‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 82 sur 335 · LE DE LA PRÉSENCE RÉELLE. 35Ô · texte numérisé non relu

LE DE LA PRÉSENCE RÉELLE. 35Ô

Cérularius ayant dit aussi que Jésus-Christ avait maudit les azymes, Ilumbert lui impute de dire que Jésus-Christ avait maudit la loi : Imprudenler laluiti» Filium Dei legem et azyma quœ constiluerat maledlrisse. Cependant il n'avait parlé que de l'usage des cérémonies légales , et non pas de la loi même.

Le même Ilumbert accuse Nicétas d'un blasphème horrible , pour avoir dit que l'Esprit saint et vivifiant demeura dans la chair de Jésus-Christ lorsqu'il fui crucifié; et il en tire cette conséquence , que Jésus-Christ n'est donc point mort, selon Nicétas. Mais en enlondant ces paroles, non de l'âme de Jésus- Christ, mais du Sainl-Esprit qui n'a jamais quitté son corps , comme il paraît que Nicétas l'entendait , il n'y a point de blasphème dans son expression , et la conséquence de Humbcrt est très-mal tirée.

Il en est de même du reproche que Humbcrt fait à Nicétas sur le sujet de l'Eucharistie. Nicéias avait simplement reproché aux Latins qu'ils rompaient le jeûne en carême, en disant la messe in tempore ministrationîs missœ, parce qu'ils la disaient à neuf heures. Et Ilumbert en conclut qu'il veut donc que le corps de Jésus-Christ se digère. C'est une con:-équcnce de Ilumbert ; mais ce n'est pas pour cela uri dogme de Nicéias ni des Grecs.

Cette conséquence de Ilumbert fait donc bien voir qu'il était persuadé que les Grecs croyaient la présence réelle ; mais elle ne fait pas voir qu'ils fussent effectivement stercoranisles, au sens auquel Ilumbert prend ce mot. Et le contraire esl beaucoup plus vraisend)iahle pour trois raisons. La première esl qu'il ne pa^ raîl aucunement qu'ils aienl avoué cette conséquence, n'y en ayant pas un seul mot dans l'écrit de Nicéias; la seconde esl qu'ils se pouvaient fort bien dispenser de l'avouer : T Paice qu'il n'est nullement néees^ snire que celui qui dit que rEueharislie rompt le j(Û!ie, croie en même temps que le corps de Jésus Christ se digère ; car on peut croire que c'est rompre le jeûne que de soulager la peine du jeûne , el de nourrir le corps de quelque, manière que cela se fasse. Or, encore que le corps de Jésus-Christ ne se digère nullement, et ne souffre point tous ces autres accidents , il est certain néanmoins , qu'en prenant l'Euchari.stie en une quantité suffisante pour nourrir le corps, on serait efTeclivement nourri, non du corp> de Jésus-Christ , mais d'une autre manière que Dieu connaît , et que la peine du jeûne serait effectivement soulagée. On pourrait donc croire, en ce sens, que l'Eucharistie rompt le jeûne, sans croire que le corps de Jésus-Christ fût digéré. 2° Parce que les Grecs ne disaient peut-être que l'Eneliaristie rompait, le jeûne , qu'à cause qu'ils croyaient que l'ublalion du sacrifice n'appartenait point au jeûne, et qu'il était permis de manger après qu'on avait communié; comme il y a lieu de le croire sur ce que Humbcrt remarque, que , selon eux , ab ipsà sanctà communionç statim ad communes cibos esset [as transire. C'est la conjecture d'un fort savanl homme, qui a pris la pehie de relire ce traité. Et la trvoislèra.e est que çvî^lo

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Dli. LA FOI 1

opinion étant formellement condiunnée pnr S. Jeande-Danias, qui était comme le S. Thomas des Grecs, et sur lequel ils réglaient plus leur senliiiienl (jue sur aucun autre Père, il faudrait avoir de grandes preuves, pour croire qu'elle eût été embrassée par quelque Grec. Et quand cela serait, on n'en pourrait conclure autre cliosc, sinon que ce serait une erreur particulière à cet auteur, et non le sentiment commun des Grecs. Car il est si certain que S. Jean de-Damas a toujours été la règle de leur doctrine sur l'Eucharistie, qu'Eulhymius, pour représenter la doctrine de l'église grecque sur ce mystère contre l'hérésie des Pauiiciens, ne rapporte que le passage célèbre de S. Grégoire-de-Nysse, dans sa Catéchèse , et un lieu de S. Jean-de-Damas , où cette erreur des stercoranistes est formellement rejetée. Hoc est , dit-il ( de Fid. orthod., I. 4, c. U ), purum illud et incruentum sacrificium quod ab ortu soUs uscjne ad occasum sibi oblatum tri per Prophetam Dominus ait, corpus nimirUm et sangnis Clirisli , ad animi et corporis nostri firinamenttim cedens, quod non consumitur, nec corrumpilur, vec in secessum progreditur. Absil, absit.

Mais si Ton veut s'en rapporter entièrement au témoignage de Humbert, et croire sur sa parole que Nicétas est en effet stercoraniste, la raison veut au moins que l'on prenne son témoignage tout entier, et qu'on ne le divise pas à sa fantiiisie. Or il est clair qu'l n'impute à Nicétas d'être stercoraniste, qu'en lui attribuant en même temps l'opinion de la présence réelle, et en l'accusant même de porter celte opinion jusque dans l'excès, qui est, de vouloir que le corps de Jésus-Christ soit tellement dans l'estomac, qu'il y soit même digéré. Mais il n'y a rien de plus déraisonnable que de n'imputer le slercoranisme à Nicélas que sur le lémoigiiage de llunibcrt , et de ne le lui j)as imputer au même sens que lui , mais dans un sens toui opposé. Le slercoranisme que Humbert reproche à Nicétas est de dire que le corps de Jésus- Christ est digéré; et celui que M. Claude, qui n'en a de lumière que par Humbert, attribue à Nicélas comme une opinion orihodoxe , est d'avoir cru que le seul pain était digéré, et non le corps de Jésus-Clirist.

Je dis que M. Claude n'en a de lumière que par Humbert. Car Alger, qu'il cite ensuite , ne l'a connu de même que par les écrits de ce cardinal , le passage où il parle des slercoranistes ayant visiblement rapport à cette dispute de Humbert contre Nicélas. El il est remarquable de plus qu'Alger a cru, comine Humbert, que celte erreur consislaij, à porter irop loin la doctrine de la présence réelle, et à croire que le corps de Jésus-Christ était réduit à la qualité des viandes communes. Diximus , dit-il au livre second , non miniis corporis quàm ore cordis esse suniendum ; scd ex liàc ipsâ visibili et corporali comestione , quœ Sacramento tenus fit , nascitur [œdissima liœresis slcrcoranistarum : dicunt enim tantum Sacramentum, siciit corporali comcstioni, ita secessui esse obnoxium.

Pour répondre donc nettemci;l à celte majeure, '•jui est que les Grecs claient sk'rcoraiii les , je dis

OIlCiîANT LEUCHARISTiE. 3Sa

premièrement qu'il est faux que les Grecs fussent slercoranistes , quoique le cardinal Humbert ait tiré celte conséquence d'une parole de Nicélas. Je dis en second lieu que si l'on veut que Nicétas ait été stercoraniste, c'est dans un sens tout opposé à celui de M. Claude. Car il était stercoraniste , selon Humbert, par un excès de la doctrine de la présence réelle, au lieu que M. Claude veut qu'il l'ait été par l'exclusion de celle doctrine. Voilà comme il s'accorde avec son témoin.

La mineure, qui est que ceux que l'on appelait slercoranistes n'étaient aulres que les disciples de Bérenger, qu'il appuie sur le témoignage de Durand, abbé de Troarn, est encore très'-éloignée de la vérité : car jamais Durand n'a dit ce que M. Claude lui attribue, et ce qu'il faudrait qu'il eût dit, que tout stercoraniste fût bérenga rien, ou que les bcrengariens fussent Slercoranistes au sens auquel Humbert l'impute à Nicétas. Nulle de ces propositions ne se trouve dans Durand. On n'y trouve pas même expressément que les bérengariens fussent slercoranistes, ni qu'il les ait appelés de ce nom, quoiqu'il y ail lieu de le faire; parce que c'est une suite de leur opinion, que l'oblation cl l'Eucharistie sont sujettes à cet accident : mais on y trouve seulement deux choses, dont on ne peut rien conclure : la première, qu'il reproche, dès le commencement de son traité, aux bérengariens, q^it soutenaient que le pain demeurait dans le sacrement, de soutenir par conséquent que l'oblation était corruptible, et qu'elle pouvait être digérée; mais il ne les accuse point de dire que le corps de Jésus Christ pouvait être digéré, en quoi consiste ce slercoranisme qu'on reproche aux Grecs. Il les accuse plutôt d'une erreur toute contraire, qui est de dire que le corpi de Jésus-Christ n'était point dans l'Eucharistie, bien loin d'y pouvoir être digéré. La seconde, que Durand fait mention, en un endroit, de gens qu'on appelait slercoranistes, par ces paroles : Nimis absurduni ubi Clirislus percipitur, de slercore cogitetur; quod Apostolus ne ipsis quidem quibus hoc placet, unde et stercorilœ jure nuncupantur, concedit. El ce lieu prouve seulement que Durand avait ouï parler de gens à qui on donnait ce nom ; ce qui pouvait être venu du passage de Humbert. Mais il ne prouve point, ni que ce fussent les bérengariens qu'on appelât slercoranistes, ni qu'au cas que ce fussent eux , on leur donnât ce nom au même sens que Humbert le donne à Nicélas ; car on peut être stercoraniste en deux manières, avec inclusion ou avec exclusion du corps de Jésus-Christ. Les bérengariens le sont en celle seconde manière, e! c'est en la première que Humbert le reproche à Nicélas,

M. Claude en appellera sans doute à la seconde raison ; car il est clair qu'il n'y a pas moyen de subsister dans la première. Elle consiste à dire que celle erreur des slercoranistes est si horrible, qu'il n'est pas croyable qu'il y en ait jamais eu, dans le sens auquel le cardinal Humbert l'impute à Nicélas : qu'ii faut donc croire qu'il l'entendait d'une aulrc inaiiièrGi.

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