‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 81 sur 335 · CHAPITRE \I · texte numérisé non relu

CHAPITRE \I

Seconde preuve du consentement de l'église grecque et de rÉgliie latine sur le mystère de l'Eucharislie, tirée de la dispute du cardinal Humbert avec le religieux Nice tas.

Le différend entre le cardinal Humbert et Nicétas, siu'nommé Pectoralus , mérite une réflexion particulière , parce qu'il prouve invinciblement ces quatre points : r que l'Église romaine était en ce temps-liîii dans la créance de la présence réelle et de la trans substantiation : ce qui n'est pas conteslé; 2" que celle créance a été déclarée aux Grecs d'une telle manièrç,

PERPETLITE DE LA FOI TOUCHANT LEUCIIARISTIE.

qu'ils n'ont pn l'ignorer et ne la comprendre pas ; 5° que le cardinal Ihimbcrtacru posilivcinent que les Grecs étaient dans la créance de la présence réelle et de la traiissiibsianiiaiion ; T que les Grecs y étaient en ciïet, et qu'ils exprimaient très-clairement leur créance sur ce point. Il n'y a qu'à lire pour cela l'écrit de Nicélns et la réponse du cardinal Ilumbert à cet écrit. L'un et l'autre a été imprimé à la fin du onzième tome dos Annales du cardinal Baronius.

Ce Nicélas éiait religieux d'un monastère de Conslanlinoplc appelé Stude, d'un nommé Sludius qui l'avait fondé. 11 prit d'abord grande part dons la cause de son patriarche contre les Latins ; car il fit un écrit dans lequel il s'efforçait de justifier tous les reproclics que Cénilarius faisait à l'Église romaine. Il trai(e dos azymes, du jeûne du samedi, de l'usage du mariage pour les prêtres, et surtout des messes que l'on disait en carême à neuf heures dans l'Église latine, prétendant que les Latins rompaient le jeûne par code pratique. Tout cela est écrit d'une manière fort aigre; et le cardinal Ilumbert y répond encore plus aigrement ; de sorte qu'il n'y eut jamais de dispute où la complaisance ail eu moins de part. Nicétas n'.i aucu;i dessein d'épargner les Latins, et Ilumbert ne ménage ]ioint les Grecs. 11 faut donc que Us points dont ils conviennent de part et d'autre soient bien hors-de doute.

Or, pour ce qui regarde le cardinal Ilumbert, il ne pouvait déclarer plus nettement aux Grecs ses sentinicnis et sa créance sur l'Eucharistie que par le reproche qu'il fait à Nicétas de ce qu'il croyait qu'on rompait le jeûne ecclésiastique dans l'Église latine, en célébrant la messe à neuf heures du malin ; au liow qu'on ne la célébrait qu'à trois heures après midi da s l'église grecque, et encore sans consécration , en se servant d'hosties déjà consacrées; ce qu'ils a) pelaient la messe des présanclifiés.

Perfide stercoraniste , dit Ilumbert à Nicélas, qui croyez que la sainte parlicipalion du corps et du sang du Seigneur rompt le jeûne que l'Église nous oblige de garder durant le carême, vous imaginant sans doute que celle viande est sujette à la condition des viandes communes. Il faut donc que vous soyez du sentiment d'Arius, lequel^ pour ses autres blasphèmes contre le Fils de Dieu, et pour celui-là en particulier, étant tombé dans une fosse profonde , vida toutes ses entrailles , et mourut misérablement. Pensez-vous bien que le Seigneur y est présent , ce Seigneur qui , donnant à ses disciples le pain quil avait béni et rompu , leur dit : i Prenez et i mangez ; ceci est mon corps. > Et pour leur enseigtier ce qu'il leur donnait , il leur dit encore ailleurs : i Le « pain que je donnerai est ma chair, pour le salut du i monde; ma chair est vraiment viande, et mon sang est * vraiment breuvage. > Dites-moi donc , pernicieux mitiislre du serpent, qui tâchez de corrompre la pure doctrine de l Église son épouse par vos fausses subtilités , comment pouvez-vous croire qu''en mangeant la vie incorruptible on puisse rompre l'intégrité du jeûne, comme si ç'^tuil une viande corruptible? Je suis suisi dliorrcur

de ce que je vais dire; mais votre impuacnce m'y force. Vous tendez à persuader que le corps de Jésus-Christ ,, c'est-à-dire^ la vie même, se digère comme les autra viandes, et souffre les mêmes accidents. Que deviendra donc ce que dit J ésus-Christ : i Celui qui mange ma € chair et boit mon sang demetire en moi , et moi en t lui? > C'est pourquoi, afin que cette viande spirituelle ne soil pas indignement traitée par les esprits charnels, et que l'on n'y mêle pas, en y participant, les appétits de la chair, nous n'en prenons jamais qu'en une très-petite quantité, pour goûter seulement combien le Seigneur est doux , dont le pain , comme la manne , ne donne point de dégoût. Et néanmoins il ne faut point douter qu'en quelque quantité que les fidèles en prennent, ils ne mangent la vie tout entière, c'est-à-dire Jésus Christ.

Yoilà le langage d'un homme bien persuadé do la traiissubslantialion, et qu'il n'y a point d'autre subslaîîce dans le sacrement que celle du corps de Jésus- Christ, puisque autrement il ne pourrait nier qu'il n'y eût quelque chose capable d'être digérée, et de rompre le jeûne ecclésiastique. El voilà en même temps ua homme bien persuadé que les Grecs croyaient la présence réelle , puisque de ce que Nicélas enseignait que l'Eucharislie rompt le jeûne, il en tire contre lui celte horrible conséquence , qu'il soumettait donc le corps de Jésus-Christ à la condition des viandes communes.. Or cette conséquence serait non seulement ridicule , mais insensée, s'il avait pensé que Nicétas ne crût pas le corps de Jésus-Christ réellement présent; car que peut-on concevoir de plus extravagant que de reprocher à une personne qui ne croit pas que Jésus-Christ soit présent dans l'Eucharistie, qu'elle croit que le corps de Jésus-Christ se digère dans l'Eucharislie, et souffre les accidents des autres viandes? Est-ce là le reproche que celte doctrine attire d'un homme per-^ suadé de la transsubstantiaiion? Y a-l^il jamais eu de catholi jue assez ignorant pour faire ce reproche aux calvinistes? On leur dit qu'ils bannissent le corps de Jésus-Chrisl de l'Eucharistie, qu'ils démentent ses paroles ; mais on ne leur dit pas qu'ils lui font cette injure, que de le croire sujet à la digestion et aux autres suites ; car ce reproche ne serait conforme ni à la vérité, ni à leur opinion. Ilumbert aurait dit les mêmes choses à Nicétas, s'il avait cru qu'il doutât de la vérité de la présence réelle ; et il ne fait toutes ces exclamations que parce qu'il veut le confondre par celte conséquence horrible qu'il lire de son oiiinion , que l'Eucharistie rompait le jeûne.

Cependant c'est de ce passage même que M. Claude prétend tirer avantage , et par lequel il veut moiiti er que les Grecs ne croyaient point la présence réelle ni la transsubstantiation, et qu'ils étaient de l'opinion de Bérenger. Or il est bon de l'entendre raisoniier sur ce sujet.

Ses preuves se réduisent à deux : il tire l'une dt l'alliance du sentiment de divers auteurs qu'il croil s'expliquer les uns les autres ; et il fonde l'autre &m une conjecture qu'il trouve fort raisonnable.

54» LIV. 11. CROYANCE UNIVERSEI

Sa preuve liiée de l'auiorilé esl que , d'une part , Uumbcrt accuse Nicéias d'être stercoraniste , ei de soumetlre l'Eucharistie à la digestion ; qu'Alger attribue la nièuic erreur aux Grecs; mais que, d'autre pari , si i'on demande qui sont ces stercoranisles , au nombre desquels il faut mettre (es Grecs , Durand , abbé de Troarn^ qui vivait du temps de Ilumber' , nous dira que c'est Bérenger et ses sectateurs. Et de là on peut faire cet argument, qui se réduit à ce syllogisme : Les Grecs sont stercoranisles , selon Ilumberl et Alger; les siercoranistes sont les bcrengariens , selon Durand ; donc les Grecs sont bérengariens.

Voilà la seule manière dont M. Claude peut raisonner en contérant les passages de ces auteurs. Miiis , par mallieur pour lui , il est difficile d'entasser plus de défauts dans un raisonnement ; car tout y est faux, la majeure, la mineure, la conclusion ; et encore de plus d'une sorte de fausseté.

La m.ajeure de l'argument , qui est que les Grecs aient été stercoranisles , ce qu'il prouve par l'autorité de Humbcrt el d'Alger, est doublement fausse. Car il est bien vrai que Ilumbert appelle Nicétas stercoranistc , et qu'il lui impute de croire que le corps de Jésus-Christ était digéré ; mais il lui impute celle opiniop comme une suite de celle qu'il avait avancée, que l'Eucharistie rompait le jeûne, et non pas comme un dogme qu'il eût formellement soutenu. Et en effet, il n'y a rien de cela dans l'écrit de Nicétas; de sorte qu'il faut demeurer d'accord que c'est une pure conséquence.

Or il faut exlrémenienl distinguer entre les conséquences et les dogmes formellcmcnl soutenus; car on ne peut pas conclure que ceux qui soutiennent une opinion en soutiennent toutes les conséquences , si ces conséquences sont mal tirées. Et quand mémo elles seraient bien tirées, on n'a pas droit de les leur attribuer , s'ils ne les avouent pas , et qu'il ne paraisse point qu'ils les ont vues, et qu'ils les ont approuvées.

Il est certain que c'est la coutume de Humberl, d'attribuer aux Grecs les conséquences qu'il lire de leurs opinions; el il y en a des exemples assez remarquables dans les deux écrits qu'il a faits coutre eux. Car c'est ainsi qu'il impute aux Grecs de croire avec les manichéens et les marcionites , que l'ancienne loi avait été donnée par un autre Dieu , et la nouvelle par un autre , parce que Cérularius avait écrit que Jésus-Christ avait été circoncis , et qu'il avait observé d'abord la pàque légale , de peur qu'on ne le trouvât contraire à la loi; t ut jios juxta legem invenit relur Deo conlrarius. In hoc (dit Hnmbert) videmini I perverse cum marcionilis et manichœis sentire , alium • Deum velerem legem, alium novam dédisse. »

il est certain que ce n'est-Ià qu'une conséquence de Humbcrt, et non une opinion des Grecs. Il est certain encore que c'était une conséquence non avou ;e. Et enfin, il est certain que c'était une consé;uence très-njal lirçe.

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