‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 7 sur 335 · INNOVATION IMPOSSIBLE. !S · texte numérisé non relu

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en fussent privés pour avoir été engagés dans une suporsliiion criminelle. L'excès de cet aveuglement est trop grand pour y pouvoir subsister ; et ainsi , malgré tous les efforts des ministres , ceux qui leur sont le plus attachés demeureront facilement d'accord que si l'on a toujours cru dans l'ancienne Église la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, c'est une folie de refuser de la croire maintenaiit.

C'est ce qui a obligé les ministres d'entrer dans cette question de fait, qu'ils font semblant de juger de nulle importance, et d'employer toute l'adresse de leur esprit pour se mettre à couvert de cette antiquité qui leur est suspecte , demeurant ainsi d'accord, en quelque manière, que la créance universelle de l'ancienne Église, touchant l'Eucharistie, est inséparable de la vérité.

En supposant donc ce principe pour constant , on peut dire avec assurance que, quelques chicaneries dont les ministres se servent pour éluder certains passages des Pères, il y en a néanmoins plus qu'il ne faut de clairs et d'indubitables pour persuader un espri t raisonnable et qui cherche sincèrement la vérité, que la doctrine de la présence réelle a toujours été l'unique doctrine de toute l'Église.

Mais, parce qu'il arrive souvent que l'on ne comprend pas assez la force des preuves, à cause que l'on ne les regarde pas dans l'ordre naturel qui fait qu'elles s'entr'aident et se fortifient mutuellement , il me semble qu'il ne sera pas inutile de marquer dans ce discours, par où l'on peut conduire un esprit qui ne serait pas entièrement opiniâtre , jusqu'à lui faire avouer par l'évidence de ia vérité, que la créance de l'Église romaine , touchant ce mystère, est la même que celle de toute l'antiquité.

La question étant touchant la créance de l'Église ancienne , il n'y a rien de plus raisonnable que de clioisir un point fixe dont on ne dispute point, afin de passer ensuite à ce qui est en contestation. Or, quoique les calvinistes aient étendu le plus loin qu'ils ont pu leurs prétentions, et que quelques-uns aient voulu soutenir que jusqu'au ir concile de Nicée, toute l'Église était dans leur sentiment , les autres jusqu'au temps de Paschase , c'est-à dire jusqu'au IX' siècle, les autres même plus avant , néanmoins personne ne peut nier que du temps de Bérenger toute l'Église ne se soit déclarée contre la créance des calvinistes , en condamnant Bérenger par tin grand i»ombre de conciles de France et d'Italie. Bérenger même abjura plusieurs fois son hérésie, et mourut dans la foi catholique , comme le témoigne Guillaume de Malmesbury, bénédictin , quoique Blondel , par une surpiise peu excusable , ait écrit qu'il mourut dans la résolution de maintenir son sentnnent. Ainsi nous voyons en 1053 , qui est le temps du premier concile tenu à Rome par le pape Léon IX contre Bérenger, l'Église unie dans la foi que nous tenons; et c"est par ce consentement général de toute l'Éghse que ceux qui l'ont défendue contre Bérenger le pressent et le convainauent

Adelman, qui avait été élevé avec Bérenger sous h discipline de S. Eulbert , évêque de Chartres , aysnî. appris en Allemagne les nouvelles de son erreur, dès l'année 1055, selon le cardinal Baronius, témoigne, dans la lelire pleine de tendresse et de cliarilé qu'il en écrivit à Bérenger même, que son senlimeni était

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de tous les chrétiens du monde dans l'Orient et dans l'Occident. Interrogez, dit-il, tous ceux qui ont quelque connaissance de la langue latine et des livres latins. Interrogez les Grecs , les Arméniens , et généralement tons les chrétiens, de quelque nation qu'ils soient, et ils vous répondront tous qu'il tiennent cette foi dont nous faisons regardé comme si manifestement hérétique, qu'avant profession. El c'est pourquoi il conclut que, si la doc-

■' "' (pi„g (Je Bérenger était véritable, il faudrait que

l'Église lût périe : Si ce que vous croyez , et que vous soutenez, dit-il, toucliant le corps de Jésus-Christ est vrai , ce que tEglise enseigne par toutes les nations du monde est faux. Car tous ceux qui se disent chrétiens et qui portent avec joie ce glorieux nom se glorifient de recevoir dans ce Sacrement la vraie chair et le vrai sang que Jésus-Christ a pris de la Vierge. Or si la foi de l'Église universelle est fausse , il faut que l'Église soit périe, ou qu'elle n'ait jamais été.

Il était si clair que toute l'Église était dans un sentiment opposé à Bérenger, que ne le pouvant désavouer, il était contraint de prétendre nettement que rÉgiise était périe du reste du monde, et n'était demeurée que dans le petit nombre de ceux qui le suivaient. Contre tant de témoignages clairs du Seigneur et du S.-Esprit touchant l'Église, vous objectez, dit Lanfranc , et ceux qui étant trompés par vous s'efforcent de tromper les autres , l'objectent avec vous , qu'après que l'Evangile a été prêché dans toutes les nations, que le monde a cru que l'Eglise s'est formée, qu'elle s'est accrue , quelle a fructifié , elle était tombée ensuite dans Ccrreur par l'ignorance de ceux qui n'entendent pas les mystères ; qu'elle était périe, et n'était demeurée que dans ceux qui vous suivetu. Voilà ce que l'évidence de la vérité obligeait Bérenger de reconnaître.

Giiitmond , évêque d'Averse , et disciple de Lanfranc, mais qui a écrit presqu'au même temps que lui contre Bérenger et ses sectateurs, fait voir comme lui que tout le corjis de l'Église était contraire aux béreiigariens. 11 leur reproche dans son troisième livre qu'ils n'avaient pas pour eux une seule ville, ni même une seule bourgade : Neque enim eis vel vjia civitatula, vel etiam una villula concessit. Il dit qu'aucun homme de bien ni aucun homme sage n'avait embrassé ce parti ; qu'il ti'élait suivi que par dos gens de vie scar;daleuse. Et il ne leur oppose pas seulement les conciles qui les ont condamnés, mais le conseutemeijt général de toute la terre. Si quis qualilatem , vel flagitiosam vitam eorum, per quos utcumque putlulavit; si quis nuUum sincerœ vitœ hominem, nullum penitiis sapientem fautorem ejus altendat; si auctoris ejus perjuria; si demiim non solàm concilia supradicta, sed etiam totum orbem terrarum conlradicentem pensct, tacenle nostrâ disputatione quid ningis tenendum sit, sati.i ut arbilror judicabit. Enlin il témoigne que l'opinion de Bérenger était regardée comme nouvelle , et comme n'ayant jamais été dans l'Église avant lui. Il est très-clair, dit-il, qu'avant que Bérenger eût avancé ces folies , personne ne s'en était avisé. « Notissimum est, hoc tenipore priusquàm Bereni garius insanisset, hujusmodi vesaniasnunquàm fuisse, » Ce qu'il n'applique pas seulement à l'opinion contraire à

liiéme qn 11 eût été condamné par les conciles, Bérenger était estimé séparé de l'unité de l'Église catholique. // s'est répandu un bruit , lui dit-il , que vous vuus êtes séparé de l'unilé de l'Église , et que vous avez une doctrine contraire à la foi catholique sur le corps et le sang du Seigneur , qui est immolé tous les jours dans toute la terre sur le saint autel. Hugues , évêque de J.ai)gres, l'un des premiers qui a écrit contre Bérenger, lui reprocbe que sa doctrine scandalisait toute lÉglise, universalem Ecclesiam scandalizas. Un évêques de Liège, consulté par lleiiri I, roi de France, sur la conduite qu'il devait tenir pour étouffer l'hérésie de Bérenger, lui répondit que cette hérésie était si claire qu'il n'était pas besoin de tenir de concile pour la condamner. Durand, abbé de Troarn, traite les sectateurs de Bérenger d'hommes dj/s et infâmes, qui, nelant recommandables ni par leur piété , ni par leur science , s'opposaient aux Pères et aux docteurs de rÉgiise, et combattaient ce que l'Église catholique enseignait par tout le monde : Quod catholica per orbem universum prœdicat Eçclesia. Lanfranc, dès le commencement de son livre, reproche à Bérenger qu'étant plein d'arrogance , il avançait une doctrine contraire au sentiment de toute la terre : Superbiœ fastu plenus contra orbem sentiie cœpisli ; et qu'il avait fait un écrit contre la vérité catholique, et contre l'opinion de toutes les églises : Contra catholicam veritateni, et contra omnium ecclesiarum opinionem icriptum postea condidis'.i. Il prouve dans le chap. 4 que la doctrine de Bérenger était condamnée généralement par tous les lidèles tant ecclésiastiques que séculiers, et qu'elle n'était soutenue que par un petit nombre de schismaliques , paucissimos schismalicos. Et, après avoir expliqué au cliap. 18 la doctrine catholique en ces termes : Nous croyons que les substances terrestres du pain et du vin, étant divinement sancti fiées sur ta table du Seigneur par le mimslère des prêtres, sont changées par l'opération ineffable, incompréhensible et miraculeuse de la toute-puissance de Dieu, en l'essence du corps du Sei- • gneur ; n'y ayant que les espèces du pain et du vin qui demeurent avec les qualités naturelles, de peur que la vue d'une chair crue eî toute sanglante , ne nous causât de l'horreur. Le corps du Seigneur ne laisse pas de demeurer dans le ciel à la droite de Dieu son Père, d'y être tout entier, tout incorruptible., tout inviolable, tout inaltérable et tout immortel, il ajoute : Voilà ta foi que l'Église, qui, étant répandue par tout le monde, est appelée catholique, a tenue dans tous les siècles , et tient encore à présent. 11 répète la même chose , comme étant évidente et non contestée , au chapitre 8 , au 17, au 19, au 21, ( t il le fait avec tant de confiance au chapitre 22, qu'il presse Bérenger de s'iufornnT du senlimeiU

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