PREMIÈRE SUPPOSITION
Que toutes les sociétés chrétiennes se sont trouvées dans la créance de la présence réelle et de la transsubstantiation ; hardiesse de M. Claude à le nier. QuHl est utile de confondre sur ce point sa témérité; impor- * lance de celte question.
Comme ce serait une longueur infinie dans les disputes, s'il n'éiait pas permis de supposer ce qui ne peut être raisonnablement contesté, l'auteur de la Perpétuité s'était contenté d'avancer, dans sou premier écrit, comme une chose constante, que toutes les sociétés chrc'liennes, séparées de l'Église depuis plusieurs siècles, étaient d'accord avec l'Église romaine sur h présence réelle de Jésus -Christ dans l'Eucharistie ; cl il ne s'était point cru obligé d'apporter des prem'es d'une chose dont les calvinistes mêmes, tant soit peu sincère.^ n'ont jamais douté.
M. Claude néanmoins, n'ayant pas jugé qu'il fût de son inlérèt de reconnaître cette vérité de fait , s'est engagé d'abord à la désavouer dans sa première ré ponse ; et il y a soutenu hardiment que la présence réelle, la iranssubstanlialion , et l'adoration de l'Eucliarisiie, n'élaienl recoimues par aucune des sociétés d'Orient. On avoue que l'on pril d'abord ce désaveu pour un emporlemenl passager d'un homme (pii avait peine à se rendre à une raison qui le pressait. Et comme on croj'ail alors M. Claude fort éloigné de s'opiniàlrer à combattre, sans raison et sans apparence , des vérités claires cl certaines , on se contenta d'établir, dans la réponse qu'on a faite à son premier écrit, ce conscntemeni des églisciorientales avec l'Église romaine, d'une manière capable de satisfaire toutes les personnes équitables. Mais on a bien reconnu par expérience qu'il y a peu de mesures à prendre sur la sincérité de M. Claude, el qu'on ne peut presque jamais conclure de l'évidence d'une chose qu'il ne la contestera pas. Il a d'autres règles que celles de la raison : ainsi , non seulement il ne s'est pas rendu aux preuves qu'on lui a rapportées de ce conscntemeni des autres églises , mais il les a rejeiées avec mépris, et il a soutenu plus hardiment que jamais que les Grecs, les Arméniens, les Étliiopiens et les autres peuples d'Orient, ne croyaient, non plus que les calvinistes, qu'une présence de vertu, et (pi'ils rejetaionl la présence réelle par la voie de négation, comme n'en ayant point entendu parler.
Je suis porté à excuser les erreurs humaines; je sais combien les esprits des hommes sont sujets aux éblouissemenls et aux surprises; et je n'ignore pas qu'il est très-difficile de se délivrer d'une ancienne préoccupation qui, étant entrée dans l'esprit l'orsqu'il n'était pas capable de juger des choses, s'est ensuite fortifiée par l'accouiumance et par le temps. Mais l'opiniâtreté que témoigne M. Claude sur ce sujet n'est point du tout de ce genre, et elle a quelque chose de fort extraordinaire. Ce n'est point une matière où il ail lieu de s'éblouir, parce qu'il n'y a pas la moindre ombre de difficulté. Il faut que ce soit la volonté (jui produise toute seule ces ténèbres, el qui empêche l'esprit de voir la vérité quelque évidente qu'elle soil, ou qui fasse parler la langue contre le témoignage de la conscience. Car je ne craindrais pas de dire, et je m'assure qu'il n'y a point d'homme de bon sens qui n'en demeure d'accord, après la lecture de ce traité: qu'il est cei tain que les églises d'Orient, et principalement l'église grecque, croient la présence réelle, connue il est certain que les Italiens, les Esp ignols et les Français la croient; qu'il n'y a pas de différence entre la certitude de ces vérités de fait , à l'égard de ceux qui sont un peu informés de l'étal et de l'histoire de ces églises depuis six cenls ans. Et ainsi , oser avancer, comme fait M. Claude, que ni les Grecs, ni les autres églises d'Orient ne croient pas la présence réelle, c'est dire une chose qui est dans le même degré d'absurdité que s'il lui avait pris fantaisie de soutenir que ie concile de Trente ne l'a pas crue ; que Ton ng
la croyait p;xs à Rome du temps du pape Urbain VIH ; que S. Thomas n'y a jamais pensé, cl que c'est une imagination qui n'est venue que depuis vingt ans dans la lête de quelques personnes.
Mais quoiqu'on ait droit de mépriser les vains efforts de ceux qui combattent les vérités claires et sensibles, j'ai cru néanmoins qu'il était important, pour plusieurs raisons, de traiter ce point avec plus d'éten-
grand obstacle à leur réunion que celui que l'erreiir opposée à la foi de la présence réelle met entre ceux qui la croient et ceux qui ne la croient pas.
Mais ce n'est pas seulement l'intérêt de ces nations qui nous doit faire désirer que l'on repousse celle calomnie : c'est aussi celui de l'Église catholique; étant très-important de ne pas souffrir que l'on lui ravisse l'une des plus éclatantes preuves qu'elle ait pour éladuc, et de mettre encore en un plus grand jour ce blir la foi d'un mystère qui fait le principal^jet de
consentement des églises orientales avec l'Eglise romaine sur le fait de la présence réelle et de la Transsubstantiation. J'ai considéré que la principale force du livre de M. Claude, aussi bien que de l'ouvrage d'Aubertin, consiste dans un certain air de fierté et de confiance qu'ils ont affecté partout, avec lequel ils ne craignent pas d'assurer les choses les plus fausses et les plus déiaisomiables, et de désavouer les plus indubitables et les plus constantes. Il est bien vrai qu'il n'y a point d'air plus odieux que celui-là, à l'égard des personnes judicieuses et intelligentes : mais il faut avouer en même temps qu'il a quelque chose de trompeur à l'égard des personnes du commun. Il y a une infinité de gens qui ne sauraient s'imaginer qu'un
sa dévotion sur la terre. Nous en ferons voir les conséquences dans un livre exprès, où l'on montrera que ce consentement de tous les peuples dans la créance de la présence réelle, dissipe les principales difficultés par lesquelles les ministres s'efforcent de la renverser, qu'il en fortifie toutes les preuves et qu'il en établit la vérité d'une manière admirable. Mais il suffit de faireremarquer ici qu'en relevant cette preuve on ne fait que suivre le dessein visible de la Providence dans la conservation de ces sociétés chrétiennes. Car, conmie S. Augustin enseigne en plusieurs endroits de ses livres que la fin que Dieu a eue en conservant dans toutes les parties de la terre la nation des Juifs, à qui il a confié le dépôt des livres saints.
homme qui parle avec celte fermeté avance en même est d'empêcher qu'on ne puisse accuser son Église
temps des choses sans apparence; et comme ils entendent peu le fond des choses, ou ils égalent la vérité à la fausseté, en supposant que tout ce qui est contesté est incertain, de quelque manière qu'il le soit, ou ils sont même portés à croire que ceux qui parlent plus fièrement et qui crient plus haut ont plus de raison.
Ce n'est donc pas toul-à fait sans sujet que M, Claude a tâché de se fortifier par cette sorte de rhétorique. 11 a recherché en cela un avantage très-réel ; mais comme il est très-injuste, il est très-juste aussi de le lui ôter, et de faire connaître quel est son esprit, et le peu d'égard qu'il a à la sincérité et à la raison dans les opinions qu'il soutient. Or c'est ce qu'on verra parfaitement dans cette question de la créance des églises orientales. Car il est très-rarement arrivé que des gens de lettres aient eu la hardiesse de contester une vérité de fait, aussi attestée que celle que M. Claude a entrepris de combattre, ni qu'ils l'aient fait par des preuves plus faibles et moins vraisemblables.
Outre cette considéra lion particulière, il m'a semblé que la matière même méritait bien d'être traitée avec quelque soin, et qu'elle était capable d'édifier toutes les personnes qui sentent quelque mouvement de cette charité catholique qui doit animer les véritables enfants de l'Église. Il s'agit de la foi d'un grand nombre de nations chrétiennes, pour lesquelles nous devons avoir des sentiments de compassion et de charité, et dont l'état ne nous peut être indifférent. Nous nous devons réjouir des biens qui leur restent : leurs maux spirituels nous doivent être sensibles. Et étant obligés de souhaiter de les voir réunies à l'Église c;aholique, nous devons être bien aises qu'elles n'en soient pas fort éloignées, et qu'il n'y ait pas un aussi
d'avoir forgé ou falsifié ces livres, et de rendre ainsi les Juifs témoins perpétuels et irréprochables de la sincérité des chrétiens qui les produisent, il est clair de même que Dieu conserve toutes ces sociétés chrétiennes, quoique divisées de son Église, et qu'il ne permet pas que la tyrannie des infidèles les dissipe entièrement, ni que la connaissance des principaux mystères s'éteigne parmi elles, afin qu'elles rendent perpétuellement témoignage à l'Église catholique, de la vérité et de l'antiquité des dogmes que les nouveaux hérétiques lui contestent.
Ainsi , comme nous disons à ceux qui nous vou-* draient reprocher d'avoir supposé les livres où se trouvent ces prophéties merveilleuses qui prouvent clairement la venue et la divinité du Messie : regardezles entre les mains de nos plus irréconciliables ennemis, qui, ne les ayant pas reçus de nous, en reconnaissent tellement la vérité qu^ils sont prêts de la sceller de leur sang; nous disons de même à ceux qui nous accusent d'avoir innové dans la doctrine et d'avoir inventé de nouveaux articles de foi : regardez ces mêmes points, ces mêmes articles établis et reconnus dans ces anciennes sociétés, que leur division nous rend ennemies, qui sont bien plus portées à nous contredire qu'à nous imiter, et qui néanmoins n'en sont pas moins persuadées que nous le sommes.
Or, entre ces articles qui sont ainsi reconnus par les sociétés chrétiennes de l'Orient, il n'y en a point auquel elles rendent un témoignage plus clair et plus constant qu'aux dogmes de la présence réelle et de la transsubstantiation, comme nous le ferons voir par des preuves convaincantes. Ou les voit divisées entre elles sur une infinité d'auires points ; elles ont chacune leurs cérémonies et leurs pratiques ; mais pour le mystère de l'Eucharistie, quoiqu'il renferme
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d'aussi graiulcs difficultés qu'aucun autre, Dieu n'a pas voulu néanmoins qu'il fût attaqué dans ces églises par aucune hérésie qui ait eu beaucoup de cours, et il a maintenu toutes ces sociétés, quoiqu'elles fussent sans dépendance les unes des autres, sans liaison , sans amitié, sans rapport, et souvent sans commerce entre elles, dans une créance très-uniforme de la vérité de ce Sacrement.
Qui ne reconnaîtrait dans ce consentement unanime de tant de peuples sur le sujet de ce mystère un effet visible de la conduite de Dieu sur son Église, et du soin qu'il a d'y conserver la vraie foi , en procurant aux plus simples des marques extérieures et sensibles qui les aident à la discerner? Car qui pourrait croire que ce fût par un pur effet du hasard que tant de nations, si éloignées les unes des autres, si séparées d'intérêts, si divisées de sentiments, si aigries et si animées les unes contre les autres par diverses passions, se soient néanmoins rencontrées unies dans la créance d'un mystère qui les oblige de renoncer à toutes les lumières de la raison , et qu'elles n'auraient commencé de croire qu'en quittant leur ancienne foi? Je veux, dit TertuIIien (de Praescript. advers. hœres., cap. 28), que toutes les églises soient tombées dans rerreur ; que r Apôtre même se soit trompé dans le témoignage qiCil a rendu à quelques-unes d'entre elles; que le Saint-Esprit ti'ait fait à aucune la grâce de la conduire à la vérité, quoique Jésus-Christ ne l'ait envoyé au monde et ne l'ait demandé à son Père que pour l'enseigner aux hommes. Je veux que, quoiqu'il soit chargé du soin de la maison de Dieu, et qu'il tienne la place de Jésus-Christ, il ait négligé le but de sa viission, et qu'il ait permis que les églises s'engageassent en d'autres sentiments, et en une autre foi que celle qu'il a annoncée par les apôtres. Mais est-il vraisemblable que tant d'églises soient toutes tombées dans la même erreur, et serail-il possible qu'il y eût une si grande uni' formité dans une multitude d'événements qui ne dépendraient que du hasard ? // est donc impossible que toutes les églises aient erré de la même sorte. El ainsi, quand on voit la même doctrine dans plusieurs églises, c'est une marque que ce n'est pas une erreur qu'elles aient inventée ; mais que c'est la foi qu'elles ont reçue par tradition. Non est erratum, sed traditum. C'est le raisonnement de TertuIIien, ou plutôt c'est la voix de la raison , qui est encore infiniment plus forte sur le sujet de l'Eucharistie que sur les autres mystères; car celte doctrine étant étrangement opposée à toutes les lumières humaines, ce ne peut être en quelque sorte que le poids de l'autorité qui l'ait pu faire recevoir. 11 est presque inofoyable que l'esprit d'un seul homme s'y soit porté de soi-même; mais il y a de la folie à croire que toutes les nations du monde y soient tombées d'elles-mêmes, et en même temps, sans qu'on puisse dire que l'erreur des unes se soit communiquée aux autres, ni qu'il y en ait aucune qui se soit exemptée d'une si étrange illusion , qui y ait résisté, et qui en ait averti les autres.
DE LA PRESENCE REELLE. 52i
CIIAPITHE 111.
Description et division générale des églises d'Orient.
Ce serait une chose trop longue et trop éloignée de notre sujet que d'expliquer en détail par quels degrés les églises d'Orient sont tombées dans l'état où elles sont à présent. Il suffit desavoir en général que des cinq patriarches qui ont été reconnus dans l'Église, il n'y en a eu que trois qui aient eu véritablement ce rang , presque dans tous les quatre premiers siècles de l'Église : savoir le Pape, le patriarche d'Alexandrie et celui d'Antioche. L'évêque de Constantinople fut élevé à ce rang et établi le second après le Pape dans le second concile universel en l'an 381. Et quoique les papes aient longtemps refusé de l'approuver en ce point, les archevêques de Constantinople n'ont pas laissé de se mettre en possession de cette dignité, et de s'y maintenir malgré l'opposition du Pape; et elle leur fut encore confiruiée par le concile de Chalcédoine, nonobstant la résistance des légats du Pape, avec l'attribution de la juridiction sur les trois diocèses ou exarchats de Pont, de Thrace et d'Asie, dont ils s'étaient déjà emparés. Ensuite, par le crédit que leur siège leur donnait auprès des empereurs de Constantinople, ces patriarches étendirent étrangement leur autorité, jusque là qu'ils usurpèrent sur le Pape la Sicile, et une partie de l'italie, et plusieurs autres provinces qui appartenaient à l'église occidentale.
Allaiius (de Perpet. consens., 1. 1, c. 24) rapjiorie le dénonibrement qu'un auteur grec, nommé Nilus Doxapatrius, a fait des villes et des provinces qui obéiss'iient à ce patriarche , et qui lui étaient soumises, ou par un droit légitime, ou par une usurpation violente. 11 compte jusqu'à soixante-cinq métropolitains, outre trente-quatre archevêques indépendants, et qui n'avaient point d'évêques sous leur juridiction. Le nombre des évêchés monte à plus de six cents. Cependant c'est à peu près l'état où ce patriarche était dans le onzième siècle et du temps de Bérenger, puisqu'il possédait encore la Calabre et la Sicile, canime on l'a déjà remarqué ailleurs.
Depuis ce tcnips-là les papes, principalement par le secours des Français , comme cet auteur même le témoigne, ont recouvré la juridiction sur la Sicile , sur la Calabre et sur toute l'Ilalie. Et ensuite les Sarrasins, les Tartares et les Turcs ayant désolé toutes les provinces d'Orient , et ces derniers ayant ruiné entièrement l'empire de Constantinople par la prise de cette ville impériale , quoiqu'ils n'aient pas aboli entièrement la religion chrétienne dans les provinces d'Orient qu'ils ont usurpées , ils les ont néanmoins tellement désertées par le saccagement de la plupart des villes , et par les cruautés horribles qu'ils y ont exercées , qu'il ne reste plus , de ce grand nombre d'évêques, qu'environ cent cinquante , dont il y en a trente-cinq qui sont aussi métropolitains, la plupart sans suffragants, selon le compte qu'en fait un auteur grec, nommé Chrislophorus Angélus , traduit en latin par Georges Flahvius, luthérien, prédicateur de Dan-
PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L't:UCHÂRISTIE. 524
Uic, imprimé h Francfort en lGo5.
Mais, quoifiiic l'éclat et la iniissance du patriarche (le Coiiscinliiiople soient ainsi infiniment diminués, il ne laisse pas d'avoir encore sons sa juridiction l-Asio Mineure, les îles de TArchipel, la Tliracc , la Grèce , la Valacluc, la MoMivie , la Servie , la Mingrelie, la Circassie, et en quelque sorte la Moscovie , qui lui rend encore iiueliiue respect ; quoique depuis le grand-iuc Dasilidc elle ait ut» p;ilriarclie particulier. El diins (outes ces grandes provinces, il y a une infinilé de chrétiens, qui, reconnaissant un même patriarche, font aussi profession de la même foi, conservant les mêmes traditions, et sont engagée dans les mêmes erreurs.
Ce n'est pas ici le lieu de marquer en particulier quelle est la créance des Grecs sur tous les mystères, et en quoi elle est dilîcrenie de celle de l'église kiline. Le sujet particulier de ce livre c^,t de faire voir ce qu'ils croient de l'Eucharistie. Mais pour ce (pii est de la police extérieiire , il faut reconnaître qu'en plusieurs points ils sont demeurés fort atlacliés à la discipline ancienne , et qu'ils ont même augmenté la rigueur eu qurlques-uns; car ils jeûnent tous quatre carêmes , et pendant le premier, qui est de sept semaines, ils ne vivent ordinairement que de vlindes sèches; riiuiie et le vin n'étant permis que le dimanche et le samedi, qui ne sont pas comptés parmi eux entre les jours de jeûne, quoiqu'ils ne laissent pas de garder eu ces jours-là la même abstinence des viandes qui leur sont interdites durant le carême. Us observent tous l'ancien jetine , c'est-à-dire qu'ils ne mangent qu'une fois vers le soir. Tous les religieux y vivent d'une manière très-dure et très-péuitente. La plupart vivent du travail de leurs mains ; et ceux qui ont voyagé en ce pays-là leur rendent ce lémoignuge, qu'il n'y a point de désordre et de scandale parmi eux. Il y en a bien jusqu'à qnatre à cinq mille sur le mont Allios, qui est comme le noviciat de tout l'Orient, et que l'on appelle pour ce sujet la Montagne-Sainte , Ayiov 6fo;, parce qu'il n'est habité que par des religieux divisés en plusieurs monastères , dont la régularité est si édifiante qu'ils sont même en vénération aux Turcs.
Tous les évoques sont pris du nombre des religieux et sont obligés, après leur ordination, à l'observation du célibat. C'est pourquoi il est bien étrange que Saumaise ail osé écrire, dans une lettre qu'il a faite contre Crolius , que les églises d'Orient ont des évoques mariés : Ecclesiœ Orientales marilos liabenl episcopos ; ce qui n'est vrai ni des Grecs , ni des autres sectes. Outre le célibat, les évèques gardent encore l'abstinence des viandes, dont ils ne se dispensent pas même à la mort. La vie des laïques est en plusieurs choses peu différente de celle des rehgieux : car ils n'observent pas seulement, comme eux , les quatre carême» avec presque autant de rigueur et d'ausiérilé , et de plus, le jeûne du mercredi et du vendredi de toute l'année, mais ils le* imileul encore dans l'assiduité et a longueur de leurs prières. Il y a un fort grand
nombre de laïques qui sont exacts à réciter l'horologo , c'est-à-dire le bréviaiie des Grecs ; ce qiii les oblige à une prière plus continuelle que celle de nos religieux, les offices du jour n'étant souvent éloignés les uns des autres que d'une heure et demie; au lieu que, selon le bréviaire latin , on ne prie que de trois heures en trois heures. Les dimanches et les fêtes , les hommes, les femmes et les enfants mêmes se trouveni à l'église dès deux heures après minuit, et ils y chantent des hymnes jusqu'au soleil levé, aj)rcs quoi ils se retirent dans leurs maisons jusqu'à tierce, c'eslà-dire à neuf heures, qui est l'heure du sacrifice pour lequel ils se rassemblent. Ils disent vêpres l'aprèsdiiiée comme les catholiques ; mais ils y assistent avec plus d'exactitude.
Je sais bien que messieurs les ministres se moquent de ces pratiques, et que M. Claude ne manquera pas de les tiailer de snpcrstiiieuses, comme il fait en plusieurs endroits de son livre, les austérités des religieux. Mais ceux qui regardent la religion avec un autre esprit qu'il ne fait, bien loin de les condamner, voient avec une extrême douleur que la discipline se soit beaucoup plus relâchée en ce point dans l'Occident que dans l'Orient, Ils savent que comme l'homme est composé de corps et d'âme , aussi la piété qui lui est propre consiste tout ensemble dans la vertu intérieure et dans les exercices extérieurs ; qu'il n'est pas même possible selon la voie ordinaire de l'entretenir e» de la conserver, si on néglige ces moyens humains ;qu ainsi, quoique l'instinct de la charité puisse être retenu par des obstacles extérieurs, qui l'empêchenl quelquefois de pratiquer ces exercices, elle ne manque jamais néanmoins de s'y porter (juand elle est libre, et (lu'elle peut suivre ses mouvements naturels; qu'elle aime à s'en faire des règles , à s'y attacher par des lois, des vœux et des liens salutaires, afin d'éviter l'inconstance et la mobilité de l'esprit humain, qui nous porte toujours au dérèglement et au désordre. De sorte qu'encore qu'ils soient persuadés (jue celle discipline extérieure que les Grecs observent , et ces austérités qu'ils prali(|uent, ne sont pas animées de l'esprit de charité dont le schisme les rend incapables, ils les regardent néanmoins comme des restes précieux de la piété ancienne de cette Église , et comme des dispositions favorables pour rentier dans l'union du corps de Jésus Christ; n'y ayant rien qui empêche plus la réunion des calvinistes que celle liberté de la chair et de la vie sensuelle que le diable a établie parmi eux pour rendre leur schisme plus incurable.
Chytreus, luthérien, rapporte aussi plusieurs choses pour décrier les Grecs, qui pourraient servir à faire leur éloge parmi les catholiques. « Il ditiju'une grande
< partie du peuple et des prêtres met sa piété dans le
< cultede la Vierge et des images, quoiqu'ils ne les aient i point en bosse, mais seulement en platte peinture:
< qu'ils ont confiance non seulement dans les prières f et l'intercession des saints, mais aussi dans leurs
< mérites et dans leurs secours; que l'on voit mémo