‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 63 sur 335 · PERPÉTUITÉ DE LA FOI T · texte numérisé non relu

PERPÉTUITÉ DE LA FOI T

Marnix me disfiil avec raison de M. du Plessis Mornay, qui l'avait cnirepris.

Ce passage de Scaligcr coiilii nt plusieurs aveux imporlanls : 1" Que son opinion était que le pain devenait corps de Jésus-Christ dans la récepliou, c'està-dire (|ue Scaligcr était lutiiérien ot non calviniste ; 2" qu'il reconnaissait néanmoins que le sentiment des Pères était absolument conforme aux catholiques, et qu'ils enseig>iaicnt que le pain devient corps de Jésus-Christ même avant la réception; ô" il déclare que c'est en vain que les calvinistes prélcndout prouver leur doctrine par les Pères ; 4" il dit que c'était aussi le sentiment de Marnixius , savant protestant , qui se moquait de du Plessis qui l'avait entrepris.

Le savant Casaubon, l'un des plus habiles que les religionnaircs aient eu dans leur communion, était de même seniiment que Scaligcr ; et le respect qu'il avait pour les Pères lai donnait un exlrêmc éloignement du sieur du Moulin et des ministres de France, qui se jouaient de leur autorité, ou qui la rejetaient ouvertement.

Nous en avons des preuves non suspectes dans un recue'.l de lettres des remontrants et autres minisires, imprimé à Amsterdam en 16G0, sous le litre de : Prœslantium et eruditonim virorum Epislolœ ecclesîaslicœ, etc. On voit entre autres dans la page 524 le récit d'une conférence que Witembogard, grand ami d'Ârminius, et l'un des principaux chefs do la secte des remontrants, qui était venu eu France avec les ambassadeurs de Hollande, eut avec Casaubon en 1610. Le ministre Pœlernbourg, autre remontrant qui le produit, déclare qu'il en a l'original entre les mains, écrit de la propre main de Vv'ilembogard. Casaubon lui déclara franchement dans cet enlretien quil était fortement attaqué par M. du Perron ; que c'était un foudre, fulmen hominis; qu'il avait subsisté néanmoins, grâces à Dieu, mais qu'il lui avait donné beaucoup de scrupules ([ui lui restaient et auxquels il ne savait pas bien répondre . J e me fâche de r('Mfj(!V,dit-il, cl l'échappade que je prends est que je jî'j/ puis répondre, mais quefy penserai. C'était sa disposition générale. Il témoig; c ensuite qu'il y a diverses choses qui lui déplaisei.l dans l'ime et dans l'autre religion; et il manpie premièrement ce qu'il trouve à redire dans la doclriite des catholiques. Mais il est bien remarquable qu'il ne parle point du tout de la doctrine de la présence réelle, quoiqiie ce soit le principal objet de l'aversion des autres ministres. Il se réduit à ce qu'il appelle la tyramùi: du pape, au décret du concile de Trente tonchant les livres apocryphes et les images, sans dire un seul mol de l'Eucharistie. Mais quand il iharquc ce qu'il trouve à redire dans la doctrine des prétendus réformés, il ne garde pas le même silence, et il déclare nettement qu'il n'approuve point leur doctrine sur ce point. Car, après avoir lémoigné que leur police ecclésiastique ne lui semblait pas s'accorder avec "antiquité; après avoir taxé leur peu de dévotion en l'acte même de la cène ; après avoir reconnu que c'était la coutume de l'antiquité de porter la cène aux malades, il

OUCIIANT L'EUCHARISTIE. 200

ajoute sur la doctrine mên^e de l'Eucbaristie : Pour te sacrement même, il est certain que l'antiquité donne à entendre qu'il y a bien quelque autre chose {que ce que disent les réformés). Du Plessis (contient) beaucoup de faussetés, et du Moulin aussi. Enfin il conclut tout cela par cet aven sincère, qu'Hélait dans la plus grande peine du monde, et que d'un côté et d'autre il était mal. Voilà quelle élait dans l'esprit de Casaubon cette évidence prétendue des Pères pour la doctrine des ministres. Il i!c doutait pas au contraire que l'antiquité ne lenr fût contraire. El pour montrer que Witembogard ne lui a point imposé dans ce récit, et qu'il a cru effectivement que les nouveaux ministres s'éloignaient de la doctrine des Pères sur ce point, et abusaient de leur nom, on n'a qu'à lire une lettre latine du même Casaubon à Witembogard, qui est insérée dans ce recueil, pag. 529. // faut que je vous avoue, lui d\l-i\, que je suis extrêmement troublé de ce qu'on s'éloigne si étrangement de la foi de l'ancienne Église ;

ME, NE QCID DISSIMLLEM, H^C TANTA DIVERSITAS A FmE

VETERis EccLESi^. NON PARUM TURBAT. Car, pour ne point parler des autres points, Luther s'est éloigné des anciens sur le sujet des sacrements; Zwingle s'est éloigné de Luther; Calvin a abandonné l'un et l'autre^ et ceux qui ont écrit depuis ont abandonné Calvin. Car c'est une chose très-constante et très- assurée, que la doctrine de Calvin sur P Eucharistie est très dilférente de celle qui est contenue dans le livre de du Moulin, et que l'on prêche ordinairement dans nos églises. Et c'est pourquoi ceux qui combattent du Moulin lui opposent aussi bien Calvin que les anciens Pères de l'Église. Si nous continuons d'aller ce train , quelle sera la fm de tout ceci ? Mais comment est-ce que du Moulin, qui rejette comme supposés tous les livres des anciens Pères qui sont contraires àsa doctrine, espère d'en persuader ceux qui sont seulement médiocrement habiles? S. Cyrille de Jérusalem, est pour lui un écrivain supposé. Il parL de même de S. Grégoire de Nysse et de S. Ambroise, Enfin tous les écrits des Pères sont faux. Mais peur moi je suis assuré que c'est lui qui en juge faussement, et que ces écrits qu'il rejette comme supposés sont très-véritables (1).

Ces sentiments de Casaubon le rendirent odieux à quelques ministres, et il s'en plaint lui-même dans uiic lettre qu'il écrit à Iléinsius, où il déclare que c'est le respect qu'il a pour les Pores qui le faisait haïr p;ir ceux qui faisaient gloire de les mépriser. Sachez, lui dit-ii, que je ne suis l'objet des médisances que de ceux qui se moquent des Pères de l'ancienne Eglise, et qui ont pour enz une haine implacable. Car il y a certaines gens qui s'imaginent qu'il n'y a qu'eux seuls qui pos-sèdent la science , qu'ils sont les seuls qui entendent l'Écriture, qu'ils sont les seuls qui composent l'Église de Dieu et l'héritage du Seigneur. Ces personnes ne sau-

(1) Si sic perginuis, quis tandem erit exitus? Jan» quôd idem Moliueus omnes vcterum libros sure doctrinae contrarios respnit ut OTtoêoJ.tyaisu;, cui mediocriterdoclo fidem facict? Falsus illi Cyrillus llierosolymitanus, falsus Grogorius Nyssenus, falsus Ambrosius, falsi omnes. Mihi liquet falli ipsum, et illa scripta esse vcrissima quoc ipse proniuitiai 'psuuniy.xfîi.

LIV. I". JUSTIFICATION DE LA MÉTHODE DU LIVRE DE LA PERPÉTUITÉ. 262

raienl souffrir même le nom des saints Pcres dont te Seigneur s'est servi autrefois si heureusement. Du Moulin, ministre de Paris, est de ce nombre (1), et il n'a pas eu de honte d'appeler dans un de ses écrits S. Cyprlen anabaptiste, afin de ternir la mémoire de ce martyr de Jésus-Christ par l'infamie de celte nouvelle hérésie. Que vous dirai je des excès pleins de témérité que les autres commettent sur ce sujet ? Ces personnes ne craignent pas de représenter les Pères comme des demipaïens, des ignorants dans la icience de l'Ecriture, des foMS, des étourdis, desstupides, des impies; sous prétexte de combattre les erreurs de ceux qui sont soumis au pape , ils portent des coups mortels à l'ancienne Église. Pour moi, je vous avoue que cette licence, ou plutôt cette détestable impiété ne me plaît point.

Si les Pères élaiciit si favorables aux niinislres, en vérilé ils les ménageraient davanlage, et ils ne prendraient pas tant de soin de les décrier avec une malignité qui a scandalisé les plus modérés denlreeux. C'est une giande marque qu'ils n'espèrent pas ylrouver beaucoup d'appui, et qu'il y a plus de grimace et de mine que de sincérité, lorsqu'ils souiionncnt en d'autres endroits que les Pères sont de leur parti.

Aussi il est remar([u;iblc qu'entre les ennemis delà doctrine de l'Église calliolique sur l'Eucliaristie, ceux qui font une profession plus ouverte de n'avoir aucun égard aux opinions des bomnics quels (ju'ils soient, ayant nioiïis d'intérêt de déguiser les senlinients des Pères, parce qu'il leur est plus libre de les rejeter, reconnaissent aussi plus franchement que l'ancienne Église leur est contraire, et favorise les catholiques sur l'Eucliaristie.

Les sociniens en peuvent servir de preuve. Ce sont des gens qui ne font nulle difficulté de condamner tous les conciles et tous les Pères; qui n'ont nul égard à la tradition, et qui en font une profession ouverte. Ils sont unis avec les calvinistes dans la condamnalion de la doctrine de la présence réelle, et ils la rejettent par les mêmes raisons qu'eux, c'est-à dire, par des raisons philosopliiques, et par de prétendues contrariétés avec l'Écriture. Ils n'ont néanmoins aucun intérêt d'avouer que les Pères soient favorables aux catholiques; et ils auraient plus d'ava;ilageàle nier. Mais aussi, comme l'autorité des Pères ne leur est pas assez considérable pour se donner la gêne à corrompre leurs sens par des solutions manifestement forcées, ils ont trouvé qu'il était et plus court et plus sincère de reconnaître que les Pères n'étaient pas pour eux, et qu'ils avaient enseigné la présence réelle.

C'est l'aveu que fait Smalcius, pasteur des sociniens de Racovie, dans sa réfulalion des thèses de Frauzius, luthérien, sur le sujet de la cène du Seigneur. Car ce luthérien lui ayant allégué un lieu de S. Chrysoslôme, voici ce qu'il y répond : // est bon de remarqxur

(1) Celui qui a fait imprimer cette lettre de Casaubon dans ce nouveau recueil, remarque qu'on a retranelié ces paroles qui regardent du Monliti dans le recueil d'S lettres de Casaubon.

que Franzius ne cite pas un seul passage de l'Écriture dans toutes ses thèses (sur rEuclianslie),e/ qu'il rap^ porte seulement un passage de Chrysostôme ; ce chardon étant digne des lèvres d'un âne tel que lui, afin qiCil parût clairement que ce qu'il dit de la cène du Seigneur n'a rien de commun avec l'Écriture, et que cest une PURE INVENTION DE CETTE Église corrompue dans laquelle Chrysostôme présidait. C'est-à-dire que, selon ce socinicn, l'opinion de h présence réelle est une invention de l'Église du quatrième siècle, dans la quelle les principaux Pères ont vécu, et qu'elle fait partie de cette corruption imaginaire que ces détestables hérétiques osent lui attribuer.

Socin parle encore plus préciséinent et plus généralement. Il se plaint de ce que l'on s'arrête aux Pères; et il avoue que de les prendre pour juges, c'est faire perdre la cause aux luthériens et aux calvinistes, et à tous ceux qui se sont séparés de l'Église romaine. Toutes les divisions qui sont dans l'Église, dit-il (Epist. ad Radccium, p. 115), n'arrivent que de ce qu'on ne s'attache pas à la seule parole de Dieu ; et qu'outre les saintes Écritures, on a encore beaucoup de respect pour je ne sais quels conciles, pour les Pères, pour l'antiquité; en sorte qu'on les égale presque aux oracles divins, quoique toutes ces choses et les autres de même genre ne doivent servir atix gens d'esprit et de sens qu'à leur faire connaître quelle était la foi at l'Église en ce temps- là, et à les porter à ne pas s'éloigner sans raison des dogmes qui y ont été reçns. Mais de vouloir, contre les témoignages clairs de l'Ecriture, soutenir o]nmùtrement des opinions, parce que les Pères les approuvent, c'est vouloir renverser à dessein la vérité divine, et donner une large ouverture au rétablissement du règne de l'Antéchrist; c'est ainsi qu'il appelle la doctrine de l'Église romaine. Voilà ce que Socin appréhende de rattachement aux Pères et aux conciles; et voici la preuve qu'il en apporte. Qu'on lise, dit-il, les écrits des papistes contre les luthériens et les calvinistes, et l'on reconnaîtra clairement, que si, outre les saintes Écritures, il faut encore s'arrêter à l'autorité des Pères, il faut que tous tant que nous sommes, c'est-à-dire, luthériens, calvinistes et sociniens, nous perdions 7Wtre procès. Legantur modo pontificiorum scripta adversus iutheranos et calvinianos, et satis intelligctur, si prœter sacras Litteras illorum auctoritate sit standum, nobis omnibus causa cadendum esse.

Qu'est-ce qui peut avoir obligé Socin à parler de^, ' cette sorte, que la vérié qui le convainquait, et le désir de s'exempter par là de la peine d'expliquer toujours les Pères dans un sens contraire à leurs paroles? Sans doute que nous trouverituis bien des aveux semblables dans les livres dos ministres de France, s'ils n'étaient retenus par la crainte de se nuire, et par le préjudice qu'ils voient bien qu'ils feraient à leur parti. Et néanmoiiis comme la contiainte et le déguisement sent toujours incommodes, il s'en trouve qui parler t sur ce point d'une manière fort différente de M. Clauôe, et qui sont bien éloignés de faire paraître celte couliance ou'il adecie.

iil.t

PERPETUITE DE LA FOl TOUCHANT LEUCIIARISTÎE.

J- ne crois pas q-ic messieurs les religionnaires puissent avoir M. Oaillé pour suspect. Ils n'en ont quère ccrlainen.enl de plus habiles que lui, n. qui aient même plus travaillé pour eux. Cependant ce niinislre est si éloigne de croire que les Pères soient clairement pour ceux de son parti, et qui! soit facile d'en persuader le monde, qu il a lait un livre exprès pour montrer qu'on ne les doit pas reconnaître pour juges, ni des autres controverses, ni de celle de TEucliaristie ; et il entreprend expressément de prouver qu'on ne peut que irès-diflicilemenl s'assurer de leur sentiment.

C'est par où il commence de proposer le dessein de son ouvrage. Les Pères, dit-il, ne peuvent êlre juges des conlrcverses mijourd'lmi agiléei'entreceiix de l'Eglise romaine et les prolestants, parce qu'il est, sinon impossible, du moins très-difficile, de savoir nettement et précisément leur sentiment.

11 semble, à entendre p.aflerM. Glande, que dans ces beaux jours de l'Église, comme il les appelle, c'est-àdire, dans les huit premiers siècles, toutes les chaires retentissaient de l'explication de l'opinion des sàcramentaires, et que les livres des Pères ne parlaient d'autre chose. C'est ainsi, dit-il, quecesbons serviteurs de Dieu prenaient soin d'instruire leurs troupeaux, pour éclaircir et ôter toutes les difficultés qui pouvaient naître de ce qu'on appelait communément le Sacrement^ le corps de Jésus-Christ; et leurs troupeaux aidés, par la lumière de l'Écriture, par le perpétuel témoignage des sens, par la vive force de la raison, et par les claires explications "ju ils recevaient sans cesse de leurs pasteurs, ne pouvaient prendre d'au ire impression que celle que la nature même de ta chose leur donnait, qui est que le pain et le vin , sanctifiés par la parole de Dieu , nous deviennent non une figure vaine et creuse, mais une figure solide et efficace, et un grand sacrement, qui nous représente et qui nous communique le corps et le sang de No-

tre.-Seigneur Jésus-Christ La vérité positive que

nous croyons , dit-il encore, y était enseignée d'une manière si claire, si forte et si distincte, quelle dissipait toutes les difficultés qui pouvaient naître de ces expressions : Le pain est le corps de Jésus-Christ; les Pères prenant soin de s'expliquerneltement, cl de prémunir les esprits des peuples contre l'erreur.

C'est ainsi que l'on doit parler selon le dessein de M.Claude; car cela donne dans les yeux des ignorants. Mais comment les ministres parlent-ils quand ils disent ce qu'ils pensent? On le peut apprendre de M. Daillé (du vrai Emploi des Pères, eh. 2, p. id) : Il est difficile, dit-il, d'apprendre par iceux, c'est-à-dire, par les livres des Pères des six premiers siècles , i^uelle a été la créance de leurs auteurs sur les articles dont la chrétienté est aujourd'hui en différend : car les matières dont ils traitent, en sont pour la plupart trèséloignées. Ces auteurs, selon de besoin de leur lemvs, s'occupent ou à justifier le christianisme des crimes dont il était calomnieusemenl chargé, ou à bafouer l'extravagance et l'impiété du paganisme, ou à convaincre la dureté ctet Juifs, ou à exhorter les fidèles à la vatiencc et

'iu martyre, ou à exposer quelque passage de l Ecriture sainte ; choses qui toutes n'ont que bien /"« de rapport aux controverses présentes, dont ils ne parlent jamais ; et ne pensant à rien moins qu'à nous. Us jettent quelques mots çà et là , où les uns et les antres pensent parfois apercevoir leur créance clairement exprimée, en vain le plus souvent, et presqu'en la même sorte que celui qui dans le son même des choches rencontrait, ce lui semblait, les désirs et les affections de son esprit. El ensuite, après avoir fait un grand dénombrement des matières traitées parles Pères : Quel rapport, dit-il, de tout cela avec la transsubstantiation, et l'adoration de CEucharistie, et la monarchie du Pape ? De sorte que, si Toi en croit M. Daillé, on voit l'opinion des sacramenlai res dans les livres des Pères, comme l'on entend tout ce que l'on veut dans le son des cloches.

II est vrai qu'il prétend que l'on n'y voit pas p'us clairement celle des catholiques que la sienne; mais il n'a pas charge de parler pour eux, et l'on n'a pas sujet de s'en rapporter au jugement qu'il en fait. Il n'est croyable qu'en ce qu'il dit de l'opinion des calvinistes ; et personne ne peut avoir pour suspect son témoignage en ce point, puisqu'il n'ya qu'un reste de sincérité et de bonne foi, qui demeure quelquefois malgré les contestations et les préjugés, qui ait pu tirer cet aveu de lui.

Si l'on en croit de même M. Claude, il n'y a pas un passage des Pères des huit premiers siècles qui puisse do! ner la moindre idée de la présence réelle et de la transsubstantiation. Tous les fidèles n'avaient aucune peine à entendre toutes leurs expressions. Ils y entraient tout d'un coup, sans mémo apercevoir le sens métaphorique, c'est-à-dire celui de la présence réelle. Enfin, siPascliase n'avait inventé ce sens, jamais il ne serait venu dans l'esprit de personne. Cela ne coûte rien à écrire, et celle hardiesse plaît h certaines gens. Mais demandons néanmoins à M. Daillé s*il est si assuré de ces solutions de figura et de vertu , avec lesquelles M. Claude s'en démêle ^ s'il entre sans peine dans ces passages, si les explications que les ministres y donnent sont si faciles, si naturelles, si conformes au sens commun.

Ce minisire tâche de prouver que les Pères i;e sont pas partout clairement pour les catholiques, et qu'il y en a qui semblent inexplicables dans leur sens; ce qu'on ne doit pas trouver étrange, puisqu'élant protestant il doil parler de cette manière de ce qui regarde les calholi(iues. Mais écoutons ce qiiM avoue des passages (ju'on oppose aux calvinistes; c'est en quoi il mérite qu'on le croie. Si vous prenez le revers, dit-ii, î7 y a d'autres passages qui semblent ne pouvoir en façon quelconque admettre le sens des protestants ; comme ceux qui disent formellement que le pain change de nature , que par la toute-puissance de Dieu il devîerd la chair du Verbe, et semblables. Et sur chacune des controverses il se trouve de tels passages de l'une et de l'autre sorte, dont les uns semblent inexplicables au sens de l'Église romaine , et les autres au sem de ses vurties. Si le cardinal du Perron et autres esprits

265 LIV. 1". JUSTIFICATION DE LA MÉTHODE DU LIVRE DE LA PERPÉTUITÉ. 2Co

sublimes, soit en l'un soit en Caulre parti , protestent ment jetés par les plus anciens Pères , et sur autres lie n'y trouver aucune difficulté, il faut avouer ou qu'ils sujets, sans autre dessein de traiter celui-ci : nous n'aie le disent que par bravade , faisant bonne mine à vons non plus à vrai dire aucune raison , ni toi , ni tnoi, tnauvais jeu ; ou que le reste du monde a la vue et d'alléguer comme sentences prononcées sur nos causes ^esprit merveilleusement faibles, de ne voir que ténèbres nées depuis peu, les dires des anciens Pères écrits par où ces gens ne voient que lumière. eux sur d'autres matières plusieurs siècles auparavant , Ce n'csl pas faire tort à M. Claude que de le met- auxquelles ils ne pensaient aucunement, et sur lesquelles

Ire entre ces esjjriis sublimes qui ne trouvent nulle part aucune difficulté ; car jamais homme n'en trouva moins. Il ne veut pas même qu'on l'aperçoive. Mais comme il n'est guère probable que tout le monde ait l'esprit si faible, que de ne voir que ténèbros où il n'aperçoit que des lumières , je pense que le parti qu'on prendra naturellement sera de le mcitie au rang de ces gens, dont, selon M. Daillé , les paroles ne doivent être prises que pour des bravades de personnes qui font bonne mine à mauvais jeu.

M. Daillé conûrme tout cela par une maxime générale, qu'il établit en ces termes. Si les Pères, dil-il , eussent vécu de notre temps, ou qu'on leur eût remué les différends d'aujourd'hui, je crois fermemetit qu'ils s'en fussent très-bien expliqués : mais ne les ayant maniés qu'à tâtons en tombant en propos , plutôt par rencontre que par dessein formé , il ne faut pas trouver étrange , s'ils ne s'y font entendre qu'à demi. Car, comme chacun le peut assez remarquer en la vie commune , les propos tenus sans dessén ne sont jamais nets et précis , mais pendants et ambigus , qui peuvent se rapporter à divertes intentions.

C'est ce qu'il entreprend de prouver par la manière dont les Pères ont parlé, avant l'arianisme, de l'éternité de la nature divine de Jésus-Christ. S'ils en disent , dit-il , quelque mot , c'est à demi-bouche et non jamais par dessein : d'où vient aussi que leurs propos sur ce sujet sont autant obscurs et difficiles à bien résoudre que ceux qu'ils tiennent parfois sur nos controverses. Ce qu'ayant prouvé par quelques exemples, il ajoute : Puis donc qu'ils en ont usé ainsi es autres sujets, quelle merveille qu'en ceux dont nous sommes aujourd'hui en différend ils en aient fait de même; qu'ayant vécu longtemps auparavant que la plupart de ces controverses eussent été remuées , ils en aient parlé obscurément , ambiguement et confusément ? J'estime quant à moi qu'il y aurait plutôt à s'étonner s'ils avaient fait autrement... Comparez, je vous prie , les dires des Pères sur la divinité et éternité du Fils de Dieu avec leur dire sur la nature de l'Eucharistie. Certes vous verrez que les uns ne sont pas plus éloiunés de la vérité que l'on tient aujourd'hui sur ce dernier point , que les autres l'étaient de la doctrine déclarée autrefois au concile de Nicée. ISicée définit que le Fils est consubstantiel au Père ; le concile d'Antioche

aussi, par conséquent , ils se sont exprimés fort diversement et quelquefois même en apparence contradicloirenienl...Nous devons faire tous efforts de bien résoudre ce qui, en leurs écrits et de leurs semblables, semble choquer la véritable créance que nous avons sur l'Eucharistie et autres articles, sans nous étonner si parfois nous y rencontrons des passages qui nous paraissent inexplicables: car il se peut faire qu'ils soient tels en effet, puisqu'il a été bien possible que sur la personne et tes natures du Fils de Dieu il leur soit échappé de telles expressions.

Ensuite ayant fait voir que les Pères avaient eu dessein d'être obscurs sur le sujet de l'Eucharistie, pour cacher ce mystère aux catéchumènes, puis donc^ dil-il, qu'en cette matière et en d'autres ils ont eu dessein de nous couvrir leurs pensées, il ne faut pas s'étonner si leurs expressions sont souvent obscures, et ce qui suit de l'obscurité, si elles semblent par fois se choquer et se contredire les unes les autres. Plutôt y aurait-il occasion de trouver étrange que tels personnages doctes et habiles, la plupart voulant être obscurs sur ces points, nous en eussent laissé leur opinion clairement exprimée en leurs écrits. Mais il y a plus : car quelquefois même qu'ils n'ont pas dessein d'être obscurs, ils ne laissent pus d'en avoir l'effet.

Le dessein de M. Daillé dans tous ses discours est de montrer en général qu'il ne Aiut pas prendre lei Pères pour juges des controverses, et en particulier de celles de l'Eucharistie. Les catholiques ne lui accorderont nullement ce point, parce qu'ils prétendent avec raison que les Pères sont clairement pour eux, et qu'encore qu'il y ait des difficultés, elles ne sont pas telles qu'elles puissent étouffer celte clarté : mais ils demeurent bien d'accord que cette voie, qui consiste dans l'examen de toute la tradition, est une voie longue, et qu'elle n'est pas proportionnée à toutes sortes d'esprits, y en ayant beaucoup qui De peuvent pas rassembler tant de choses pour en lormer un jugement équitable, et auxquels par conséquent il faut une voie plus courte.

Ce n'est pas ici le lieu de prouver qu'ils ont raison en l'un et en l'autre point. Mais ce qui est certam, c esi que toutes les personnes qui seront du sentiment de M. Daillé, et qui seront persuadées comme lui qu'on

Cavail nié. Que les Pères donc ou disent ou nient que ne doit point décider la question de l'Eucharistie par

l'Eucharistie soit réellement le corps de Christ , ils ne contrediront pas pour cela ton opinion , qui que tu sois , ou romain ou protestant , plus fortement que les Pères d'Antioche avaient en apparence contredit ceux de Nicée. Ajoutez maintenant que comme les Ariens n'avaient aucun droit de tirer à leur opinion, ni d'alléguer comme pièces décisives de leur question , tels propos innoccm-

V DE LA F. I

les Pères; qu'ils sont trop obscins et trop embarrassés pour cela; qu'il est difficile de les accorder ensemble, ne pourront pas refuser de se rendre aux preuves de la Perpétuité, au cas qu'ils les jugent évidentes, et que celte prétendue évidence des preuves de fait d'Aubertin, auxquelles M. Claude prétend les renvoyer, ne les empêchera pas, puis^que cette évi-

fNcuf. )

Page 1