LA PERPÉTUITÉ DE LA FOI. Î
avait prise à un accident qui lui él.iil arrivé, il poursuit ainsi : < J'étais actuellement occupé à lire les € cahiers de la réplique au ministre Claude , lors-
< que cet accident m'arriva, dont ma principale peine t a été l'empêchement qu'il m'a causé d'avancer ma i lecture; mais aussi m'a-t-elle consolé durant mon I infirmité. J'achève celle des dernières parties de
< l'ouvrage, après laquelle je donnerai avec joie, pour f le fruit de ce travail , et avec respect pour l'estime I de l'auteur, l'approbation qu'on m'a fait l'honnour « de désirer de moi (1). J'espère que, blun loin que
< cette œuvre soit contredite par des catholiques , « comme fut celle de la fréquente Communion , elle t servira à appuyer, par les vérités (|u'elle euseit gne, combien il faut de préparation pour rece- € voir le divin et l'adorable Sauveur, dont l'existence « est si bien prouvée dans l'Eucharistie.
« L'on nous dit que le roi témoigne du désir pour « l'impression de ce docte et éloquent ouvrage; et
< que la conversion de M. deTurenne, qu'il a ache- « vée , est le fondement de ce désir. Si la chose est f constante , il faut que nous concourions tous à la ( publication d'une cause si sainte, et que nous dec mandions à Dieu qu'il continue de doimor les mê- « mes grâces au reste des errants.
€ Cependant, monseigr.eur, vous voudrez bien que I je vous témoigne ma joie de vous voir délivré des 1 affaires qu'on vous faisait , ou du moins qu'on vous I voulait faire {i). La Provider.ce qui nous gouverne i mènera sans doute à votre avantage tout ce qui s'est
< passé; et ,M. Arnauld votre frère pourra agir de I toute sa force contre les ennemis déclarés de l'Ét glise. Je vous conjure de lui faire connaître combien i je suis touché de sa liberté, et de quelle manièrii « je lui soidiaile que ses grands talents et sa i)rof()nde € doctrine aident à la conversion des hérétiques, et
< au retour des séparés. »
Nous n'ajouterons à ces illustres témoignages qtie celui de M. de Neercassel, archevêque d'Uirecht. Son jugement sur le livre de la Perpétuité de la foi est d'un poids d'autant plus grand que ce prélat était plus éclairé , et surtout plus instruit des matières de controverse dont la situation de son Église l'obligeait d'être perpétuellement occupé. On trouve ce jugement dans sa lettre à M. Arnauld du 3 avril 16G9, (|ue le lecteur sera bien aise de trouver ici : « Gaudium quo « me perfundit veritas co in libro fulgens, queni con- I tra Claudium elaboràsli, et fructus uberrimus quem t iota Ecclesia, ac speciaiim grex mihi creditus ex t illo colligent, me urgent ut hasce litteras meaigrai titudinis et devinette voluntatis obsides, tu.c mittam t amplitudini... Hactenùs quidem non caruil Ecclesia i strenuis doctisque defensoribus ; verùiu uti Stella « à Stella differt in clariiate (liceat hoc mihi sine tu^e
(1) Ce prélat donna en effet son approbation, datée du 25 décembre 1668.
(2) La paix de Clément IX arrêta le procès donj on njcnaçait M. l'évèque d'Angers et trois autres iùî ses collègues pour l'afTaire du Formulaire.
. ,u.).losii.t> Jiccre offensa), ila (inodain vcrilalis spleni dore al.inc virliUe eos pra;ccllis q"i tie venlale t corporis Clnisli Im sacramento allaiis, conlra m;)- I d.riias liaToses scripscrc. Sive advcrsarium iiivaf das, sive ojiis suslinoas impclum, seinper eiini viii- . r.is.'sempor cjus arma vilrea elo(i.iCiiti;« vanitale I f;ilgc-iili.i, adainaïUiiio vcriUitisspleiidi)re coiifringis. t m (|ii:r ma sciibeiuli pra-rosaliva siiigiilaris, ita . dillicillima, aliissin.aqiic lidei mysleria , plebeis « allompt-ias iiigcniis, ni illoiiiin niajcstali niliil de- 4 liiilias. vcMÙm fonim veiK'ialioiii plurimùiii confo- « ras...Ciiin il:i(|iic Ii;rc iiigciiii dos tilji sit pecii- « liaiis aiidi pios lidelium vagiliis, et *'ide sliipeiilia « liaTeliconiiii vuliiera , ni nos bciiignè aiidiens, et i illos misericordiler aspicicns , uliisque consulas, « uliisque scriliere pcrgas. >
Les approbations dos 24 docleurs en tliéologie, qui Itireiil données à cet ouvrage, ne sont pas moins honorables que celles des 27 évêques. On remarque celle du doyen de la faculté de théologie de Paris ; de cinq des plus savants curés de la même ville; de M. Bossuet, alors doyen de la cathédrale de Metz, et puis successivement évoque de Condom et de Meaux ; de M. le Camus, aumônier ordinaire du roi, depuis évê(|ue de Grenoble et cardinal ; de plusieurs grandsvicaires de divers diocèses, et enfin de tout ce (|ue la faculté de théologie de Paris possédait alors de jilus dislingue. Les uns regardent ce premier fnni de la paix de l'Église conmie un gage des fruits plus abondants qu'il y avait lieu d'en espérer ; les autres observent , que le mérite de Cauteur étant connu de tout le monde, cet ouvrage n'avait besoin d'autre éloge que de son nom. M. Ciiassebras , curé et arohiprêlre de la Madeleine, ancien grand-vicaire du diocèse de Paris, admire les (ruils merveilleux que celle église principale avait déjà reçus de cet ouvrage, et l'obligation qu'elle avait à son auteur d'avoir quitté sa solitude éclatante déjà du bruit de sa renommée, et toute glorieuse de ses victoires {contre les ennemis internes de l'Eglise), afin de se ranger dans le nombre de ses combattans qui défendent les vérités catholiques (contre ses ennemis du deiiors). Le célèbre docteur Queras représente le livre de la Perpétuité comme une des plus rares et des plus riches productions du siècle. Un autre docteur ajoute (jue l'auteur de la Perpétuité a surpassé tous les écrivains de son temps. M. Pelilpied, après avoir observé que les ouvrages de controverse ne doivent pas être donnés au public sans que l'Église catholique avoue et autorise ceux qui les composent , fait envisager les approbations des prélats et des docteurs en laveur du livre de la Perpétuité comme une preuve de cet aveu. Le docteur Boileau , grand admirateur de S. Augustin , remarque qu'il n'est pas difficile de reconnaître que ce grand docteur a été le modèle que s''esl particulièrement proposé l'auteur du livre de la Perpétuité , et qu'il fallait être un parfait disciple de ce grand maître pour l'en- {reprendre et pour y réussir. M. Bossuet, après avoir admiré l'érudition , la clarté, la force des preuves porlécs jusqu'à l'évidence de la démonstration, ajoute (p.e
PRÉFACE HISTORIQUE ET CRITIQUE
ce qui ffl .e inus touché est .e respect et I aiiachenienl pour l'autorité sacrée de l'Église, que l'autour inspire dans tout son ouvrage.
Le deuxième volume de la Perpétuité ne vit le jour qu'au commeiicemenl de 1G72. Clément IX étant mon , M. Arnauld ne put le lui dédier. Et comme il n'aimait point à se faire de l'èle auprès des grands, à moins que la Providence ne l'y engageât , et qu'il n'avait pas les mômes raisons pour le dédier au nouveau pape Clément X , il ne lui vint pas même eu pensée de le lui faire présenler.
Il se contenta de l'envoyer au cardinal Allieri , sou neveu, et à trois autres cardinaux (François) Barberiii, Rospigliosi, neveu de Clément IX, et Bona, auxquels il avait envoyé le premier volume. M. Lescot, prêtre de l'Église de Paris , porteur de ces présents , rendit compte à M. Arnauld du bon accueil que ces éminences avaient fait à ses livres et au porteur. Mais celte lettre s'est perdue. Il lui en écrivit une seconde le 7 décembre 1G72, où il rappelle l'objet de la première, cl y ajoute un détail intéressant de tout ce qui lui avait été dit en sa faveur dans deux audiences qu'il avait eues du pape Clément X, et de l'accueil extraordinaire qu'il avait reçu à sa considération des cardinaux et des prélats romains les plus accrédités. Le cardinal Rospigliosi lui témoigna en particulier le cas infini que faisait Clément IX , son onde , de la profonde doctrine et de l'éloquence de M. Arnauld, nommant sn plume une plume d'or, et sa personne le Chrysostômc de notre siècle. Le cardinal Altieri ne pouvait tarir, dit il , sur les éloges de M. Arnauld et de ses livres. Il s'en faisait lire un chapitre tous les jours , et il témoigna plus de vingt fois à M. Lescot combien l'Eglise était redevable à ce docteur pour ses savants écrits; concluant toujours par ces paroles : Cet homme ne devrait jamais mourir. Dans la second(i audience qu'il eut du pape, le 29 novembre IG72, Clément X lui parla de M. Arnauld et de ses ouvrages avec beaucoup d'estime, et l'enlretenait du second volume de la Perpétuité, dont le cardinal Altieri , sou neveu , lui avait rendu compte. M. Lescot lui représenta que M. Arnauld n'avait osé les lui faire présenter, sachant que S. S. était très-occupée des affaires les plus importantes de l'Église. Le pape répondit que cela ne le devait pas empêcher de les lui envoyer ; qu'il prenait plaisir à les entendre lire.
M. Arnauld regardant ce souhait de S. S. comme un ordre, lui adressa ceux de ses ouvrages qui avaient paru, tant avant que depuis son pontificat, avec une lettre des plus respectueuses. 11 lit passer le tout parle canal du cardinal Altieri, à qui il écrivit pareillement pour lui rendre compte des motifs de sa démarche, et le supplier de la faire agréer à S. S. ; ce que le p:ipe et la cardinal neveu ne manquèrent pas de lui faire savoir qu'ils avaient fait.
Le second volume de la Perpétuité contient tes preuves de la doctrine de l'Eglise , tirées de l'Écriture et des Pères des six premiers siècles , avec la "cfiUaliwi
{fi7> SUR LES DEUX OUVRAGKS OE
dcc défaites par Inquelles les vùnisties se sont efforcés de les éluder.
Il csl précédé d'une préface où l'on foii voir que ce n'est point reconnaître rinstiffisance de la méthode de prescription quon a suivie dmis le premier volume , qus d'en suivre une autre dans le second ; car, poiirsiiil-il , quoique l'on puisse dire de lu première méthode considérés en elle-même, qu'elle est capable de conduire les hommes jusqu'à la connaissance certaine de la vérité, et quelle est même plus proportionnée au commun des esj)ri(s simples et dociles , on ne peut pas néanmoins en conclure, en faisant attention aux différentes dispositions dea esprits, qu'elle produise cet effet sur tous, et qu'il n'y ait point de méthod-i plus proportionnée à certains caractères opiniâtres et singuliers. Ainsi , comme les avantagrs de la méthode de prescription n'excluent point ceux de la méthode de discussion , ni oième sa nécessité pour certidnes personnes, cette nécessité ne prouve pas non plus l'insuffisance ni l'incertitude de la première méthode en elle-même. Elles sont toutes les deux, ;ijoulel-il, parfaites en leur genre, parce qu'elles fournissent une preuve directe et certaine de la vérité ; et ^lles sont toutes les deux imparfaites , parce quelles peuvent être inefficaces par les dispositions mauvaises ou imparfaites de ceux que l'erreur a prévenus. Et comme on est redevable à tous les esprits des moyens propres à les conduire au vrai , on peut , et on doit même quelquefois passer successivement d'une méthode à l'autre, selon que les circonstances l'exigent , sans que cette conduite prouve en aucune manière l'insuffisance de l'une ou de l'autre méthode en elle-même.
1/aiilenr de la Perpétuité, avant d'entrer dans l'argument de discussion, emploie les premiers cliapilres de ce second volume au développement de certaines réflexions générales, qui jettent un grand jour sur celte controverse. H fait voir dans le premier chapitre, que la voie que les calvinistes ont prise , dès le commencement de leur rélormc. de rcjeier, par rcxanten (Is seuls écrils sacrés, sans aucun é|j;ard à la doctrine des Pères et de la tradition , le dogme de la présence réelle, et i)liisieurs autres vérités catlioliques, que!(|ue succès ([u'elle ait eu, était inséparable d'un jugement injuste, téméraire, précipité et présomptueux ; et que lonie société, fondée et formée sur un pareil jugement, ne peut être TÉglise de Jésus-Clirisl. Il décrit dans les chapitres suivants, les trois difl'érents étals par où 3 passé l'opinion zwinglienne sur l'Eucharistie : savoir, l'état de sincérité, l'état de politique, et l'jtat de contriidiciion, ou de mélange des expressions luthériennes et zu'ingliennes ; et conclut de celte variation et de cet(e coniradiction , que leur société ne peut être la véritable Épouse de Jésus-Christ (1). C'est après ces préliminaires, qui présentent en quelque sorte un nouvel argument de prescription, ou de lin de non recevoir, que l'auteur entre dans la discussion des textes de l'Écriture et des Pères concernant l'Eucha-
istie.
(!) M. Bossuei a depuis développé celle réflexion éans V Histoire des Variations, etc.
LA PERPÉTUITÉ DE LA FOL i'H
Celle discussion préliminaire rentre, en quelque sorte, dans le plan du livre des Préjugés légitimes, que M. Nicole avait publié sur la fin de l'année précé dénie Iti71, et que l'auteur du livre de la Perpétuité cite nu commencement du premier chapitre de ce second vdluine.
Nous (levons observer ici que, par un privilège particulier, Louis XIV dispensa M. Arnauld de la formalité de faire approuver ce second volume, et ceux qui le suivirent par les censeurs ordinaires, et qu'il n'eut dans la suite que des évéques pour examiner et approuver ses ouvrages. M. de Goiidrin, archevcipie de Sens ; M. Bossuet, alors évè(iue de Condoin ; M. le Camus, évêque de Grenoble ; et M. de Laval, évêque de la llochelle, approuvèrent le second volinne. Le imisiènie ne le fut que par M. de Gondrin et M. Bossuet.
Ce troisième volume fut publié au commencement (le 1674. Il contient la réponse aux passages dilTiciles des Pères, objectés par les calvinistes. On trouve dans le huitième livre la confirmation de l'union des églises orientales avec l'Église romaine , sur la (oi de l'Encliaristie. Nous n'avons point de preuve que M. Arnauld l'ait envoyé en présent au pape Clément X et au cardinal neveu, sa maxime étant de ne se produire de lui-même que le moins qu'il pouvait, comme il en fait l'aveu dans sa lettre au cardinal Altieri, du pre- Oiier lévrier 1G75. II crut néanmoins devoir offrir ce troisième volume avec les précédents au pape Innocent XI, lorsqu'il succéda à Clément X, deux ans après, aussi bien qu'au cardinal Cibo , son secréiairc d'état. La répulalion extraordinaire de piéié de ce nouveau pontife ; le choix qu'il avait fait d'un des plus habiles et des plus pieux cardinaux du sacré collège pour l'aider à porter le poids de la charge pastorale , et les heureuses espérances qu'on concevail de ce pontificat, lircnt passer M. Arnauld par dessus sa réserve ordinaire. On voit ces diflérenls motifs dans ses lettres de congratulation, du mois d'octobre I07G, au cardinal d'EsIrées (qui avait beaucoup contribué à celte élection ), au pape Innocent XI lui-même, et au cardinal Cibo. Après avoir exposé au S.-Père tout ce qu'on avait à attendre de son zèle pour remédier aux abus qui défiguraient la face de l'Eglise, il lui représente les donnnages |)arliculiers qu'elle souffrait de l'hérésie calvinieime; les ell'orls qu'il avait faits avec un de ses anciens amis pour en airèter les progrès par se? écrits, autant qu'il était en lui , et la liéiiédiction que le Seigneur y avait accordée par la conversion de jdusieurs liérétiqnes. Mais , ajoula-t-il , que de fruits plus abondants n'y a-t-il pas Heu d'en espérer, si votre Sainteté daigne y donner sa bénédiction pontificale! C'est pourquoi , dil-il , ayant présenté autrefois les premiers volumes à vos deux prédécesseurs , qui ont eu la bonté de me faire savoir combien ils nwr avaient été agréables, j'ai cru devoir présenter à votre Sainteté l'ouvrage entier concernant cette matière , qui comvrend plusieurs volumes, en les soumettant avec toute la soumission pas sible, à son juqement el à sa censure.
lîtS
PRÉFACE HISTORIQUE ET CRITIQUE
Lo cnnliiml Cibo fut clsargë par le pape de lémoigncr ;i M. Arnaiild coiiihicn sa Icllre et son présent •iii avaiont clé agréables. Sa Sainteté, <iil-il , lira vos ouvrages centre Hiérésie de Calvin avec d'autant plus de plaisir , quelle a déjà appris que tout le monde les Ut avec avidité, comme étant composés avec autant d'exactitude cl d'érudition que d'esprit et d'éloquence. 11 lui témoigne en même temps sa reconnaissance particu- /.ère et le désir qu'il a de lui donner des preuves du cas infini qu'il fait de ses éminentes vertus, de sa piété cl de son érudition. Celle lettre du cardinal Cibo fut imprimée dans le temps , en latin et en français ; et •juoique les ennemis de M. Arnauld aient clierclié à lui faire un crime de cette publication, le cardinal répondit à la lettre que M. Arnauld lui écrivit pour s'en juslilier, qu'il en était pleinement satisfait, et qu'il devait mépriser ces sortes de discours, tant qu'il serait assuré de la bienveillance de sa Sainteté.
Le même ouvrage fut envoyé à plusieurs autres cardinaux, et aux personnages les plus distingués de la cour de Rome. Mais comme les exemplaires en avaient été adressés au cardinal d'Estrées, pour lors ministre de France auprès du Sainl-Siége , et que cette émiiicnce se trouva absente de Rome lorsqu'ils y arrivèrent , ils ne furent rendus que longtemps après. Jl. l'abbé de l*onicbàteau, qui était alors à Rome, et dom d'Urban , procureur-général des bénédictins en cotte cour ( mort depuis assistant du général ), furent chargés de les présenter, et d'en faire les reniercîmenis. Ce dernier rendit compte à M. Arnauld de sa commission, dans une lettre du mois de seplem- J»re 167G, dans laquelle il lui assure , que, malgré ses ennemis, il était à Rome en la vénération el l'estime de tout le monde. Monseigneur Favoriti , secrétaire du chiffre, et l'homme de confiance d'Innocent XI, à qui M. Arnauld avait fuit tenir huit volumes de ses ouvrages , voulut lui écrire directement, pour l'en remercier, comme d'un présent du plus grand prix. Le cardinal Rarherin en fit autant le 18 janvier 1G78. On trouve dans sa lellre les plus grands éloges de M. Arnauld et de ses ouvrages. Le cardinal Oiloboni, depuis pape sous le nom d'Alexandre YIII , qui avait aussi reçu le troisième volume de la Perpétuité de la main de dom d'Urban , témoigna désirer d'avoir aussi les deux premiers. Ils lui furent envoyés aussitôt. Ce cardinal fut si sensible à cette attention, que, quoiqu'il eût chargé dom d'Urban d'en remercier M. Arnauhl, et qu'il n'eût point reçu de lettre de ce docteur , il voulut lui donner p;ir lui même des preuves de sa recomiaissauce. Sa lettre est du 15 décembre 1679. M. Arnauld étiiit alors en Flandres, où il s'était retiré pour s>e n)ettre à l'abri de la mauvaise volonté de ses
qu'il pouvait compter sur la sincérité des sentiments et des offres de service do cette éuiinencc.
Il est à propos de parler ici de quelques écrits publiés dans le temps pour la défense du livre de la Perpétuité de la foi.
Le père de Paris, chanoine régulier de Sainte-Geneviève, donna en 1672 et 1674- deux volumes in-12 intitulés : La créance de l'église grecque touchant la transsubstantiation , défendue contre la réponse du ministre Claude an livre de M. Arnauld. Ce docteur y renvoie , dans l.i préface du troisième volume de la Perpétuité, comme à un supplément en quelque sorte nécessaire à son ouvrage. Le père de Paris y traite, dit-il , la matière dont il s'agit , avec toute la sagacité, la netteté et la sincérité que l'on pouvait souhaiter. Il avait divisé son ouvrage en deux parties, et avait placé à la fin de la première la réfutation de la réponse d'un ministre de Charenlon (M. Allix) à la dissertation qui est au commencement du douzième livre du premier tome de la Perpétuité, sur le sujet des emplois, du martyre et des écrits de Jean Scot^ ou Erigène. La seconde partie ne fut imprimée que sur la fin de 1674, après la publication des deux derniers volumes de la Perpétiiiié. Le savant génovéfain prouvait dans ces deux parties la foi de l'église grecque depuis le VI' siècla jusqu'à présent, il promettait une troisième partie sur la créance de l'église grecque depuis la fin du VI' siècle (en remontant) jusqu'au temps des apôtres, au cas que iM. Claude répondît aux deux derniers volumes de la Perpétuité. Mais ce ministre ne l'ayant point fiut, celle troisième partie n'a jamais paru.
En 1G73, après la publication du second volume de la Perpétuité, M. le Noir, théologal de Sécz, publia les Avantages incontestables de l'Eglise sur les calvinistes, dans la dispute de M. Arnauld et du ministre Claude. Si l'on veut évaluer le mérite de cet écrivain, on peut voir son histoire , ses bonnes qualités cl ses défauts dans les lettres 97 et 429 de M. Arnauld.
Il parut vers le même temps un autre écrit ayant pour titre : Défense de la foi de l'Église touchant CEucharistie, contre celui d'un ministre noiimiédeLortie, qui avait attaqué les deux premiers livres du second tome de la Perpétuité. M. Arnauld nous y renvoie dans un ouvrage de l'an 1680 (1). Il n'en désigne Tauteur qu'en l'appelant un savant docteur. Mais il ajoute qu'il avait ruiné toutes les chicaneries des calvinistes , sur les manières dont s'expriment les changements de substance.
§ 3. De l'écrit intitulé : Réponse générale au livre de M. Claude.
L'ouvrage de M. CKuidc , dont il est ici question
eiiiiiimis. Le cardinal qui en était informé lui marqua ^'^■''' ^*^'"' •!"'' '*^""l oi'l'"-<é au premier volume de la la p:irt qu'il prenait à ses disgrâces , et la confiance (lu'il avait que sa vertu, sa piété, son zèle pour l'Église et pour le Saint-Siège les lui feraient supporter avec courage. Le père d'Urban écrivit lii-même à M. Arn.iuki le 29 du même mois de décembre , en lui envoyant la lellre du cardinal Ottoboni , et lui margua
grande Perpétuité de la foi (2). C'était le troisième
(1) Nouvelle Défense du Nouveau-Testament de Mous , liv. VI, chapitre 5, page 419 du tome 7 de la Collection.
(2) Il avait pour titre : Réponse au livre de M. 4r~ luiuld, intitulé la Perpétuité delà foi, etc., et formait trois volumes iu-12, ou un volume in-4°. 11 se vendait
àUR LES nEUX OUVRAGES DE L\ I EIIPÉTUITÉ DE L.\ FOI. 19f.
nérale, l'analyse de roiivrage; on y fait voir aiiNSi que raigiimciit du livre de la Perpéluilé , i\:\ns\cs Ijornes auxquelles on Tavail enferme , subsistait dans son entier par les seuls raisonnements que M. Claude n'avait pas attaques, et par les faits qu'il avait positivement avoués, ou qu'il n'avait osé contester.
que ce mi..islrc avait public dans celle dispute, et oe fut le dernier. Comme le second volume de la Pcrpé- <uUé était fini lorsque le livre de M. Claude parut, et que ce second volume se trouvait déjà entre les mains des évê(|ues approbateurs , on se contenta d'y f tire quehiues additions relatives à la nouvelle production
du ministre. M. Arnauld ne jugea pas à propos d'in- | I^, Des diverses éditions des ouvrages de
tcrrompre et d'embarrasser la suite des matières importantes traitées dans ce second volume, pour s'amuser à répondre aux nouvelles cbicanes de M. Claude. 1! était d'ailleurs occupé à mettre la dernière main an grand ouvrage du Renversement de la morale deJésus- Clirist par les erreurs des calvinistes. 11 se réserva de réfuter amplement l'écrit du ministre dans un ouvrage particulier. C'est ce qu'il fil dans sa Réponse générale, etc.; elle parut sur la fin de 1G71 ou au commencement de 1672, avec le second volume de la Perpétuité et le Renversement de la morale , etc. MM. les C'èqucs de Condom (Bossiiet) et de Grenoble (leCajnus) approuvèrent ces trois ouvrages par un même acle , en y marquant que c'était par ordre exprès du roi. Le Renversement de la morale, etc., fut encore approuvé par huit autres évoques.
M. Arnauld sur r Eucharistie.
Le livre de la Tradition de l'Église sur l'Eucharistie, avec la Table historique cl chronologique , qui formenl le premier écrit de M. Arnauld sur celte matière; la petite Perpétuité de la foi , avec la Réfutation de la réponse de M. Claude qui y fut rétuiie; et enlui la Réponse générale au nouveau livre de 51. Claude, ne furent d'abord imprimes qu in-S" ou in-l2 séparément. Mais ils le furent ensuite in-4°, dans une troisième édition de la grande Perpétuité, qui fut faite en Hollande eu 1701. Comme le premier tome de ce grand ouvrage contient le développement et la défense de l'argument invincible dirigé contre les calvinistes dans la petite Perpétuité, on y inséra celle-ci, avec la Réfutation de la Réponse , etc. , et c'est là au moins la septième édition de ce petit livre. La Réponse générale et la
La Réponse générale, etc., de cette première édi- j,.„f/(,,-o„ de l'Église, avec la Table chronologique y qui
tion, formait un volinne in 12. Nous n'hésitons pas à la mettre au rang des écrits de M. Arnauld; et il nous y autorise par la manière dont il s'y exprime en plusieurs endroits (I). L'auteur de la Vie de M. Nicole (deuxième partie , page 2.o) et M. Dupin (2) se contentent de dire que M. Arnauld y eut beaucoup de paît, et font enlendre que M. Nicole en était le principal auteur. Ce qu'il y a de certain, c'est que M. Claude , dans le livre réfuté , attaque partout M. Arnauld notmnémcnt, comme auteur de la Perpétuité, et que l'auteur de la Réponse générale ne le désavoue jamais, et lui répond toujours comme défondiMit son propre ouvrage. Aussi fut-il présenté au nom de M. Arnauld avec les premiers volumes de la Perpétuité de la foi, au pape Clément X et à plusieurs cardinaux. M. Lescot, qui fut chargé de ces présents, ceriilie, comme nous l'avons déjà vu, la manière dis- Ihiguéc dont il fut reçu à cette occasion par Clément X, par le cardinal Altieri , son neveu , par les deux cardinaux (François et Charles) Barberin, par les cardinaux Bona et Rospigliosi. Ce dernier se distingua dans cette occasion. Dans l'audience que Clément X accorda à M. Lescot, après lui avoir témoigné la grande estime qu'il faisait de M. Arnauld et de ses écrits, ii lui dit qu'il se f.iisait lire actuellement la Répome générale , et il lui demand.i à ce sujet quel homme c'était que M. Claude, et qu'il fallait qu'il fût bien opiniâtre pour ne se pas rendre à la force des raisons et des réponses de M. Arnauld. On peut voir, dans FAvertissement qui est à la tête de cette Réponse gé-
à O'ipvillv par Jean Lucas, demeurant à Rouen, rue S.-Lô, 1070.
(1) Réponse générale, livre 2 , chapitre 1 , page 529, 51)0, etc.
-Ci) Histoire du dix-septièmo siècle, tome 4, page '41.
avait déjà été imprimée deux fois, se trouvent dans le quatrième volume, auquel on joignit encore l'écrit do père de Paris, dont nous avons parlé ci-dessus.
On sait que M. l'abbé Renaudot a fait imprimer, en 1711 et 1715, deux nouveaux volumes in-4*, sous le litre de : Suite de la Perpétuité de la Foi, qu'on n'en sépare pas connnunémenl.
On avait connnencé d'imprimer à Rome, sur la fin du pontificat de Clément XIV, une traduction laline de l'ouvrage de la Perpétuité, dont il avait accepté la dédicace. Nous ignorons où en est cette entreprise , qui ne pouvait que faire honneur à ce grand Pape, et à ceux qui la dirigeaient.
§ 5. Des principaux écrits publiés pour et contre le livre de la Perpétuité de la foi. La Réponse générale au livre que M. Claude avait opposé au premier volume de la grande Perpétuité de la foi , et les second et troisième volumes du même ouvrage, fermèrent la bouche à ce ministre, et sont demeurés absolument sans réponse de sa part(l). U jugea prudemment, qu'il desservirait la cause qu'il prétendait soutenir, en s'exposant de nouveau à de si fortes répliques.
Quelques-uns de ses partisans ont ose néanmoins avancer, que M. Claude avait écrit le dernier dans cette dispute, et que ses livres étaient demeurés sans ré'
(1) On ne donnera point sans doute le titre de Réponse ;iu sernum que M. Claude prêcha à Charenton en 1G82, quoique ses partisans aient voulu le faire passer pour un excellent abrégé de ses livres de controverse contre MM. de Port- Royal touchant l'Eucharistie, il suffit de le lire pour n'y trouver qu'une vaine déclamation, et cinq ou six pages seulement pour relever ce que M. Arnauld avait dit toucliant l'iuteihgcnce des paroles de Jésus-Clirist dans rinsiiiulion de
ponie(\y Un membre dislingiic de racadeinic des In- Bcriplions et Bclles-I.clUes de Paris, qui n'ctail pas Biinisainmcnl inslrnil de riiisloire de cette controverse, a pareillement avancé que le livre de la Perpétuité de la foi n était pas demeuré sans réplique ; que le ministre Claude y avait opposé des allestations toutes contraires à celles que M. Arnanld avait produites, pour prouver la conformité de la croyance de l'Église romaine avec crlle des églises orientales; que les disgrâces et la mort de ce docteur l'avaient empêché d'y ri pondre ; que le silence des catholiques avait donné , pour quelque temps, un air spécieux aux frivoles ruisonnemeuls des caliinista; et que ce fut l'abbé Itenaudol qui leur enleva ce faux triomphe, les premières années de ce siècle (2).
M. Tabiié Renaudot avait désavoué d'avance son pai égyrisle, dans le quairièmc volume de la Perpétuité de la foi. 11 y atiesle, dans la préface, que « la « dispute sur la perpétuité de la foi, touchant VEi\t cliarislie, pouvait être regardée comme finie, par le I troisième volume , et par la Réponse générale qui I l'avait précédé; parce (lue M. Claiule, qui avait sur- « vécu plusieurs aimées, n'y avait fait aucune réponse ; « et que personne de sa communion n'avait entrepris « de le détendre , parliculièremeul sur ce qui regar- ( dait les témoignages des Grecs et de tous les cliré- « tiens orientaux. » 11 répèle le même fait, et le prouve dans le chapitre p'cmier du second livre du même volume, où il établit l'état de la dispute touchant la perpétuité de la foi sur l' Eucliarislie , depuis que M. Claude avait cessé d'écrire. Les preuves, dit-il, ré' pandnes dans les trois volumes, et dans la Réponse générale, etc., touchant la conformité de la croyance des Grecs , anciens et modernes , avec la foi de l'Église romaine...., ont satisfait pleinement à tout ce que le minisire Claude avait demandé. Il na fait, ajoulc-t-il, aucune réponse au troisième volume ; et ainsi nous sommes en droit de dire que les preuves qui y sont contenues sont demeurées sans réplique.
M. llenaudot examine ensuite, si l'on peut dire que les partisans de M. Claude aient répondu pour lui? i Ou dira, sans doute, dit-il, que M. Frédéric Span- ( heini, fameux professeur eu Hollande, a soutenu la « cause de M. Claude, dans son livre qu'il a intitulé : < Strictur.'E , contre ^Exposition de la foi de feu € M. l'évèque de Meaux , et qu'il a fait voir la fai- 1 blesse du irailé de la Perpétuité, et celle des attesi talions veimes du Levant. 11 est vrai, ajoute l-il, « que, si les louanges outrées d'un auteur, un rapt port trè;-inlidèle des principes de ceux ([ui le ré- « fiitent, el une vaine ostentation de capacité, avec « tontes les marques possibles de mépris pour ses ad-
''ijicliaristie. Voyez le Recueil de divers Traites sur t'Ei:cliaiistie. à Amsterdam, 1713, préface, page 6.
(I) Voyez, récrit intitulé ; De la foi de l'Eglise callioiujue lonchitiit r Eucharistie , 1G84. L'auteur, dans s m Avis à 1/iU. de la Ilcligion prétendue réformée, cite sur ce laii inadeuKiiselle de la Suze.
("2) Éioge de .M. l'abbé Renaudot, prononcé en 1721, p.ir M. do IJose, secrétaire de l'académie des Inscrip- Uons. etc., tome o des Mémoires de cette académie.
PRÉP.ACE IlISTORIQUK ET CRiTIQl'E 500
* versaires, peuvent passer pour des raisons, ces € Stricitirœ sont un ouvrage sans réplique. Mais. i nous pouvons assurer, que, si ou cherche dans tout
< ce livre une seule preuve, on ne la trouvera pas
< Ceux qui pourraient avoir clé frappés par le livra « de M. Spauheim, n'ont qu'à lire ce qui a clé ré- I pondu dans Y Apologie des catholiques (lome 2, I chap. 7 el 8), el ils seront satisfaits, i
M. Renaudot observe ensuite le cercle vicieux des calvinistes sur ce sujet, i Pour toute réponse, dit-il, j « aux arguments pressants de la Perpétuité, M. Spanf heim renvoie aux théologiens de sa communion, t qui les ont réfutés, à ce qu'il prétend ; cl ceux qui f ont écrit depuis renvoient à M. Spanheim, sans { « plus de fondement. »
11 en est de même de M. Thomas Smith, prêtre deJ l'église anglicane, un des premiers qui s'est mis ensuite sur les rangs. Dans les trois ouvrages qu'il a faits sur ce sujet, il n'y a pas, dit M. Renaudot, la moindre autorité, pour appuyer le jugement qu'il porte sur. la foi des Grecs. Il n'allègue aucune raison; il ne cite pas un seul auteur grec ; il ne rapporte aucune pièce ni aucun lémoignags. Ccpendait les protestants ne ces-j sent d'opposer aux catholi(pies la prétendue autorité incontestable de ce témoin oculaire, depuis même (pi'il a été réfuté par i)lusieurs catholiques (1), cl que des proleslanls célèbres se sonl mènjc éloiijnés de suiij avis (2).
C'est encore avec moins de fondement qu'on regarderait comme une réponse au livre de la Perpétuité un éciit anonyme publié à Amsterdam j en 1G88 (3).
Outre que, selon le titre, l'anonyme ne prétend attaquer que le premier volume, l'auteur des Nouvellei de la république des lettres, parlant de cet ouvrage, le traite de Réponse surannée. 11 ajoute, qu'il ne savait si le public verrait avec plaisir renouveler cette dispute. Au surplus, le nouvel écrivain, en cachant son nom, dit il, abandonnait son livre à quiconque voudrait l'adopter. Mais, poursuit-il, il y a peu d'apparence que personne s'empresse à se l'attribuer. 11 joignit en eti'et à une présomption peu comnmne, une passion do calomnier, que toute personne équitable ne couvait (jue désapprouver.
Le sieur Jean Aymon, prêtre apostat, tenta en vain,
(1) Quoique M. Smith eût été ,^uffis;unmenl réfuté d'avame, par les pièces rapportées dans la Perpétuité, iî le fui depuis dans la préface des Opuscules de Cennadius, et de quelques autres Grecs, publiés en 1701), par M. Renaudot.
(2) M. Renaudot cite la préface de M. Normannus, dans l'édition de la Confession orthodoxe des Orientaux, qu'il a l'ail faire à Leip^ick, en 1094. Simon Uicliani cite aussi Guillaume Forbesius qui, dii-il, avoue ingénument que les nouveaux Grecs cités par M. Ariiauld, pensent conmie les Latins sur la transsnhslaii tialion. Notes sur les écrits de Gabriel de Philadelphie, publiés en 1G8G, page 107.
(5) Il avait pour litre : Les Trophées de Port-Royal renversés; ou Défense de la foi des six premiers siècles, eic, contre lessopkismes de M. Arnauld, contenus dans le premier lome de la discussion, etc., divisés en auairc Hvrcs 512 pages iii-12.
201 SUR LES DEUX OUYRAOl'.S DE
vingt ans après, de venir au secours de la nouvelle secie qu'il avait embrassée. 11 publia à la Haye, en 1708, un assez gros ouvrage in-4°, iiililulé : Monuments authentiques de la religion des Grecs, el de la favsseté de plusieurs confessions de foi des chrétiens orientaux, produites dans la Perpétuité de la foi. Mais lobt le corps de l'ouvrnge démentait ce litre pompeux.
1 L'auteur, dit l'abbé Reiiaudot, dans la préTace i de la réfutation qu'il prit la peine d'en faire, est un « homme qui à peine sait lire le grec ; qui n'a pas la i moindre connaissance des auteurs les plus vulgai-
< res, et qui ne cite ni ne produit pas une seule pièce ;
< mais qui examine celles que les catholiques ont « doiniées au public, et qui en tire des réflexions et « des conséquences si absurdes, qu'elles suffisent
< pour faire voir qu'il ignore entièrement la matière € dont il traite; qui donne les raisonnements les 1 plus faux comme des démonstrations; et qui, au dé- € faut des raisons qui lui manquent toujours , croit
< accabler ses adversaires par des calomnies et par
< des injures (1). i
L'écrit réfuté par l'abbé Renaudoi n'était pas moins méprisable par son origine. Le sieur Aymon, son auteur, réfugié en Hollande depuis son apostasie, était revenu à Paris en 1706; et feignant de vouloir rentrer dans le sein de l'Église, il se procura, par des protections respectables, un accès libre à la bibliothèque du Roi. Il en abusa indignement, pour y enlever l'original du fameux synode de Jérusalem, dont on avait fait up grand usage dans la Perpétuité de la foi, et qui avait été imprimé séparément en 1672. Il repassa aussitôt en Hollande où il le fit réimprimer, avec quelques autres pièces, sous ce faux titre : 31onuvients authentiques, etc.
L'abbé Renaudot fit voir dans sa réfutation que ce livre était un tissu de calomnies atroces, de falsifications insignes, de raisonnements absurdes et de bévues grossières. Le sieur Aymon n'avait fait réimprimer le synode de Jérusalem, qu'en y retranchant tout ce qui y était contraire à ses idées (2). Il y donnait les décrets de ce synode, comme l'ouvrage d'un imposteur, qui, par le scandale que ses nouveautés avaient causé, avait été chassé de son siège patriarcal ; et il y faisaii paraître tant d'ignorance, de mauvaise foi, et de témérité, surtout dans la manière dont il traitait les catholiques, qu'il fut condamné par plusieurs personnes des plus raisonnables de son parti (5).
M. de Rose nous apprend (4) que le sieur Aymon demeura muet à la vue de la réponse de l'abbé Renau-
(1) L'écrit de l'abbé Renaudot a pour titre : Défense de la Perpétuité de la foi, etc., contre les calomnies el les faussetés du livre intitulé : Monuments authentiques de la religion des Grecs, etc. C'est un volume in-8°, publié en 1709, à Paris chez Gabriel Martin.
!2) Suite de la Perpétuité, tome 4.
5 Ibid.
4) Tome 5 des Mémoires de l'Académie des Inscriptions, pag. 387.
P. DE LA F. I