‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 83 sur 335 · S53 LIV. II. CROYANCE UNIVERSE · texte numérisé non relu

S53 LIV. II. CROYANCE UNIVERSE

et qu'il prétendait seulement que l'Eucliaristic fût sujette aux accidents des viandes communes, parce qu'il croyait que la malicrc du pain y demeurait. Mais je lui puis dire par avance qu'il ne tirera pas plus d'a- Taniage de cette seconde raison que de la première, parce qu'elle est encore aussi fausse, n'élant fondée que sur un principe téméraire et sur une fausse conséquence.

II n'est pas croyable, dit M. Claude, que des gens aient été assez extravagants pour tomber efTcctivemcnt dans l'hérésie des slercoranistes au sens de Humbert. C'est le principe : mais ce principe est téméraire, parce qu'il y a de la témérité à proscrire des bornes aux égarements des hommes par des raisonnements en l'air, lorsqu'on en est assuré par des preuves certaines et positives. L'expérience fait voir qu'ils sont capables d'en avoir de si étranges, qu'il est ridicule de prétendre détruire l'autoriié d'un témoin, d'ailleurs irréprochable, par la seule absurdité de l'opinion qu'il impute à ceux contre lesquels il dépose. Faudra-t-il, par exemple, rejeter comme fabuleux tout ce que S. Augustin rapporte de l'hérésie des manichéens, parce que les opinions qu'il leur attribue sont si insensées, qu'il est presque incroyable que des hommes les aient tenues ?

Comme l'homme est capable de croire les vérités les plus inconcevables, lorsqu'elles lui sont atlcsiées par l'autorité divine, il est capable de même de se laisser persuader des plus grandes absurdités, lorsqu'il s'imagine, quoique faussement, que la parole de Dieu les confirme. La raison n'empêche ni l'un ni l'autre, parce que lorsqu'on lui oppose le poids de l'autorité divine, elle se perd et elle se noie volontairement dans cet abîme. Il est donc vrai que cette erreur prétendue des stercoranistes a quelque chose de fort choquant ; mais il ne faut pas conclure de là que si on a pu la représenter aux hommes comme appuyée sur l'autorité de Dieu, ils aient été incapables de l'approuver, et de trouver même des spiritualités et des raisons apparences pour la défendre.

Nulle matière, dira-ton, nulle (igure, nulle forme n'est digne de Dieu, si l'on considère sa majesté. Mais entre les matières, les figures et les formes, ce n'est que notre imagination qui nous fait croire qu'il yen ait de plus nobles, de plus précieuses et de plus dignes de Dieu les unes que les autres. Nous les distinguons par leur rapport à nos sens, et nous estimons davantage celles qui y font des impressions plus agréables. Mais Dieu, qui est exempt de ces impressions, ne préfère point les unes aux autres par cette raison ; il n'y voit qu'un différent arrangement de parties ; le lumier et l'or lui sont une même chose ; et son essence n'est pas plus déshonorée parce qu'elle est dans la boue, que parce qu'elle est dans un diamant. Le corps de Jésus-Christ, impassible et spirituel, participe à cette qualité, et la forme et la ligure de boue ne le déshonorent nullement.

Pour les autres choses difficiles à démêler dans celte opinion, s'il est vrai (pio quelques-uns l'ont

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tenue, il faut croire qu'ils avaient aussi leurs voies po!U" s'en tirer, ou (("u'ils n'y voulaient pas faire réflexion ; comme il est visible que les manichéens et les eutychiens n'en ont jamais fait sur les conséquences de leur doctrine.

C'est ce que l'on pourrait dire, s'il y avait des preuves assez fortes pour faire croire que quelques Grecs eussent été effectivement dans cette opinion. Mais ce qui doit porter à en juger autrement n'est pas qu'il soit impossible que l'esprit humain se laisse prévenir de cette erreur, comme le croit M. Claudfi, mais c'est (ju'il n'y a pas de preuves suffisantes pour l'attribuer à Nicélas. Le témoignage d'Alger se réduit à celui de Humbert, et celui de Humbert à une conséquence non avouée et mal fondée. Ainsi tout cela est sans fondement.

Pour la conséquence de M. Claude, qui est que n'élant pas vraisemblable que Nicélas ait été siercoraniste au sens de Humbert, il faut que le sujet ^)our lequel oi. lui imputait celte erreur ait été qu'il enseignait que le pain demeurait, et qu'ainsi l'Eucharistie se digérait, il est facile de répondre qu'elle est encore Irès-fausse. Car, comme nous l'avons montré, le seul prétexte que Nicétas avait donné à cette accusation , est qu'il avait dit dans son écrit que l'Eucharistie rompait le jeûne. Or il ne s'ensuit nullement de là qu'il ait cru que le pain demeurât, puisqu'il suffit qu'il ait cru qu'elle rompait le jeûne, par la permission qu'on avait de manger immédiatement après l'heure que les Grecs croyaient y être attachée, ou que c'était rompre le jeûne que de faire que la corps fût nourri : ce qui arrive ensuite de la communion, de quelque manière que cela se fasse.

Son opinion était fondée sur l'effet, et non sur la manière. Il lui suffisait que nos corps reçussent les mêmes impressions et le même soulagement de la perception de l'Eucharistie, que d'une viande commune, pour en conclure qu'elle rompait le jeûne : mais il n'a jamais dit ni déterminé que ce fût par la matière du pain, et il n'a donné sujet à personne de le croire. Le cardinal Humbert a conclu de son opinion qu'il voulait donc que l'on fût nourri du corps de Jésus-Christ, et je crois que cette conséquence n'esi pas juste. M. Claude en conclut qu'il voulait donc que le pain demeurât, et je lui réponds que celte conséquence est certainement fausse. S'il y eût eu lieu de la tirer, le cardinal Humbert n'aurait pas manqué de le faire, lui qui était bien informé de l'opinion des bérengariens. Mais il ne le fait pas , parce qu'il était irop informé de l'opinion des Grecs , et que l'écrit même de Nicétas l'eût démenti trop formellement. Car il ne laisse point à deviner son opinion sur ce point : il l'explique très-clairement, et aussi précisément que Humbert même aurait pu faire. Ceux, dit-il, qui marchent dans la lumière, mangent le pain de grâce, qui est le corps de Jésus-Christ, et ils boivent son sang immaculé. Dans le pain, dit-il encore, c'està-dire, dans le corps de Jésus-Christ, il y a trois choses vivantes, et qui donnent la vte à ceux qui le mangent

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dignement : savoir resprit, l'eau et le sang, selon ce qui élé publiés dans ConstaiiliiiO[iIe, Iraduils en grec par

exl d'il qu'il y a trois clioses qui rendent témoignage, l'ordre de l'empereur; de sorte que si Cérularius

l'esprit, l'eau et le sang, et que ces trois choses sont en n'eût pns été de la méuie opinion que lui sur ce points

une même chose. 11 prouve que l'eau et le sang sont il n'eût pas manqué de relever ce qu'il avait avancé

dans le corps de Jésus-Christ, par l'eau et le sang louchant l'Eucharistie , et de le mettre entre les er-

qui en sortirent dans son crucifiement. Et pour l'es- reurs des Latins , dont il fit peu de temps après un si

prit, voici ce qu'il en dit : Le saint et vivifiant Esprit long catalogue , dans la lettre qu'il écrivit au palriar-

tst demeuré dans sa chair vivifiée; et nous mangeons clie d'Antioche; 3° il paraît que lîtimbert ne soup-

cetle chair dans le pain, qui est changé par son Esprit , çonne les Grecs (jue de porter trop loin la doctrine

cl fait le corps de Jésus-Christ. Nous vivons en lui delà iranssubstanliation, et encore sur une consé-

comme mangeant sa chair vivante et déifiée {\). qiience qu'il tire d'une parole de Nicéias, mais qu'il

INicétas pouvait-il marquer plus précisément sa ne lui est pas.venu la moindre pensée qu'ils eussent

créance sur l'Eucharistie, et exclure plus positive- quelque douîe sur la présence réelle; 4° et enfin, il

ment les v:.ines conjectures de M. Claude? H faut est \isib!e que Nicéias s'est liù-même si bien expli-

èlre bien atlaclié à ses imaginations, pour prétendre que sur ce point, qu'on ne peut lui attribuer un autre

qu'elles doivent prévaloir à des déclarations si for- sentiment avec la moindre apparence : de sorte que

melles, et à rintelligence d'un homme aussi peu M. Claude fera bien de chercher ailleurs que dans

équitable à Nicétas qu'était Humbert, qui, ayant pris celle histoire des preuves de ses hypothèses.

ses paroles dans le sens de la Iranssubstanliation, ne la accusé que de porter celle doctrine jusque dans l'excès.

Quoi(iue relie dispute ait élé si aigre et si animée de part et d'autre, la conclusion néanmoins en fut heureuse. Le jour même de S. Jean-Baptiste (comme porte un petit récit fait dès ce temps-là, et inséré par le cardinal Baroniusdansses Annales l'an 1054), les légats du pape se (ransporlèrcnt au monastère de Stude, et, en lu présence de Cempereur et des seigneurs de sa cour, à l'instance des légats du pape, Nicétas , surnommé Pecloratus, religieux de ce monastère, analhéviatisa un écrit publié sous son nom contre le Saint-Siège et contre l'Église latine, intitulé : Des Azymes, du Sabbat el du IVrariage des prcires. Il anailiématisa aussi tous ceux qui niaient que l'Église romaine fût la première de toutes les églises, et qui auraient la hardiesse de reprendre en quelque chose sa foi, qui est toujours trèsorthodoxe. Ensuite l'empereur, à la sollicitation des légats, commanda que son livre fût brûlé, et l'assemblée se sépara. Le lendemain Nicétas étant sorti de la ville, alla trouver les légats dans leur palais, et ayant reçu d'eux l'éclaircissJinent de ses doutes, il anulhématisa encore de lui même tout ce qu'il avait d'il contre le Suint- S'.éye, el devint leur ami particulier.

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