CHAPITRE VI. dentés, refTet qu'elles doivent produire dans leur es
Que les calviiiisies les plus persuadés de l'évidence des prit est celui de la persuasion, supposé qu'il n'y ait
prétendues preuves de fait d'Aubertiii et des autres point d'évidence contraire qui empêche cet effet;
ministres se doivent rendre selon la raison aux preu- mais s'il y a d'autre côté une évidence égale, à la-
vesdela Perpétuité, sans qu'on soit obligé pour cela quelle ils soient également incapables de résister, la
de réfuter leurs preuves de fait. disposition d'esprit où ces deux évidences contraires les
Quand le livre de la Perpétuité ne serait propre doivent motlre, n'est pas celle de la persuasion, mais
qu'aux savants sincères et aux simples judicieux et du doute et de l'inceriitude; et s'ils jugent avec cer-
modestes, l'auteur n'aurait pas sujet de se repentir tilude que leur opinion est véritale, tant qu'ils sont
de son travail, et l'on n'aurait pas droit de lui repro- en cet état, ce ne peut être que par passion et non
cher que son traité fût inutile, puisqu'étant capable de persuader ces deux sortes de personnes, il est presque utile à tous ceux qu'on doit regarder dans les ouvrases de controverse.
par raison^
Je sais bien qu'il est impossible qu'il y ait une évidence véritable des deux côtés; mais il est certain qu'il peut y avoir une évidence apparente , ce qui
11 y a tant de dérèglement d'esprit dans la disposi- fait le même effet; de sorte que s'il est vrai, comme
tion de ceux qui sont persuadés ou qui témoignent de je le prétends , que le livre de la Perpétuité porte
l'être de la clarté de leurs passages et de leurs solu- l'impossibilité de ce changement à un degré d'évi-
tions, qu'eu vérité, comme il y a bien peu d'espé- dence qui frappe pour le moins autant l'esprit que
rance de les ramener, ce ne serait pas faire grand toute prétendue évidence contraire ; il est certain
tort à un ouvrage que de reconnaître simplement qu'il aussi que le moindre effet qu'il doit produire sur les
ne leur est pas propre et qu'il n'est pas fait pour eux. calvinistes judicieux et sincères, est de les jeter dans
Je veux bien néamnoins exammer encore ce pomt, et leur montrer que si le traité de la Perpétuité est tel (jue je soutiens qu'il esi, c'est-à-dire, si les preuves en sont claires et convaincantes en elles-mêmes, comme je le ferai voir en tout ce livre, la raison les oblige de s'y rendre, quelques persuasions qu'ils aient de l'évidence de leurs prétendues preuves de fait, sans qu'il soit pour cela nécessaire d'entrer dans la discussion de tous ces passages, sans laquelle M. Claude voudrait faire croire que le livre de la Perpétuité ne peut rien prouver.
Je suppose donc des personnes dans une disposition aussi fière qu'est celle que M. Claude fait paraître, et qu'il tâche d'inspirer aux autres. Je suppose même que ce ne soit point par bravade, comme croit M. Daillé, mais par une persuasion sincère qu'ils témoignent de croire qu'Aubertin a rendu palpable ce changement que l'auteur de la Perpétuité représente comme impossible. Je suppose enfin des gens qui fassent sérieusement cet argument : Ce changement de créance sur l'Eucharistie est effectivement arrivé, comme il paraît par les preuves de fait qu'allègue Aubertin et les autres ministres ; donc il est possible. Je déclare à ces personnes que je ne crois pas devoir présentement m'arrêter à l'examen de leurs preuves; cela pourra venir en son temps; mais cependant je leur oppose seulement cet argument : Les preuves du traité de la Perpétuité montrent clairement aussi que ce prétendu changement est impossible : donc il n'est point arrivé ; et vos preuves de fait ne peuvent être que des illusions de votre esprit; et je prétends que leur argument doit céder à celui-ci ; et que, sans entrer dans ces discussions qui ne finissent jamais, ils doivent renoncer à leur schisme et se rendre catholiques.
Mais afin de leur faire voir que cette prétention n'est point si déraisonnable qu'elle leur pourrait paraître d'abord, il faut leur dire de quelle sorte je l'entends. Si leurs preuves de fait leur semblent évi-
le doute, et d'empêcher ainsi qu'ils ne forment un jugement absolu.
Or, dès lors qu'on les aura conduits jusqu'à un doute dont ils ne puissent trouver d'éclaircissement, ils ne peuvent plus refuser raisonnablement de se séparer de leur secte, et de passer du doute à la certitude que la religion catholique est véritable; et c'est en quoi consiste la preuve que j'entreprends de proposer en ce lieu.
Pour leur rendre cette vérité sensible, il ne faut que les prier de considérer que les premiers auteurs de leur secte étaient catholiques d'origine. C'est l'Église catholique qui les avait engendrés en Jésus- Christ, qui leur avait appris les vérités de la foi, qui leur avait donné les sacrements ; qui leur avait mis les Écritures entre les mains. C'est cette Église qui était en possession du ministère évangélique, et qui l'avait reçu de main en main depuis les apôtres par la succession de ses pasteurs.
Ils ne peuvent désavouer que cette Église ne soit la plus étendue, que ce ne soit la société ndicale et originale dont toutes les autres se sont séparées ; et ils croient eux-mêmes qu'elle a raison dans tous les points pour lesquels elle a retranché de son sein les autres sectes qui ne la reconnaissent plus depuis longtemps.
Il serait aisé de leur montrer, selon les principes de la foi reconnus par les SS. Pères, qu'il n'est permis pour aucun sujet de se séparer de cette société matrice, originale, successive et catholique; et qu'au lieu de conclure qu'il faut faire schisme avec cette Église, parce qu'elle enseigne telles et telles erreurs, il faut conclure au contraire qu'elle n'enseigne point d'erreurs, parce qu'il est certain qu'il ne faut jamais faire schisme avec l'Église, le crime du schisme étant toujours plus évident que ces prétendues erreurs dont on accuse l'Église. Car ce sont deux maximes également certaines en soi qu'il faut se séparer d'une
LIV. r'. JUSTIFICATION DE LA METHODE DU LIVRE DE LA PERPÉTUITÉ.
Eglise corrompue dans la foi, et qu'il ne faut jamais se séparer de l'É;,'lise catholique; mais l'application de ces deux maximes n'est pas également sûre et certaine. Et c'est pourquoi tous les liéréliques, par une mauvaise application de la première, et sur une fausse supposition des erreurs qu'ils attribuaient à l'Église , en ont conclu qu'ils s'en devaient séparer : lu lieu vju'étant clair au contraire qu'il ne s'en ftiut jamais séparer, ils devaient conclure que ce qu'ils 'prenaient pour erreur ne rét:ùt pas.
C'est l'effet ordinaire de la passion et du dérèglement de l'esprit de détruire ainsi des vérités claires pai des suppositions incertaines et obscures, au lieu de détruire les suppositions incertaines par les vérités claires et certaines. Mais ce n'est pas ce que j'ai dessein d'établir présenlemeni. Je n'ai besoin que d'im aulre pruicipe, qui est tellement fondé sur les plus simples lumières du sens commun, que je ne crois pas que personne en puisse douter. C'est qu'oii ne peut nier au moins qu'il n'est jamais permis de se séparer de l'Église universelle et successive, ni de l'aire une société à part, sans être pleinement convaincu des erreurs de cette Église que l'on quitte , et sans avoir une entière certitude de la pureté de la foi de la société à laquelle on se range.
Car la séparation contient une condamnation de cetie Église; c'est-à dire, de tous ses pasteurs et de tous les fidèles qu'elle renferme dans son unité , et qui y ont vécu depuis que l'on y tient la doctrine pour laquelle on se sépare d'elle. Quiconque consent au schisme, prononce donc cet effroyable jugement; et il est bien clair que ce jugement est le plus horrible de tous les crimes, s'il n'est appuyé sur l'évidence de la vérité. Car s'il n'est pas permis de condamner un seul homme sans évidence, combien estil moins permis de condamner tous les pasteurs de l'Église et tous les fidèles qui la composent ; et non seulement ceux de ce temps-ci, mais ceux de tous les autres siècles qui ont tenu la même doctrine.
auiorité sur la (erre, il est évident que c'est elle qui la possède; et il est visible au contraire que les ministres calvinistes n'en ont aucune. Il n'y a qu'un peu plus de cent ans qu'ils ont commencé de former un corps à part ; et l'un des plus essentiels priïicipcs de leur doctrine est qu'il n'y a point d'infaillibilité dans aucune assemblée ecclésiastique, ni par conséquent aussi dans la leur.
Il n'y a donc point de calviniste qui, toutes choses égales, ne dût souhaiter d'être catholique , et qui ne doive croire que l'Église catholique est sa société na turelle, et qu'il n'en peut demeurer séparé sans raison et sans cause. Car pourquoi ferait-il une plaie certaine à cette Église pour un mal incertain? Pourquoi condamnerait-il ses Pères, ses pasteurs, ceux qui lui ont communiqué l'Évangile, ceuxqni ensontdépositaires, ceux qu'il trouve revêtus de l'autorité de Jésus-Christ, s'il n'est entièrement certain qu'ils aient corrompu la foi par une fausse doctrine? Qui doute que dans l'incertitude il ne faille avoir plus d'inclination pour la société la plus autoiisée, la plus ancienne, la plus universelle , et qui a plus de marques de la véritable Église? Et il ne lui servirait de rien de dire qu'il se trouve lié à une autre , et qu'il ne la doit pas abandonner sans évidence ; car il a infirdment plus de liens avec l'Église catholique qu'avec toute autre sociéié; et ces autres liens qu'il a contractés avec une autre société sont des liens injustes, téméraires, sacrilèges, s'ils ne sont fondés sur la conviction des erreurs de ia société avec laquelle il était originairement uni.
La raison l'oblige donc de se séparer de la société des calvinistes , même sans conviction et sans évidence de leurs erreurs, pourvu seulement qu'il en doute. Et si les calvinistes s'en plaignent, et qu'ils lui en demandent raison , il peut avec justice leur répondre de cette sorte : Rien ne me peut attirer à votre société que l'évidence de la vérité, puisque vous reconnaissez la pureté de la doctrine pour l'unique marque de l'Église; rien ne me peut porter à con-
Or, quoique cette condamnation et ce jugement damner la société universelle que l'évidence de ses épouvantables se voient d'une manière plus expresse erreurs. Cependant je ne trouve parmi vous ni l'évi-
dans ceux qui ont été les premiers auteurs du schisme, il faut pourtant qu'ils se rencontrent dans tous les calvinistes généralement: c'est à-dire, qu'il faut qu'ils fassent tous un schisme positif avec l'Église romaine. Car quelque tendresse humaine qu'ils puissent avoir pour ceux qui les ont nourris dans leur religion, ils se
dence de la vérité que vous promettez, ni l'évidence des erreurs pour lesquelles vous me voulez porter à condamner cette Église universelle. Si vous vous êtes séparés d'elle sans conviction , vous ne sauriez nier que vous ne soyez sacrilèges et criminels; je le serais donc aussi si je vous imitais sans cette convic-
doivent considérer néanmoins comme catholiques tio" qie je n'ai point. Comme vous n'auriez pas dû
d'origine. Ils doivent penser que c'est par cette société condamner l'Église catholique, si vous aviez été dans
catholique que l'Évangile est venu à eux; quela plupart la disposition où je suis , il est clair que vous ne me
de ceux dont ils tirent la naissance temporelle y sont pouvez pas conseiller de le faire pendant que j'v se-
morts ; de sorte que s'il fallait régler les choses selon rai (1). Cette Église a des liens d'autorité, d'antiquité,
leurs désirs, et que leurs désirs fussent réglés selon la raison, ils devraient sans doute souhaiter que cette Église fût innocente, et qu'ils ne fussent pas obligés de s'en séparer.
D'ailleurs cette société a des avantages clairs et manifestes sur la leur. Elle est en possession du ministère et de la vocation ordinaire. S'il y a (picltjuo
(1) Isla ergo toi et tanta christiani nominis charissima vincuia rectè hominem lenent credentem in calholicâ Ecclesi.â, eliamsi propler noslrse inlelligenti^e tarditateni, vel vit;K merituin. verilas se nondùni apertissiniè ostendat. Apud vos autcm ubi nihil horum est quod me invitet ac teneat , sola personat veritalis pollicitatio. Aug., cont. Episl. Fund:, cap. 4.
Cui nolle primas dare, vel summie profecio impie-
g-5 PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE. 276
de sainlctd , de miraci.'S , qui me peuvent attacher à quand cet appui leur manque, il ifest plus fondé sur
elle lors même que je n'ai pas l'évidence de la vériié rien ; et par conséquent il est notoirement injuste et
de sa docirinc; mais vous n'en avez aucun pour me criminel.
rcienir, sitôt que celui de celle évidence prétendue He celte première différence il en naît une autre,
vous manque. Enfm vous seriez les plus injustes du qui est que si les catholiques concevaient des doutes
inonde, si vous osiez nier qu'elle ne nicrile au moins et s'ils tombaient dans cet état de juger sur quelque
la préférence au-dessus de vous; et par conséquent, qu'-iyanl l'esprit partagé par des raisons qui me paraissent égales de part et d"autre , et ne pouvant néanmoins demeurer neutre, il ne suit de mon devoir dti m'unir avec elle en me séparant de vous. L^s calvinistes diront peut-être que si leur so-
poinl les raisons des calvinistes aussi fortes que les leurs , ils ont des voies générales de sortir de ces doules sans même les éclaircir. Car ces sortes de doutes n'étant opposés qu'à l'évidence particulière de certains points, ils peuvent être déiriiils par une évidence générale de toutes les vérités de foi , fondée
ciélé oblige tous ceux qui en sont de condamner sur les motifs généraux que l'autorité lournil. Mais l'Église romaine , de même l'Église romaine oblige les doules des calvinistes ne se peuvent détruire que tous ceux qui la composent de condamner la société par un éclaircissement particulier; et par conséquent
des calvinistes. Or qu'il est de droit naturel et indispensable de ne condamner personne sans évidence; qu'ils avouent donc qu'un homme dans le doute ne peut pas condamner l'Église romaine ; mais que ce même homme dans le doute ne les peut pas aussi condanmer : qu'ainsi comme il ne peut demeurer uni avec eux, il ne peut aussi s'unir avec l'Église romaine, puisqu'elle l'oblige à une action qui est criminelle et injuste dans la disposition où il est.
Mais outre que cette réponse n'empêche pas que ceux qui seraient dans celte disposition ne dussent se séparer de la sociéié des calvinistes, et qu'elle tend seulement à prouver qu'ils ne devraient pas encore s'unir à celle des catholiques, elle se détruit facilement, en distinguant deux sortes de condamnations. Car il y aune condamnation fondée sur sa lumière et sur son évidence personnelle ; et il y en a une auire qui est fondée sur l'évidence et sur la lumière des autres , qui nous est connue et dont ou est assuré. Or il y a cette différence entre l'Église romaine et la société des calvinistes , que l'Église romaine , en portant ses enfants à condamner les sociétés qu'elle retranche de son sein , ne prétend pas qu'ils le doivent faire par une évidence personnelle. 11 suffit qu'ils le fassent par la créance qu'ils ont en elle. Chaque catholique n'est pas obligé de dire : Je condamne les calvinistes, parce qu'il m'est évident qu'ils sont dans l'erreur. Il suffit qu'il dise quil les condamne avec l'Église, et par la confiance qu'il a au jugement de toute l'Église; de sorte que son jugement n'est pas fondé sur sa propre lumière , qu'il reconnaît trop faible pour cela , mais sur la lumière générale de tout le corps de TÉglise.
II n'en est pus de même des calvinistes. Comme leur société n'a aucune autorité, ainsi que nous l'avons déjà dil, et qu'ils font même profession de renoncer à toute autorité , nul calviniste ne peut dire raisonnablement : Je condamne l'Église romaine sur la foi de mes ministres. 11 faut qu'ils aient tous une évidence personnelle, fondée sur leur propre lumière, des erreurs qu'ils lui imputent. Leur jugement ne peut avoir d'autre appui que celui-là. De sorte que
tatis est, vol proecipilis arrogantix. Idem, de Util, cred., cap. 17.
les obligent aune séparation actuelle, lorsqu'ils ne trouvent point d'éclaircissement. Or, sitôt qu'ils se seront séparés de la société des calvinistes , il n'est pas difficile de leur montrer qu'ils doivent s'unir à celle des catholiques, puisque la raison leur faisan» voir qu'ils ne peuvent être calvinistes sans évidence , ni neutres sans irréligion, elle les oblige de conclure qu'ils doivent être catholiques par soumission ; n'y ayant que cette Église qui puisse , au défaut de la raison et de l'évidence , les déterminer par autorité 3 recevoir la fdi qu'elle leur propose.
On peut même leur faire trouver dans ce doute une lumière qui les assure de la vérité de la foi de l'Église catholique. Car supposons , par exemple, un calviniste persuadé d'un côté par les raisons et par les passages d'Aubertin, et retenu de l'a u ire par les preuves du traité de la Perpétuité, et qui tombe par ce moyen dans un éiat de doute et d'inceriiiude , il esl vrai que celle incertitude toute seule ne lui donne pas lieu de conclure encore directement et posiiivement que l'Église romaine n'est pas dans l'erreur ; mais elle lui fait nécessairement conclure qu'il n'en est pas assuré; et qu'ainsi ceux qui n'ont pas plus de lumière que lui n'en ont pas plus d'assurance que lui. Or cette ouverture lui fait voir d'abord que toute cette société de calvinistes, dont la plupart en ont beaucoup moins que lui , n'est composée que de gens téméraires et emportés, qui, sur de fausses lueurs, sur de méchantes raisons , condamnent l'Église roniaine, faute de l'avoir écoutée et d'avoir conçu ce qu'elle disait ; que leur confiance ne vient que du défaut de lumière; qu'ils blasphèment ce qu'ils ignorent, et qu'ils demeurent dans le schisme sans raison et sans sujt^t.
Cette considération le doit conduire plus avant : car elle lui doit faire juger que son doute n'étant formé que sur la contrariété qu'il trouve entre les passages de quelques Pères, qui l'éblouissent d'une part, et ces autres preuves sensibles de l'impossibiliié de ce changement, qui l'embarrassent de l'autre, il s'ensuit que ceux qui sont incapables de l'examen des preuves de fait , et qui sont capables des preuves sensibles de l'impossibilité de ce changement , ont tort de ne s'y pas rendre, et que rien ne les doit
277 LIV. I". JUSTIFICATION DE LA MÉTHODE DU LIVRE DE LA PEIIPÉTUITÉ. 278
empêcher de suivre la lumière qu'on leur présente des parties, et en se laissant emporter à la première
impression? Ainsi, le moins que pourraient faire
dans cet écrit; puisque, comme nous avons déjà dif, la raison les porte à croire d'une part, que ces prétendues preuves de fait ne sont ni claires ni évidentes; et qu'on leur présente de l'autre une lumière qu'ils voient, et (\m les doit persuader.
il peut donc conclure de là, que tous les simples calvinistes incapables de l'examen des preuves de fait , et capables de voir ce consentement de toutes les Églises , et l'impossibilité de ce changement prétendu , sont déraisonnables de ne se rendre pas à cette raison ; c'est-à-dire , qu'ils ont torl de n'être pas catholiques.
Que si de simples calvinistes ont torl de résister à celte preuve, il ne s'en suit pas seulement qu'elle est convaincante à leur égard ; mais il s'ensuit qu'elle l'est à l'ég ird de tout le monde, par une raison fondée sur la vérilé de Dieu même. Car, comme il est incapable de tromper les hommes , et que sa Providence a toujours soin r|u'ils soient inexcusables dans leurs péchés, il est visible qu'il ne peut permettre qu'en faisant un usage légitime de leur raison, et n'en abusant point par cupidité el par malice, ils tombent dans des erreurs capitales qui les éloignent de la vraie religion.
Or quelle malice , quelle cupidité , quel al)us de la raison y a-t-il à un chrétien simple et ignorant, à qui l'on fait voir que tous les chrétiens du monde croient la présence réelle, à l'exception des seuls calvinistes ; qu'ils la croyaient univer^ellemenl et sans exceplion avant Bérenger ; qu'il est impossible qu'ils ne l'aient pas toujours crue , patce qu'il est impossible qu'ils soient venus à h croire par changement; de préférer celle créance universelle aux faibles raisonnements que son esprit lui pourrait fournir ; de croire qu'il sera moins en danger de se tromper en suivant toute l'Église et tous les autres chrétiens qu'en suivant sa propre lumière ; de juger qu'il est plus probable qu'il se trompe seul que non pas tous les antres chrétiens se trompent? Le moyen au contraire qu'il ne forme pas tous ces jugements. Et qu'est-ce qui l'en pourrait empêcher , sinon l'orgueil el la témérité? Ainsi, si celte opinion était fausse, il se trouverait que la raison et l'humilité porteraient à l'erreur ; et qu'au contraire la témérité et l'orgueil porteraient à la vérilé. Et c'est ce que je soutiens ne pouvoir jamais arriver, et être contraire à la bonté et à la vérité de Dieu mênie.
Il est facile de pousser ce raisonnement plus loin, et de s'en servir comme dun moyen général pour décider toutes les controverses. Car il n'y en a aucune dont les simples, qui font la plus grande partie des chrétiens, puissent êlre suffisamment informés , pour en juger par eux-mêmes et par leur propre lumière. On croirait êlre visiblement injuste et téméraire de 'uger d'un morceau de terre sans écouter ceux qui y ont intérêt; ne serait-ce donc pas une témérité beaucoup plus inexcusable , de prétendre juger d'un différend où il v va de son salut, sur les raisons d'une
ceux qui voudraient se rendre juges des dilTéreiuig do religion , sérail d'écouler aussi les divers partis , de peser les raisons des uns et des autres, de comparer leurs preuves , et de ne porter jugement que sur celle comparaison : d'aulant plus, queTÉglise catholique est un de ces partis, el qu'il n'y a point d'injustice plus visible que de la condamner sans l'entendre, et de se séparer de tant de saints qui ont vécu dans sa communion, sans êlre informé de leurs raisons.
Cependant il n'est pas moins évident que les simples sont incapables de cet examen, et de cette comparaison des preuves et des raisons des divers partis. Et il faut renoncer au sens commun, et se vouloir aveugler soi-même pour n'en pas demeurer d'accord. Que peuvent-ils donc faire de mieux que de se ranger dans ce jugement du côté de l'autorité? Ils ne sauraient se dispenser de juger; ils ne sauraient juger par eux-mêmes. Il faut donc qu'ils jugent par autorité. Or ils ne la découvrent que dans l'Église catholique ; étant clair que les héréliques n'en ont point, el principalement les nouveaux, à qui l'ont peut appliquer ce que S. Augustin dit des manichéens : Vos aulem tam pauci , el tam turbulenli , et tam novi , ncmini dubium est quin niliil dignum auctoritate jirœferalis (I). C'est le plus légitime et le plus prudent usage qu'ils puissent faire de leur raison ; tout autre étant visiblement téuiéraire, imprudent et plein d'illusion. C'est l'unique voie que Dieu leur laisse dans l'état où il a permis que les hommes fussent réduits. S'ils se trompaient en la suivant , ce serait la raison qui les tromperait , puisque c'est la raison même qui les y engnge. Or c'est ce que Dieu ne peut pas permettre , cl qiii est contraire et à sa vérité, et à la volonté quil nous a déclarée par l'Écriiure , de sauver les simples et de les appeler au salut. Car, étant certain qu'ils ne peuvent aller au ciel que par la voie de la vérilé, et étant évident qu'ils ne sauraient suivre sans lé'incrite d'autre voie que celle de l'auloriié, il est évident, aussi que la voie de la vérilé , et la voie de rautoriic, ne sont pas deux voies, mais une même et unique voie, c'est-à-dire, que l'autorité est inséparable de la vérité.
Et par conséquent si les savants sont' en doute de la voie qu'ils doivent suivre, ils la peuvent apprendre des plus simples ; parce qu'il est encore certain qu'ils ne se sauveront pas par une autre voie qu'eux, et que ce qui est vrai à l'égard des simples, l'est aussi à l'égard des plus savants. C'est ainsi que l'on peut passer du doute à la certitude, et que l'on peut tirer des doutes mêmes des raisons de ne point douter.
Il est vrai que ces raisonnements, étant appliqué* au livre de la Perpéiuiié, supposent que les preuves en sont claires et solides, et c'est pourquoi je ne m'en sers ici que pour détruire ces vaines exceptions de
(I) On peut voir sut cela tout le livre de S. Augustin : De ulUitate credendi.
2,y PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE. 280
H Claude , qui voudrait qu'on les rejetât sans antre proposerai dans les termes de M. Claude, tant afin examen, sur celte raison générale, que ce sont des qu'il n'ait pas sujet de se plaindre que je l'affaiblis preuves'de raisonnement. Or c'est ce que l'on renverse en le rapportant, qu'afin qu'on voie mieux l'estime absolument, en montrant comme j'ai fait : 1° Que les qu'il en a faite. Je ne sais aussi, dit-il, quel jugement preuves de raisonnement pareilles à celle du traité nous devons faire de celte nouvelle théologie qu'il nom de la Perpétuité peuvent être de leur nature aussi for- met en avant, et sur laquelle il semble qu'il établit toute tes pour convaincre un hérétique, que les preuves que la force de ces deux traités : que le principe de Cinl'on appelle de fait, puisque nous ne sommes assurés faillibilité de l'Eglise et de la persévérance dans la même nue ces faits soient vrais que par un raisonnement doctrine est dans te peuple, et que même il y est par un qui prouve qu'il est impossible qu'ils ne soient pas ordre naturel et nécessaire; parce que les hommes ne tels qu'ils sont rapportés ; 2° que supposé que les souffrent point qu'on leur ravisse leurs opinions sans preuves de la Perpétuité soient tels que l'on prétend, combat et sans résistance. Jusqu'à maintenant la quesnon seulement elles peuvent être comparées aux preu- lion de l'infaillibilité avait roulé sur trois différents ves de fait mais qu'elles doivent nécessairement sentiments. Les uns l'ont mise dans le Pontife romain ; emporter l'esprit malgré toutes ces prétendues preu- les antres l'ont établie dans les conciles légitimement ves , soit qu'on les connaisse, soit qu'on les ignore ; assemblés, et quelques autres ne l'ont reconnue que dans et qu'ainsi M. Claude, en laissant tous les vains amu- les seules Écritures divines. Et tous sont tombés d'accord que la cause en est purement surnaturelle et céleste. Mais voici un quatrième avis dont nous n'avons point encore ouï parler, qui l'établit dans le peuple, parce qu'il est naturellement ennemi des changements, ne les pouvant souffrir sans faire éclat et sans se porter aux extrémités. C'est dans cette pensée que l'auteur de la Eéfulaiion nous avertit qu'il s'est bien donné de garde de proposer cette maxime, qu'il ne peut arriver dans l'Eglise de changement imperceptible dans cette généralité, et qu'il l'a restreinte et limitée aux mystères capi^ taux et connus par tous les fidèles d'une foi distincte, et qui obligent ceux qui ont de contraires sentiments à s'entre-regarder les uns les autres comme des impies et des sacrilèges. Et ailleurs : Dans les mystères populaires, dit-il, et qui doivent être connus de tous les fidèles d'une foi distincte, la foi du peuple est la véritable foi. Le corps de l'Église ne peut errer ; mais il est très-possible qu'un particulier s'égare. Si mes lumières ne me trompent, je vois fort clairement deux choses : l'une, qu'il peut arriver du changement dans l'Église à l'égard des mystères non populaires, ou qui ne sont pas connus par tous les fidèles, et qu'ainsi à cet égard il n'y a point d'infaillibilité ; l'autre, que dans ces mystères populaires la véritable foi étant celle du peuple, c'est en lui que l'infaillibilité se trouve. D'où, il s'ensuit que ce n'est ni le Pape ni le concile , mais le peuple qui est infaillible, et que cette infaillibilité ne s'étend qu'aux mystères que le peuple garde. C'est à messieurs de la communion romaine à savoir s'ils approuveront cette hypothèse : car, pour nous, nous ne reconnaissons rien d'infaillible que Dieu parlant dans les Ecritures, et agissant par sa lumière et sa grâce dans l'âme de ses vrais enfants.
Si j'avais le bonheur de conférer avec M. Claude avant que d'entreprendre de réfuter ce discours , je me croirais obligé de le prier de le considérer un peu davantage, et de nie dire sérieusement s'il s'y lient, s'il en est persuadé, et s'il n'en reconnaît point la fiuisseté de lui-même; et peut-être que cet avertissement, joint avec un peu de réflexion , suffirait pour lui ouvrir les yeux, et lui faire voir ce qu'il ne voit pas. Mais puisque la manière dont nniic disoule se traite ne me
semenls de ces passages , par lesquels il voudrait nous détourner de notre chemin, et toutes ces déclamations en l'air qu'il fait contre la méthode de la Perpétuité , n'a point d'autre voie raisonnable de s'en défendre, que de montrer, s'il le pouvait, que les raisoimemenls de ce traité ne sont pas justes. Et c'est en quoi nous ferons voir qu'on ne pouvait guère plus mal réussir qu'il a fait dans sa réponse.