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dence prétendue est déiruiie dans leur esprit par la certitude et la conviclioii qu'ils ont de l'inévidence de ces preuves. Us sont dans l'état que nous avons représenté: au lieu des lumières et des clartés que leur promet M. Claude, ils n'ont trouvé dans l'examen des preuves de fait que des obscurités et des aiubignités. Comment pourraient-ils donc raisonnablement refuser de se rendre au consentement de toutes les nations du monde dans la doctrine de la présence réelle, qui ne peut être un effet que de la Perpétuité de celte doctrine dans l'Église?
Voilà donc déjà un genre de savants protestants auxiiucls ce livre peut être utile, sans qu'il soit accompagné de l'exnmen des preuves de fait : et ce genre comprend proprement les plus habiles et les plus sincères, puisqu'il comprend les gens faits comme Scaliger, Casaubon, Marnixius et M. Daillé. Mais il s'ensuit de là qu'il y en a bien d'autres qui doivent juger comme eux, que leurs preuves de fait ne sont pas fort évidentes. Car quel jugement en peuvent faire ceux qui ne les ont point examinés, et qui ne sont point capables de les examiner, s'ils en veulent juger raisonnablement? D'un côté ils entendent les catlioliiiues qui déclarent hautement qu'ils ont toute la tradition pour eux, et qui en montrent l'effet dans la persuasion de tous les peuples de la terre. De l'autre ils entendent une douzaine de déclamateurs calvinistes, qui les assurent que les Pères sont clairement poiir les protestants, et qu'il n'y a aucune difficulté dans tous leurs passages, quoique par malheur toute la terre les ait pris à contre sens. Il est impossioie, s'ils ont un peu de raison, que celte prétention ne leur semble étrange: et sur cela s'adressant à ceux qui paraissent les plus sincères et les plus habiles parmi eux, ils entendent de leur bouche, ou que les Pères leur sont contraires, ou qu'il ne faut pas penser terminer cette question par les Pères; qu'ils sont remplis d'arabiguités et d'obscurités; que la pensée de ceux qui croient trouver clairement leurs opinions dans leurs livres est semblable à f imagination de celui à qui le son des cloches représente toutes sortes de chansons ; que ces esprits sublimes qui n'y trouvent point de difficulté sont des gens qui parlent par bravade, et qui font bonne mine à mauvais jeu; que peut-être les Pères se contredisent et sont en effet contraires, et autres choses semblables.
Comment se pourrait-il faire après cela que ces personnes se persuadassent que les preuves de fait d'Anberlin sont claires et démonstratives? Qu'ils s'en éclaircissent par eux-mêmes, dira M. Claude. Mais les uns n'ont pas le loisir : ils exercent des fonctions qui les occupent tout entiers. Les autres qui font plus des deux tiers des calvinistes en sont entièrement incapables, comme les ministres mêmes l'avouent. Dieu, dit Mestrezat (la Comm. à Jésus-Christ, 1. 3, c. 2), n'rtwrait pas donné aux hommes pour règle de leur devoir une chose dont la connaissance ne fût bien possible. Or est il qu'il est impossible qu'un artisan ait la connaissance de tous les Pères? M. Claude prétend il que tous les
soldats, tous les artisans, toutes les femmes calvinis tes soient capables d'examiner le livre d'Auberlin et des autres, qui traitent la question de fait par les Pères? de discuter si le mot o-ôjîx signifie substance ou l'amas des accidents sensibles, dans le passage de Théodoret? quel est le sens des mots yûct; et de nature? ce que les Pères entendent par les mois de spirituel, d'intelligible, de vojjtôs, de mystère, de sacrement, de type, d'aniitype, d'image? Suppose-l-il que toutes ces personnes puissent présumer raisonnablement d'avoir assez d'étendue d'esprit pour comparer ensemble tant de choses, et pour ne se laisser pas éblouir parla difficulté qui leur aura été proposée la dernière, on qui leur aura été représentée d'une manière plus vive et plus pathétique? pour prendre le sens d'un passage par la suite du discours, par le sujet dont il traile, par la comparaison des autres expressions du même auteur? Si M. Claude est capable d'ui'.e prétention si déraisonnable, il est certain qu'il trouvera peu de personnes qui soient de son sentiment; et ainsi il n'empêchera pas qu'on ait droit de conclure que les preuves de fait dont il se vante sont inévidenles, non seulement aux savants qui ressemblent à M. Daillé, à Scaliger, à Casaubon, à Marnixius, mais aussi à la plus grande partie des calvinistes, qui doivent juger, s'ils ont tant soit peu de sens, qu'ils n'ont aucun sujet de croire que les preuves de fait d'Auberlin et des autres ministres soient telles que M. Claude les représente : et cola sujiposé, ils ne seront point empêchés par cette clarté prétendue, dont ils ne seraient point persuadés, de se rendre à l'évidence du traité de la Perpétuité, qui est proportionné à toutes sortes de personnes, et qui, étant fondé sur les lumières du sens commun, peut être entendu de tout le monde.
On recomiaîi donc que quant à ce qu'on appelle la forme de l'argument, c'est également bien raisonner que de dire comme fait M. Claude : Les preuves de fait d'Auberlin font voir clairement que l'Église romaine a changé de créance sur le mystère de l'Eucharistie; donc ce changement n'est pas impossible. Ou comme fait l'auteur de la Perpétuité : Ce changement est impossible ; donc il n'est pas arrivé. La forme do ces raisonnements est, comme j'ai dit, également concluante ; mais ce qui les dislingue est, que quant à la matière , cette proposition , que les preuves de fait d'Auberlin fassent voir évidemment un changement effectif de créance dans l'Église romaine , est notoirement fausse, et doit être jugée telle par la plupart des calvinistes ; au lieu qu'il n'y a rien dans le raisonnement de l'auteur de la Perpétuité qui ne doive passer pour vrai, pour sohde, et pour convainquant à l'égard de tout le monde.
Il ne faut donc pas s'imaginer que les affirmations téméraires et emportées , ou comme parle M. Daillé , que les bravades de trois ou quatre minisires fassenj passer pour évident tout ce qu'il leur plaira de qualifier de ce nom, et que les protestants lant soil peu i'idicieax soient disposés à croire, sur leur paroie, que
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le livre d'Auberlin ou les anlres semblables, rendent palpable ce prétendu cliangement. Plus ils l'assurent d'une manière fière et hardie, et plus les personnes sages méprisent ces assurances, parce qu'ils voient sans peine que celte fierté ne vient point d'une persuasion forte de la vérité de ce qu'ils avancent ; mais de ce que c'est leur coutume de parler ainsi de toutes choses sans discernement : ce qu'ils font assez voir, en proposant avec la môme confiance les solutions les plus ridicules , que si elles étaient les plus solides et les plus certaines.
Quel jugement, par exemple, croit-on que fasse l'auteur de la Réjioiise à l'Olfice du S.-Sacrement de ce passage de S. Cyrille de Jérusalem qu'il rapporte en ces termes, en les traduisant à sa mode: Tiens pour certain que le pain qui se voit n''est pas du pain, encore que te goût juge que c'est du pain ; mais crois que c'est le corps de Christ ; et que le vin qui se voit n'est pas du vin, encore que le goût le veuille ; mais que c'est le sang de Christ? On s'imagine peut-être qu'il en devrait être embarrassé ; et certainement on le pourrait être à moins : mais bien loin de cela, il y trouve la ruine de la transsubstantiation, et c'est la première conclusion qu'il en lire. Paroles, dit-il, qui bien loin de favoriser la transsubstanlialion d'une manière invincible, comme tn le dit en marge, au contraire la ruinent entièrement, puisqu'elles nous apprennent qu'il y a du pain et du vin dans l'Eucharistie, ce que la transsubstantiation ne souffre pas. Car si la vue et le goût déposent qu'il y a du pain et du vin, il faut nécessairement qu'il y en ait^ le témoignage des sens étant infaillible, lorsque , etc. Qui s'éîoniiera après cela que ces messieurs se vantent d'avoir des preuves évidentes contre la présence réelle , puisqu'ils en savent bien tirer de ce passage de S. Cyrille de Jérusalem?
M. Claude n'est pas moins habile que l'auteur de celte réponse à se démêler des objections ; et de la manière dont il s'y prend , il est clair qu'il trouvera tout ce qu'il voudra dans les Pères, el qu'ils ne diront jamais rien qui lui soit contraire. Nous en verrons dans la suite une infinité d'exemples ; mais pour faire connailre par avance son air et son génie, l'on n'a qu'à considérer la manière dunl il répond à un passage de S. Jean de Damas qu'on lui avait allégué. 11 le réduit d'abord à trois points. Après tout, dit-il, Jean de Damas nous dit trois choses : l'une que le pain el le vin ne sont pas des figures; l'autre, que c'est le corps même de Jésus-Christ ; et ta troisième, que Jésus-Christ a dit , non : Ceci est la figure de mon corps, mais : Ceci est mon corps. 11 en dit bien d'antres; mais il plaît à M. Claude do les réduire à ces trois ; et ces trois choses néanmoins, qu'il avoue que S. Jean de Damas établit, sont plus que suffisantes pour embarrasser un autre que M. Claude. Mats pour lui il se moque de celte objection : il y répond avec insulte et avec mépris. Qu'y par celte fausse clarté, par laquelle M. Claude voudrait a-t-il dans ces paroles qui puisse être tourné en un sens bien les amuser, se doivent rendre à la véritable clarté de transsubstantiation , à moins que d'être déjà préoc- des preuves du traité de la Perpétuité, dont il n'y a cupé ou d'avoir l'esprit déjà embarrassé par les crierics personne qui soit incapable. el les contestations de la dispute? Le vain el le vin ne
sont pas des figures, c'est-à-dire, des représentatiofit nues, ou de simples peintures ; c'est le corps même déifié de Jésus-Christ ; c'est à-dire , c'est la communion à ce corps divin, comme S. Paul a pris les paroles de l'insli' tution : Ceci est mon corps, en ce sens. Le pain que nous rompons est la communion au corps de Christ ; car le pain et le vin nous communiquent vraiment le corps el sang précieux de notre Rédempteur. C'est-à-dire, dans le langage des calvinistes , qu'ils nous communiquent moralement une vertu qui vient mériloirement du corps de Jésus-Christ. El enfin , Jésus-Chrisl n'a pas dit : Ceci est la figure, mais-: Ceci est mon corps, parce qu'il a voulu donner plus de poids et plus de force à sua expression , pour nous faire mieux connaître l'efficace mystique el la vertu ineffable de son Sacrement. Voilà de quelle manière un homme qui n'aurait jamais oui parler de celle présence réelle, que l'Église romaine enseigne, prendrait le sens de ces paroles. C'est-à-dire en un mot que selon M. Claude, le mol de figure signifie figure vide d'efficace; que le mot de corps signifie ^^wre pleine d'efficace ; et qu'ainsi quand S. Jean de Damas remarque pour exclure la figure que Jésus-Christ n'avait pas dit : Ceci est la figure; mais qu'il avait dit : Ceci est mon corps, il avait voulu seulement remarquer que Jésus-Christ n'avait pas dit que le pain fût une figure vide d'efficace; mais qu'il avait dil que c'était une figure pleine d'efficace. Que si on demande à M. Claude en quelle langue ces mots opposés l'un à l'autre, figure, corps, image, original, signifient figure vide devenu, et figure pleine de vertu, il ne s'en met pas en peine. On a tort, selon lui, si o:i ne trouve cela clair comme le jour. 11 lui suffit qu'ils aient ce sens dans la langue des ministres, qui oni le privilège de faire signifier aux mots tout ce qui leur jjlaît.
C'est ainsi que ces messieurs ne trouvent point de diflicullés dans les Pères, cl qu'ils font voir d'une manière palpable ce changement prétendu. C'esld'un amas de solutions semblables qu'est composé le volume d'Auberlin, qui sont enrichies d'exclamations sur lesquelles M. Claude a pris le modèle des siennes. Mais, comme j'ai fait voir, toutes ces assurances téméraires qu'il nous donne de la clarté prétendue de ces preuves de fait lui sont inutiles, et à l'égard des savants, comme M. Daillé, Marnix, Scaliger et Casaubon, Smalcliius, Socin, qui sont persuadés du contraire par leur propre expérience ; et à l'égard de ceux qui règlent leurs opinions sur le jugement de ces savanls, plus sincères que les autres; et à l'égard de tous les simples judicieux qui se doivent croire incapables de cet examen particulier des preuves de fait, et qui doivent juger sur l'apparence extérieure qu'elles ne sont point évidentes, et que l'assurance que leur en donne M. Claude est une pure bravade, pour user des termes de M. Daillé. El ainsi toutes ces personnes n'élanl point retenues