‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 46 sur 335 · LA PERPÉTUITÉ DE LA FOL · texte numérisé non relu

LA PERPÉTUITÉ DE LA FOL

théologiens catholiques, qui , disait-il, avaient même plus de loisir et de secours que lui pour l'entreprendre. Il fut ainsi plus d'un an sans avoir aucun dessein formé de répondre à M. Claude; et il avoue que, quand il l'aurait voulu, d'autres engagemenls plus pressés lui en auraient onlièrement ôlé le moyen. Cependant , ajoule-t-il, j'apprenais tous les jours que les calvinistes tiraient beaucoup d'avantage de ce silence; et que certains intérêts secrets faisaient que le livre de M. Claude avait plus de cours qu'il n'en aurait eu s'il avait paru dans une autre conjoncture.

Les intérêts secrets, dont on parle ici, étaient ceuic des Jésuites; et les conjonctures pariieulières étaient celles de la plus grande vivacité de la dispute sur lo Formulaire. Les Jésnilcs, coiiune nous l'avons déjà dit, se crurent intéressés dans celte circonstance à favoriser le débit du livre du ministre Claude, parce qu'ils le croyaient propre à décrier les auteurs et le livre de la Perpétuité, et (jue leur esprit de jalousie les rendait ennemis mortels de tout ce qui sortait de Port-Royal.

Ces raisons, et les nouvelles sollicitations de plusieiu-s évèqucs et de beaucoup d'autres personnes de grande considération, déterminèrent enfin l'auleurde la Perpétuité à lépliquer au ministre. Ce ne fui néan- UiOius qu'au commencement de 1CG7 qu'il se mit tout de bon à ce travail.

Le premier et presque l'unique embarras qu'il éprouva fut le choix , dit-il , de l'ordre qu'il y observerait. Le plus facile eût été sans doute de suivre M. Claude pas à pas, d'insérer tout son traité dans la réponse, et de le réfuter à mesure. Riais il trouva tant d'inconvénients à cette méthode , qu'il se crut obligé d'y renoncer. Il réduit celle qu'il y substitua à ces deux règles principales : 1* A ne pas mêler ensemble les choses qui doivent être traitées séparément, et qui appartiennent à différentes méthodes ; 2° à proposer tout ce que l'on traite dans un enchaînement qui contribue à éclaircir la vérité que l'on vent prouver.

L'auteur a observé exactement ces deux règles , dans les trois volumes de la Perpétuilé; soit pour la dé fense et le développement de la méthode de prescription, qui fait l'objet du premier volume; soit pour l'usage cl l'application de la méthode de discussion , qu'il adopte dans les deux voluïucs suivants. II rend raison, dans les préfaces particulières de ces trois volumes, des motifs qui l'ont engagé à prendre ce parti, elen fait voir les avantages; mais il ajoute que ceux qui auraient des raisons pariieulières de suivre un aulre ordre dans la lecture de cet ouvrage pourront aisément se satisfaire, en lisant le second et le troisième volume avant le premier , ou le troisième avant les deux autres. Il rend pareillement raison, dans la préface et dans le corps du premier volume, des niolifs qui l'ont déterminé à insister d'une manière particulière sur la méthode ou l'argument de prescription. Oulre l'obligation où il se trouvait de défendre la petite Pervéiuité de la foi, dont cet argument faisait le princlpal oDjcl , il en fait envisager les avantages pariico •

iiers, dans le gcnie de controverse dont il cUii queslion ; mais c'est avec la pli:s grande niodesli.^ Non scHÎemen!, dil-i!, on ne prétend point préférer celte méikode à celles, des ûMfces (conlrovcrsisl.es) ; mais on ne prétend pas même qu'elle soit nouvelle. On la trouve bien marquée, ajoute-l-il, non seulement dans Terliillien, mais encore dans quelques nouveaux autours , comme Baltiiazar Lidius, ei licllarniin, Jésuites. ToiU ce que je prétends, poursuit-il, est d'avoir étendu et mis en son jour un argument très-naturel, et assez commun; mais qui , étant mêlé avec la foule des autres preuves, et

PRÉFACE lîlSTOlUQUE ET CRITIQUE

et n'avaient éle produites dans aucun autre ouvrage de controverse : on les trouve dans le Xli" livro du preuiier volume de la Perpétuiié; dans le Yill* du 5' volume, cl dans la Réponse générale au ministre Claude.

Comme la méthode de prescription, si heureusement employée dans cet ouvrage , n'est appuyée que sur l'autorité de l'Église, considérée comme société purement humaine, elle a cet avantage, qu'eu élahlissa.-it les dogmes particuliers de ia présence réelle et de la iranssubslautiatiou, dont il était uniquement n'étant pas accompagné de tout ce qui est nécessaire pour queslion dans h dispute avec le ministre Claude, eile

/.; mettre à couvert des réparties des hérétiques, perdait beaucoup de su force, et ne se faisait presque pas remarquer.

Celte méthode, que l'auteur de la Perpétuité ne fait, rnvisager ici ni comme nouvelle, ni comme préférable à la mélliodc commune des coiitroversistes , a été néanmoins si bien présentée, et si avantageusement développée dans son premier volume, ipi'on Ta regardée universellement depuis conuiie la plus propie à terminer ces sortes de questions, et comme un modèle à suivre, dont on lui é:ait redevable. li est luimême forcé d'avouer, dans la même préface, que cesl le point qui a élé le moins traité pur ceux qui se sont mêlés dans cette contestation , (|ue le père Nouet Ta réservée à l'auteur de la Perpétuité, comme une querelle particulière, à laquelle il ne prenait point de part ; et enfm , que c'est le point qui se peut le moins suppléer par ta leditre des autres auteurs catholiques, parce qu'ils en ont peu parlé.

Il n'y en a point eu effet qui aient fait sentir comme lui, les avantages de la méthade de prescription , et sa nécessité même pour les simples , incapables de discussion. On ne peut rien ajouter à tout ce (ju'il dit à ce sujet dans le chapitre 3 du I" livre, pour fixer la diirérence des deux méthodes; ni à la justesse de l'application qu'il en fait dans le IX' et le X* livre du même volume.

On sait que la méthode de prescription consiste à prouver qu'un dogme populaire, tel que celui de la présence réelle, a élé cru par l'Église dans tous les temps, par cela seul qu'on prouve qu'il en a élé cru universellement dans un temps particulier. La force de cette preuve est tirée de l'impossibilité du changement insensible de croyance, sans dispute et sans contradiction, tel que le supposent les calvinisles, dans quelque époque qu'ils entreprennent de le placer.

L'auteur de la Perpétuité, pour mettre cet argument dans tout son jour, l'a d'abord appliqué au temps de Dérenger, dans le XI' siècle, comme à celui ou il était plus aisé de prouver, par l'aveu même des calvinisti s, le lait de la réunii.n de tonte l'Église dans la croyance de la présence réelle et de la irans- Euhsiantiation. 11 a en même tenijts réuni aux preuves du lait de la croyance de l'Église catholique, depuis le XI* siècle, celles de l'union dans la même Cioyance. de toutes les églises schisniatiques d'Orient. Lci preuves de ce dernier fait sont toulcn nouvelles,

peut s'appliquer à plusieurs autres articles de la controverse avec les Calvinistes.

Nous devons néanmoins observer que l'autorité infaillible de l'Église, qui fait le foademcnl de l'argiinicnt de prescription, est considérée sous deux rapports par l'auteur de la Perpétuité. Sous le premier c'est une infaillibilité de grâce et de privilège, qui a élé donnée à l'Eglise par une faveur toute gratuite de Dieu, et qui s'étend :» tous les dogmes révélés; sous le second, c'est une infaillibilité humaine et naturelle, relaîive aux seules vérités poiiulaires, et fondée, non si!r un privilège surnaturel , mais sur la nature de toutes les socie:és humaines, cl sur les circonstances particulières (|ui rendent l'erreur impossible. On peut voir le dévolo|)pciuent de ces deux sortes d'infaillibilité dans le chapitre 7 du Liv. 1"' du I" tome de ta Perpétuité (1).

Lorsque l'argument de pi'escriplion est fondé sur la prendère espèce (rinfaillibililé, il ne peut être opposé aux calvinistes qui la méconnaissent : il n'est d'usage (ju'à l'égard des caiholiqties. Mais i! a tant d'avantages, il est même si nécessaire, surtout pour les simjïles, que le défaut de ce moyen , dans la société des calvinisles, est un des préjusiés Iégili!nv''3 qui prouvent qu'elle n'esl point la vraie Église de Jésus-Christ.

Mais le même argument de prescription, fondé sur rinfaillibilité humaine et naturelle, e-.t également applicable aux catholiques et aux calvinistes. Ceuxci ne peuvent méconnaître ce genre d'infaillibilité, puistpi'il est commun à toutes les sociétés, qu'il eu est un des principaux îondements, et que les particuliers mêmes y participent à leur manière, lorsque leur témoignage est accompagné de toutes les circonstances qui le rendent croyable, et qui obligeni d'y ajouter foi.

Les trois volumes de la Perpétuité ont paru sous le nom de M. Aruanld. Il a dédié le premier en son l>r()pre nom, au pape Clément IX. Ses approbateurs le lui atlribuent nommément, aussi bien que ses adversaires; et il en a toujours pris la défense couime ce son propre ouvrage. 11 est néanmoins certain, e; il en fait lui-même l'aveu en une infinité d'endroits,

(1) On peut voir aussi dans les Principes de la foi de M. Dtiguel, tome 2, chapitre 5, le développemenî de celle double infa Hibiîité, quoique appliqué;^ a una àulfé ma'.ière.

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