CHAPITRE X
Troisième exemple d'un changement insensible que les ministres prétendent être arrivé stir le sujet de l'invocation des saints et du culte des reliques. Impossilfilité morale de ce changement.
Voici un autre exemple terrible de ces changements iusensibles qu'il faut admellre selon la théologie des ministres, et par lequel il faudrait dire selon leurs principes que toute l'Église est devenue insensiblement impie et idolâtre ; qu'elle a violé les préceptes du Décalogue; qu'elle a fait une injure signalée à Jésus- Christ, et que tous les principaux Pères ont été des supersiitieux, des idolâtres, des docteurs d'erreur, des gens sans esprit et sans conscience, et même des fourbes et des imposteurs. Car, si l'on en croit les ministres, l'invocation des saints est clairement défendue par ce précepte du Décalogue : Non habebis deos aliénas ; ci par ces paroles des Psaumes : Non crit in le deus recens, neque adorabis deum alienum.
Elle est défendue par ces paroles de l'Évangile, oii Jésus-Christ même conlirme ce qui avait éié commandé dans le Deutcronome : Vade, Satana, scriplum est enim : Dominum luum adorabis, et illi soli servies. Elle est injurieuse à la qualité que S. Paul donne à Jésus-Chrisi d'unique Médiateur. Et la médiation des saints étant renversée, dit M. Daillé, par la main de IWpôlre, leur invocation tombe parterre. Et c'est pourquoi il n'y a pas lieu de s'étonner qu'en poussant ces principes à leurs conséquences naturelles, plusieurs protestants traitent d'idolâtrie le culte et l'invocation des saints. On ne fera jamais croireaux personnes pieuses , dit Lazicius , qu'il faille invoquer les saints; car celui qui les invoque croit en eux, puisque S. Paul dit qu'on ne peut invoquer celui en qui on ne croit pas. Or quiconque se confie en un homme et met son secours en la chair est maudit , selon Jérémie. El si quelqu'un de ceux qui invoquent les saints n'en demeure pas d'accord, il est certain néanmoins qu'il a celle opinion des morls , qu'ils sont dans le ciel, qu'ils entendent les prières qu'on leur fait dans la terre, ce qui n'est propre qu'à Dieu. Or c'est une espèce d'idolâtrie des plus considérables de mettre l'espérance de son salut et de son secours en un P. DE LA F. I.
HODE DU LIVUE DE L\ PEKPÉTUITÉ. 2;)S
autre qu'en Dieu. < Est aulcm hœc species idololatriœ « non postrema , spem salulis anxiliique ponere in alio € prœter Deum. > Calvin dit dans son Commentaire sur l'Epître à Tiniolliée , que les papistes ont autant d'idoles qu'ils prennent de saints pour protecteurs auprès de Dieu. Charnier dit expressément que de référer une invocation religieuse à quelque créature que ce soit, c'est un blasphème et une idolâtrie ; et que de les invoquer civilement, c'est une folie el une stupidité. Et C'est pourquoi, après avoir l'ait cette alternative, que les papistes sont ou fous , s'ils invoquent les saints d'une invocation civile, ou idolâtres, s'ils les invoquent d'une invocation religieuse, il conclut qu'ils sont idolâtres parce qu'ils les invoquent en cette dernière manière.
Voilà les conséquences naturelles de l'opinion des ministres sur Tinvocation et le culte des saints. Que s'ils ne les portent pas toujours si loin , et s'ils épargnent un peu quelquefois ceux qu'ils avouent l'avoir tenue et pratiquée, c'est qu'ils font grâce à qui il leur plaît en ce qui regarde les termes durs et injurieux. Mais comme ces conséquences naissent de leur opinion même, et non de leur caprice, il est fort inutile de ne les tirer pas, lorsque l'on établit des principes dont elles naissent nécessairement.
Si c'est être maudit que d'invoquer les saints et d'espérer obtenir de Dieu quelque grâce par leurs prières, tous ceux qui les ont invoqués sont maudits, soit que les ministres le disent, soit qu'ils ne le disent pas. Tous ceux qui ont enseigné à les invoquer sont des docteurs de malédiction , qui non seulement .sont coupables du crime qu'ils ont commis en les invoquant eux-mêmes, mais aussi de tous les crimes de ceux qu'ils ont poussés à les invoquer par leur mauvaise doctrine. La civilité de messieurs les nnnislres leur est inutile pour les excuser, et l'on a même lieu de dire qu'elle est blâmable dans l'excès où ils la portent. Vit-on jamais , par exemple, une civilité plus extraordinaire que celle que M. Daillé pratique à l'égard de S. Ambroise ? Il se moque de la révélation que ce saint eut du lieu où étaient les corps de S. Gervais et de S. Protais. Le lieu de leur sépulture elait encore inconnu, dit-il , comme le témoigne Paulin d'Afrique, lorsque tout d'un coup Ambroise, par une révé~ talion divine, ainsi qu'on nous le veut faire croire (Dec scilicet cœlilùs révélante), apprit où était le corps de l'un et de fautre. Il fit donc tirer de la terre ces deux corps sur l'heure même , et il les fit transporter dans l'église ambrosienne avec grande pompe, à laquelle S. Augustin témoigne qu'il assista, qui fui accompagnée d'un grand nombre de miracles , qui ne manquent jamais à ces chercheurs de reliques en de telles occasions (quie bominibus reliquiariis nunquàm in lalibus desunt). Le même évêque, ajoute -t-il, qui était l'homme du monde qui avait le meilleur nez pour sentir el pour découvrir les reliques, quoique enfoncées bien avant dans la terre, découvrit encore, l'an 594, les corps de S. Nazare et de S. Cclse, qui avaient souffert sous Néron (fdem prœsul quo nemo fuit in odorandis ac cernendis sub icrrâ qua^o
(Dix.J
tùmvïs altà relianiis saqacior et acutior). Pcnl-ctre qu'on s'étonnera cfabord de voir que M. Daillé irailc S. Ambrcise de la sorte : mais si l'on considère los choses de plus près, on trouvera que c'est un excès de modération. Car il faut par nécessite que M. Daillé croie que tout ce que S. Ambroise rapporte lui-même de rinstincl qu'il eut du lieu où étaient les corps de ces martyrs, et des miracles qui arrivèrent ensuite.
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en tirent, et de faire les reproches qu'ils font aux caiboliques. On peut seulement leur représenter avec raison que, soit par politique ou autrement, ils tombent souvent dans le défaut d'acception de perscnines, en ne traitant pas également dans les paroles ceux qai sont également criminels. Et c'est pourquoi la première justice qu'on leur doit demander sur ce sujet est de reconnaître de bonne foi sur qui tombent ces qui sont aussi attestés par S. Augustin (1 ), est faux et reprocbes. inventé à plaisir; puisqu'il n'est pas sans doute assez Ils font moins de difficuKé de les appliquer à tous
impie pour croire cette ré\élation et ces miracles vé- les cliréiiens du monde depuis S. Grégoire-le-Grnnd.
ritables, et rejeter en même temps, comme il fait, le culte des reliques comme une superstition : aussi l'air dont il en parle fait assez connaître qu'il n'en croit rien. Cependant, si ces miracles ne sont pas vrais, si celte révélation n'est pas sincère, il faut que ce soit une pure fourberie, et la plus damnable imposture qui ait jamais été. Il n'y a point de milieu en cela. Car quand un homme déclare, comme fait S. Ambroise, qu'il avait eu instinct que les corps des deux saints étaient enlerrcs en un certain lieu , et qu'on les y trouve effectivement, il faut ou que ce soit une vraie révélation, ou que ce soit une imposture insigne et une fourberie abominable ; il faut que S. Ambroise y eût faii cacher ces corps aup;\ravant, ou du moins qu'il eût été averti qu'ils y étaient; de sorte que quand M. Daillé se contente de dire que S. Ambroise avait bon nez , c'est qu'il lui veut épargner les noms de fourbe , d'imposteur , de séducteur , qu'il lui devait donner suivant ses principes.
Il fait donc bien voir qu'il sait dissimuler et retenir ies conséquences de ses principes; mais il fait voir en même temps que ses principes sont bien horribles , puisqu'ils portent à de telles conséquences ; et qu'il faut par nécessite , ou que S. Ambroise soit un des plus insignes imposteurs qui aient jamais été, ou que M. Daillé soit dans l'erreur, et qu'il ait combattu la vérité en atîaqtiant l'honneur que l'Église catholique rend aux reliques.
En vérité ces messieurs les religionnaires sont bien insensibles, s'ils ne tremblent pas un peu en pensant qu'ils ne sauraient espérer de salut , à moins que S. Ambroise et S. Augustin avec lui , ne soient des fourbes et des conteurs de faux miracles. 11 me serait aisé de montrer que celle dernière partie de l'alternalive est si improbable et si contraire au sens commun , qu'il ne reste du tout que la première ; mais parce que cela se juge assez de soi-même, je me contente de l'avoir marqué en passant, pour leur donner lieu d'y faire réflexion.
Pour revenir donc à l'invocation des saints, et à la vénération des reliques, il est certain que si ces cultes sont tels que messieurs les ministres les représciilent, s'ils sont condanniés i>ar l'Écriture de PAncicn et du Nouveau - Testament , s'ils sont injurieux .à Jésus- Chrisl, ils ont droit d'en tirer les conséquences qu'ils
(1) Ambr., cp. 54; Aug., 1. 0 Confcss., c. 7 ; de Civ. Dei, 1. 22, cap. 8; de Unit. Eccl., c. 19 ; de Div., Bcrm. ZO.
Car quoique M. Claude ait encore compris le septième et le huitième siècles dans les beaux jours de l'Église (]), néanmoins les autres ne sont pas si indulgents. Et Ilospinien, ayant principalement en vue ce culte des saints et les oblaiions pour les morts , dit nettement, qiCau temps de S. Grégoire il se fit un débordement de toutes sortes de superstitions et d'idolâtrie , qui inonda et submergea presque toute la terre. t Ëjus œlale superslilionum et idololatriœ genus quasi ( mare magnum totum penè clirislianum orbem inujii davil , obruit , ac penitiis submersit. > Mais quand on vient au quatrième et au cinquième siècles, on a toutes les peines du monde à leur faire confesser de bonne foi que tous les Pères de ces siècles ont établi l'invocation et le culte des saints, et qu'il paraît clairement par leurs écrits que c'était l'opinion conslante et universelle de toute l'Église, sans qu'il y eût personne qui en doutât, qui ne fût pour cela laxé d'erreur. Cependant il faut qu'ils l'avouent malgré qu'ils en aient , car il n'y a pas moyen de le nier.
Il y a des choses douteuses et difficiles, et oi!i l'on voit des obscurités ; mais la tradition de l'Église à l'égard de l'invocation ei du cnlie des saints et de leurs reliques, n'a aucune difficulté considérable dans le quatrième et cinquième siècles ; et il faut le plus étrange et le plus déraisonnable entêtement qui fut jamais pour la contester. On la voit enseignée manifestement par S. Basile, par S. Grégoire-de-IS\izianze, par S. Cyrille-de-Jérusalem, par S. Grégoire-de-Nysse, par S. Ambroise , par S. Chrysostôme , par S. Astérius, évêque d'Amasée , par S. Jérôme, par S. Gaudence, par S. Augustin, par S. Paulin, par Prudence, p;>r Théodoret, par S. Eucher et par plusieurs autres moindres auteurs (2).
On ne la voit pas établie dans une seule province du christianisme, mais en toutes : en Italie, en France,
(1) Dans la préface de la seconde partie de son Histoire sacramenlaire.
(2) Basil., boni, de 40 Mart.; Greg. Naz. , Orat. 8 in S. Cypr., 20 in Basil., 'il in Alh. ; Cyrill. Jeiosol., catli. niyslag. ; S. Grrg. Nyss. , Oral, in S. Theod. ; Ambr., in Luc, c. 22 , epist. 5i ; in lib. de Vid, ; (^Inysosl. , hoin. panegyr. de S. Mar. ^Egyp.; Orat. de S. Ignat. ; Aster., Oïat. in S. Mari. ; Hier. , epist. 2), adPa\il., in Epiianl,. Paulie; advers. Vigil. ; G:iU(iei)t., Brixi tract. 17; Aug., serni. 1 de S. Strpii., 51 de diversis ; de Cura pro mort, contra Faust. , 1. 20,0.21; Paul., in vcrsibns , Passini ; Piiident., Iiymn.de An. Laurentio ; Tiieodor., de curand. GrxQ. Ajï., serm, 8; Euseb. Emiss., hom. de S. Siepb.
SOI LIV. I". JUSTIFICATION DE L.\ MÉTHOrE DU LIVIIE DE LA PERPÉTUITÉ. 302
dans la Grèce , dans l'Asie , dans rAfriqiic , dans la de ces mômes auteurs , a mieux aimé abandonner
Pont, dans la Palestine. Vigilance , pour avoir douté une si mauvaise défaite; et il en a Hut un aveu assez
du culte des reliques , et avoir dit un mot en passant sincère sur le sujet de S. Grégoire- de-Nazianze et du
coulrc l'invocation des sainis.esl irailé par S. Jérôme quatrième siècle. Puisque Grégoire- de-Nazianze dil-
dc novateur et d'ennemi de l'Église. Nul des Pères il , suivant la coutume de son siècle, nous conte bien
n'a témoigné qu'il ait regardé cetle priUlipie comtne qu'une femme juive a adoré les reliques de ses martyrs
nouvelle, et conmies'élant iniroduiledans lÉglise de- je ne vois pas qu'il soit plus difficile de croire que ce
puis peu de temps ; et ils font voir, au contraire, qu'ils soit aussi en suivant la coutume de son siècle qu'il nous
ont cru qu'elle leur était venue par tradition, el qu'elle conte que Justine a invoqué la Vierge. L'une et rautre
avait été observée dans les siècles précédents aussi fiction a la même raison et la même cause, savoir la dé-
bicn (jue dans le leur. S. Crégoire-de-N;izianze , qui votion aux reliques et à l'invocation de Marie. Les Latins
rapporte que sainte Justine voyant sa purelé attaquée, prétendent qu'il a pratiqué l'une el l'autre; et nous ne
s'adressa à la sainte Viei'ge , et la pria de secourir nions pas qu'il n'ait eu l'une el l'autre maladie à l'imita-
une vierge qui était en danger , témoigne par là qu'il tion de ceux de son siècle. Et un peu plus haut : C'était
croyait que l'on priait les saints au temps de sainte déjà la coutume, du temps de Grégoire, de baiser de ré"
Jusiiiie, c'est-à-dire au troisième siècle. El M. Paillé, vérer, et, comme il parle, d'adorer les reliques des mar-
qui prétend faire passer cette Iiistoire pour fabuleuse, 'ys. Ainsi M. Dailié ne Jiie pas que S. Gré"oirc-dc-
et qui veut faire croire que S- Grégoire-de-Nazianze Nazianze n'ait cru l'invocation des saints cl le culte
(Oral. 8, qu;e est in S. Cypr.) a supposé celle invo- des reliques. Il ne nie pas que ce ne fût la coutume du
caiion, en accommodant sa narration à l'ciat de son qualrième siècle ; il prétend seulement que c'éiail
siècle, ne peut empcclier au moins que l'on n'en con- u"c maladie, et c'est la question. Mais ce qui est cer-
clue que S. Giégoire-de-Nazianze a cru que l'on in- tain, est que celle dévotion ne passait nullement pour
voquail les saints au troisième siècle, aussi bien qu'au maladie au qualrième siècle ni dans tous les siècles
quatrième où il vivait. S. Aslérius, évêque d'Amasée suivants, et qu'elle a été regardée par tous les Pères
dans le Pont , représentant dans une de ses homélies comme sainte , comme aulorisée de Dieu par une
( liomil. in S. Martyr. ) les prières ordinaires qu'une infinité de miracles , comme étant venue à eux par
mère affligée de la maladie de son fds peui faire à un tradition.
martyr, qu'il appelle son médiateur, //.saîTjjv, lui met Cependant M. Dailié prétend en même temps que
ces paroles dans la bouche : Quoique vous ne soyez ce que tous ces saints ont pris pour une pratique
plus maintenant sur la terre, vous n'ignorez pas néan- louable, sainte et agréable à Dieu, était une pratique
moins quels sont tes maux el les misères des hommes. superstitieuse et impie. Il l'appelle, deux pa^es auna-
Vous avez prié vous-même autrefois les martyrs avant ravant, une aveugle superstition , et il lait cet honneur
que vous fussiez martyr ; vous avez reçu alors en cher- à S. Grégoire-de-Nazianze de dire qu'il ne l'a pas
citant ; soyez maintenant libéral étant comblé des ri- P^u fortifiée : Cwca in divos superstitio, quam hic ipse
chesses que vous avez reçues. Et il marque bien claire- Gregorius non pariim promovisse el verbis et exemplis
ment par ce discours qu'il croyait que les martyrs vidctur. 11 prétend que l'on n'en trouve aucun vestine
avaient prié les martyrs ; c'est-à-dir.e que l'invocation dans les trois premiers siècles , el que non seulement
des saints avait toujours été pratiquée. S. Cyrille-de- 0» "'en voit rien dans les écrits qui nous restent de ce
Jérusalem ( cal. myst. 5 ) el S. Augustin ( serni, 17 temps là, mais que tous les écrivains de ces premiers
de Ycrb. apost. ) , qui témoignent qu'on faisait men- siècles la condamnent formeilement , par des prin-
Jioii des martyrs dans le Canon de la messe, non pour cipes clairs et indubitables, qui excluent du culte et
prier |)0ur eux, mais pour être aidé par leurs prières de l'invocation, les anges, les saints cl Ipules les créa-
el par leur intercession , font voir clairement par là lures.
qu'ils croyaient Tinvocalion des martyrs aussi an- Yoilà donc un terrible changement, selon M. Dailié
cienne que Tordre de la liturgie , qu'ils regardaient Dans les Irois premiers siècles on enseigne qu'il ne
tous connue établi par la tradition. faut honorer que Dieu seul, et Ton condamne tout
Je ne crois pas nécessaire de m'éiendre davantage auli'c culie, toute autre prière, loule autre invoca-
sur ce point, parce qu'il me semble que les nouveaux ''""• El dans le quatrième on honore les reliques des
minisires sont un peu revenus de l'opiniâtreié des saints, on les invo(|uc, on les prie d'une manière si
anciens, cl qu'ils ne s'amusent plus à coniester une publique que les païens el les manichéens même en
chose si claire. Aussi, au lieu que Chamier, Forbesius faisaient des reproches aux chrétiens, comme il pa-
ei plusieurs autres se sont efforces de l'aire passer, ^^^^ P*'" Julien-l'Apostal, par le sophiste Eunapius et
par la plus ridicule de toutes les solutions , les invo- P^i" Eaust.
cations expresses (jui se trouvent dans S. Grégoire- C'*^*t un changement non seulement de pratique et
de-Nazianze, et dans S. Jérôme, pour des figures de de cérémonie, mais un changement d'opinion et de
rhélor que, M. Dailié, qui a bien vu qu'il était sans dogme, puisqu'il a fallu, afin que ce changement s'in-
apparence da vouloir faire passer pour exagérations troduisît, que l'on commenç.ât d'entendre ces paroles
et pour figuios des discours conformes aux écrits de l'Ecriture, par lesquelles il prétend que le culle et
dogmatiques du siècle où ils ont vécu, cl autres lieux l'invocation des créatures sont interdits , d'une autre
PERPETlJliE DE LA FOI TOUCHANT L'EliGiiAP.lSTlE. 304
.n.niôr. fuie Ton ne les enlcndaii selon lui aux trois de prier les saints? Et con^mcnt s'est-il pu i.naginer '"•^ . ) ^ ^^,^j^ j^g ^^,^jj i(,„joi,i.s priés dans les autres siècles?
'^TesT u.rcl.rn'^cmenl universel , puisque , comme Qu'il nous explique comment il s'est pu laire que les Ait Asterius il n'y avait point de lieu au monde où clncliens du quatrième siècle, lisant tous les jours l'on n'iionor'âl les martyrs : Nec est locus ullus quo l'Écrilure et tous les Pères du second et du troisième
non eorum memoria liabeatur. Vbique tcrrarum cl maris decaulaulur martyres, dit-il encore (liomil. in S. Mart.). Et l'on sait assez ce qu'on entendait en ce temps-là par ces paroles. Et enfin c'est ce qui paraît assez par toutes les communions séparées de l'Église dès le cinquième siècle, où l'on voit l'invocation des saints et le culte des reliques établis comme dans l'Église romaine. De sorte qu'il y a un peu de mauvaise foi à M. Daillé, d'avoir mis dans le titre de son livre, contre la tradition des Latins; comme si ce qu'il combat était particulier à l'Église latine ; au lieu que. pour agir de bonne foi , il était obligé de reconnaître que ce qu'il voulait y établir était contre la tradition des églises chrétiennes.
Mais comment s'est fait ce cbangement, et combien de temps a-t-il fallu pour faire un si prodigieux renversement? C'est ce que ces messieurs ne prennent
siècles, et n'ayant point d'autres livres quo ceux-là, ils ont pu n'apercevoir pas que ces Pères fussent d'un autre senliment qu'eux sur l'invocation et le culte des saints? Qu'il nous explique comment cet étourdissement a pu êlre si général , qu'il ne se soit trouvé aucun auteur, ni dans le quatrième , ni dans le cinquième, ni dans le sixième siècle, qui l'ait combattu? Étrange lumière qui ne s'aperçoit point partons les Pères, ni par les disciples mêmes de ceux que l'on prétend avoir le plus rejeté le culte et l'invocation des créatures !
On nous dit qu'Origène la condamne clairement dans ses ouvrages contre Celse, et dans tous ses autres livres. Mais d'où vient donc que lorsque celte doctrine a été le plus établie dans l'Église , et qu'Origène y a été le plus odieux, personne n'en a fait un crime à Origène? D'où vient qu'elle n'a été reraar-
jamais la peine de nous expliquer. Us poussent leurs quée, ni par les défenseurs d'Origène ni par ses enprélcntions aussi loin qu'ils peuvent , sans réflexion ; nemis ?
de sorte qu'il se trouve que les deux opinions contraires se touchent chacune dans leur plus grand éclat. Du temps de Julien-l'Âpostat, de S. Basile, de S.Grégoire-de-Nazianze, de S. Ambroise, toute la terre honore les saints et leurs reliques; on les prie, on se recommande à leur intercession; et cela sans contradiction, sans reproche, avec l'approbation universelle de tous les plus grands évêques. Mais demandez à M. Daillé ce qu'on tenait à la fin du troisième siècle et au commencement du quatrième , et il vous dira
11 s'agit du sentiment des trois premiers siècles. M. Daillé dit qu'ils n'ont point invoqué les saints. Les Pères du quatrième siècle croient qu'ils les ont invoqués. A qui s'en doit-on rapporter? L'un nous paie de ses conjectures ; les autres avaient la tradition vivante, et ils vivaient avec un million de personnes qui savaient ce qui s'était pratiqué au troisième siècle. Ils nous apportent des passages d'auteurs de ces trois siècles , où il est dit qu'il ne faut adorer que Dieu ; que la religion chrétienne consiste dans le culte
qu'il n'y avait aucun vestige de ces cultes, cl qu'on d'un seul Dieu. Cependant tous ces passages, que l'on
ses condamnait tous par des maximes générales. Qu'il nous explique donc aussi comment il est possible que toute la terre croyant au troisième siècle que c'était un crime d'honorer quelque créature que ce fût, et de prier unaulre que Dieu, on ait commencé au quatrième à violer ce précepte sans remords, sans scrupule, sans que personne y fît seulement réflexion? Qu'il nous explique comment il s'est pu faire que les maîtres enseignant que l'invocation et le culte de toutes les créatures était défendu par la loi de Dieu , les disciples aient pu comprendre par ces instructions qu'il était saint et louable d'honorer et d'invoquer les martyrs, et d'adorer leurs reliques qui sont des créatures? Qu'il nous explique comment ils ont pu croire au quatrième siècle que l'invocation des saints avait toujours été pratiquée, s'il était vrai qu'elle eût commencé eu de leur temps même, ou du temps des personnes avec qui ils vivaient? Car S. Grégoire-de-Naaanze, par exemple, ayant été fait évêque en 370, et ayant été baptisé environ l'an 556, avait vécu avec une infinité de personnes dont la vie comprenait tout le quatrième siècle, et qui avaient été instruits par ceux du troisième. Comment ce saint n'a-t-il donc point ap-
nous représente comme les plus clairs du monde, n'ont persuadé à personne, dans le quatrième et le cinquième siècles , qu'il ne fallût pas prier les saints, ni honorer leurs reliques. Ils les entendaient tous les jours; ils les voyaient tous les jours dans les ouvrages de ces Pères des trois premiers siècles, et ils n'en étaient nullement troublés. Il fallait donc qu'ils les prissent en un autre sens que M. Daillé; et cependant il y a toutes les apparences du monde qu'ils les entendaient mieux que lui, et qu'il s'en faut plutôt rapporter à eux, que non pas à des gens du dix-septièms siècle.
Il me serait aisé de montrer quo ces sens auxquels les Pères du quatrième siècle prenaient ces termes , sont les plus naturels du monde, et qu'il est trèsordinaire que des mots ayant divers sens se nient et s'affirment sans aucune contradiction ; que l'on dise en un sens qu'il ne faut honorer que Dieu d'un culte religieux , qu'il ne faut adorer que Dieu, qu'il ne faut invoquer que Dieu, qu'il ne faut prier que Dieu, et dans un autre qu'il est permis d'honorer religieusement les sain ts et leurs reliques ; qu'ilest permis deprier les saints, de les invoquer et même de les adorer. Cette diversité de sens
pris de quelqu'un d'eux la nouveauté de cette coutume subsiste dans les langues sans aucune confusion , et
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ncmcius et louics les petites preuves par lesquelles on nous voudrait rendre croyables ces changements insensibles.
C'est néanmoins ce que messieurs les ministres prétendent cire arrivé sur le sujet de l'abstinence de certaines viandes , dont l'Église interdit l'usage aux fidèles pendant les jours de jeûne et d'abstinence. Car si l'on veut savoir quel jugement ils font de cette coutume , il ne faut que lire le passage de S. Paul , par lequel ils prétendent tous qu'elle est condamnée. L'Esprit , dit ce S. Apôtre (1 ad Tim. , cap. 4) , dit expressément que, dans le temps à venir, quelques uns abandonneront la foi , en suivant des esprits d'erreur et des doctrines diaboliques, enseignées par des imposleiirs, dont la conscience est gangrenée; qui interdiront le mariage , et qui obligeront de s'abstenir des viandes que Dieu a créées pour être reçues avec action de grâce par les fidèles et par ceux qui connaissent la vérité ; car tout ce que Dieu a créé est bon. Sur cela M. Daillé fait cette réflexion : Voilà, dit-il, les éloges que S. Paul donne à nos législateurs de l'abstinence de certaines viandes. Il
sans produire le moindre embarras; et les Pères les plus éclairés pour l'invocation des saints ont parlé ce double langage sans contradiction, et sans que cela puisse causer la moindre difficulté qu'à ceux qui veulent s'en forger eux-mêmes. Par exemple, S. Augustin enseigne (cont. Faust. , lib. 20 , c. 5) dans le même livre , qu'il ne faut honorer que. Dieu seul, parce qu'il n'y a que Dieu dont la jouissance soit capable de nous rendre heureux : i Solus ille colent dus est, quo solo fruens bealus sit cultor cjus ; t et que nous honorons les martyrs par un culte d'amour et de société : Colimus martyres cullu dilectionis et societalis. (Ibid., c. 21.)
Mais cela appartiendrait à une autre méthode ; et mon dessein n'est que de faire voir ici que la difiiculté du changement qu'il faut que les ministres admettent à l'égard de l'invocation des saints, rend leur doctrine si peu vraisemblable, que cela seul suffit pour la faire rejeter par toutes les personnes judicieuses, et principalement par les simples, qui, n'étant pas capables d'examiner tous les passages grecs de M. Daillé, sont
très-capables de juger qu'il n'est pas si bien informé ^^s appelle minisires et apôtres des démons et des esprits
des sentiments des trois premiers siècles que les Pères du quatrième et du cinquième , qui ont cru que l'invocation des saints était non seulement sainte, mais qu'elle avait toujours été crue et pratiquée dans l'Église, quoique celle pratique ait pu être fort différente, et beaucoup plus cclalanle en un temps qu'en un autre ; l'Esprit de Jésus-Christ , qui règle les mouvements des n^icmbres de son Église , leur inspirant toujours l'approbation des mêmes choses, parce que la vérité est invariable ; mais ne les appliquant pas toujours aux mômes pratiques , et rendant certaines actions de piété plus fréquentes et plus éclatantes en un lemps qu'en un autre , selon les règles secrètes de sa conduite toute divine.