A PERPÉTUITÉ DE LA FOI
I travail, dit-il (1), M. Arnauld se chargea de les ras- « sendiler. Il engagea d'abord M. François Picquei, I ci-devant consul de France et de Hollande à Alep, € alors prêtre, ei depuis évèque de Césarople, et enfin « de Babylone, de faire venir des attestations de tous I les patriarches d'Orient. M. Picquel était alors à « Lyon. Il avait déjà écrit, en 1G67, une lettre pour I rendre témoignage à la foi de ces églises. Dès qu'il < eut appris que l'on travaillait à une matière si ini- « portante, il s'employa volon iers à rendre le ser I vice que l'on désirait de lui, et ses soins ne furciil € pas inutiles. On trouve deux de ses lettres, et les € atlosialions (jn'il a fournies, dans le premier voc lumc du grand ouvrage dont nous parlons. >
Ces attestations furent multipliées dans la suite par les soins de M. de Noiutel , homme savant qui aimait rÉqlise, el parent Ae M. Arnauld (2). Il fut envoyé à Constantinopleen 1670, en qualité d'ambassadeur de France ; et ce fut encore à la prière de M. Arnauld (3), appuyé bientôt après par M. de Pomponne, son neveu, secrétaire d'état au déparlement des affaires étrangères , qu'il prociua ce grand nombre d'attestations qu'on trouve dans le dernier volume de la Perpétuité.
M. l'abhé de Ponlchàreau contribua de son côté à procurer des aiiesiaiions sur la foi des Russes et des Arméniens que le conmierce attirait à Amsterdam (4). Ces derniers y avaient pour lors un évèque. Nous avons sur ce sujet plusieurs lettres de cet illustre abbé à M. de Neercassel , de l'année 1666. Celui-ci s'employa avec zèle pour celte bonne œuvre, et il le fil avec succès , comme on le voit par ses réponses , el en particulier par celle du 7 avril 1G66 (5). 11 y annonce raileslalion de l'évêque arménien, dans s.» l>ropre langue. Ce |)ré!al procura pareillement un témoignage de la foi des Moscovites , mais moins aiilhenti(pie (6). M. l'abbé de Ponlchàteau pria M. de
(1) Seconde partie, chapitre 12.
(2) Mémoires sur Port-Royal , page 32(!.
(5) Histoire de Port-Royal en tJ volumes , tome (5 , page 46 ; Lettres de M. Arnauld à M. de Nointel du premier janvier , 2 février , 4 mai et 15 juillet 1077.
(4) M. Arnauld désigne M. l'alibé de Ponleiiàteau , sous le titre d'une personne de condition, tome premier de la Perpétuité, livre 5, chapitre 7, el liv. 12, page 79.
(5) Voici les expressions de ce prélat : t Simul ac « per negiitia mihi licuit Amslelodannun me contuli ,
< ut ex Armeniis qui ihi negoliandi causa liequenles ( sunl, quid ipsi de Euchaiisiià seutiaiit, sidulô per
< qi'.iierem. E caihdico istius gentis episcojto , quem c adivi cl (luocum prolixum miscni sermcmem , co- ( goovi ipsos (unnes Ecclesi;e calliolica; de Eneharistià « icnere doclrinam. Aiebat milii bonus iste episcopns, « non es>e clirisiiamun qui veram realein(pie Chrisli lin Eneharistià pncsentiam diniterenu'; hune ess«
< sensum eoruni omnium qui in Armenià < hristiano « nomine recensentur. Hoc tcstiinonium litleris ex- ( pressisset, suâque subsignalione nmnîsset, nisi ego f Armenoscharacteres vobis credidissem esseignotos.
' i Si tamen illud desideratis, prompte mittam.
(6) i Moscovitaî nulli hisce in locis. Mercator IIol- « landus, vir admodùm probus, quitriginta aunos in I Moscovià diversalHsest, mihi sanctè asscruit Mos- « covilarum (idem , quoad prxscnliam conorii DoraiiH
PREFACE HISTORIQUE ET CRITIQUE
Ncercasscl , dans sa réponse, de lui envoyer le lemoigiiage do l'évêque arménien dans sa propre langue •'mais avec une iraduclion en lalin , ou en quel- (|ii'autre langue commune, dont la fidéliié serait allestée par quelqu'un expert dans les doux langues. M. de Ponlcliâleau fut satisfait. L'allesiation do révc- (pie arménien se trouve dans le premier volume de la Perpétuité. Cet al)l)é en remercia M. de Ncercasscl le 22 octobre do la mèiue année, et lui envoya en môme temps une liste de questions nouvelles , sur lesquelles il le priait de lui procurer la réponse de révèque arménien. M. de Neercassel ayant élé absent d'Amsterdam durant plusieurs mois , ne put envoyer
gnatit le désir où il était d'en profiter, pour travailler à des ouvrages encore plus importants. Il expose «n même temps les moiils qui l'avaient engagé à dédier au S. -Père celui de la PerpéluUé. Pouvait-on, dit-il, (1) combatlrc ks ennemis de l'Église sous des auspices plus heureux que ceux du chef de toute l'Eglise? JSe sait-on pas que tout le fruit que peuvent faire, par leurs travaux et par leurs écrits , les théologiens particuliers, pour lu conversion des hérétiques , doit être attribué aux suprêmes pasteurs de l'Eglise ; puisque c'est sons leurs imspices , et en particulier sous celui du souverain pontife, que tonte l'Eglise combat, et qu' aucun particulier ne peut prendre In défense de sn doctrine , qu'au nom ,
celle réponse que le 15 avril 1007 (I). On l'a insérée sous Canlorilé, et par la puissance de l" Église et de ses
dans le premier volume de la Perpétuité , à la suite de l'atlestalion dont nous venons de parler.
Quelque zèle et quelque activité que les auleurs de la Perpétuité m'is^i^nt dans leur travail, la siluation violente où ils se trouvaient, l'obligation de changer souvent de demeure, occasionnée par les tracasseries et par la persécution que leur suscitaient leurs adversaires , et les divers ouvrages qu'ils étaient obligés de publier pour leur propre défense, les empêclièrenl de le finir aussitôt qu'ils l'auraient désiré (2). Le premier volume de la Perpétuité ne put paraître qu'au commencement de 1669; il fut comme le fruit et le signal de la paix que Clément IX venait de donner à l'Église. M. de Gondrin, archevêque de Sens, en présentant M. Arnauld au nonce Bargellini, après la conclusion de cette paix , quelques mois avant la publication de cet ouvrage , lui représenta quil fallait qu'il le dédiât à S S. comme une marque de sa reconnaissance, et de sa profonde soumission pour le S. 'Siège. M. Arnauld ne manqua pas de suivre ce conseil , el d'observer dans son Épîlre dédicaloire l'heureuse circonstance delà paix dont il rend ses très-humbles actions de grâces au souverain pontife , en lui témoi-
i nostraî esse conformem. Ea sunt quoe de fide Armei norum et Moscovitarum addiscere potui. De Coph-
I larum opinione niliil percepi , quia nuUus hic , qui t hominum illornm seiisus sit perscrutatus. >
(1) Relation de la paix de Clément IX, tome 2, page 500 et 507.
(2) Les délais de la pidilication de la grande Perpétuité de la Foi donnèrent lieu à celle d'un petit ouvrage qui parut en 1609 , avec approbation et privilège.
II était iiitilulé : Lettre d'un ecclésiastique à un de ses amis , louchant le livre qui a pour titre : Réponse à la Perpétuité de la foi sur l'Eucharistie. C'est un in-12 de 189 pages, qui fut achevé d'être imprimé le ISjanvier. RIM. B;mn(!rct et Petitpied, qui l'avaient approuvé le 5 août 1008 , en faisaient un grand éloge ; ils l'attribuaient h M. de B., prêtre, letjuel ne signait que par CCS lettres iniliales : l>. D. lî.
L'Auteur de cette lettre laisse à l'écart , dit- il , les querelles particulières de M. Claude contre l'auteur de la Perpétuité, et contre ses raisonnements, pour combittlre uniquement avec solidité ce qu'il dit sur la controverse générale, à laquelle tous les catholiques doivent prendre part ; c'est-à-dire , contre la vérité de hi présence réelle (de Jésus-Christ) dans l'E-charistie ; peui-êlre voulut-il venir au secours de l'auteur de /« Perpétuité , aucpiel on avait d'abord refusé le privilège pour son ouvrage.
pasteurs , el principalement du prince des pasteurs ?
M. Arn;iu!d , en parlant ainsi , sans craindre d'être jamais désavoué , confondait de nouveau ta léniérité du ministre Claude , qui l'aNait représenté con)me un [)articulier dont l'Kglise n'agréait point les travaux , même volontaires. Ce ministre fut également confondu par les fruits que produisit cet ouvrage , el par les applaudissements universels qu'il reçut. La lecture du premier volume, qui n'était même que manuscrit, acheva la conversion du maréchal de Turehne (2). Elle opéra le même elTet sur le prince de Tarente , sur les maréchaux de Lorge el de Duras, et sur plusieurs autres personnes de la religion prétendue réformée, distinguées par leur naissance et par leurs qualités. On compte même plusieurs ministres des plus considérés dans leur parti , que cet ouvrage fit rentrer dans l'Église (5).
Les approbations qui accompagnaient le livre de la Perpétuité suffisaient jcuIcs pour justifier le Ion d'assurance avec lequel M. Arnauld présentait son ouvrage au nom cl sous les auspices de toute l'Église.* Les 27 archevêques ou évêques , cl les 24 docteurs qui Tavaient approuvé, formaient une espèce de concile national; céiait ce qu'il y avait de plus recomniandable pour la science et la piété dans le clergé du premier et du second ordre de l'église de France. Leur suffrage n'était pas, comme l'est ordinairement celui des censeurs à gages, un suffrage de formalité, qu'on exige pour s'assurer que l'ouvrage ne contient rien qui puisse en empêcher la publication. C'était une approbation positive , fondée sur un examen approfondi , et un hommage volontaire , qui n'avait d'autre motif que l'amour de la vérité et de la justice.
M. de Gondrin, archevêqne de Sens , un des plus
(1) Nec cnim auspicatius ndversiis Ecclesiœ adversarios poterat , quàni sub totius Ecclesiœ capite et duce pugnari.
(2) M. de Turenne avait déjà lu en manuscrit l'Exposition de la foi , par M. Bossuet , qui avait commencé sa conversion, il fit son abjuration le 25 octobre 1008.
(5) Voyez le détail de ces conversions dans !a Vie de M. Nicole, chapitre 12, dans les Mémoires de M. du Fossé, page 525, etc.; dans i Histoire abrégée
le la Vie de M. Arnauld, p.age 122;danà le Père Hou.uours convaincu, etc., pige 106, etc.
189 SUR LES DEUX OUVllAGES DE
anciens évèquos du royaiiMie, des pins acci édiles, et qui avail témoigné dans tous les icnips, le plus de zèle pour rÉglise, était à la lête de ces approbateurs. On sait cpie le premier dessein de M. Arnanld était de lui dédier son ouvrage ; et le prélat devait l'adopter pour l'usage particulier de son diocèse, comme on le voit (inns son approbation. Les circoiislances (irent juger qu'il serait j'-his utile de le ilédier au souverain pontife , et de le présenter en son nom à toute l'Église. M. de Goridrin ne voulut pas néanmoins que son diocèse perdit l'avantage p;\rticulicr qui lui avait été des tiné. 11 en (il l'aire à cet effet une seconde édition , la même aimée 1GG9, à Sens, chez Louis Prussurot, son imprimeur.
Cet arclievêque ne se borna pas , dans son approbation, à faire l'éloge de l'ouvrage. 11 y joignit celui de ses auteurs, en témoignant l'cs^'inc pariiadière qu'il 'avait toiijoîirs faite de leur piété , de leur érudition , et de leur amour pour la vérité et pour l'Église, qu'ils avaient toujours fait, dit-il , leur plus grande gloire de $uivre et de défendre.
On trouve des éloges à peu près semblables de la personne et des ouvrages de M. Arnauld, dans les autres approbations. M. le Tellier, coadjuteur de Rheims, relève le moyen lout-à-fail indigne d'un honnête homme , par lequel le ministre Claude s'était efforcé de rendre ce docteur suspect parmi les catholiques, pour lui èter la créance que son mérite et sa profonde érudition lui avaient acquise.
MM. les évêques d'Alet, d'Agde et de Vence joignent dans leur approbaiion , le livre de la fréquente Communion à celui de la Perpétuité de la Foi; observant que ce dernier achèvera de dissiper tous les nuages dont quelques personnes préoccupées ou malicieuses avaient lâché jusqu'alors de noircir l'auteur.
M. l'évèque de Tulle prend occasion de ce grand nombre d'approbations d'évêques et de docteurs pour témoigner son élonnemenl de la témérité du minisire tjlaude , et plus er.core celle de «juelques théologiens catholiques , d'avoir voulu laire passer M. Arnauld pour suspect, et desavoué par l'Église romaine.
MM. les évêques de la Roclielle et de S.- Pons sont si satisfaits de Touvrage, qu'ils font des vœux pour que ce puissant génie emploie les talents avantageux qu'il a reçus de Dieu pour éclaircir avec la même netteté et la même force d'esprit les autres points contestés par les hérétiques.
Nous noui sommes contentés de rapporter ici ce que nous avons observé de particulier dans ces approbations. Quant aux éloges communs du livre et de son auteur, renfermes dans les autres approbations , nous renvoyons à ces pièces mêmes.
Nous avons entre les mains l'original d'une lettre de M. Berthier, éA'éque de Montauban, à M. Arnauld, évêque d'Angers, du 3 décembre 1668 , au sujet du premier volume de la Perpétuité, qui nous a paru assez intéressante pour la joindre ici à la suite des approbations épiscopales.
Après l'avoir remercié de la part obirgcanle qu'il