SUR LES DEUX OUVRAGES DE
que M. Arnauld avait fort desapprouvé son dessein, et que le livre que M. Rcnandot avait donné au public, en 1709, avait été fait prcmièremenl sçus ta direction de M. Arnauld. M. Rciifludot oppose à toutes ces fausses allégalior;s l'histoire véritable des engagements qui avaient déterminé M. Simon à écrire sur celle matière (1), et ne laisse subsister aucun sujet légitime de plainte sur ce sujet.
M. Arnauld avait eu occasion de relever plusieurs méprises de ce téméraire auteur dans sa 74' diliiculté, proposée à M. Sieyacrt. 11 avait eu la hardiesse d'avancer, dans son Histoire critique de la créance et des coutumes des nations du Levant, publiée sous le nom de Mo)ii, en 1G84, que, quoique M. Arnauld se lût efforcé de prouver fort au long, dans ses livres contre M. Claude, que la transsubstantiation était reconnue par les Grecs , celle question ne laissait pas de souffrir encore de fort grandes difficultés. M. Arnauld examine avec soin les fondements de ces prétendues difficultés , et fait voir qu'elles ne subsistaient que dans l'imagination de ce critique ; qu'il s'élait luimême contredit sur ce point dans ce même ouvrage, et qu'enfin il s'élait vu obligé de rétracter expressément ce qu'il avait avancé à ce sujet dans un autre ouvrage imprimé peu de temps après (2). M. Arnauld renvoie, à cette occasion, à ce qu'il avait lui-même établi dans le cbap. 8 du second volume de VApologie pour les catholiques , contre les chicanes de M. Spanheim sur l'authenticité des attestations produites dans le premier et dans le troisième volume de ta Perpétuité de la foi , et sur la force de l'argument qui en résultait , pour prouver la perpétuité de la foi ie l'Église. « Les personnes les plus employées . « ajoute -t-il , à la conversion des huguenots , ont
I trouvé cet argument si important pour ce dessein , « qu'ils l'ont tiré de VApologie, pour en faire un livret « à part, sous ce titre : La foi de l'Église catliolique, i touchant Œucliarislie, prouvée d'une manière invincit ble par ^argument proposé aux prétendus réformés , € dans te livre de la Perpétuité de la Foi. j Ce livret fut achevé d'imprimer le 17 décembre 1685.
Le même critique avait fait un reproche à l'auteur de la Perpétuité de la foi, qui n'était pas mieux fondé.
II prétendait (5) qu'on avait cilé, dans le chap. 12 du liv. Il du tom. 1", un livre particulier d'Eutlujmius , contre les Latins, comme étant en manuscrit dans la Bibliothèque du Roi à Paris, où néanmoins il ne se trouve point. Je suis sûr, dit-il, que MM. de Port-Royal n'ont
nauld avait été mécontent de ce qu'il y disait de l'ouvrage d'Agapius, moine du mont Alhos , dans la première édition de 1671 , et que c'est ce qui l'obligea de refondre ses notes et son ouvrage dans la seconde édition de 1680.
(1) Préface du quatrième volume de la Perpétuité.
(2) Il dit dans ce dernier ouvrage, qu'il n'y avait jamais eu de fait prouvé avec tant d'évidence, et par un si grand nombre de témoignages, que celui qui regardait le consentement des églises d'Orient avec l'Eglise romaine, sur la créance de la transsubstantiation.
(5) Bibliotlièque critique, etc., tome 1"', chapilrc 10, page 98 de l'édilion in-i2 de 1768.
LA PERrÉTUrrÉ de la FOI. r 206
point consulté cette Bibliothèque ; qu'ils s'en sont rap ■ portés à Léo Allatius, lequel, d'après Jean Auberi, a pris un extrait de la Panoplie d'Euthymius , pour un livre particulier de ce moine contre les Latins. Nous donnons ici en note (1) les éclaircissements que nous nous
(1) Dans deux manuscrits grecs de la Bibliothèque du Roi, l'un cotté 1572 (olim 2995), l'autre 2782 (sans ancien numéro), formant deux recueils d'exlrails et de pièces entières sur toute sorte de matières on trouve avec quelques variéiés une petite pièce qui' paraît faire un ouvrage complet. Dans le premier de ces manuscrits, cette pièce remplit quatre pages entières et deux demi-pages; et dans le second elle remplit cmq pages entières. Les pages sont dans l'un et dans l'autre de format in-8", d'environ vingt lignes. M. Bigot, comme on le voit, par la BibIiothè(iue critique de Richard Simon, tome 5, p. 98, a vu cette pièce dans le premier manuscrit, et il en a rapporté le tilre assez mal. Voici ce titre tel qu'il est dans ce premier manuscrit :
(tïJ,- 7i:a>)^l'c;j/A/ÎS, ^'tO£ It«),WJ , XSyàlsK (tÛ-J Uk1S>J, )!£-
ooilcctu) 1g5y,),oOvTa w; ovx èx toO ïioù iATzopevszxi rà &yio-,
Uv£û/j.a. (to U;eû/xK rà âyiov). Ce titre est le même dans le second manuscrit, à quelques minuties près, que nous mettons entre parenthèses.
Quoiqu'on dise M. Rigot, M. Arnauld ne s'est point trompe dans la Perpétuité de ta foi, tome premier en citant ce petit écrit d'Euthymius comme distinct de sa Panoplie. C'est 'SI. Bigot lui-même qui se trompe • r en uisinuant que toutes les pièces du recueil grec ne sont que des extraits, et 2" en disant que la pièce en question est un extrait de la Panoplie d'Euthymius, et non pas un livre particulier de ce moine contre tes Latins. 11 est vrai que ce n'est pas un livre , car c'est un écrit de cinq pages; mais en même temps il est ftiux que ce soit un extrait de la Panoplie. J'ai parcouru avec soin cette Panoplie, au moins sa traduction latme; car le texte grec, dont la Bibhothèque du Roi possède sept exemplaires manuscrits, n'a jamais été imprimé; et dans cette traduction, je n'ai rien trouvé qui ressemble de près ni de loin à la petite pièce grecque. M. Arnauld ne s'est donc pas trompé en la citant comme une chose à part.
Au reste , afin que l'on puisse mieux s'assurer que cette pièce n'est point dans la Panoplie, du moins la latine, je vais traduire de mon mieux quelques-uns des douze articles qui la composent, et qui sont tous fort courts , à l'exception du dixième. On verra en même temps que la particule cô/, qu'on lit dans le titre, doit y être, comme le dit M. Bigot.
r Si le Saint-Esprit est simple , et si l'on dit qu'il procède en même temps du Père et du Fils , c'est prendre ceux-ci pour uneseule personne, et introduire l'Iiéiésie sabellienne ou sémi-sabellienne, qui confond les personnes.
2° Si le Saint Esprit procède du Père et du Fils il est donc double et composé. '
5° Si l'on rapporte le Saint-Esprit à deux principes que devient l'unilé de principe lanl célébrée ? '
4° Si le Père produit le Saint-Esprit, et si le Fils le produit aussi, le Père est donc et le générateur immédiat du Sai:,t- Esprit, et le généraieur éloigné à travers l'action généiaiiice du Fils. Et npsêàÀ/srat ^iv
TÔ IIv£0,(/.K 0 'n.^TY.p , 7ii>oëà).lzra.t. ck zoûto y.xi b ttos , V.fi nopfu otà Tiiv èx toû TcîO TzpoQolr,-'.
5" Si la procession du S.iint-Esprit par le Père est coniplelo, celle par le Fils esl superflue.
()" Si le Fils a la luènie propriété d'engenJrcr le Saiiil-Espni qu'a lé Père, celle propriété leur est coiiiinnne; et dans ce ca^;, cuninieni ce (jiii est coiiiiiiun s.'ra-t-il propre? Si le Fils a celle propriété et cil!' aciion cuniraire, conimeiil l'action de l'un ne
ruiîFAcr nisTORiQrE et critique sur les deux ouvrages, etc.
soio.i.cs procures à ce si.jcl, de h part d'un de nos amis, employé aux manuscrils de la Ribliolliè(iue du iloi ,'siir rcxactilude el riutelligcncc duquel on peut eiitièremcnl compter.
Le synode de Jérusalem, dont nous avons eu occabion de parler, est daté du 20 mars 1672. Il fut présidé par Dosilhée, patriarche de cette ville. C'est, au jii;,'cment de M. Rcnaudot, une des plus considérables jnkes que l'église grecque ail produites depuis longtemps, Cl une des plus précises cl des plus amples expositions de In croyance des Grecs sur l'Eucharistie. Dosilhée, selon le même auteur, était un des plus savants théologiens «me l'église greccpie eût possédé depuis plusieurs siècles. Il intilula son Synode : Le Bouclier de r Église orthodoxe. Dix-huit ans après, Dositliée le fit imprimer à Bucharesl, en Walacliic, où la religion grecque est dominante ; et comme il ajouta à celle édition des pièces considérables, et divers éclaircissements, il en changea le titre , et l'intitula : Manuel pour servir de réfutalionà l'extravagance, par laquelle les calvinistes accusent faussement la sainte Église catholique et apostolique d'Orient , de croire , touchant Dieu et les choses dicines, ce qu'eux-mêmes ont de méchantes opinions, se servant, pour prouver ce qu'ils avancent, des chapitres appelés de Cyrille Lucar, etc.
RI. Renaudot, qui nous a donné coimaissance de celle édition du synode de Jérusalem , nous apprend en même temps, que ce sont ces Chapitres, c'est-àdire, la Confession de Cyrille Lucar, latriarche de Consianlinople, imprimée à Genève, par les calvinistes, qui donna lieu à ce synode. Celle Confession avait éié précédemment désavouée par deux synodes de Consianlinople, des années 1638 el 1042. Dosilhée inséra les décrets de ces deux synodes , dans l'édition de celui de Jérusalem, faite h Bucharcst en 1690, après les avoir vérifiés sur le Codex de la grande église de Consianlinople , où il est néces-aire d'enregistrer tous les actes ecclésiastiques, pour les rendre anihenliques. Il y inséra pareillement les actes du synode lenu sous Cyrille de Berroée, et ceux de Jassi , où avait élé dressée la célèbre Confession orthodoxe contre les Calvinistes.
M. Rcnaudot s'élend avec complaisance sur l'histoire el l'aulhenticilé du synode de Jérusalem , dans le quatrième tome de la Perpétuité de la foi (liv. \I,
corrom])t-elle pas {fOtlpsi) celle de Tanlre? Car les choses contraires se corrompent. Si le Fils a celle action seulement différente, une partie du Saint- Esprit sortira donc faite d'une façoir, et l'autre d'une autre , et le tout sera composé de parties dissemblables.
7° Si le Fils et le Saint-Esprit procèdent d'un seul principe, à savoir , le Père , et que de recbef le Fils produise le Saint-Espril , le Saint-Esprit devra produire aussi le Fils; car le Père, leur principe commun, les a faits égaux en dignité, etc.
Je n'avancerai pas plus loin dans une lelle obscurité, et je finirai en répétant que je ne crois point que ces choses-là se irouvcnl dans la Panoplie. Cependant si, pour |)lus d'assurance, (juclqu'un plus au fait ijne moi veul la parcourir, elle est dans la Bibliolli'équc du Roi, sous le numéro 417, in-8°.
chap. 5 cl suiv.) : ce seul ouvrage, ajoule-t-il, détruisant entièrement tout ce que MM. Claude et Smith , et ceux qui les ont copiés , ont avancé louchant la croyance des Grecs sur l'Eucharistie.
M. de Noinleî avait envoyé en France, au commencement de 1G74, une copie de ce synode, signée de ceux qui y avaient assisté. Cette copie , qui équivalait à un original , fut déposée à la Bibliothèque du Roi ; et c'est celle que Jean Aymon en enleva, en 1706, et qui depuis y a élé restituée.
Comme la copie de ce synode n'arriva à Paris que lorsqu'on achevait d'imprimer le troisième volume de la Perpétuité , M. Arnauld ne put en donner que des extraits louchant l'Eucharistie , dans le chap. 15 du huitième livre de ce troisième volume. Mais l'ouvrage entier fut imprimé à Paris, deux ans après (1) , en grec et en latin. M. l'abbé Gouget atteste , dans sa Bibliothèque des auteurs du dix - huitième siècle , lom. III, pag. 245, qu'il fut réimprimé en 1678, après la révision de M. Arnauld. Nous avons sous les yeux cette seconde édition de 1678, faite à Paris, in-8", chez la veuve Martin , en grec et en latin. Le traducteur n'y est désigné que par les premières lettres de son nom , M. F. de L'Ordre de St-Benoît , de la Congrégation de Sl.'Maur. 11 nous apprend , dans la préface, que la première édition ayant élé faite en 1676, en son absence, il s'y était glissé une infinité de fautes, et que des amis l'averlirent d'ailleurs, que la traduction n'avait pas élé faite avec toute l'attention que l'objet exigeait. C'est ce qui le détermina, dit-il, à donner celle seconde édition. Il revit le texte grec, et le corrigea ; et réforma pareillement sa traduction avec toute l'exactitude possible. Il en changea aussi le litre : il l'appelait, dans la première édition : Synodus Belhlehemitica , parce qu'il avait commencé à Bethléem. Mais ayant été continué el signé à Jérusalem , il crut devoir plutôt l'intituler, dans la deuxième édition : Synodus Jerosolymitana.
Le iraducleur, après avoir relevé , dans la préface, l'importance de ce synode, pour réfuter la calomnie des protestants contre l'église grecque , renvoie au surplus à l'ouvrage de la Perpétuité, M6i,dit-il, flMc^or hujus temporis nominatissimus , benè multa miro studio collegit.
Nous ne saurions mieux faire que de terminer l'espèce d'histoire que nous venons de donner du livre de la Perpétuité , par le jugement qu'en a porté le célèbre chancelier d'Aguesseau , dans les instructions qu'il donnait à ses enfants. Il y choisit cet ouvrage, pour preuve et pour exemple de cette supériorité dt génie, et de celle exactitude de logique, qui caractérisent tous les ouvrages de M. Arnauld. On trouve^^ poursuit-il, dans les écrits d'un génie si fort et si pui$' sant, tout ce qui peut apprendre l'art d'instruire, de prouver et de convaincre. Mais , comme il serait trop long de les lire tous , on peut se réduire au livre de la
(ï) M. Rcnaudot met l'impression de ce synode 1G7G, tome 4, el un peu plus loin, dans le nié tome, en 1077.
en éme
â09 PRÉFACE DE LA GRANDE PERPËTUIlT. DE LA FOI.
Perpétuilé de la foi , auquel M. Nicole, autre logicien parfait , a eu aussi une grande part. C'est , ajoiile-l-il , uni application cunlinuellc des préceptes de la logique, qui enseigne à renverser les arguments les plus captieux, €t à démêler les sophismcs les plus subtils, en les rame-
naut toujours aux ràjtcs fondamentales du raisonnement {\).
(1) Œuvres du cliaucoUier d'Aguesscau< tome 1", qualrième iiislruction, page iOl et 402.
Uvétàtt