‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 61 sur 335 · HODE DU LIVRE DE LA PERPÉTUITÉ · texte numérisé non relu

HODE DU LIVRE DE LA PERPÉTUITÉ

que veut dire cet artifice de n'avoir cojisidéré cet abrégé que conmie une pièce détachée de l'ordre de la dispute , et comme un amas de difficultés? N'est-ce pas vouloir ensevelir ses premières illusions sous un autre déguise- ■ ment , et devenir plus injuste pour ne le paraître pas .

Réponse. Cela veut dire qu'on a voulu apprendre à M. Claude à disputer raisonnablement. Cet argument pris du fuit est d'une autre méthode, et il se doit traiter à part. Il faut premièrement voir ce que M. Claude répond directement à l'argument de U Perpétuité , par lequel on a montré que ce change- . ment est impossihle. Ensuite on examinera ses preuves quand on aura le loisir : mais quand on les examinera, on l'obligera de les rapporter dans leur juste étendue , et l'on n'aura jamais que du mépris pour ces amas confus de passages tronqués et entas-i ses, qui ne méritent pas seulement qu'on y ait 1q moindre égard. Il n'y a donc en cela ni déguisement ni injustice ; mais il y a une prudence nécessaire, pour retenir dans les bornes de la raison un homme qui fait tout ce qu'il peut pour s'en écarter, et pour se sauver dans une forêt épaisse de questions.

RI. Claude. S'il se fût souvenu du Une de M. Aubertin , le premier objet de &a querelle, il eût pris garde que je n'ai fait mon abrégé que par rapport à l'examen étendu des preuves et des difficultés qui se trouvent dans ce livre, et que j'y ai renvoyé , non comme à un livre inconnu , mais comme au livre qu'il a lui-même attaqué , et qui a fait naître notre différent.

Réponse. J'ai déjà fait voir que c'est sans aucun fondement que M. Claude attribue à l'auleur de la Perpétuité d'avoir eu dessein d'attaquer le livre d'Aubertin. Cet auteur a traité une question particulière : il a rencontré Aubertin en son chemin ; il l'a réfuté dans le point sur lequel il se trouvait contrairo à ce qu'il voulait établir. Cela ne s'appelle point attaquer un livre. Mais ce rapport que M. Claude nous marque de son amas de difficultés aux preuves étendues d'Aubertin nous découvre une assez plaisante prétention. Car c'est dire qu'il voulait qu'au milieu de la réponse que l'on a faite à son écrit, on insérai un volume îH-fo/îo , qui contint la réfutation d'Au-^ bertin ; étant très-véritable qu'on ne peut réfuter ces amas fait par rapport à Aubertin , qu'en réfulan|; presque tout son livre : ces matières étant si enchaîr nées qu'il est difficile de les séparer , et de les traiter imparfaitement, sans nuire à la vérité. El c'est co qui fait voir la nécessité qu'il y a eu de ne pas s'arrê-, ter à cet amas de difficultés, qui n'avait point d'aulrebut que de nous donner le change, et d'obscurcirune dispute dont la clarté n'était pas agréable à, M. Claude.

M. Claude. I^e même s'il se fût souvenu que le des-isein de son traité est, comme il dit lui-même, de morif. trer que le changement que nous prétendons être arrivé est chimérique et impossihle , il eût reconnu que la meilleure voie pour anéantir ses conjectures était de le ren voycr aux preuves de fait qui rendent ce jugement palpable , et qui sont jusqu'ici sans réponse : car comment

pr,l PEUPÉTUITE DE LA FOI

yeut-on niuux arrêter un homme çui nie qu'une chose puisse cire, qu'en lui faisant voir qu cil : ai en effet?

liéponse. On a déjà dit à M. C.ljudft, que comme l'on peut forl bien opposer les preu\ e^ de raisonnement qui moiilpenl l'inipossibiliic du changement aux prétendues preuves de fait d'Auberlin , il est de soi permis d'opposer ces preuves de fait à ces raisonnements : ce n'est point ce qu'on blàii;e dans M. Claude. Quand il n'usera que de son droit, on ne lui fera jamais de rcproclies. Mais ces preuves de fait ne consistent pas dans un amas de passages tronqués, confusément entassés au milieu d'un traité : elles congistenl dans loul le livre d'Auberlin. On lui soutient qu'elles n'ont rien de solide : mais telles qu'elles soient , il est bien clair qu'elles ne se peuvent pas réfuier au milieu d'un petit écrit.

Qu'il nous renvoie donc, à la bonne heure, au livre d'Aubertin, nous nous en défendrons en son lieu , et nous le renvoyons en attendant à tous les livres de» callioliques. Mais cependant qu'il n'interrompe pas le cours de noire dispute , et qu'il réponde précisément au livre qu'il combat directement. Il faut traiter chaque chose sépaiémenl. Trouverait-il bon, par exemple , qu'au lieu de répliquer au livre d'Auberlin, on se contentât de lui faire cet argument : L'Église catholique est infaillible ; or la doctrine d'Auberlin est contraire à celle de l'Église catholique ; donc elle est mauvaise. Cet argument serait forl hon en soi, et il détruit en effet tout le livre d'Aubertin. Il est permis de s'en servir ; mais on ne le doit pas néanmoins faire passer pour une réponse au livre de ce minisire. Si l'auteur de la Perpétuité avait aussi prétendu intituler son Traité : Réfutation du livre d'Aubertin , je n'approuverais pas ce litre, quoique j'approuvasse ses raisonnements. Il y a de la différence entre détruire un écrit par un argument qui prouve le contraire de ce qu'il établit, et répondre précisément à ce livre. Les traités que les catholiques font de 1 Eglise détruisent tous les livres des ministres, mais Ils ne les réfutent pas. Or il s'agit ici de réi.ondre au iivre de la Perpétuité ; c'est ce que M. Claude a entrepris , et c'est à quoi il doit satisfaire.

M. Claude, respère que l'auteur tne satisfera sur ces plmntes; et sur cette espérance je lui ferai remarquer deux choses : Vune, que quand H nous dit qu'un moyen nest pas propre à trouver la vérité, lorsqu'il est propre a combattre et à obscurcir toute vérité, il s'est laissé surprendre à une chose qui semble avoir quelque esprit '««« qui au fond n'a point de solidité. Car il n'ignore pas que ces moyens généraux, comme sont les divisions les méthodes, les abrégés, les sources de raisonnements' ^ont communs aux deux partis, sans que l'abus en doive faire condamner l'usage, non plus que de l'encre et du papier qui servent également à chercher et à comba'tre la venté. Il serait bon de raisonner plus juste dans un commencement de réfutation.

liéponse. Et moi je prierai de mon côlé M. Claude de remarquer car cet exen.nle combien il est dange-

roux de ne considérer les choses dont on écrit que d'une vue superficielle, qui, ne donnant pas assez de lumière pour pénétrer jusqu'au fond des choses et pour en connaître le vrai, donne assez de confiance pour se hasarder d'en parler d'un ton de censeur, ce qui engage souvent en des fautes assez ridicules.

On lui a dit qu'un moyen n'est pas propre à éclaircir la vérité, lorS(iu'il est propre à combattre et à obscurcir toute vérité. Il réplique sur cela que cette maxime parait avoir de l'esprit, mais qu'elle n'a point de solidité. Mais pour moi j'en juge bien autrement ; car j'y trouve peu d'esprit, parce qu'elle est très-commune , et beaucoup de solidité, parce qu'elle est très-vériiable ; n'y ayant rien de si conforme au sens commun que de conclure que ce qui pourrait également établir la faiisselé ne peut pas nous donner une assurance de la Térité. Aussi celte maxime n'est que l'axiome des Mciens philosophes, que toule marque commune au frai et au faux ne peut servir à discerner l'un de l'autre. Ce n'est que la règle des jurisconsultes : Non probat hoc esse, quod ab hoc contigil abesse. Et enfin il n'y a point d'homme de bon sens qui ne demeure d'accord que c'est bien raisonner que de dire : Toule vérité de foi peut être combattue par un amas de difficultés aussi probables et aussi apparentes que celles que M. Claude propose contre la doctrine de l'Église catholique sur l'Eucharistie ; donc cet amas de difficultés ne prouve pas que cette doctrine soit fausse.

D'oîi vient donc que M. Claude ne voit pas ce que tous les autres voient? C'est que sa philosophie le trompe, comme il paraîtra par sa réponse. L'Auteur, dit -il, n'ignore pas que ces moyens généraux, comme sont les divisions, les méthodes, les abrégés , les sources des raisonnements sont corhmuns aux deux partis , sans que l'abus en doive faire condamner l'usage. En effet, il y a toute sorte d'apparence que l'auteur de la Perpétuité n'ignore point du tout une chose si commune : mais il y a certitude que M. Claude ne voit pas le défaut de sa réplique. Car il est bien vrai que les moyens généraux servent à établir et à combattre la vérité , et qu'il y a, par exemple, de bons et de mauvais syllogismes, de bonnes et de mauvaises méthodes ; mais il fallait prendre garde que ces moyens généraijx , comme, par exemple, les syllogismes, ne combattent pas ou n'établissent pas la vérité en demeurant généraux et indifférents, mais étant déterminés et appliqués par des circonstances particulières, qui rendent les uns bons et les autres mauvais; de sorte que s'ils demeuraient généraux elhidifférents, ils seraient absolument

inutiles pour établir la vérité. Un syllogisme comme syllogisme ne prouve rien, parce qu'il y en a de bons et de mauvais. Une méthode comme méthode ne conclut rien, parce qu'il y en a de bonnes et de mauvaises. Et jamais ni le moyen général de syllogisme, ni le moyeu ge.icnil de méthode ne deviendra utile à l'établisse- ''■""M d'une vérité, qu'en sortant de celle généralité , et étant appliqué à la vérité par des caractères qui soient oropres et qui ne conviennent point à la faus •

LIV. 1". JUSTIFICATION DIT LA MÉTHODE DU LIVRE DE LA PERPÉTUITÉ

selé. C'est un moyen gênerai que Pimprossion, cl qui sert aux bonnes et aux nuiuvaises choses . mais ne 6crait-oii pas ridicule de prouver qu'une hisloire est vraie, parce qu'elle est iinprimée ?

M. Claude peut concevoir aisénienl par-là le défaut de sa philosophie. Car cei amas de dilTiciillcs, donl il fc'est servi pour coniballre le mystère de PEucharislie, est tellement un moyen général et commun à la vérité et à la fausseté, qu'il demeure dans cette généralité , et qu'il n'est disliiigiié eii aucune sorte des amas do dillicullés que l'on peut faire à son exemple pour coniballre les autres mystères. 11 n'a nul caractère, nulle marque de vérité que les autres n'aient. Et par consé(iueiit je n'ai nulle raison de le prendre pour vérilable , et j'ai droit de le rejeter par cette raison que la fausseté et l'erreur me peuvent paraître sous un visage entièrement semblable à celui-là.

Tout ce qu'il conclura de son amas de difficultés est qu'il y a des difficullés sur PEucharistie ; et ne conclure que cela , ce n'est rien conclure , puisque celte maxime générale est irés-fausse : Il ne faut croire aucun mystère contre lequel on puisse alléguer des difficultés vraisemblables. Il fallait donc dislinguer cet amas de difficultés des autres amas , que l'on peut faire de môme contre les autres inyslèi es ; et c'est à quoi il n'a pas songé dans sa première réponse ; ce qui a donné un juste sujet à l'auteur de la Perpétuité de lui reprocher, qu''il voulait éclaircir la vérité par un moyen qui était propre à combattre et à obscurcir toute vérité. M. Claude ne soutient donc pas trop bien le personnage d'un censeur. Voyons néanmoins s'il ne sera point un peu plus heureux dans sa seconde remarque.

M. Claude. L'autre chose que routeur reconnaîtra est, qu'en faisant des plaintes injustes contre mon écrit , il nous a fait justice sans y penser sur son premier traité , el m'a donné occasion de lui dire qu'un homme qui attaque un livre où, la matière de l'Eucharistie est traitée à fond, et à qui personne n'a répondu, ne le doit point faire, comme il a fait, pur un abrégé confus et captieux , et par un amas de difficultés contre une vérité de fait que M. Aubertin a rendue sensible ; et ainsi la censure retombe sur lui-même; mais elle y retombe plus forle el plus juste qu'elle n'est partie de samain.

Réponse. On a déjà répondu plusieurs fois à ce de>sein chimérique de réfuter Aubertin, que M. Claude attribue à Pauleur de la Perpétuité. C'est une vanité assez mal fondée de se glorifier qu'on n'ait point répondu à ce ministre , comme si , dans celte qnantité de volumes qu'on a faits sur l'Eiiciiarislie , c'était une marque de vérité d'avoir écrit le deri.'ier. A ce compte celui qui aura plus de loisir ou plus d'opiniâ- Irelé sera toujours le \iclorieux. Cent raisons peuveiit en)pècher de répondre à Aubertin : la longueur du travail, le peu d'utilité de l'ouvrage, ce ministre n'ayant presque rien dit que ce qui avait été dit par les autres, et qui a élé réfuté par les écrivains catholiques. Il faut bien qu'il y ail quelque borne à fiùre «les livres; et ce serait une étrange règle que lorsqu'il

plairait à un ministre dj faire un gros livre, on en ]>ùl conclure ([u'il a la vérité pour lui, à moins que quelqu'un n'employât plusieurs années de temps à le

réfutiT.

Enfin il est faux q'jc le livre de la Perpétuité soit un aijréjé confus et capiieux, et un amis de difficultés. On ne donne ce nom qu'aux choses (pu sont traitées imparfaitement, et que l'on ne voit pas assez pour en bien juger : mais l'auteur de la Perpétuité a traité tout ce qui regarde son dessein dans une juste étendue. Il n'y suppose rien tpie de clair. Il y présente une lu niière suffisante pour former le jugement de ceux qui le lisent, et pour les obliger, s'ils veulent bien user de leur raison, à lirer la conclu.-,ion (jui suit naturellement des principes qu'il a élablis, (lui est que TÉgiise catholique a toujours cru de PEucharistie ce qu'elle en croit maintenant. Ainsi la parodie de M. Claude n'est imllcment juste, cl le coup de celle censure qui retombe, à ce (ju'il dit, sur l'auteur de la Perpétuité, esl si léger qu'il ne se sent point du lotil.

CIIAPPTRE V.

Réponse à une objection qu'on peut faire sur ce sujet, oh l'on fait voir que , sans réfuter en particulier le livre d' Aubertin , le traité de lu Perpétuité ne laisse pas d'être utile, et qu'il doit persuader toutes les personnes sincères et raisonnables.

J'ai tant de désir de satisfaire M. Claude sur les reproches qu'il fail en général contre la méthode du livre de la Perpétuité, que je ne veux pas me contenter de répondre précisément à ceux qu'il propose effeclivemenl; mais je veux bien aussi piévenir ceux mêmes qu'il ne fait pas, mais qu'il pourrait faire avec (luelqut* sorle d'apparence. Celui que je m'en vas proposer ci« sa faveur est peut-être le plus raisonnable de ton» ceux que l'on peut f<*ire sur ce sujet : de sorte qu'u esl assez étrange que M. Claude, qui s'amuse à rele ver par ses paroles et par ses figures quantité d'oL • jcctions assez faibles, ait oublié celle-ci qui est peu»-^ être la seule que l'on i eut faire raisonnablement.

On pourrait donc dire avec quelque sorle de couleur, que soit que l'auteur de la Perpétuité fût obligé de réfuter Aubertin, soit qu'il n'y fût j-as obligé; soit qu'il dùl mêler les preuves de fait avec les preuves de l'aisonuemenl, soit qu'il les dût séparer, il est certain néanmoins que quand un point do doctrine est établi d'une part par des preuves considérables, et qu'il est combattu de l'autre par des preuves (pie l'on prétend être fortes, il faut, pour en juger équilablcment, (aire la coniparaison de ces raisons contraires, en préférant les plus fortes et les plus évidentes à celles qui le soal moins. Que l'auteur de la Perpétuité, dira-t-on, raisonne donc lant qu'il lui plaira , el qu'il conclue que ce changement n'est point arrivé, parce qu'il est impossible : mais c'est aussi très- bien raisonner que de dire qu'il est possible, s'il est arrivé. Ainsi quand il ne serait pas blâmable de s'être renfermé dans son argument, et de n'avoir pas répondu aux raisons contraires , puisqu'il n'avait entreprir, que cela , il faut

PEiU'ÉTCiTÉ DK LA FOi TOUCHANT L'EUCHARlSTiH

qu'il avoue que Ton aumit sujet de blâmer ceux qui se rendraient à ses raisonnements sans examiner les preuves de fait qu'il n\i point traitées, puisqu'ils n'agiraient pas selon la raison. Et ainsi son traité est un traité inutile, qui ne peut conduire des personnes raisonnables jusqu'à se résoudre sur ce différent, et dont l'cfTet dépend toujours d'un examen dans lequel il n'est point entré, et n'a pas voulu entrer.

Voilà ce que l'on peut dire de plus spécieux. Et eu effet, il semble qu'on ne puisse pas douter du principe, puisque c'est par là même que nous avons fait voir que les calvinistes ne peuvent raisonnablement se déterminer sur aucun point contesté, sans avoir discuté à fond le point de l'Église et les autres controverses générales. M. Claude ne peut pas dire que j'affaiblisse l'objection ; mais c'est néanmoins par celte objection même que je prétends lui montrer combien le livre de la Perpétuité peut être utile.

Je demeure donc d'accord que quand un même point de doctrine est établi d'un côté, et combattu de l'antre par dos arguments qui paraissent également concluants, il faut ordinairement comparer ensemble ces preuves contraires pour se résoudre d'une manière raisonnable. Mais je nie que les choses soient communément en cet état à l'égard du point dont il s'agit. Car il faut remarquer que la dispute qui est entre M. Claude et nous n'est point une dispute nouvelle ni inconnue ; c'est la plus célèbre contestation qui soit au monde. Et ainsi les esprits de ceux qui Usent le livre de la Perpéluilé ont ordinairement leurs sentiments tout formés sur ces preuves de fait rapportées par Aubertin et par les autres miiiistres; et ces gentiments ne sont pas uniformes , parce qu'ils naissent souvent de divers principes. Les uns en jugent par eux-mêmes; les autres par le rapport d'autrui. Les uns sont capables de les examiner; et les autres en sont incapables, et sont obligés de n'en juger que par certaines circonstances extérieures, qui leur font connaître ce qu'on en doit croire.

Entre ceux qui en jugent par eux-mêmes, les uns estiment le livre d'Aubertin, les autres le méprisent ; les autres sont dans une disposition qui tient le milieu entre l'estime et le mépris. Ceux qui en jugent sur le rapport d'autrui, ou par des circonstances extérieures, n'ont pas des pensées moins différentes que ceux qui suivent leur propre lumière.

Cela supposé , on peut facilement juger de l'effet que doit faire le livre de la Perpétuité sur les esprits par rapport à ces différentes dispositions.

Premièrement , si un calviniste après avoir lu le livre d'Aubertin , et avoir examiné ses preuves, et les ovoir comparées avec les preuves des catholiques, était demeuré dans l'incertitude et dans le doute, qu'il ne vît pas clairement la vérité, qu'il fût balancé par tant de diverses raisons , il est indubitable qu'il doit se déterminer parla preuve du livre de la Perpétuité , que son doute doit céder à l'évidence qu'il y liouvcra, et que l'impossibilité du chaiif^cment doit ,^aire oencher la balance du côté dos caUi Cliques.

Car qui ne voit que c'est suivre la raison , lorsque l'on est dans cette disposition que nous venons de décrire , que de parler de cette sorte : Si je consulte ri'criture, elle remplit mon esprit de doutes , et elle ne les résout pas. Si je prétends c'.ierchcr la lumière dans les ouvrages des anciens Pères, je n'y trouve que des ténèbres épaisses qui me plongent dans da plus grandes obscurilés. J'y entends comme des voix différentes qui m'appellent de divers côtés. Les uns me paraissent clairs pour l'opinion de l'Église romaine ; et il me semble que les autres la détruisent : Cl si je lis les livres des théologiens de divers pailis, les uns et les autres ne me satisfont point dans les solutions qu'ils donnent aux passages de leurs adversaires. Ils me paraissent tous forts en attaquant , et tous faibles en se défendant. Mais si je quille ce détail qui m'embarrasse et me trouble , et que je considère en gros les deux opinions et les personnes qui les suivent , j'y aperçois d'abord une énorme différence. Je vois toute l'Église déclarée pour l'une, et que l'autre n'est suivie que par un petit nombre de gens traités d'Iiéréiiquespar tous les autres. Je vois celte doctrine reçue, non seulement dans l'Église latine, mais aussi dans l'Église grecque, qui ne Ta pas prise d'elle, et d;ins toutes les autres sociéiés également ennemies de l'Éi^lise grecque et de l'Église latine. Je n'y vois aucune trace de changement. Elles en font toutes pro^ fession comme de leur ancienne foi. Elles croient toutes l'avoir reçue de leurs ancêtres. Quand je considère par quelles voies celte opinion se pourrait être glissée, je n'y vois aucune ouverture et aucun jour. Je trouve un amas d'impossibilités dans le changement insensible que les minisires inventent pour se sauver de ce mauvais pas. Que puis-je donc faire de plus raisonnable que de quitter tous mes doutes à la faveur do celle lumière; de croire ce qui est cru par toute la terre , et ce que toute la terre n'aurait jamais cru , si elle n'avait reçu cette foi par le canal de la tradition de ses pères ?

Ce serait bien en vain que M. Claude s'opposerait à la résolution de celte personne, en lui disant que M. Auberlin prouve clairement que ce changement est arrivé , et par conséquent qu'il est possible. Car il lui fermerait la bouche en un mot , en lui disant qu'il sait toutes les preuves d'Aubertin et de tous les autres minisires, et qu'il n'en est pas satisfait; que cette clarté prétendue ne paraît qu'à ceux qui se laissent transporter à la rhétorique de M. Claude , et qui entrent dans un certain enthousiasme , qui fait que l'on croit voir ce qu'on ne voit pas , et solem getninum et duplices se ostendere Thebas ; mais que ceux qui lisent sans cette émotion les livres des ministres ne l'aperçoivent point du tout; qu'ils ne voient au contraire que des gens embarrassés , et qui font une violence continuelle au sens commun.

Si tous les religionnaires étaient dans celte disposition, el si c'éiait-là le jugement qu'ils portassent des écrits des Pères, M. Claude ne pourrait pas désavouer au'ils devraient céder à la oreuvc du livre de la Per-

257 liV. 1er. JUSTIFICATION DE LA ^JËTIIOnî! DU LIVRE DE LA PERPÉTUITÉ. 2.';8

péluilé. Mais il nous dira peut-être que c'est une hy- vaincre celte faiblesse d'esprit par i;i lecture des anciens polhèse en Tair, et ju'il n'y a point de religionnnirc Pères; mais au commencement il ne trouvait rien qui te qui ne soit fermement persuadé que tous les Pères favorisât. Il rencontrait souvent : Le corps du Seigneur ^ sont clairement favorables à leurs senlimciils sur te sang du Seigneur ; mais on y expliquait larement en TEucharislie , et que les livres des ministres le prou- quelle manière c'était le corps et le sang du Seigneur;

Tent invincfblcmeiit.

Je n'ai que deux choses à répliquer sur ce point : la première, qu'il est très-faux que les plus savants ministres soient persuadés que les Pères soient manifestement pour eux , et que les solutions qu'ils apportent à leurs passages soient bonnes et solides ; la seconde, que tous les simples calvinistes, qui sont incapables de faire cet examen, sont téméraires de le croire , et ne se le peuvent persuader que par un caprice déraisonnable.

Il ne faut que considérer sur cela de quelle manière l'opinion même des sacramentaires s'est formée : car

et quand on l'expliquait , c'était obscurément. Ainsi tant qu'il s'attacha à l'opinion des autres , il n'eut jamais de bons sentiments. Enfin, mettant a part l'autorité des n.ijiMES, la vérité lui parut plus clairement.

C'est ainsi qu'on devient sacramentaire. On ne l'est point tant qu'on est encore allaclié aux Pères : ma:.s ([uaiid on y renonce, on commenco à découvrir plus clairement cette opinion. Il faut en être persuadé avant que de la trouver dans les Pères, (fficolampade ne l'y put jamais rencontrer, avant qu'il l'eût trouvée dans sa fantaisie : mais après qu'il s'y fut confirmé en laissant les Pères : Semotà aucloritute liominum, il toni-

on trouvera que, bien loin qi;e les Pères aient servi à "^eiiça à l'y voir plus clairement. Et c'est pourquoi dans y engager les premiers réformateurs, ils n'y sont en- 'es conférences qu'il eut ensuite avec les luthériens il

très, au contraire, qu'en mettant à part l'autorité des Pères, et en ne s'y arrêtant point du tout.

Louis Lavater, de Zurich, décrit, dans l'histoire abrégée qu'il a faite de la Controverse de la Cène du Seigneur, de quelle manière OEcolanipade, l'un des principaux chefs de celte secte , abandonna l'opinion de l'Église romaine. 11 dit bien que quelques passages de S.Augustin lui en donnèrent la première pensée; mais cela ne fut nullement suflisant pour le (aire

élail des plus ardents à citer les Pères peur son opinion; qii()i(|ij'il y fût entré, comme il le déclare luimême, en renonçiinl aux Pères, cl qu'il l'y eût vainement cherchée auparavant.

Les luthériens ét;iient obligés de demeurer d'accord que les principaux Pères étaient pour la transsubstantiation; et les ceniuriateuis de Magdebourg en accusent formellement plusieurs des anciens Pères,

Zwingle n'a pas la hardiesse de dire que S. Augus-

changer de sentiment, tant il trouvait de répugnance '^'" fût clairement pour son opinion ; mais il veut qn'il dans les autres Pères. Toutes les fois, àil cet auteur *^ *o'' f^iénagé par politique, et qu'il n'ait osé dire en rapportant ce qu'Œcolampade écrit de lui-même clairement son sentiment , de peur de choquer trop on-

en sa lettre à Bellicanus, qu'il lisait dans les évangélistes la suite de l'institution de la cène du Seigneur, il lui venait dans l'esprit qu'il y avait dans cette écorce un autre sens intérieur caché ; et il rejetait cette pensée sans beaucoup de peine, en se disant à lui-même comme

vertement l'opinion de la chair corporelle , qui était , dit-il, déjà établie duns la créance commune. (Comnï. de verà et f;ilsâ Relig., pag. 214, Tigur.)

Il est vrai que dans la suite ils sont devenus plus hardis; muis c'est une hardiesse d'emportement et

plusieurs autres : Est-ce que tu veux être plu» sage que "<^" ^^ lumière, et c'est pourquoi les plus habiles les autres? Il faut croire ce que les autres croient. Il d'entre eux n'ont pas laissé de reconnaîlre qu'il était s'accusait souvent lui-même, en ne songeant pas à ce que impossible de prouver leur opinion par les Pères. C'est

les autres tenaient caché dans leur cœur. Sera-l-il donc dit que tu seras le seul abandonné de Dieu pour résister aux choses auxquelles on ne voit jusqu'ici presque

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