BELLE
toute
la terre le changement que l'église romaine a fait ; que les preuves en soient claires, fortes et en grand nombre ; qu'dles rendent le changement sensible ; et qu'on ne lui oppose que des rcisonnements et des conjectures imaginaires : qu'y a-t-il encore à répliquer, el de quoi M. Claude se met-il en peine ? Voilà le calvinisme victorieux, et l'Église catholique renversée.
D'oii vient donc qu'il a fait un si gros livre pour fortifier cette demi-page, et à quoi bon tant d'antithèses el tant d'arguments dont il l'a rempli? C'est sans doute qu'il a bien vu que ce qu'il avance si hardiineni n'est pas assez clair pour pouvoir servir ainsi de premier principe ; qu'il avait besoin de tout sou art et de toute sa science pour le soutenir ; et que les preuves d'Auberlin ne passaient point pour si convaincantes , ni les raisonnements de l'auteur de la Perpétuité pour si frivoles et si imaginaires qu'il les représente. Mais s'il a bien reconnu que le monde avait des impressions contraires à ces préjugés qu'il lâche de bii inspirer, il est assez étrange qu'il n'ait pas reconnu en même temps que ces sortes de discours fondés sur des suppositions non prouvées, et qui ne s'accordent nullement avec l'impression publique et le jugement commun , ne sont pas tout à fait judicieux , et qu'ils font voir qu'il i>e sait pas assez distinguer entre les choses qu'ils n'est permis de dire qu'après les avoir prouvées, et celles qu'on peut supposer légitimement sans les prouver.
Et en effet, que dirait-il d'un homme qui ferait des suppositions toutes contraires aux siennes, et qui lui soutiendrait que l'ouvrage d'Auberlin est un ouvrage irès-méprisable ; que ce ministre était un homme de peu d'esprit, qui n'avait qu'une basse critique sans élévation et sans jugement ; qui a lu beaucoup, parce qu'il ne faut pour cela que des yeux et du loisir ; mais qui a lu sans discernement el sans lumière ; qui ne dislingue point entre Itis bonnes et les mauvaises raisons ; qui se récrie à loul moment sur les preuves les plus faibles ; qui s'est corrompu le sens commun, par l'accoutumance de répéter toujours les mêmes absurdités, el qui, bien loin d'avoir remporté une belle victoire sur l'école de Rome, n'a fait que découvrir la faiblesse des calvinistes?
M. Claude se moquerait sans doute d'un homme qui lui tiendrait ce discours. Cependant, en parlant de la sorte, il pourrait parler très-sincèrement : car je puis l'assurer que je ne lui fais rien dire du livre d'Auberlin, dont je ne sois moi-même persuadé. Mais cet exemple lui doit apprendre qu'il ne sufiit pas pour Hùre des
LIV. I". JUSTIFICATION DE LA MÉTHODE DU LIVRE DE LA PERPÉTUITÉ
formes à rid et! cl à Ti m pression communes. Sans cela il est iniilile de les proposer : car si l'on élail résolu de s'en rapporter à nous, nous n'aurions qu'à déclarer en un mot ce que nous prétendons, sans nous amuser à faire des livres.
Ainsi le bon sens et l'équité obligeant M. Claude àe retranci)er de son discours toutes les choses non prouvées, parce qu'il n'a pas encore droit d'en tirer avantage, et toutes les faussetés notoires, parce qu'il n'en peut jamais faire d'usage qui ne soil injuste ; il est visible, 1° qu'il a eu tort de dire que le livre d'Antertin est le premier sujet de celte contestation , et que i'aUteur de la Perpétuité l'a attaqué d'une manière inïiirecte, comme s'il avait prétendu que son traité fût une réfutation du livre de ce ministre. Car dans une chose comme celle-là, qui dépend de l'intention d'un homme vivant , c'est le convaincre de lémérilé , que le lui déclarer de sa part qu'il se trompe, et que cet auteur n'a jamais eu la pensée qu'il lui attribue.
Et certainement ce déguisement n'est pas excusable , après le récit sincère que l'auteur de la Perpétuité a fait lui-même de l'occasion et du dessein de son livre. Il â eu soin d'avertir le monde que le premier traité qui a attiré les autres , n'était dans sou origine que la préface de l'Office du S.-Sacremeni. Ot* on n'entreprend guère de réfuter un livre in-folio dans «ne préfiice. Il y traite celte question particulière ; si le changement que les calvinistes supposent être artivé dans la créance de l'Eucharistie est possible; et il fait voir qu'il ne Test pas : et parce que Blondel et Auberlin en avaient fait des histoires fabuleuses , il les réfute en passant ; mais il ne s'ensuit nullement de là qu'il ait prétendu faire une réfutation d' Auberlin , ni que le livre de ce ministre soit l'objet de son traité et le sujet de cette contestation. Il combat trèsdirectement le plan fabuleux qu'il a dresse de ce changement imaginaire , parce que son sujet l'y portail; et il ne comb;U et n'attaque point du tout le reste de son ouvrage, p:irce qu'il savait bien que cela ne se pouvait pas faire dans un si petit traité.
11 est clair 2" qu'il ne devait pas se vanter d'abord des victoires d'Aubertiu, et de la force et de la clarté de ses preuves : car, outre que ces vanités ne sont pas de bonne grâce, il devait considérer que les autres hommes ne sont pas toujours disposés à s'arrêter à DOS jugement!? , et qu'ils se blessent quelquefois de cette sorte de rhétorique, par laquelle on propose ses fantaisies comme des orachis, sans se mettre eu peine de les prouver; le monde aime assez ([u'on lui laisse là liberté de ses pensées , et il souffre avec peine qu'on les lui forme par des décisions si précises.
La même raison f;»it voir aussi que M. Claude s'est un peu trop liàié de décider dés le commencement de son livre, que les preuves du traité de la Perpétuité sont fondées sur des raisonnements imaginaires : car il aurait été assez temps de le dire lorsqu'il y aurait bien répondu ; et s'il ne l'eût fait qu'alors , peut-être ne l'aurait il jamais fait.
Après que M. Claude aura ainsi retranché de son
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discours toutes les choses incertaines ou non prouvées, il ne restera plus que deux reproches sur lesquels il soit besoin de le satisfaire. Le premier est , que l'auteur de la Perpétuité ait entrepris de réfuter l'histoire qû'Auberlin fait du changement de créance, sans répondre à tout le reste de son livre. Le second, qu'il ait prétendu opposer aux preuves de lait de et ministre des raisomiements et des conjectures.
Nous parlerons du second reproche dans le chapitre suivant; mais sur le premier M. Claude nous permettra de lui demander : Quand est-ce que les hommes ont établi celte loi, qu'il ne serait pas permis de traiter une question , sans traiter en môme temps de toutes les matières qui ont été traitées par d'autres avec cette question? Ne devait-il pas considérer que tout le monde n'a pas le lemps de faire de gros volumes, et que la brièveté de la vie, et la diversité des occupations qui la remplissent, fontque l'on n'a jamais droit de reprocher à un théologien qui s'applique à une matière, qu'il n'écrit pas sur une autre, quelque liaison qu'elles aient enti-'elles? Et qu'ainsi il a toujours été permis de traiter une partie des controverses sans traiter les autres ; d'éclaircir un poini d'his toiresanssemetlreenpeined'éclaircirun autre point.
Les théologiens catholiques n'ayant tous que la même cause, qui est celle de l'Église, et devant tous être animés par le même esprit , travaillent tous en commun; et ainsi l'on ne doit point régarder leurs ouvrages séparément. Tous leurs livres ne composent en quelque sorte qu'un grand livre, dont les traités et les ouvrages de chaque particulier ne font qu'une petite partie. Ainsi , comme on n'a jamais demandé à un auteur qu'il traite toutes les matières de controverse dans chaque partie de son livre, on ne doit pas aussi demander à ceux qui essaient de contribuer quelque chose par leur travail à la défense de l'Église , qu'ils embrassent seuls toutes les questions et tous les points contestés : cela dépend de leur loisir et de leurs engagements ; mais il suffit pour les autres, qu'ils g.irdent les règles de la raison dans le sujet particulier auquel ils s'appliquent.
Il est donc clair qu'il a éié permis à l'auteur de la Perpétuité de traiter séparément cette question , si le changemciît que les ministres assurent êire arrivé dans la créance du mystère de rLucInrislie est pos- ; sible ou impossible, et que M. Claude n'est pas rai- * sonnable de prétendre qu'il ne l'ait pu faire sans répondre en particulier à tous les passages d'Aubertin. Ces passages se trouvent traités dans les livres d'un grand nombre d'auteurs catholiques, où on les peut voir si l'on veut ; et ceux qui prtjndront la peine de les examiner avec soin , reconnaîtront ais-ément que les nouvelles chicaneries d'Aubertin :ae sont pas cor>sidérables. Mais encore que l'on n'ait pas le loisir ou la volonté d'entreprendre ce travail , il ne s'ensuit nullement que l'on ne puisse traiter aucune questioii qui regarde celte matière, principalement quand on le fait par des preuves entièremeni indépendantes dft ces passages.
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55j^- PERPETUITk- de LA
Ce qui a cWoiii M. Cbi.dc, esl qu'il n'a pas dislingué deux clioscs fort diiïércnles. Car il n'y a rien de plus permis que do liailer un point sans traiter les fuilres, quelque liaison qu'd y ail entre ces points. Mais il est vrai que pour former sa créance el prendre parti , il faut quelquefois comparer ensemble les preuves, et ne former sa dernière résolution que sur cette vue générale de toutes les raisons de pari et d'antre; quoique cela ne soit pas nécessaire aux catholiques, connue nous le montrerons plus bas.
Tous les points controversés, parcxemi.lc, sont tellelucnl joints avec la question de la vraie Église, qu'il y a de l'imprudence à se résoudre sur aucun en particulier, avant que d'avoir examiné à fond le point de l'Église. Car c'est bien conclure aux catholiques, que de dire que, n'y ayant point d'autre Église véritable que la romaine, il fuit croire ce qu'elle lient universellement du mystère de l'Eucharisiic et de tous les autres ; de sorte qu'il est visible que tous les calvinistes qui n'ont pas examiné avec soin cette question n'ont pu se déterminer que témérairement dans le choix de toutes les antres opinions. Mais on ne doit pas conclure de là que Ton ne puisse traiter la malière do l'Eucliaristie sans traiter en même temps celle de l'Église. En effet , presque tous les ministres la Irailent scjiar.'mcnt; el l'on ne voit pas, par exemple, que M. Claude ni Aubertin aient jamais fait aucun traité de l'Église.
Si M. Claude s'était donc contenté simplement de dire que l'on ne doit pas se laisser emporter si facilement aux raisonnements du livre de la Perpétuité , et que cet auteur prétendant d'un côté que ce cliangemenl de créance sur le mystère de rEucliarislie n'est point arrivé, parce qu'il est impossible, et Aubertin prétendant do l'autre qu'il est possible parce qu'il est arrivé, il faut examiner lequel prouve le mieux ses préteiiiions, el comparer la force des misons de l'un et de l'aulre; on le satisferait d'une autre manière, el on lui ferait voir ce que la raison oblige de juger dans la comparaison de ces difTcrenles preuves; et c'est ce que nous traiterons dans la suite de ce livre. Mais de nous dire, comjne il fait, que l'auteur de la Perpétuité a grand tort d'avoir iraiié cet argumcnl de l'impossibilité du cbangeinenl sans répondre à tous les passages d'Auberlin, c'esl-à-dire, sans faire un ou deux volumes in-folio, puisqu'il n'en faut pas moins pour répondre exactement au livre de ce ministre, c'est proposer une loi nouvelle qui est cnlièremenl déraisonnable.
On ne peut rien exiger légitimement d'une personne qui traite quelque malière que ce soil, sinon qu'il ne suppose rien de faux ou d'obscur, et qu'il n'en lire point de mauvaises conséquences ; puisque la vérité et la clarté des principes, cl la justesse des conséquences suflisent de soi mcma pour nous assurer de la vérité, el forment un corps parfait et entier. Tout cela se rencontre dans le traité de la Perpétuité, sans qn'il soil besoin d'examiner tout le livre d'Auberlin. Les suppositions stu- lesquelles il esl appuyé sont cer-
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laines et claires, comme nous le ferons voir dans celle réponse; les conséquences en sont évidentes. Personne n'a donc droit d'en demander davantage, ni d'exiger qu'il répondît à tous les passages d'Auberlin.
Nous montrerons dans ia suite qu'il eût été ridi culc de l'enlreprendre : que non seulement la raison ne le demandait pas, mais qu'elle s'y opposait manifesicmenl ; parce que c'aurait été ruiner tout le dessein et lefruiide cet ceril,en confondant deux méthodes toutes contraires. Mais il suffit de dire maintenant à M. Claude, que n'ayant pas de juridiction sur l'auteur de la Perpétuité pour lui faire rendre compte de ses occupations el de ses emplois, ni assez d'autoHtë dans le monde pour y établir de nouvelles lois, ri n'a aucun droit de prétendre que cet auteur, en traitant une question particulière, fût obligé de traiter à fond toute la malière de l'Eucharistie ; et qu'il n'est pas raisonnable d'avoir f;\it d'une prétention si injuste le sujet de tant de déclamations.