‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 71 sur 335 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Que l'impossihilité des cliaugemeiUs précédents n^est pas néanmoins comparable à celle du changement que les ministres prétendent être arrivé sur le sujet de l'Eucharistie.

Comme la lumière qui frappe les corps a ses degrés, et qu'une clarté qui nous fait voir les objets avec évidence ne laisse pas de pouvoir être infiniment augmentée, en sorte que ce qui est clarté à l'égard d'un objet peut être sombre et obscurité à l'égard d'un autre, de même les lumières spirituelles ne consistent pas dans un point indivisible , et elles sont capables aussi d'un accroissement infini.

Ce n'est donc point faire tort à l'évidence des arguments précédents que de dire que celui dont Ton s'est servi dans le traité de la Perpéluiié en a encore beaucoup davantage, et d'en i;ùre remarquer les différences : l'on ne laissera pas d'avoir droit de prétendre qu'ils doivent persuader toutes les personnes équitables , encore qu'ils n'aient pas toute la force qu'a celui que l'on a tiré de l'impossibiliié d'un changement universel de créance sur le sujet de l'Eucharistie. Tous ces arguments ont cela de commun qu'il faut que tous ces changements soient universels , et que les ministres supposent qu'ils soient arrivés, non seulement dans l'église latine, mais dans toutes les autres communions; car il n'y en a pas une qui n'ait des évêques supérieurs aux prêtres , et à qui l'ordination en est réservée. Il n'y en a point qui ne pratique la prière pour les morts ; il n'y en a point qui n'invoque les saints; il n'y en a point qui ne commande l'abstinence de certaines viandes, et il n'y en a point enfin qui ne croie la présence réelle , comme je le suppose ici, et comme je le prouverai dans la suite.

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Il faudrait donc que si elles avaient eu une -juire ioi , une autre créance et une autre discipline, elles fussent toutes venues à l'état où elles sont à présent par changement. Or ce changement devrait êlre insensible, puisqu'on ne saurait faire voir qu'il y ait jamais eu d'opposition bien marquée contre aucun de ces dogmes ou de ces pratiques, dans aucune de ces sociétés, si ce n'est dans des personnes qui y ont été regardées comme étant dans l'erreur pour ce sujet.

Secondement, tous ces changements prétendus ont dû, selon les ministres , être accompagnés de l'obscurcissement et de l'oubli de la doctrine ancienne. Ils doivent dire que pour établir les évêques supérieurs aux prêtres de droit divin, comme fait S. Cyprien, il a fallu oublier que les prêtres et les évêques fussent les mêmes du temps des apôtres, comme Rlondel le prétend ; que pour établir la prière pour les morts, et demander à Dieu pour eux le rafraîchissement et le repos, il a fallu oublier qu'ils n'eussent point besoin de rafraîchissement et de repos, et qu'ils en jouissaient déjà pleinement ; que pour invoquer les saints, il a fallu oublier qu'il fût défendu dans l'Écriture-Sainte d'invoquer aucune créature ; que pour commander l'abstinence de certaines viandes, ou pour s'en abstenir comme étant défendues par la loi de l'Église, il a fallu oublier que celle défense de viandes était traitée par saint Paul d'apostasie et de doc- i trine diabolique ; enfin , que pour croire la présence réelle, il a fallu oublier que le corps de Jésus-Christ ne fût qu'en figure ou en vertu dans l'Eucharistie.

Mais il est nécessaire de reconnaître qu'il y a néanmoins beaucoup de différence entre l'impossibilité de ces changements : car ces doctrines qu'il aurait faJlu oublier ou changer ne sont pas également populaires. \\ n'a jamais été nécessaire que tous les chrétiens fussent informés précisément de la différence des ministres de l'Église , du sens précis de toutes les paroles de l'Écriture , qui regardent l'invocation de Dieu ou l'abstinence des viandes et l'état des morts. C'est dans ces sortes de matières qu'il est probable de dire que plusieurs n'avaient point d'opinion formée, en sorte qu'ils étaient plus capables de recevoir celle qu'on leur donnait sans s'y opposer. Mais nous ferons voir qu'on ne peut dire la même chose du commun des fidèles à l'égard de l'Eucharistie, pnisqu'aucun ne pouvant se dispenser de communier, ne pouvait aussi s'empêcher de former une pensée distincte sur ce qu'on lui donnait comme le corps de Jésus-Christ, en concevant cet objet , ou comme une simple image do Jésus-Christ dans le ciel, ou comme couvrant le corps même de Jésus-Christ. Ainsi ia doctrine qu'il faul que les ministres supposent avoir été abolie par ces autres changements, n'était pas une doctrine si populaire; au lieu que la doctrine de la présence réelle n'aurait pu s'introduire que par l'abolition d'une doC" trine connue de tous, et par le changement de toutes les idées ordinaires , que les fidèles se formaient du mystère de l'Eucharislie.

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