‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 53 sur 335 · DE LA GRANDE PEUPETUÎTE DE LA FOI · texte numérisé non relu

DE LA GRANDE PEUPETUÎTE DE LA FOI

ordre loiit ce que l'auteur de la Perpéiuilë avait supposé.

On montre en quatre livres entiers le consentement de toutes les sociétés orientales dans la doctrine de la présence réelle cl de la transsubstantiation : et, comme personne n'avait encore traité exactement cette matière, et qu'elle est d'une extrême importance pour les conséquences qu'on en lire, on a cru qu'on ne trouverait pas mauvais qu'on la traitât si à fond, et qu'on accablât les ministres sur ce sujet par un si grand nombre de preuves, qn'o^ leur ôlât tout moyen de remettre en doute une chose si constante.

Le sixième livre comprendra la réfutation de toutes les chicanes de M. Claude sur la créance distincte, et l'on y fera voir avec con)bien de raison l'auteur de la Perpétuité avait supposé qu'il était impossible que les lidèles n'eussent toujours eu une créance distincte de la présence ou de l'absence réelle.

On examine en particulier, dans le septième et huitième livre, tous les auteurs de l'église grecque et latine, qui ont vécu depuis le commencement du septième siècle jusques au temps oii les ministres placent leur prétendu changement; et l'on montre qu'ils ont tous enseigné la présence réelle et la transsubstantiation.

Le neuvième livre contient la preuve de l'impossibilité du changement de créance supposé par les ministres., et l'on y ruine toutes les raisons par lesquelles M. Claude a taché de le rendre plus plausible.

On recueille, dans le dixième, le fruit de tout ce qu'on a établi dans les livres précédents ; et l'on en tire des conséquences qui décident toute la contestalion, et qui ruinent les principales objections que les ministres font, non seulement sur les auteurs des siècles dont on a parlé dans ce livre, mais aussi sur les Pères des six premiers.

Le onzième livre n'est destiné qu'à rendre justice à M. Claude sur diverses plaintes qu'il lait contre l'auteur de la Perpétuité, et sur celles qu'on prévoit qu'il fera de celte réponse. Mais après l'avoir ainsi satisfait, on lui demande aussi jusirice à scm tour de quelques calomnies atroces qu'il avance sans preuves contre l'auteur de la Perpétuité. El la conclusion que l'on en prétend tirer, est que son procédé a beaucoup de rapport à la cause qu'il soutient, et qu'il n'en doit pas donner une opinion fort avantageuse.

Enfin le douzième n'est qu'un recueil de diverses preuves et d'attestations que Ton n'a pas cru devoir insérer dans le corps du livre, pour ne détourner pas tant l'esprit; et l'on y a mis à la tête deux dissertations : l'une qui m'a été envoyée par un fort habile religieux qui a travaillé à éclaircir l'histoire de Jean Scot ; l'autre qui fait voir ce que l'on peut dire raisonnablenient sur les sentiments du livre attribué à Bcrlram , et qui montre que les calvinistes n'ont pas droit d'en parler, comme ils font, si affirmativenîe.'it.

Quoiqu'il n'y ait rien que de raisonnable dans tout

ce projet, j'appréhende néanmoins, comme j'ai dit. qu'il ne soii pas fort au goût de M. Claude, parce qu'il met les choses dans un trop grand jour, et qu'il dissipe cet embrouillement sous lequel il a tâché de se cacher. Mais, s'il était un peu équitable, il devrait reconnaître au contraire qu'il lui est plus favorable qu'à personne, parce qu'il oblige de l'épargner en plusieurs choses que l'on n"a pu réduire à Tordre que l'on suivait. On ne le réfute presque que lorsqu'on l'a trouvé dans son chemin ; et on ne l'a pas pu suivre dans tous ses égarements et dans toutes les fautes qu'il a faites en s'écartant de la question. De sorte que s'il se plaint de ce défaut d'exactitude , il faudra, pour le contenter, faire un recueil de ses fautes écartées, qui ne seront pas en petit nombre.

Voilà à-peu-près ce que l'on a observé dans ce premier volume, qui comprend la question particulière de la Perpétuité, et qui suffit ainsi pour faire prendre parti à tous ceux qui veulent suivre la raison dans un choix si important.

On pourra travailler ensuite au second, si la providence de Dieu en donne les moyens * ; et l'on a dessein d'y expliquer en détail les passages des Pères des six premiers siècles, allégués par M. Claude; d'y mettre les preuves des catholiques dans leur jour, et de réfuter les chicanes dont les ministres se servent pour les obscurcir, et surtout ces fausses ressemblances des expressions qu'Aubertin oppose sans cesse à celles dont les catholiques se servent. Et l'on rapportera sur chaque point tout ce qui reste de cou' sidérable du livre de M. Claude, à quoi l'on n'a pas encore répondu. Mais on ne le fera pas avec l'empressement avec lequel on s'esl cru obligé de s'appliquer à ce premier volume ; parce qu'on ne voit pas qu'il y ait la même nécessité : n'étant pas juste de croire que les livres de tant de savants hommes qui ont traité ce sujet soient devenus inutiles, parce qu'un ministre calviniste aura répété les objections qu'ils ont ruinées.

On peut dire même sur ces auteurs qui se sont appliqués à l'éclaircissement des passages des Pères des six premiers siècles, qu'en rendant ce travail moins né. ccssaire, ils le rendent aussi plus difficile , parce qu'ils ont dit tant de choses solides sur ce sujet , qu'ils ont en quelque sorte réduit à l'étroit ceux qui en veulent écrire après eux.

Ce n'est pas que les diverses manières de prendre les mômes choses , et de les exposer à la lumière de la raison, ne soient en quelque sorte infinies; et l'on peut au moins ajouter à ce qui a été dit sur celte matière, la réfutation des nouvelles chicaneries par les quelles les ministres ont prétendu éluder ies preuves el les réponses des théologiens caiholiques.

C'est ce qu'on a dessein de faire, pourvu qu'on trouve le moyen de s'appliquer à ce travail ; et par-là il v aura lieu de satisfaire M. Claude, qui demande en ui* endroit que l'on considère les passages qu'il allègue

* La providence a permis que sept volumes vissent le jour, sans compter les manuscrits.

PRÉFACE

par rapport à A.ibcriin. F.i en effet, à moins que de les regarder en cette vTianière. il n'y a point d'homme sage qui dût y avoir égard, puis.iu'on a droit de les rejeter en l'ctal où il les propose, par ce principe général d'équité et de raison , qu'il ne faut ajouter aucune créance à des passages tronqués et détachés de ce qui les précède et de ce qui les suit, et séparés de tous les autres passages du même auteur, qui servent à en reconnaître le vrai sens.

Cela lui peut faire voir en passant , que ce grand amas de difficultés qu'il étale au commencement de son livre , n'est pas de fort grand usage , puisqu'il ne peut tout au plus qu'obliger les personnes judicieuses qui voudraient examiner la matière de l'Eucharistie par celle voie , de consulter d'aulres livres dont la lecture rend celle du sien entièrement inutile.

On ne doit donc pas s'attendre de trouver dans ce volume une réfutation exacte et particulière de ces passages. On prélend néanmoins que les personnes intelligentes y pourront trouver des lumières sufiisantcs pour dissiper les principales objections de M. Claude , et pour reconnaître la fausseté et l'illusion de ses prétendues solutions. Et comme c'est une des principales utilités que l'on peut tirer de celte réponse , cl qu'elle dépend de plusieurs points qui sont traités en divers endroits, je crois qu'il est bon d'en faire ici l'abrégé, et d'en découvrir l'usage.

Si l'on voulait penser en général aux moyens de ruiner les fondements de l'opinion des sacramentaires, el de prévenir les objections d'Aubertin, il serait difficile de s'en former une autre idée que celle-ci : qu'il faudrait pour cela prouver les points suivants : 1° Que les paroles par lesquelles Jésus-Christ a institué le Saint- &icrenient ne se peuvent entendre que dans le sens des catholiques ; 2° que les paroles des Pères dans lesquelles ils disent que VEucliaristie est le corps de Jésus- Clirisl, et que le pain est cliamié au corps de Jésus- Christ, ne se peuvent entendre, et n'ont éié entendues par eux que du vrai corps de Jésus-Christ, et non d'un corps typifine et symbolique , comme disent les ministres ; 5° qu'il y a une extrême différence entre les expressions on de l'Écriture, ou des Pères, dont les catholiques se servent pour établir la présence réelle et la transsubslantiaiion.etcellesqu'Aubeilin compare avec ces mêmes expressions, pour faire voir qu'elles se peuvent expliquer en un sens métaphorique; A" que ces deux célèbres solutions de vertu el de figure , par lesquelles ils prétendent expliquer tous les passages des Pères, sont vaines, frivoles et inconnues à tous les chrétiens du monde ; 5" que les expressions des Pères dont les ministres abusent comme étant contraires à la transsubstantiation , bien loin d'y être contraires, en sont des suites tontes naturelles, et qu'en supposant qu'ils ont été persuadés de cette doctrine , ils ont dû se servir de toutes ces expressions; 6° que ni la différence des pratiques que l'on peut remarquer entre l'ancienne Église cl celle d'à-prcscnt, ni le silence des Pères sur certains points dont on parle beaucoup présentement dans les écoles, ni leurs raison-

nements phnosopmqnes, ne prouvenl en aucune sorte qu'ils aient clé dans une autre créance que nous.

Qui prouve ions ces points , décide tonte la matière de l'Eucliarislie en laveur des catholiques. Or loua ces points sont traités et prouvés en abrégé en divers endroits de celte Réponse.

On fait voir dans le premier chapitre du dixième livre qu'on ne doit pas juger du vrai sens de ces paroles : Ceci est mou corps ; le pain que je donnerai est via chair, et des autres où il est parlé de rEncharistie dans l'Ecriture , par des réflexions métaphysiques et par des raisonnements abstrails, dans lesquels les hommes sont sujets à s'éblouir el à se détourner des idées natureHes; mais par l'impression simple que ces paroles entendues selon le sens commun ont faite dans l'esprit de ceux pour qui elles ont été dites : et l'on montre ensuite que celle impression simple, cette vue de l'esprit formée par la lumière du sens commun , a déterminé tous les peuples du monde à les expliquer littéralement , et à concevoir que Jésus-Christ avait voulu dire que le pain consacré élail son vrai corps, el son propre corps. La première de ces maximes ne peut pas être révoquée en doute, puisque c'est le principe de l'intelligence du langage humain; étant clair que les hommes ne jugent point du sens de leurs paroles par des raisonnements , mais par ces vues simples que j'appelle sentiment. El la seconde est prouvée dans tout le corps du livre par une expérience de mille années, qui fait voir que toutes les sociétés chrétiennes se sont portées d'elLes-mêmes sans aucun concert à expli(iuer ces paroles dans le sens de la présence réelle : ce qui prouve en même temps, et que c'est l'impression naturelle que ces paroles font dans l'esprit , et que les chrétiens des six premiers siècles, qui n'ont pas eu l'esprit fait autrement que les autres hommes, n'ont pas pu en juger d'une autre manière , ni y concevoir un autre sens.

Ce même raisonnement s'élend naturellement aux expressions des Pères , où l'Eucharistie est appelée le corps de Jésus-Christ , el où il est dit que le pain cl le vin sont changés au corps et au sang de Jésus-Christ, qu'ils sont faits le corps et le sang de Jésus-Christ , et à toutes les autres semblables. 11 en faut juger par la même règle ; c'est-à-dire, par cette impression et ce sentiment qu'elles ont formé dans l'esprit de ceux qui les ont entendues : el il faut juger de celle impression par l'expérience même qui en est la règle infaillible. De sorte qu'en prouvant, comme on a fait, que durant mille ans ces paroles des Pères ont été uniformément expliquées par toute la terre au sens de la présence réelle el de la iranssubslantiation , on prouve que c'en est l'impression naturelle ; et par conséquent que c'en est le sens naturel , et que les fidèles des premiers siècles ne les cm point entendues d'une autre sorte ; et l'on renverse tout d'un coup lous les sophismes métaphysiques , par lesquels les ministres les veulent délonrner à leurs explications de figure et de vertu.

Celte preuve est fortifiée par l'impossibilité visible qu'il y a , qu'un gran-? nombre d'expressions très-

populaires cl 1res- communes aient cliangc de sons dans loules les sociétés clnéliennes, sans qu'aucune de ces sociétés ail conservé le véritable sens d'aucune de ces expressions. D'où il s'ensuil qu'étant certain , comme on le prouve dans tout le corps de cet ouvrage, que depuis l'an 700 loules ces expressions ordinaires ont signifié par toule la terre , que le pain était vérilablement et réellement changé au corps de Jésus- Christ ; qu'après la consécration il était réellement le corps de Jésus-Clirisl ; et (|ue ces autres idées calvinistes de corps de Jésus-Clirist en verlu , de corps en figure , de figure pleine > de figure efficace , de figure inondée y de vertu déployée , y ont été inconnues ou formellement rejelées ; il s'ensuit , dis-je , qu'il est impossible que, dans les six cents premières années de l'Église , ces mêmes paroles aient eu un autre sens , et aient formé d'autres idées.

On fait voir de plus que toutes ces comparaisons que fait Auberlin des expressions dont les catholiques se servent pour établir la présence réelle et la transsubstantiation, avec d'autres expressions métaphoriques , pour montrer qu'où les peut expliquer aussi en un sens métaphorique , sont fausses , trompeuses el illusoires , par la règle la plus sûre et la plus commune pour distinguer les expressions qui ont quelque rapport ensemble , qui est l'impression et le sentiment ; et l'on montre , suivant cotte règle , que ces expressions, que les ministres représentent comme semblables , ont éié distinguées par toutes les nations du monde , et n'ont été confondues par aucune ; ce qui est une preuve indubitable qu'elles sont très-diîTérentes.

Outre ces preuves générales qui déterminent les paroles des Pères au sens de la présence réelle , par l'impression qu'elles ont faite sur tous les Chrétiens depuis le septième siècle , on trouve encore en divers endroits des preuves particulières qui font voir qu'on n'y en peut pas donner un autre.

En voici une entre autres qui me paraît fort considérable, et que Ton peut recueillir de divers chapitres de cet ouvrage. 11 est certain que dans ces trois expressions : Je doute si le pain consacré est le corps de JésHs-Clirist ; le pain consacré est le corps de Jésus- Christ; LE PAIN consacré est le vrai corps de Jésus Christ, les mots de corps de Jésus-Christ sont pris de la même sorte; et qu'il n'y a point d'autre différence entre ces expressions , sinon que dans la première on propose en doute que le pain consacré soit le corps de Jésus- Christ , dans la seconde on l'exprime simplement, en disant quil est le corps de Jésus-Christ , el dans la troisième on l'exprime lorlemcnl et affirmativement , en disant que c'est le vrai corps de Jésus-Christ , le propre corps de Jésus Christ , pour s'opposer au doute que Ton en pourrait avoir. Et ainsi , qui connaît le sens de l'une , connaît le sens de toutes les trois ; et à plus forte raison , qui connaît cerlainenient le sens de deux, connaît avec certitude le sens de la troisième.

Lq raison veut de plus que l'on juge du sens de eeilo qui esl moins claire , par celles qui sont plus

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claires ; de celle qui esl moins délorminée, par cel!*;s

qui sont plus déterminées ; de raffirmatiou simple , par l'affirmation redoublée , ou par le doule que l'on a de la vérité de la proposition : parce que ce doute même applique davantage à parler exactement. Ainsi ces deux exjiressions : Je doute si le pain consacré est le corps de Jésus-Christ , ou , je sais et je crois que le pain consacré esl le vrai corps de Jésus-Christ, sont la règle du sens de celte troisième expression , le pain consacré esl le corps de Jésus-Christ. Or l'on fait voir expressémenl en divers lieux de cet ouvrage , et par des preuves irès-convaincanles , que le doule qu'on a formé sur l'Eucharistie , el qui s'exprime par ces paroles : Je doule si le pain consacré est le corps de Jésus - Christ , regarde la présence réelle , et ne se peut expliquer au sens de figure et de vertu , sans un entier renversement du sens commun. C'est ce qu'on pourra voir traité assez amplement au chapitre 13 du second livre , sur le sujet de Nicolas de Méthone.

On fiiil voir secondement, au chapitre 5 et 6 du huitième livre, que ces expressions : Le pain consacré esl le vrai corps de Jésus-Christ, le propre corps de Jésus-Christ, el les autres qui sont équivalentes, ne se peuvent prendre en un autre sens qu'en celui-ci: que c''est effectivement et réellement le propre corps de Jésus-Christ,

On fait voir qu'il est impossible que le commun des chrétiens les aient prises au sens de figure el de vertu, de figure pleine el de figure efficace, par la considéralion de deux qualités qui se trouvent toujours dans les peuples, d'être dociles, el de n'être pas subtils ; le défaut de subtilité les rendant incapables de deviner des sens métaphysiques el abstraits, comme celui de figure pleine et de figure efficace; el la docilité les rendant capables de croire les mystères les plus incompréhensibles, pourvu qu'on les leur propo ;e claire ment, comme le mystère de l'Eucbarislie leur a éié très-clairement proposé par ces paroles : que le pain consacré esl le vrai et le propre corps de Jésus-Christ. El de-là il s'ensuit que loules ces expressions ordinaires, que l'Eucharistie esl le corps de Jésus-Christ, ne peuvent avoir d'autre sens que celui de la présence réelle, el que ces passages communs que les ministres rejettent avec mépris, sont convaincants et décisifs, puisqu'il esl clair qu'ils ne peuvent avoir été pris en un autre sens que celui auquel les catholiques les prennent.

Cette preuve est d'autant plus considérable, qu'elle se peut appliquer à une infinité de lieux des Pères dont elle fait voir le sens véritable; de sorte que pour faire un gros livre, selon la méthode d'Aubertin, il n'y aurait qu'à répéter celte preuve sur chaquepassage, comme ce minisire répète sans cesse ses solutions, el certaines réflexions communes qu'il fait sur les lieux des Pères qu'il allègue.

L'établissement du véritable sens des expressions de rÉcrilure el des Pères détruit absolument les faux sens de figure et de verlu, auxquels les ministres les veulent détourner ; el il n'y a qu'à appliquer les mô-

TREFACE

mes

...es princii)es pour en découvrir la fausseté. Car, s'il est vrai que l'impression que les paroles de l'Écriture cl des Pères ont faite dans l'esprit de tous les cliréliens du monde, ne les ait jamais portés durant mille ans à croire que l'Eucharistie fût le corps de Jésus - Christ en (igurecl en vertu, ià s'ensuit que ces explications sont fausses, et qu'elles sont des inventions de 1,1 fantaisie, et non pas des idées qui naissent de l'impression naturelle des paroles. S'il est vrai que le doulc qui s'élève sur l'Eucliarislie, et qui est marqué par tous les Pères, n'a point du tout pour objet de savoir si l'Eucharistie est le corps de Jésus-Christ en vertu ou en figure, il s'ensuit que la foi que l'on doit avoir do l'Eucharistie ne consiste point à croire qu'elle csi la vertu ou la figure de Jésus-Christ. Car celle foi consiste, selon les Pères, à croire une chose qui porte par sa dilficulié au doute et à l'incrédulité. En un mot le doute et la foi ont le même objet. Et, comme ce n'est ni de la figure, ni de la vertu dont on doute, ce n'est point aussi la figure et la vertu que l'on croit. S'il est vrai enfin que ces expressions : V Eucharistie est le corps de Jésus-Christ, et les autres semblables, sont exclusives et de la simple vertu et de la simple figure , il s'ensuit que ces deux clés célèbres de la doctrine calviniste sont de ))ures imaginations qui ne sont jamais venues dans l'esprit des Pères.

Mais, oulre ces raisons générales qui détruisent ces prétendues solutions, on les trouve de plus réfutées en particulier en plusieurs endroits de cette réponse, dans l'examen des auteurs qui ont écrit depuis le septième siècle. Car les arguments dont on se sert pour en faire voir la fausseté, se peuvent appli(|uer généralement à tous les lieux des Pères des six premiers siècles dont les ministres abusent de la même sorte. Et ainsi, en réfutant ces solutions dans un siècle et dans un auteur particulier, on les réfute pour tous les autres.

On fait voir entre autres en passant dans l'examen de Théophylacle et d'Euthymius, que la clé de vertu, c'csl-à-dire, celle solution par laquelle les ministres prétendent que, quand les Pères disent que le pain est changé au corps de Jésus-Christ, ils ont voulu dire qu'il était changé en la vertu du corps de Jésus-Christ, n'est fondée ni sur l'Écriture ni sur les Pères ; que les quatre ou cinq passages, que l'on allègue pour l'autoriser, la détruisent sans ressource, de sorte qu'il se trouve que l'édifice du calvinisme est tout fondé sur une certaine solution, sans laquelle il ne peut subsister; et que cette solution, d'où dépend toute la solidité de l'opinion sacramentaire, n'est ellemême fondée sur rien, n'ayant pas le moindre appui m dans l'Ecriture, ni dans les Pères ; que c'est un pur ouvrage d'imagination, et d'une imagination contraire au sens commun de tous les hommes, puisqu'elle porte à prendre les passages des Pères d'ans un sens si extraordinaire, qu'on ne saurait faire voir qtie personne se soit jamais porté à les prendre en ce sens, sinon par nécessilé et par contrainte; et que Km Ant voir posiiivemonl quelles ont élé prises en

un sens contraire par toute la terre durant l'espace de mille années.

Si l'on joint cette raison avec le principe d'équité que l'on établit au dixième livre: que toutes les solutions des calvinistes, dont ils ne font pas voir la vérité par des preuves convaincantes, méritent d'être rejetées comme téméraires , puisqu'elles choquent l'impression commune appuyée au moins du consienlement universel de tous les chrétiens durant dix siècles ; et si on les oblige par ce moyen de prouvei leurs solutions, et de ne se conlenter pas de les allé-, guer simplement à leur ordinaire : comme ils son dans l'impuissance de le faire, on découvre par-là clairement leur faiblesse, leur témérité, leur injustice, et l'aveuglement de ceux qui abandonnent la doctrine de l'Église pour suivre les fantaisies téméraires des ministres.

Comme on n'a pas entrepris de répondre en particulier à toutes les objections que les ministres tirent des Pères des six premiers siècles, et que ce doit être une des principales parties du second volume, on ne doit pas s'attendre qu'on les propose ici en détail. Mais on peut dire néanmoins que cenx qui seront bien entrés dans les principes que l'on éiablit en divers lieux de cette réponse, n'y trouveront plus aucune difficulté considérable. De sorte que, sans les avoir proposées, on les a tellement prévenues, qu'on a ôlé en quelque sorte le lieu de les proposer.

On fait voir par la nature du langage humain , que la doctrine de la présence réelle et de la iranssubstaiv tialion , principalement dans le temps. oiî elle n'était pas combattue, a dû produire un grand nombre d'expressions dont les ministres abusent; et que ces expressions, bien loin d'y être contraires, en sont des suites toutes naturelles ; en sorte qu'on doit juger, selon la raison , que ceux qui en auront été persuadés ont dû s'en servir, en suivant la pente de la nature.

On fait voir, par exemple, que c'est une suite inévitable de la doctrine de la présence réelle et de Ictranssubsiantiation , qu'il se soit établi un double langage parmi ceux qui auront cru cette doctrine; l'ur conforme aux sens, l'autre conforme à la vérité ; l'un pour désigner les choses, l'autre pour marquer ce qu'il en faut croire: que, selon le langage des sens, or. a dû dire que l'Eucharistie est du pain et du vin, du blé, du frometitet du fruit de la vigne; qu'elle st change en nos corps, parce que c'est là le rajiporl que nos sens nous en font ; et que, selon le langage de Is vérité, on a dû dire, que ce n'est point du pain, quoiqu'elle nous paraisse du pain , que c'est le corps de Jésus-Christ, que le pain est changé au corps de Jésus-Christ.

On fait voir que, quelque persuadés que les fidèles aient toujours été de la présence réelle et de la irans substantialion , néanmoins le désir naturel qu'ont les hommes d'abréger leurs paroles, les a dû porter à se servir de quantité d'expressions imparfaites et défecueuscs, qui, ne marquant TEucharistie que par une partie, ne laissaient pas d'en former l'idée entière dans l'osprii dos chrétiens, parce qu'ils suppléaient

DE LA CUANDE PEUPETUITE DE I A FOI. nc,

celte doclrine peut subsister, et subsiste en effet sans un grand nombre de pratiques qui y sont jointes saintement dans l'Eglise romaine, et sans une attention expresse aux suites philosophiques de ce mystère, élouffent encore par avance une infinité de petites objections des ministres. De sorte que, si M. Claude voulait de bonne foi faire un état du reste de ses preu-

sans peine au défaut de l'expression. Comme, par exemple, le mot de Saint- Sacremeiil ne signifiant par soi-même qu'un signe saint, ne laisse pas d'imprimer dans l'esprit des catholiques l'idée entière de Jésus- Christ présent réellement sur les autels. D'où il s'ensuit qu'on doit s'attendre d'en trouver de semWables dans les écrits des anciens Pères ; et que, bien loin

de s'étonner quand on y en rencontre, comme sont ves qui ne sont pas détruites par cette réponse, il en ceux de types, à'anlitypes, de symboles, de mystère, trouverait le nombre si petit, qu'il ne s'étonnerait de sacrement, de figure, on devrait s'étonner au con- plus qu'on les ait réduites à une douzaine de passages liaire si on n'y en rencontrait pas. qui méritent d'être traites en particulier. On ne pré-

On découvre par les différentes faces dont on peut tend pas néanmoins l'obliger à une action de sincérité considérer les choses composées de deux parties, si difficile à un esprit prévenu; et on espère que, si que la doctrine de la transsubstantiation, dans la- Dieu nous fait la grâce de travailler à l'éclaircissement quelle on regarde l'Eucharistie comme composée et particulier de ces passages, on lui fera une applioadu voile extérieur du Sacrement, et du corps de tion si sensible de ces principes, que l'on n'a fait que Jésus-Christ caché sous ce voile, a dû |)roduire par inarquer en passant dans ce premier volume, qu'il nécessité quantité d'expressions différentes, dont les aura de la peine à ne la pas voir, unes marquent le corps de Jésus-Christ directement, Ce n'est donc pas proprement pour lui que je mar-

ci le voile indirectement ; les autres marquent directement le voile, et le corps de Jésus-Christ indirectement; les autres marquent l'un et l'autre également. Que, quoique ces expressions s'accordent parfaitement dans le fond , parce qu'elles n'ont qu'un même objet, elles paraissent néanmoins contraires en apparence selon les paroles ; et que , de même qu'en considérant l'hounne comme une âme qui gouverne un corps, on doit dire que c'est un être immortel ; en le considérant comme un corps gouverné et animé par une âme, on doit dire que c'est un être mortel ; et en le consielérant comme une âme et un corps, on doit dire que c'est un être mortel et iramortel : de même en considérant l'Eucharistie comme le corps de Jésus-Christ contenu sous le voile du Sacrement, on doit dire que c'est proprement et véritablement le corps de Jésus-Christ. En la considérant comme le voile qui couvre le corps de Jésus- Christ réllement présent, on peut dire qu'elle n'est qu'improprement le corps de Jésus-Christ, qu'elle ne Test qu'en quelque manière; mais qu'elle l'enferme, qu'elle le couvre, qu'elle en contient le mystère. El eu la considérant comme composée et du voile et du corps de Jésus-Chiisl, on doit dire, comme fait S. Irénée, qu'elle est composée de deux choses, l'une terrestre, et l'autre céleste.

Tout cela est accompagné de plusieurs autres réflexions qui préviennent un grand nombre d'objections des ministres, et que je ne marque point ici, pour ne pas répéter inutilement ce qu'on verra dans le livre. Mais, afin que l'on ne prenne pas toutes ces remarques pour de simples pensées et de simples vues d'esprit qui auraient moins de solidité que d'apparence, on les confirme par l'expérience, et on fait voir que les auteurs le plus persuadés de la transsubstantiation se sont servis de ce langage que nous avons fait voir êlre une suite naturelle de cette doctrine.

Les chapitres 7 et 8 du dixième livre, où l'on dislingue les suites nécessaires de la transsubstantiation de celles qui ne le sont pas, et où l'on fait voir que

que l'usage que l'on en peut faire; c'est pour les personnes qui cherchent la vérité de bonne foi, et qu'il suffit de mettre dans les voies qui y conduisent. Ce n'est qu'à l'égard de ces personnes que j'ose assurer que cette réponse ne contient pas seulement la justification entière du livre de la Perpétuité, mais que l'on y peut trouver aussi un éclaircissement suffisant sur les principales difficultés que l'on peut alléguer des six premiers siècles. Pour les autres, il me suffit qu'ils demeurent d'accord que l'argument de la Perpétuité y est pleinement justifié, ei qu'on y fait voir d'une manière convaincante qu'il n'y eut jamais de fable plus mal inventée que ce prétendu changement universel de la créance de l'Eglise touchant rEucharislie, sur lequel le calvinisme est tout établi.

Il ne me reste plus, pour finir cette préface, qu'à prévenir une objection assez naturelle, qui est, qu'ayant marqué entre les avantages de la voie que l'auteur de la Perpétuité a suivie, qu'elle exempte des longues discussions dont la plupart du monde n'est pas capable , il se trouve néanmoins que, pour la soutenir, on a eu besoin d'un assez gros livre ; et qu'ainsi l'on est tombé dans l'inconvénient que l'on prétendait éviter.

Mais je supplie ceux qui seront frappés de cette pensée, de considérer que ce n'est pas précisément par la grosseur des livres qu'on doit juger de la facilité ou de la difficulté d'une méthode. Car quand ceite longueur ne vient que de ce qu'on a multiplié les preuves d'une même chose, qui est d'ailleurs certaine et constante, bien loin d'être pénible à l'esprit, elle le soulage. C'est une addition de lumière qui ne fait que mettre dans un plus grand jour ce que l'on voyait déjà. Or ce n'est qu'en cette manière que cette réponse est longue.

11 n'y a rien de plus certain que ce que l'auteur de la Perpétuité avait avancé, que toutes les sociétés chrétiennes se trouvèrent du temps de Bérenger dans la doctrine de la présence réelle et de la transsubstantiation, et qu'elles y ont toujours été depuis. Il a plu à M, Claude do le nier. Mais celte négation dérai-

c,.- TRÉi-ACE DE LA GilAMUi

u.nnal.le d'.me vériié consianle n'en délruit pas la corlilude.Etsi. pour le convaincre de icniérilé, cl hn ùicr tout moyen d'abuser par sa liardiesse de lu créduiiie de ceux qui n'cxaminenl point les chcises on a voulu irailcr amplement ce foint, cela n empêche pas qnel'auleurde la Perpétuité n'ait eu droil de le supposer; et qu'ainsi en (pialre lignes on ne puisse comprendre quatre livres entiers de cette réponse. Le sixième se peut réduire aussi à une proposition irèscerlaine et très-évidente, qui est que les paroles ordinaires qui expriment ce qu'il faut croire de l'Encliaristie, ont toujours été exidiquccs par les fidèles ou Cil un sens littéral, ou en un sens métaphorique; et qu'ainsi on a toujours cru dans l'Eglise distinctement, ou la présence réelle, ou l'absence réelle. Un autre que M. Claude ne nous aurait peut-être pas obligé de traiter ce point, et tout homme de bon sens en doit demeurer d'accord tout d'un coup.

Los preuves positives que l'on a apportées dans le septième et le huitième livre, pour montrer que la créance de la présence réelle et de la transsubstanlialinn était établie dans l'église grecque cl dans l'église latine au septième, huitième, neuvième et dixième siècles, ne sent que des preuves accessoires, et dont on se peui absolument passer. Le dixième livre conlient des conséquences utiles, mais qui ne sont destinées qu'à un plus grand éclaircissement de la vérité. Il n'y a d<inc que le neuvième livre d'essentiel, par- :e qu'il fait voir rimpossibililé du changemeflt : et encore dans ce livre, il y a des ciioses qui ne sont nécessaires que pour confondre l'opiiilàtrelé de M. Claude, et qu'un adversaire plus sincère que lui nous aurait épargné la peine d'écrire. De sorte qu'il est visible que la longueur de cette réponse n'empêche en aucune sorte la facilité de la méthode du traité de îa Perpétuité; et qu'elle contribue même à l'augmenicr, puisque l'on peut supposer maintenant, comme une chose constante et démontrée, que l'auteur n'y a rien dit qui ne soit exactement véritable.

Au reste, on ne prétend nullement que la voie que l'on a prise ddive êire préféiée aux antres qui s'allaihenl ou à fÉcriture, ou à l'examen des passages des Pères, ni même «ju'elle doive être agréable à tout le monde. On sail que tous les esprits n'ont pas les mêmes vues, et qu'ils ne prennent pas tous les choses du même biais.

Mais c'est cela même qui doit porter les personnes équitables à trouver bon qu'on ait suivi celle voie plutôt qu'une autre , puisiju'il se pourra faire qu'elle soit utile à des personnes à qui les autres n'auraient rien servi. C'est ce que l'expérience donne droit de dire du traité de la Perpétuité. El l'on a encore plus de sujet de l'espérer de cette réponse-ci, où les choses 6onl iraiiées plus cxaclcment, et qui pourra être considérée avec raison comme le livre dont le premier écrit n'est que l'abrégé. Les âmes sont dos choses si gnindcs et si précieuses, qu'un théologien catholique se doii croire trop récompensé de son travail, quehpie (ji aiul qu'il soit , si Dieu lui fail la grâce on louic sa

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