PERPÉTUITÉ DE LA FOL
vie de contribuer à en ramener une seule dans le chemin du salut, qui ne se trouve que dans l'Église. El ainsi personne ne peut désapprouver justement qu'on tente pour cela diverses voies et diverses manières de proposer la vérité, puisqu'il peut facilement arriver q'ie des esprits qui seront comme fermés d'un côté, ne laisseront pas d'être ouverts de l'aulre, et que Dieu se servira de cette différente disposition pour faire entrer dans leurs âmes sa lumière et ses grâces, qui opèrent en eux les fruits du salut par une vérilnble et solide conversion.
Non seulement on ne prétend point préférer cette méthode à celle des autres , mais on ne prétend pas même qu'elle soit nouvelle. Si le Sage dit qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, et que personne ne peut se vanter que ce qu'il a trouvé n'ait jamais été trouvé par d'autres dans tout le temps qui nous précède; on peut encore bien moins s'imaginer d'avoir trouvé des raisons et des preuves toutes nouvelles dans une matière qui est depuis plus de deux siècles l'un des principaux objets des cciils et des discours de tous les théologiens du monde.
Tout ce que l'on prétend avoir fait, est d'avo'r étendu et mis en son jour un argument très-naturel et assez commun , mais qui étant mêlé avec la foule des autres preuves , et n'élant pas accompagné de tout ce qui esl nécessaire pour le mettre à couvert des reparties des hérétiques, perdait beaucoup de sa force , et ne se faisait presque pas remarquer. Or, en le traitant en particulier, et en prévenant les réponses par lesquelles on le pourrait éluder , on y applique l'esprit du monde, et on le rend ainsi plus utile à l'Église. C'est un diamant qu'on a mis en œuvre, quoique l'on avoue l'avoir trouvé ailleurs, parce que c'est la lumière du sens commun qui le découvre d'elle-même à tout le monde.
TerluUien avait déjà pratiqué ceUe méthode trèsexpressément, en montrant dans son livre des prescriptions, chapitre 28, qu'il était impossible que toutes les églises du monde fussent tombées dans la même erreur ; et que le hasard n'a point des effets si uniformes et si constants. Ecquid verisimile est ut tôt ac tantœ ecclesiœ in unam fidem erraverint? ISullus inter multos eventus unus esl exilus. Variasse debuerat error doctrinœ ecclesiarum. Et c'est sur l'impossibilité de cet événement qu'il établit ce principe , qui est le fondement même de tout le livre de la Perpétuité : que, quand on trouve une doctrine uniformément reçue dans les diverses églises, c'est une marque qu'elle ne s'est pas introduite par erreur, mais qu'elle y a été reçue par iradilion. Quod apui multos unum invenitur, non est erratum, sed traditum.
Yoilà la méthode et le principe de la Perpétuité bien marqués. Et comme il étail facile de l'appliquer aux controverses présentes, il se trouve aussi que ceux qui ont écrit contre les calvinistes n'ont pas man que de s'en servir.
ijaiihazar Lidius, dans la préface qu'il a faite sur le second tome du Recueil des Confessions des VaU'
m LIV. 1". JUSTIFICATION DE LA MÉTHODE DU LIVRE DE LA PERPÉTUITÉ. 230
dois, dit qiie ses adversaires, c'cst-h-dire les jésuites, grande muUiludede chrétiens. Puisqu'on voit donc qiiil
pressent ordinairement ceux de sa secle par cet argu- ne paraît dans notre doctrine aucun signe de nouveauté,
ment : que, puisqu'ils prétendaient que la doctrine de et qu'on les découvre tous dans celle des adversaires ,
l'Église romaine était nouvelle, ils étaient obligés de quoiqu'elle eût pu facilement s introduire insensiblement^
faire voir dans cette doctrine ce qui se doit toujours c'est une preuve manifeste que notre doctrine est ancienne,
rencontrer dans tous les grands changements ; premièrement, l'auteur de cette doctrine; 2° le dogme nouveau proposé par cet homme ; 3° le temps où. il a commencé d'être enseigné ; 4° le lieu oit il a été d'abord publié ; 5° qui sont ceux qui s'y sont opposés; que cette doctrine ail eu d'abord peu de sectateurs, et qu'ensuite le nombre s'en soit accru.
il est clair que c'est-Ià proprement rargiiment de h Perpétuité appliqué généralement par les jésuites aux controverses avec les reiigionnaires. Mais le cardinal Bellarniin l'emploie de plus en particulier contre les calvinistes sur la matière de l'Eucharistie, et en fait un de ces arguments généraux qu'il ramasse dans son troisième livre de l'EucIiarislie, chispilre 8: Pour recounailre, dit-il, que noire doctrine n'est point une invention des papistes, comme nos adversaires nous appellent, mais que c'est la foi ancienne, il n'y a qu'à considérer le consentement des Grecs avec l'Église romaine sur ce point. Car il y a déjà long-temps que les Grecs se sont séparés des papes ; ce qui les aurait empêchés de recevoir (es nouvelles opinions de l'église latine. Et cependant ils n'ont jamais eu sur ce point aucun différend avec les Latins, et ils n'en ont point encore , comme il paraît par la censure que les Orientaux ont fuite des dogmes des luthériens. El ce qui confirme cet argument est la facilité de l'opinion des adversaires et la difficulté de la nôtre. Car l'opinion des protestants étant fort aisée à comprendre et fort conforme à l'esprit humain, elle aurait pu se glisser insensiblement et être reçue par plusieurs , sans faire remarquer sa nouveauté ; au lieu que l'opinion des catholiques étant très-difficile, trèscontraire aux sens, et entièrement au-dessus de la raison, il n'est pas possible qu'elle se soit introduite insensiblement, et qu'on en ait pu persuader sans bruit une si
et par conséquent véritable; et que celle des protestants est nouvelle, et par conséquent fausse et hérétique.
On peut juger, par la manière dont ce savant cardinal propose cet argument, do l'ulililé qu'il y a d'étendre et de meure dans leur force certaines preuves qui demeurent obscurcies dans les livres, parce que ceux qui s'en servent ne s'y sont appli(]ué3 qu'imparfaitement ; car il csl clair que c'est Targiimenl même qui fait le sujet du livre delà Perpétuité. Mais conmie Bell;>rmin n'y avait pas fait une attention particulière, il le prop;)SC d'une manière (|ui frappe moins. 11 ne parle que des Grecs, et il pouvait parler de toutes les autres communions qui étaient séparées de l'Eglise romaine long -temps avant les Grecs. Il ne remarque ([u'une seule circoiisiance qui rend ce cliangeuienl inipossibie, et il y en a cent autres. Mais ces défauts sont très-pardonnables à un honune qui a embrassé, comme a fait ce cardinal, non seulement toute la matière de l'Eucharistie, mais aussi tous les poinis controversés, et qui n'a pas pu, par conséquent, traiter chaque preuve avec la même étendue et la même force qu'elles peuvent avoir dans les écrits de ceux qui s'appliquent en particulier à quelqu'une de ces preuves.
C'est proprement ce que Ton a eu dessein de faire de cet argument de Bellarmin, et que l'on pourra faire encore de quelques autres, tant de lui que des autres écrivains catholiques, en leur laissant de bon cœur la gloire de les avoir trouvés les premiers, en recor»naissant que l'on ne fait que marcher sur leurs pas et suivre leurs pensées, et en lâchant seulement de les rendre plus utiles à l'Église, plus capables de faire impression sur les esprits, et plus incapables d'être éludés par les défaites des hérétiques.