siècles répondit au livre fait contre cet onvraçie par un ministre de cette ville, qui s'appelle Claude. Car, encore que, devant les bons connaisseurs, il n'ait rirn dit sur te fond de la matière, ni de considérable ni de nouveau, ceux de son parti en font du bruit comme d'une composition admirable; ce qui m'obligea à une réfutation que j'en fis la dernière octave du S. Sacrement, que je prêchai, à cet effet, toute entière dans mon éijlise cnlîiédraie. La modestie de M. de iMontauban reng;!ge;iii à :ijou- Icr qu'il n'avait ni les qualités ni IVxercice d'nfi auteur pour entreprendre d'écrire pour le public ce qu'il avait enseigné à son auditoire. La nécessité aurait pu néanmoins le déterminer à le faire, s'il n'avait cru, dit-il, que le savant auteur que le ministre avait attaqué continuerait à défendre l'Église, el vaincrait une seconde fois son adversaire, d'une manière infiniment plus forte et plus autorisée que tout ce qu'un autre aurait pu faire. Si, comme toute la France le croit, continue M. de Monlauban, cette savante plume est de votre docte et éloquente famille, excitez-la h nous donner son prompt et efficace secours. Je vous en prie au nom de tous les catlioliques de ces provinces, et j'ose, de la pan de Dieu, vous en promettre la récompense.
La suite de la même lettre contient des traits particuliers sur la personne gc M. Claude, que nous no croyons pas devoir supprimer.
Je ne dois pas vous taire, poursuit M. de Monlauban, ce que je sais avec évidence, que le ministre Claude, étant ici, lorsqu'il composait son ouvrage, y faisait aussi
I minn quàm veritaiis lumen diffundat. Si quid meye ^^^ cabales qui m'engagèrent à demander au roi de
le chasser de cette ville, comme il l'avait été de celle de Nîmes pour les mêmes raisons ; et qu'il envoyait tous ta ordinaires les feuilles de son livre à un financier huguenot, quia nom Asseri, lequel les rendait à M. Conrat le secrétaire, et au ministre Daillé, qui les corrigeait, et les renvoyait à l'auteur avec tant d'effaçures et de cor-
« adulta. Certus sum quôd islo labore Ecclesia^ gra- rections, qu'ils sont plus dignes de ce nom que du sien.
I tiam et haereseos conversioncm mererenlur et obti- Et en effet, cet lionime n'avait chez lui, durant sa comnerent. Orabo illum in cujus manu cor et cogiialio- position, que les ouvrages de Duplessis Mornai, d'Au-
i apnd amicos vestros ( quos proscquor magno cum
• alTectu,et quos summâ cum veneratione suspicio) « preces valercnt , ipsos supplicarem ut suo calamo i depingerenl Ecclesiai majestatem infallibilis aucto- « rilaiis arce muniiam, oslenderentque quibus è radi-
• cibns ista ejus auctorilas nata adoleverit et vigeat
« nés nostrae, istis viris ut ea inspiret è quibus ego « tanlos pranvideo fructus , ut qui hactenùs iverint et « fleverint mitlentes semma sua, venienles adventuri € sint cum exultatione portantes plurimos animarum « manipules, llli ipsi, quos invidia percalumnias Ge- « nevensibus finxit fœderalos, forsan sunt quos elegit c Doniinus suns ut srripiis Genevam vincant, Eccle- « si3R subjieiantet subjeciam reddant veritatis amore « fcli(^em. IIx>c niea profectô de ipsis opinio, bec vo- < linn, lioc desiderium. >
M. de Necrcasscl ne fut pas le seul qui sollicita
bertin, et de Dlondel. J'ai souvent conféré avec lui, et j'ai trouvé qu'il ne connaissait que ces trois docteurs (i). Sa vie a été d'ailleurs un libertinage perpétuel, ou une intrigue factieuse sansinterruption;grandbuveu-\gratii.
(1) M. l'abbé Renaudot rend témoignage au même fnii. 7/ (M. Claude) a pris d'Aubertin, dit-il '(dans sa Perpéluné),tout ce que ce laborieux ministre avait ramassé, pour expliquer en un sens métaphorique les expressions les plus littérales el les plus cluiresdes anciens auteurs grecs. II ajoute que M. Claude n'avait qu'une tres-médtocre érudition, et que, pour ce qui reqardait iesGrecs,iln'enavaitaucune.Uleprou\eSiU long. Ibid.