‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 52 sur 335 · UE LA GRANDE PERPÉTUITÉ DE LA FOI · texte numérisé non relu

UE LA GRANDE PERPÉTUITÉ DE LA FOI

Le différend qui divise l'Église catholique de la sociéié des prétendus réformés est d'une telle iuiporlauce, que bien loin d'être surpris (lu'il y ait des personnes qui en soient tourliées et qui en gémissent , tout notre élonnemeut doit être qu'il y en ait tant qui y soieiif si indifférentes et si insensibles. Car, puisiiue les prinripes de notre religion ne nous pernietlent pas d'avoir aucune espérance du salut de ceux qui meurent dans le schisme et dans l'hérésie, après y avoir j);irlicipé par leur volonté, n'est-il pas visible que si nous vivions de la foi, c'ost-à-dire, si nous avions dans le cœur des sentiments conformes à ses lumières, rien ne nous devrait être sensible à l'égal de cette funeste division ; qu'il n'y a rien que nous ne dussions faire pour rendre à l'Église quelques-uns de ses membres qui s'en sont si mallieureusemenl séparés ; et que les pasteurs surtout devraient être dans un sentiment continuel de crainte et de tremblement, pour le compte effroyable qu'ils auront à rcjidre à Dieu de tous ceux qui périssent dans l'hérésie , puisqu'il leur en redemandera le sang, s'ils ne font tout ce qu'ils peuvent par leurs prières, par leurs paroles, parleurs travaux, par leur exemple, et par le retranchement des scandales, pour réunir à l'Église ceux qui ne peuvent recouvrer la vie sans celte réunion ?

Cependant il f;iut avouer, à notre confusion , que nous sommes Lien éloignés de ces sentiments. Le zèle pour la conversion des calvinistes paraît presque entièrement éteint. On se contente souvent qu'ils ne nuisent pas aux catholiques, et l'on ne se soucie pas qu'ils se nuisent à eux-mêmes ; comme si nous ne devions chercher dans leur conversion que notre intérêt et noire repos , el non pas la vie et le salut de nos frères.

Mais, quoique cette indifférence soit très-blâmable en elle-même, il faut avouer néanmoins qu'elle a des racines assez naturelles, et (ju'elle est fort conforme à l'esprit humain, qui, étant très-inégal dans ses actions, conserve néanmoins un certain ordre dans celte inégalité même, qui (ail que tous les mouvements violents se ralentissent peu à peu, et que la froideur et la négligence succèdent aux passions les plus vives et les pins ardentes.

Dans les premières chaleurs de ces conlcstalioas il

eûl fallu être entièrement insensible, non seulement à la religion, mais aussi à ses propres intérêts, pour n'être point touché du renversement prodigieux que les auteurs de cette nouvelle religion firent dans l'exterieiu- et dans l'intérieur de l'Église. Cet objet si extraordinaire frappa donc vivement tous les esprits. Les uns furent animés d'un zèle véritable et chrétien ; les autres se laissèrent aller à des passions htnnaines, et mêlèrent des intérêts politiques avec ceux de la religion.

Je n'ai nullement dessein de défendre tout ce que les catholiques peuvent avoir fait de déréglé dans cette querelle. L'Église, qui sait que tant qu'elle sera dans ce monde, elle y sera toujours mêlée de paille et de froment, ne se croit nullement obligée de justifier les actions de sa paille : et je crois que messieurs de la religion prétendue réformée doivent êtr« salisfuils qu'on ne leur impute point les violences, les cruautés, les meurtres, les brùlemenls d'églises, les brisements d'images, la profanation des autels, les guerres sanglantes, les rébellions funestes, où le zèle mal réglé et d'autres passions encore plus criminelles ont porté ceux qui ont embrassé les premiers leur prétendue réformalion.

Il y avait sans doute en ce temps-là des défauts de part et d'autre , mais au moins il n'y avait pas celui de l'indifférence, et les esprits étaient trop violemment remués par les objets présents, pour pouvoir demeurer dans cette disposition. Mais à ce temps de clialeu! et de trouble on en a vu succéder un autre, qui, quoi que plus favorable en soi, a produit néanmoins un é'a de négligence et de froideur. On a appris pf»r expé rience que la diversité de sentiments sur la religioi n'était pas incompatible avec la paix civile et politique. On s'est accoutumé à vivre sous les mêmes lois, sous les mêmes magistrats, sous les mêmes princes; et la fidélité avec laquelle on a gardé les conditions des trailés qu'on avait fails avec les prétendus réformés, jointe à quelque impuissance de leur part, a calmé en quelque sorte toutes les passions humaine* (|ui s'étaient glissées dans une querelle si importante^

Il n'y a plus certainement dans le cteur des catholiques de haine et d'aigreur contre les personne? des religionnaires : et je veux croire que ces mêmes

PRÉFACE

.n.sions sont aussi étcinlcs dans celui des religion- de celle conicslation. Elle csl légère dans son on-

' de France quoiqu'elles paraissent encore assez gine ; mais peul-êlre qu elle deviendra considérable

agi'ssanlcs en plusieurs de ceux de leur dans la suite, et que Dieu ne laissera pas d'en tirer

sa gloire. On avait fait un écrit pour servir de préfixée au recueil des passages des Pères dont on a composé rolïice du S. Sacrement. Ce n'était pas le lieu d'entreprendre un grand discours, ni de réfuter tout le livre d'Auberiin ; aussi n'y avait-on pas seulement pensé, et l'on s'était contenté de traiter un point particulier, mais décisif, qui est l'impossibilité du changement dans la créance de l'Eucharistie, supposé par Anberlin et par les autres minisires. On ne communiqua cet écrit qu'à deux ou irois personnes, sans aucune affectation, dans des rencontres que Dieu lit n;iître. Mais étant tombé entre les mains de M. Claude, il y répondit incontinent, et sa réponse, quoique manuscrite, devint aussi publique par la mullilude des copies que l'on en fit, qu'elle l'eût pu être par l'impression. On se crut donc obligé de la réfuter par un livre imprimé, qui est maintenant assez connu dans le monde, sous le litre de La Perpéluité de la foi de l'Éfjlise catholique sur C Eucharistie. M. Claude de son côté ne manqua pas d'y répliquer aussitôt par un ouvrage qui a eu beaucoup d'éclat , et dont ceux qui l'ont In ont fait des jugements assez- différents.

Je ne me plains nullement de la manière dont il a cru devoir traiter l'auteur de la Perpétuité. Des intérêts particuliers ne méritent pas d'être mêlés dans une cause de cette importance. Et si je suis contraint dans la suite de lui reprocher un assez grand nombre d'injustices et de calomnies, contraires non seulement à la vérité et à la justice , mais aussi à l'Iionnêlcté civile, ce ne sera que pour montrer qu'on ne transporte point la chariié hors de l'Église catholique , et que l'autorité d'un homme si visiblement passionné ne doit pas donner des sentiments trop favorables de la cause qu'il soutient.

Au reste , quoique je ne prétende pas m'opposer aux louanges que plusieurs personnes ont données à sa manière d'écrire , qui l'a fait traiter de bel-esprit par des gens qui n'ont pas accoutumé d'être si prodigues en louanges envers ceux de sa profession, je di> rai néanmoins avec liberté, que la lecture que j'en fis dès aussitôt qu'il parut, ne m'en donna pas une impression si avantageuse. Je n'y trouvai rien du tout de iiouveau ni d'extraorilinaire pour les choses. Je n'y vis que les passages et les raisons communes d'Auberiin, entassés assez confusément, et avec peu d'ordre et peu de lumière. J'y aperçus à la vérité quelque netteté d'expression , et quelque vivacité d'imagination. Mais ce qui a attiré le plus d'applaudissements à cet ouvrage, est ce qui m'y a le moins plu. Toutes ces figures de rhétorique dont i| est plein , m'ayant paru déraisonnables et fondées sur la fausseté, firent dans mon esprit des effets contraires à ceux que l'on recherche par cette éloquence populaire. Je ne me sentais jamais moins ému, que lorsque M. Claude paraît le plus animé ; il m'atlrisiail lorsqu'il préiend faire rire ; quand il veul

mures (

\ivcs et assez agi

secte, dans les lieux où une domination absolue leur

donne plus de moyen de les exercer.

Je serais bien fâché de troubler cette paix et cette iranquillilé extérieure dont ils jouissent; et bien loin de vouloir diminuer en rien leur repos et leurs avantages temporels, je désirerais de tout mon cœur qu'on les aliiiâl à l'Église par toutes sortes de témoignages de bouté et de charité , et qu'on leur ôtât surtout la crainie de manquer des choses nécessaires après leur conversion , en leur faisant voir que la charité de l'Église s'étend à tout , à l'exemple de celle de Dieu , et «pi'outre l'iiérilage éternel qu'elle procure à ses enfants , elle a soin même de leurs nécessiiés temporelles.

Mais il y a sujet de gémir que celle paix humaine et extérieure, qu'il est utile de conserver avec eux, ait produit un si extrême ralenlisscmenl du zèle qu'on devrait avoir pour leur salut. On s'accoutume à toutes choses, et même à celles qui sont les plus horribles , lorsqu'elles ne sont telles qu'à l'esprit éclairé par la foi, et qu'elles ne frappent plus les sens. Le progrès de celle nouvelle religion est arrêté ; il ne menace plus l'état ; il n'y a guère d'apparence qu'elle puisse nuire davantage à l'Église qu'elle l'a fait. On se contente de cela, et on laisse périr dans le schisme et dans l'hérésie une infinité d'âmes que l'on pourrait peutêtre sauver avec un peu de zèle el de charité.

Dieu m'a toujours donné assez de lumière pour déplorer ce malheur; et quoique d'autres engagements m'aient empêché jusqu'ici de travailler sur les matières de controverse , el de m'appliquer autrement que par mes prières à ramener à l'Église ceux qui s'en sont séparés, je n'ai jamais cessé néanmoins de désirer ardemment que Dieu donnât à son Église des ouviiers qui fussent capables de s'employer utilement à un ouvrage si nécessaire.

C'est pourquoi la Providence divine ayant disposé les choses en sorte que je me suis cru obligé d'y prendre quelque part, j'avoue que si d'un côté j'ai eu delà peine à entrer dans un engagement que je considérais comme élant beaucoup au-dessus de moi, j'ai ressenti de l'aulre quelque sorte de consolaiion d'avoir celte occasion de rendre service à l'Église en celte manière, [»our laquelle j'avais plus d'inclination que pour aucune autre.

11 n'est pas nécessaire qu'un théologien catholique se jusii.'ie de ce qu'il eiilreprend de défendre la cause de lÉglise par ses écrits. Il est permis à chacun de défendre sa foi quand on l'attaque. Or la foi de cha([ue particulier est alt;i(|uée quand celle de l'Église l'esl. Je puis dire néanmoins que je ne me suis point engage à écrire sur ces matières par ces raisons générales, et que j'ai éié bien aise que Dieu m'en imposât uiic nécessité particulière , comme il semble qu'il ait fait.

Il y a peu de persoimes qui ne sachent le sujet

DE LA GRANDE I EUr

faire pilié , il m'inspirait des mouvements toul opposes ; et je trouvais presque toujours évidemment faux ce qu'il propose avec ces qualifications magnifiques d'évident, d^tncontestable, de plus clair que le soleil.

li attribuera sans doute tout cela à ma préoccupation, SI j'avoue qu'il est juste qu'on ne m'en croie pas à ma parole, et qu'on attende les preuves que je prétends in donner. Aussi je ne rapporte cela présentement que comme un (ail, sans prétendre que mes scnlimeiils doivent être la règle de ceux des autres. Je reconnais même que, nonobstant tout ce que je viens de dire, ce serait être injuste que d'avoir du mépris pour l'esprit de M. Claude. Il y a des terres qui ne laissent pas de montrer leur fertilité par l'abondance des épines qu'elles portent. Ainsi, parmi cette multitude de fausses raisons et de fausses pointes, de fausses (igurcs, de faux mouvements qui remplissent tout son livre, je ne laissais pas d'y entrevoir que, s'il avait été plus heureux dans lô choix do la matière, il aumil pu t mettre la vérité d-* '^? ^^'^rl grand jour. Ces esprits remuants et abondants produisent toujours de bonnes ou do mauvaises raisons, et c'est leur cause qui les détermine. Si elle est bonne, ils en produisent de bonnes : si elle est mauvaise, ils en produisent de mauvaises ; mais enfin ils ne demeurent jamais court.

Comme je ne trouvais donc rien de fort considérable dans ce livre pour la matière qu'il traite, il est vrai que je ne me sentis point du tout porté d'abord à en entreprendre la réfutation, quoique diverses personnes m'en eussent sollicité avec assez d'instance et d'empressement. Il me semblait que ce que M. Claude avait ajouté aux autres ministres ne consistant qu'en des déclamations en l'air, il n'y avait nulle raison de le distinguer des autres, et de l'attaquer en particulier; qu'à la vérité il serait fort à souhaiter que quelque personne habile travaillât à réfuter les livres des nouveaux ministres, et entre autres celui d'Aubertin, et ceux de M. Daillé ; mais, comme cet ouvrage ne me regardait pas plus que le commun des théologiens catholiques, et qu'outre les autres qualités, il demande un fort grand loisir et beaucoup de secours que je n'ai pas, je ne croyais pas être en état de l'entreprendre.

Ainsi je lus plus d'un an sans avoir encore aucun dessein formé de répo'ndre .à M. Claude ; et quand je l'aurais eu dès-lors, d'autres engagements plus pressés m'en auraient enlièremenlôlé le moyen. Cependant j'apprenais tous les jours que les calvinistes tiraient beaucoup d'avantage de ce silence, et que certains intérêts secrets faisaieni que le livre de M. Claude avait plus de cours qu'il n'aurait eu s'il avait paru dans une autre conjoncture.

Ces raisons commencèrent donc à faire impression sur mon esprit. Et comme elles en firent encore plus sur celui de quelques évêques, et de beaucoup d'autres personnes de grande qualité, je ne crus pas pouvoir résister davantage, ni à ces raisons qui me semblaient furt considérables, ni aux prières de tant de personnes qui me tenaient lieu d'une raison décisive

tlVATÈ DE LA FOI. $

Ce fut donc au commencement de l'année 1(!G7 que je me mis tout de bon à travailler à celte réponse; et j'avoue que le premier et presque le seul embarras que j'y eus, fut de me déterminer touchant l'ordro que j'y garderais.

Il y en avait un bien facile, qui était celui de suivre M. Claude pas .à pas; d'insérer toul son traité dans la réponse, et de réfuter tout en particulier. Cet ordre avait sans douie d'extrêmes commodités; et ceux qui savent ce qui soulage les personnes qui écrivent, ne douteront point qu'il ne m'eût été infiniment plus facile de le suivre qu'aucun autre. C'est un chemin toul marqué dans lequel il n'y a presque qu'à courir. On y voit sa matière devant les yeux, et elle fournit d'elle-même sans peine les expressions et les pensées.

Mais, quelque avantageux qu'il soit en certaines rencontres, il avait dans cette occasion particulière de si extrêmes inconvénients, qu'il m'a semblé qu'il était impossible de le suivre. Il fiut considérer que celle réponse à M. Claude est le cinquième écrit qui a été fait dans la suite de celte conleslalion. L'auteur de la Perpétuité a commencé par son |)reniier traité. M. Claude a prétendu le réfuter dans sa première réponse. L'auteur de la Perpétuité a sout<Miu son écrit en réfutant la réponse de M. Claude. Et M. Claude a voulu soutenir sa foponse par wno seconde, qui est l'ouvrage que l'on réfute. Et cotnnie, dans cet ord-e. la solidité ou la faiblesse d'une réiionse déi)end de l'objection à laquelle elle se rapporte, il aurait fallu sur chaque matière l'aire passer les lecteurs par celle suite ennuyeuse du traité fondamental des réponses el des répliques ; ce qui aurait lassé leur esprit, et fait perdre de vue le point de la (|uesii()n, comme il arrive dans les procès embarrassés de diverses procédures.

Il y a peu de personnes qui soient capables de ces discussions : il y en a moins encore qui s'y plaisent; et il n'y en a presque point à q!d\ elles soient utiles. Car, la plupart du temps, la question se tourne sur la fidélité ou l'infidélité des auteurs, et sur quantité d'autres choses personnelles. Or ce n'est pas à quoi le monde est intéressé. Il s'agit du fond, et non pas des formes; de la. foi de l'Église, et non des qualités personnelles de ceux qui la défendent ou qui la combatte ni.

Cependant il est presque inévitable que dans celle mcihode, les questions accessoires et incidentes n'obscurcissent celles qui sont caj)itales, et que les par • ticulières n'étouffent les générales.

Outre cet inconvénient qui semble attaché à cet ordre, celui de la longueur à laquelle il oblige est encore très-considérable. Si le livre de M. Claude lait déjà un assez juste volume , la réfutation de ce livre où il serait tout inséré, et où l'on s'arrêterait à tout, en contiendrait par nécessité dix fois autant , et peutêtre davantage ; et cette longueur rebutant le monde, mettrait à couvert tout le livre de M. Claude , soua prétexte de le ruiner en tout ; parce qu'en aurait

PREFACE 2! 6

tire de Timpossibilité du changement de la doctrine de l'Église sur l'Eucharistie, qui lait le principal sujet du traité de la Perpétuité , aurait été étouffé par la multitude des matières que l'examen des six premiers siècles aurait obligé d'embrasser.

Mais parce que M. Claude , dont le principal but dans cet amas de passages a été d'embarrasser cette dispute en multipliant les questions , aurait pu dire

peine à trouver des gens qui voulussent se rendre juges d'un diirérend, dont on ne pourrait être informé que par la lecture de tant de volumes.

Jlais celui de tous les inconvénients qui m'a le plus louché , est le désordre qui est inséparable de cette méthode, où l'on suit les fantaisies d'un auteur, et non l'ordre véritable de la raison. Car ce désordre fait que chaque chose n'est traitée qu'imparfaitement et hors de son lieu ; que la liaison des principes avec les que, sans cette discussion des six premiers siècles, la conséquences demeure cachée et obscurcie ; qu'on est preuve du livre de la Perpétuité demeure imparfaite obligé à de fréquentes lépétitions : et tout cela pro- d ng peut rien conclure ; on lui ôte encore ce produit une confusion et un embarras très-avantageux ig^jg jang ce premier livre, en faisant voir que cette au mensonge, et très-peu favorable à la vérité ; parce preuve n'a point du tout besoin de ces discussions , que sa principale force consiste dans l'union qu'elle que la longueur rend impossibles à la plupart du monde, a avec toutes les autres vérités auxquelles elle est et qu'elle a assez de clarté et d'évidence pour déterjointe.

C'est ce qui m'a enfin absolument déterminé à quitter cet ordre, quoique je n'ignorasse pas que j'ouvrais par-là un grand champ aux déclamations de M, Claude, et qu'il nous ait assez fait connaître son humeur, pour prévoir à peu-près à quels discours elle le pourra porter. Car, comme il n'est jamais si éloquent que quand il devine les intentions cachées, et qu'il parle de ce qu'il ne peut savoir, il ne manquera pas de dire que c'est par faiblesse, par impuissance, par artifice, par supercherie que l'on n'a pas suivi l'ordre de son livre ; qu'on en a pris ce qu'on a voulu, qu'on ne rapporte pas ses preuves dans leur force, qu'il ne se reconnaît plus dans la réponse , et mille autres choses de celle nature qui ne lui manquent jamais.

Mais on n'a pas cru que l'injustice des plaintes de M. Claude dût élre la règle que l'on devait suivre, ni qu'il fallût préférer des caprices déraisonnables aux raisons solides que nous avons apportées, qui sont tirées de l'uiiliié des lecteurs et de la fin de ces disputes , (jui est l'éclaircissement de la vérité , auquel la méthode que nous avons préférée est aussi avantageuse que l'autre y était contraire.

Car, pour expliquer en peu de paroles en quoi elle consiste, on la peut réduire à ces deux règles : 1" A ne mêler pas ensemble les choses qui doivent être traitées séparément et qui appartiennent à dilTcrcnles méthodes ; 2" à proposer tout ce que l'on traite dans un enchaînement qui contribue à échiircir la vérité que l'on veut prouver.

Pour observer la première de ces règles , quoique M. Claude eût fait un amas confus dans sa première partie de la plupart des passages des Pères des six premiers siècles que les ministres allèguent, on a cru ne les devoir pas traiter dans la défense particulière du livre de la Perpétuité ; et Ton espère que tout le monde demeurera convaincu de la nécessité qu'il y avait d'en user ainsi, après qu'on aura lu ce que l'on a dit, dans le premier livre, de la différence qu'il y a entre la méthode de prescription , qui est celle que l'on a suivie dans le livre de la Perpétuité, et celle de discussion, par laquelle ou examine tous les passages et toutes les preuves de chaciuc point. Et il est même facile de voir tout d'un coup, que l'argument que l'on

miner par elle-même un esprit judicieux et raisonnable.

Non seulement il était nécessaire , par les raisons que nous venons de dire , pt ^ "^ lous expliquerons plus amplement ailleurs , '36*^116" Iniler pas l'exame» des sentiments des Pères des six premiers siècles sur l'Eucharistie, avec cette preuve de prescription, qu'on tire de la réfutation de celle innovation prétendue dont les ministres accusent l'Église; mais il est clair aussi qu'il fallait commencer par ce dernier point.

Car 1° celte question du changement était le premier sujet de la contestation; 2° c'était celle à laquelle l'auteur de la Perpétuiié, que je défends, est particulièrement engagé ; 3" c'est celle contre laquelle M. Claude a fait de plus grands efforts ; 4° c'est le point qui a été le moins traité par ceux qui se sont mêlés dans cette contestation ; le père Nouet l'ayant laissé à l'auteur de la Perpétuité, comme une querelle particulière à laquelle il ne prenait point de part. Enfia c'est le point qui se peut le moins suppléer par la lecture des autres auteurs catholiques, parce qu'ils en ont peu parlé ; au lieu que, pour tous ces passages des six premiers siècles, on les trouve traités amplement dans les autres auteurs ; et particulièrement dans M. le cardinal du Perron , dont les écrits ne sont que trop suffisants pour ruiner toutes les vaines conséquences que M. Claude prétend tirer de tous ces passages. Enfin c'est un point qui prépare tellement à la discussion des six premiers siècles, que c'aurait été peu connaître la voie naturelle de conduire l'esprit à la vérité , qui consiste à le faire passer des choses incontestables aux choses contestées, des choses évidentes à celles qui sont moins claires , que de suivre un autre ordre et une autre méthode que celle-là.

Ainsi, en commençant par l'examen de la question du changement, qui enferme celui des dix derniers siècles, on observe aussi la seconde règle de l'ordre, qui consiste à proposer ses pensées dans une suite qui contribue à écLiircir la vérité.

On verra de plus qu'on l'a gardée le plus exactement qu'on a pu dans la distiibntion des diverses parties de ce volume ; et que l'on y justifie par

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