‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 44 sur 335 · LA PERPÉTUITÉ DE LA FOL · texte numérisé non relu

LA PERPÉTUITÉ DE LA FOL

de leur jalousie contre les auteurs de la Perpétuité. Le P. Annal lui-même, confesseur de Louis XIV, ne craignit pas de dire à un calviniste , en l'embrassant avec de giandes démonstrations de joie : Vous avez bien frotté les jansénistes (dans la réponse do M. Claude) ; je suis marri qu'ils soient unis avec nous sur ce point ; mais si vous vouliez revenir avec nous sur cet article, nous l'S accablerions sur les autres (1).

M. Arnauld rapporte des faits encore pins extraordinaires sur ce sujet , dans sa lettre au cardinal Cibo du mois de septembre 1677. Après y avoir rappelé divers exemples des calomnies des Jésuites contre lui : < Je ne sais néanmoins, ajoute- t-il , si voire al-

< tesse émin. ne trouvera point que l'animosilé de

< mes ennemis a encore plus éclaté dans la manière « dont ils m'ont traité, quand nous avons commencé a f écrire, un de mes amis (M. Mcolc) et moi, contre « l'hérésie calvinienne. Car il a paru qu'elle était tel- « lement la passion dominante de leur cœur, ([u'ellc a i étouifé tous les sentinicnts d'amour et de zèle qu'ils € dcvaientavoir pour l'Église. On sait que le ministre « Claude ayant répondu au premier livre de la Perpén luilé, qui a été Touvertiire de cette longue dispute, I (l'une manière assez spécieuse, mais qu'on a fait

< voir depuis n'avoir qu'une lausse lueur, sans aucune

< solidité, ils ne purent s'empêcher de témoigner de la i joie de l'avantage (ju'ils croyaient qu'il avait sur « moi; qu'ils contribuèrent à le faire venir à Paris ; j qu'ils levèrent par leur crédit l'obstacle que les u»a- € gisirats avaient mis au débit de son livre ; (ju'il se € vendit publiquement par un libraire catholique de « leurs amis, comme un livre fait contre les jansénisi tes; que la réputation qu'il eut d'abord vint princif paiement de l'estime qu'ils en faisaient en l'élevant I beaucoup au-dessus de ce qu'on avait écrit contre i eux ; cl que ce ministre s'est vanté qu'ils lui avaient € donné des mémoires contre moi, et que c'est ce I qui l'avait porté à me traiter d'homme stispect dans i mon parti môme, et désavoué par mon église. »

Longtemps après , un protestant s'élant avisé de dire que les Jésuites étaient venus au secours de MM. de Port-Royal contre le ministre Claude, M. Arnauld lui répliqua que l'on savait très -bien que ces Pèros avaient plus de liaison avec ce ministre qu'avec l'auteur de la Perj!étui:é, et qu'un homme de la prétendue réforme, disiir.gué par sa naissance, avait dit dans le temps à un catholique de ses amis < qu'il ne

< pouvait pardonner à M. Claude d'avoir pris des Mé- « moires des Jésuites contre MM. de P.-R. (2) > Le P. Quesnel rapporte le même fait dans sa lettre au P. de la Chaise, de Tan 1704 (p. 42) : < Le minisire « Claude, dil-ii, s'est loué, en France et en Hol lande, t des bons offices que vous lui aviez rendus, aussi i bien que d'autres Jésuites, qui lui ont offert des « mémoires pour écrire contre M. Arnauld. Ce doc-

(1) Lettre de M. de Pontchâteau à M. de Neercassel du 22 janvier 1008.

y-1) Apologie pour tes Catholiques, etc., seconde partie, chapitre 7, oualrième faiisselé.

TRÉFACE HISTOniQUE ET CKITIQrE 17fc

;i manière la plus précise dans la niaiiitVe inodesie, mais en même lemps péremp-

» tiiur Ta alleslé tle

. mie de ses Lettres (1). »

M. Claude témoigna sa reconnaissance aux Jésuilos, peu de temps après la publication de sa réponse à la pelilo Perpéiuité de la foi. Le fameux P. Nonet s'éianl mis sur les ran!,'s vers le môme temps (2) , pour ne pas laisser à MM. do P.-R. la gloire d'avoir seuls combattu les calvinistes, M. Claude fui obligé de lui répondre. Mais il le fil en llaltanl l'orgueil jésuitique par l'endroit le plus sensible. 11 releva dans sa préface le prétendu crédit des Jésuites dans leur communion, beaucoup au dessus de celui de MM. de I'.-l{. relativement même à la controverse sur l'Eurharislie. « Je suis obligé , dit-il , de considérer dé- « sonnais le P. Ncuet, comme le véritable défenseur « de l'Église romaine ; je veux dire comme celui t qu'elle a autorisé pour le soutien de sa c;iuse , sur I le sujet de l'EucIiaristie, et entre les mains de qui I elle a confié un de ses plus notables inlérèls, sans « vouloir permettre aux écrivains de P -U. de rentrer « en lice pour sa querelle ( ni en qualité de voloulaii rcs, ni eu qualité de troupes auxiliaires) , quelques « protçsialions qu'ils aient faites d'agir fidèlement, t fi de n'avoir aucun commerce avec les ennemis de I la créance romaine. »

Le ministre Claude avait, indépendamment du motif do la reconnaissance, un intérêt évident de flatter ainsi les Jésuites, et de mettre à l'écart ses plus redoutables adversaires (5). C'était le moyen le plus court de s'assurer la victoire. Mais sa témérité fui bientôt confondue par celte mulliludc d'approbations que les évèques et les docteurs les plus célèbres s'empressèrent de donner au premier volume de la grande

toire, dont M. Ariianid se défendit sur cet article.

Les Jésuites néanmoins n'ont pas rougi de se servir depuis, plus d'une fois, de ces fades louanges du ministre Claude, pour déprimer les ouvrages de controverse de MM. de P.-R., et pour se donner comme les principaux adversaires des lulhériens et des calvinistes. Mais ils ont été les seuls à le penser. Le public e;i a jugé tout autrement. Qui est-ce qui connaît aiijourd'Iiui les ouvrages du P. Nouot contre le ministre Claude, et qui est-ce qui ne connaît pas les ouvrages de P.-R. contre ce ministre et contre ses ayant-cause? Un auteur moderne a relevé l'impudence jésuitique sur ce sujet, avec autniit d'équité (pie d'énergie. « Oui, « dit-il, les Jésuites ont été b'S pru;cipnux adversaires I des protestants , si l'on veut parler de la guerre I qu'ils leur ont faite , par les incendies, les séditiovs, « les artifices et les cabales qu'ils ont employées poi:p

< animer les princes contre ces novateurs. Mais on ne

< peut pas dire, ajoute-l-il, qu'ils aient élé leurs prec micrs et leurs principaux adversaires, s'il s'agit des « combats qui leur ont été livres par les écrits , qui « est la seule manière légitime dont les écrivains cat tholiques puissent combattre les liéréti(iues. Celte € gbiire n'est due, poursuil-il , qu'aux dominicains, « aux franciscains, et surtout à M. Arnauld, à M. Ni-

< cole , et aux autres savants français , docteurs de f Sorbonne (1). »

Quelques auteurs méprisables, très-dignes de seconder les Jésuites, s'ils en sont distingués, se joignirent à ces Pères, pour décrier le livre de la Perpé- Inilé de la foi. On cite à ce sujet un libelle intitulé : Echantillon de infidélité janséniste; et le livre (io

Perpétuité delà foi, et par la réfutation expresse qui Jacques Vernant contre la censure de Sorbonne, qui

s'y trouve de la prétention absurde do M. Claude. On peut voir, dans ce môme premier vol. (I. ll,cli. il),

(1) M. Claude, dit M. Arnauld , cmilirma ces faits au lit do mort, en déclarant qu'il avait bien de l'obligation aux Jésuilcs pour les services qu'ils lui avaient rendus, en conndérulion de ce qu'il avait écrit contre M. Arnauld. Voyez le tome 2 des Lellrcs de ce docleur, pages 7GG et 707.

(2) Cet écrit du j.ère Nouet avait pour titre : La présence de J.-C. dans le S. Sacrement , pour servir de réponse au ministre qui a écrit contre la Perpétuité de lafoi;\mi.

(5) -M. Claude revint à la cbargc dans la préface de sa réponse au premier volume de la grande Perpétuité de tu foi. Il y compare la mélhode du |)ère Ma mbourg cl du père Nonet avec celle de l'auteur de la Perpétuité; et donne la préférence à cclh; du père Nouet, comme à In moins injuste et la moins oblique; et ensuiie à celle du père Mnimbourg, (jui, q\\<>U\[i' injuste, est néanmoins, dit-il, beaucoup plus adroite, et mieux /oncertée que celle de M. Arnauld. Il avait oublié en

a pour titre : V ancienne doctrine de la Faculté de Paris. CiS auteurs ne craignirent pas de qualifier le livre de lu Perpétuité, d'ouvrage dangereux, et l'auteur de sdiisniatiqne ; el cc\n sous prélexlo qu'il ne se montrait pas assez favorable aux prêtent ions ni trauionlaines. De pareilles accusations ne méritaient poinl do réponse. Les auteurs de la Perpétuité n'en firent aucune. Mais un tbéologieu, cacbé sous le nom de Barnabe, les releva comme par occasion. Ce fut dans une brochure in-12 de 70 pag., publiée en 1CG7. Sou but principal est d'y éclaircir un passage du cli. iG du Tnre de S. Augustin de la Prédestinaiion des saints, dont l'auteur de la Perpétuité était accusé de n'avoir pas pris le sens. Avant de l'entreprendre, il pare ainsi de l'accusation d'ultramontanisme : Mon dessein ucst pas, dit-il, de défendre l'auteur de la Perpétuité de la foi, contre le reproche qu'on lui fait d'y avoir

exprimant ainsi, qu'en parlant de la méthode de ce "^"^ifé quelques propositions qui sont extrêmement op-

dcrnier, dans sa seconde réponse à lu Perpétuité , il en avilit donné une tout autre idée. Il faut avouer de bonne foi , disail-il , qu'on ne saurait prendre un tour plus adroit sur la maiièie de l'Eucharistie, que celui que rnnieur de cet écrit (la petite Perpétuité) a pris ; et si la térité lui manque. .., au muins ti'est-il pas possible de donner ni plus de force à ses raisonnemcms, ni plus de \our à ses vraisemblances , ni plus dv couleur qu'il a tiiit à une mauvaise cause.

posées aux sentimenls des flatteurs de la cour de Rome. Cette accusation est si avantageuse à un théologien français, que nous en pouvons dire ce que les chrétiens disuienl de la foi en J.-C. dans les premiers sièc'es da

(1) Observations sur les Bé flexions morales et théologiqnes du père Sanf^tix (jésuite) contre l'Histoire du lSai>les de Ciannone uar l'abbé Garolalo.

i77 SUR LES DZU\ OUVR.VtitS DE

rÉglise : Accusalio votum est, et pœna feliciias. Je croirais lui faire tort, iijoiile-t-il , cl aux approbateurs de son livre, si je ne reconnaissais quils sont exlrêniemenl éloignés de cei (lalleries.

L'iUlleiir de l'Éclaircissement ne trouve pas plus Misoiinahle le repi oclic fait aux auteurs de la Perpétuité dans VÉcItanlillon, etc., d'avoir mal e-xprimé la ■pensée de S. Augustin (dans le passage du livre delà I*rcdestination des salut'*) pour établir une hérésie insoutenable. S'il n'y avait en, dit-il, r/we de ces sortes de gens gui eussent trouvé à redire à ce livre, je me garderais bien de rien entreprendre pour sa défense. Ce n'est pas être raisonnable que de vouloir faire entendre raison à ceux gui ne la veulent pas entendre (la passion qui les anime les en rendant incapables); ils ne sauraient s'imaginer tfue ce qui est l'objet de leur aversion puisse rien produire qui soit digne de leur estime. C'est pour des critiquas d'un autre caractère qu'il prit la plume. 11 suppose que ies hommes de quelque mérite avaient été frap];és de la même dilïiculté que l'auteur de l'Échantillon; n\n\s de bonne foi et sans passion. Et c'est pour ceux-là, ditil, qu'il l'examine dans les mêmes dis|)osilio!is. Il conclu! cet examen en disant, qu'il était impossible à l'auteur de la Perpétuité de mieux exprimer la pensée de S. Augustin, non seulement, selon les règles de la grammaire, mais encore selon celles de la plus exacte théologie.

Quoi(iue M. Baillct, dans ses Auteurs déguisés, conjecture que M. Arnauld s'est quelquefois caché sous le nom de Bflinafc^ (1) que l'auteur de Y Eclaircissement avilit pris, nous ne voyons aucun fondement de lui attribuer cet ouvrage.

.Nous ne devons pas dissimuler une autre calomnie, avancée par M. Claude contre rauleur de la Perpéluité. Elle était si atroce, que M. Arnanid ne craigiiit pas do dire qu'elle serait désavouée par tout ce qu'il Il avait d'honnête homme dans sa communion. C'est celle par laquelle l'aulenr de la Perpétuité était accusé de n'avoir point écrit par persuasion, mais par politique, pour se mettre en grâce avec Piome et regagner le cœur des peuples. M. Anianld réfuta cette imputation avec toute la force qu'elle mérilaiî, dans le chapitre 9 du livre XI du tome 1 de la Perpétuité. Il y revient au chapitre 11 du môme livre, qu'il termine par ces paroles : « On n'a pas besoin, Dieu merci, de raisons € pour se défendre de ce soupçon injurieux, et je

< n'écris ceci que pour demander justice à MM. de la

< religion prétendue réformée, de la malignité de « leur écrivain. Ils ne doivent pas soulTrir, s'ils ont » quelque sentiment d'équité, qu'on viole si ouverte- « nu-nl les plus communes règles de la justice et de « l'iionnêleté civile. Il ne lui a point été permis de « dire qu'il y a du mystère et de la politique dans notre

< conduite, ni d'avancer que le monde a parlé d'eux € et de nous. Deux ou trois écrivains emportés, et qui c ont été couverts de confusion (i), ne sont point le

(1) Auteurs déguisés, au tome G des Jugements des savants, pag. 507,

It) M. Claude c'utt i« père Mevaicr , dans le libelle

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